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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 17:39

hauthurlevent.jpgOn a beau me dire qu'un film ne peut être comparé au roman dont il est adapté, je ne puis m'empêcher de commettre ce péché capital, surtout lorsqu'il s'agit d'un classique, a fortiori si ce livre a inspiré de nombreux réalisateurs. Je dirai peu de choses des précédentes versions cinématographiques des Hauts de Hurlevent (films et téléfilms) ne les ayant pas vus ou ne m'en souvenant pas pour les plus anciennes. Mais pour avoir visionné certaines scènes de ces adaptations britanniques télévisées sur le net, j'ai l'impression qu'elles sont très différentes et s'éloignent plus ou moins de la narration telle qu'Emilie Brontë l'a conçue.

Je me contenterai donc de parler de la dernière version des Hauts de Hurlevent, sortie récemment sur les écrans, non sans mettre cet opus en parallèle avec le livre, que j'ai relu en anglais à cette occasion et dont je ne me souvenais plus très bien. Il me semblait en effet qu'Andrea Arnold avait pris de (trop ?) grandes libertés avec l'original et je voulais en avoir le coeur net.

 Commençons par le choix d'un acteur noir (de plusieurs acteurs en fait ), pour le rôle de Heathcliff, l'enfant gitan recueilli et élevé par un fermier du Yorkshire, qui deviendra le souffre douleur du fils de  maison et concevra une haine dévastatrice envers ceux qui l'ont traité comme un domestique et envers leur descendance, et passera le reste de sa vie à essayer de se venger de ses tortionnaires et de ceux qui l'ont méprisé et humilié alors qu'il était jeune. Catherine, la fille de la maison, fut la seule à lui témoigner de l'affection et de l'amour, mais elle épousera le fils d'un riche voisin. Il ne pardonnera jamais ce qu'il estime être une trahison. Par dépit amoureux, il passera le reste de sa vie à essayer de la détourner de son mari et, n'y parvenant pas, de nuire également à la famille de l'époux.

Le choix d'un Africain n'est pas aussi anachronique que certains l'on dit. Quand on relit le texte, en effet, on s'aperçoit que l'enfant recueilli dans un port est jugé tellement "noir" par un personnage qu'il pourrait venir d'Amérique ou d'une colonie de l'empire britannique. Ce choix permet en tout cas à la réalisatrice de prendre radicalement le contre pied des lectures "romantiques" du texte par certaines versions "hollywoodiennes", qui font un peu trop l'impasse sur le thème du racisme et de la lutte des classes tels que certains critiques d'inspiration marxistes ont pu les voir dans le texte. Ce choix permet également à la réalisatrice de situer la problématique du livre dans notre époque en faisant du héros un immigré rejeté par la société blanche, un "damné de la terre" à la Frantz Fanon qui ne peut briser sas chaînes que par une violence aveugle qui le détruit autant qu'elle est dévastatrice pour l"entourage. En tout cas, la problématique d'affrontement entre classes sociales est bien présente dans le livre, que l'on peut lire comme une lutte sans merci entre les prolétaires (représentés par Heatcliff), les petits paysans propriétaires (Hinley, le fils de la maison des hauts de hurlevent, bourreau de Heathcliff qui prendra le pouvoir sur son ancien demi-frère en rachetant la propriété), et la petite aristocratie terrienne, dont le statut n'est pas acquis une bonne fois pour toutes dans la société en évolution du 19ème siècle. On voit en effet comment, par les alliances amoureuses et matrimoniales contractées nécessairement entre personnages de milieux différents en raison du monde clos du Yorshire limitant les rencontres entre pairs, les dominants sont menacés par les classes "inférieures" dans une sorte de consanguinité sociale et parentale. Seul Heathcliff, étranger à ce milieu jusque là immobile, apporte du sang neuf, et fait exploser le fragile équilibre qui a prévalu jusqu'alors. Lorsque s'achève le roman, les cousins se fréquenteront et concevront des amitiés pouvant conduire à l'amour et à la procréation, en  accentuant certes le caractère incestueux des relations familiales, mais, pour le meilleur et pour le pire, en bousculant la hiérarchie sociale se trouvera inversée partiellement.

Si l'on fait cette lecture du livre, et, visiblement, c'est ainsi qu'Andrea Arnold l'a lu, la violence, voire la bestialité des relations humaines, le parti-pris naturaliste de la mise en scène, sont justifiés, même si on a parfois l'impression que le film en rajoute par rapport au texte et se rend coupable de facilité envers les goûts actuels. Afin de rendre palpable à un spectateur moderne la bestialité du roman telle qu'elle devait être ressentie par un lecteur du 19ème siècle,  il fallait sans doute forcer le trait. Nous sommes devenus en effet tellement habitués à l'hémoglobine et aux déchaînement de violence gratuite, qu'une adaptation fidèle au texte pourrait  induire  l'impression qu'il s'agit de la bluette romantico-sentimentale qu'ont bien voulu y voir des générations de lectrices le réduisant à une histoire d'amour impossible entre deux amants que séparent deux familles jouissant d'un statut égal et se faisant la vendetta. Le tout se déroulant dans des demeures hantées par des fantômes et dans un paysage de landes exacerbant les passions. Certes le texte est considéré à juste titre  comme un roman "gothique", c'est à dire appartenant à cette littérature écrite principalement par des femmes et dont raffolaient les jeunes filles de bonne famille anglaises du 19ème siècle en leur procurant des frissons délicieux, causés par des monstres (Frankenstein est le plus célèbre des personnages du roman gothique) s'attaquant souvent à des héroïnes sans défense, qui s'ennuyaient dans leur demeure austère où il ne se passait rien de bien excitant. Le roman d'Emilie Brontë, lui, déconstruit, tout en l'adoptant, ce schéma "classique" du roman gothique, caractérisé essentiellement par une dimension freudienne inconsciente de la part des auteurs, en y introduisant  de manière plus ou moins explicite et assumée, des éléments sociaux et féministes qui ont contribué à son succès de l'époque et à le situer, dans la littérature anglaise, comme un anti "Orgueil et préjugés", le célèbre roman de Jane Austen.

Concernant la violence du livre, la bestialité des personnages d'Hinley et de Heathcliff suffirait à elle seule à justifier la version cinématographique d'Andrea Arnold. J'avais été choqué par ce que je considérais comme des scènes de cruauté gratuite envers les animaux. A la relecture cependant, j'ai constaté que la scène où Heathcliff, dans son délire de vengeance aveugle, pend par le cou un petit chien appartenant à la maison de son rival, existe bel et bien dans le texte.

 

On peut également s'étonner de certaines scènes du film recourant à un langage contemporain d'une vulgarité inouïe, dans ce qui est considéré comme un classique anglais. La littérature anglaise, ceci depuis Shakespeare et contrairement à la nôtre, si conservatrice dans ce domaine, a pourtant l'habitude de faire parler les personnages secondaires et même principaux dans les divers dialectes du pays, ceci en ne rechignant pas à la vulgarité et en transposant phonétiquement les accents locaux, ce qui reste une exception en français. Là encore, la réalisatrice n'a fait que transposer dans un anglais d'aujourd'hui, la vulgarité contenue dans les discours a-grammaticaux d'Hinley et de son fils Hareton, ainsi que du domestique, qui s'exprime, dans le livre, dans un patois du Yorkshire que même des locuteurs anglais étrangers à la région peuvent avoir du mal à comprendre :

Que ceux qui ont du mal à croire que les personnages d'un tel classique puisse s'exprimer dans une langue vulgaire et avec l'accent local, rendu "phonétiquement" par une orthographe non conventionnelle, que ces puristes de la forme littéraire en jugent par ce passage. C'est Joseph, le domestique bigot de la maison de Hurlevent qui parle :

 

'Ech! ech!' exclaimed Joseph. 'Weel done, Miss Cathy! weel done, Miss Cathy! Howsiver, t' maister sall just tum'le o'er them brooken pots; un' then we's hear summut; we's hear how it's to be. Gooid-for-naught madling! ye desarve pining fro' this to Churstmas, flinging t' precious gifts o'God under fooit i' yer flaysome rages! But I'm mista'en if ye shew yer sperrit lang. Will Hathecliff bide sich bonny ways, think ye? I nobbut wish he may catch ye i' that plisky. I nobbut wish he may.'

 

Pour que l'on se rende compte de l'écart par rapport à la norme orthographique, les mots écrits "phonétiquement" pour correspondre à la prononciation locale sont en vert et sont donnés ci-dessous  tel qu'ils devraient être écrits normalement et prononcés par des gens cultivés :

weel =well ; maister = master ; brooken = broken ; gooid = good ; ye = you ; desarve = deserve ; fro' = from ; churstmas = christmas ; t' = the ; o' = of ; fooit = foot ; i' = in ; yer = your ; mista'en = mistaken ; ye = you ; shew = show ; sperrit = spirit ;

sich = such ; nobbut = no doubt

 

Et si l'on ne comprend toujours pas ce que dit le domestique à sa maîtresse, car les fautes de syntaxe sont également légion, sans parler de particularités lexicales régionales, voici une traduction possible du passage  :

Ah ! ah ! s’écria Joseph. Ben fait, Miss Cathy ! ben fait, Miss Cathy ! Eh ben ! l’maître y va trébucher dans c’te vaisselle cassée ; et alors nous entendrons quéqu’chose ; nous verrons c’qui s’passera. Que stupide folie ! Vous mériteriez d’être en pénitence jusqu’à la Noël, pour j’ter ainsi à vos pieds les précieux dons de Dieu dans vos rages insensées ! Mais je m’trompions fort, on vous n’montrerez point c’te énergie-là longtemps. Pensez-vous que Heathcliff y va supporter ces jolies manières ? J’voudrions qu’y vous y prenne, à ce p’tit jeu-là. Oui, je l’voudrions.

 

 Au total donc, les critiques faites au film de Andrea Arnold, dont il est question plus haut concernant les libertés prises avec la version écrites, ne me semblent pas justifiées.

 

A mon avis en revanche, les points traités ci-dessous posent problème :

- Le film de Arnold fait l'impasse sur la fin du roman, qui est loin d'être la moins intéressante, c'est à dire sur la vie après la mort de Catherine et de Heathcliff, sur ce que deviendront les descendants des deux amants maudits, sur les relations que leurs enfants sauront nouer entre eux ou pas en dépit de ce qui séparent socialement ou incestueusement d'un point de vue oedipien.

- Je veux bien croire que l'on ne puisse adapter un tel roman pour en faire un film de deux heures sans omettre certaines scènes, événements ou intrigues que l'on considère comme mineures.

Mais, a mon avis les séquences répétitives, parfois interminables de branches qui frappent un carreau ou de brins de bruyère en gros plan secoués par le vent de la lande sont-elles bien nécessaires ou justifiées par le livre ? Il en va de même, je pense, des nombreuses séquences en caméra subjective, filmées dans une quasi obscurité empêchant de voir ce qu'il se passe, comme si elles l'étaient par un cinéaste amateur. Ces effets de "style" fonctionnent comme des tics de tournage plutôt qu'ils ne produisent les effets apparemment recherchés par la réalisatrice tels que je les comprends en tout cas :   Ces séquences sont-elles là pour donner un effet de cinéma réalité ? Sont-elles censées  "rendre" par l'image seule le caractère tourmenté du lieu et des passions qui s'y déchaînent ? Leur répétition et leur longueur en tout cas, n'apportent rien de plus au "message" qu'elles semblent vouloir délivrer et on peut se demander si ce temps n'aurait pas mieux été utilisé à "coller" un peu plus au texte en oubliant totalement les derniers chapitres.

- Le parti pris "minimaliste" de la mise en scène, acclamé par certains critiques, finit par lasser, surtout lorsque des silences pesants, censés exprimer la difficulté à communiquer des êtres, tiennent lieu de dialogue. Or dans le livre, même les personnages les plus frustes -à part Hareton, le fils de Hinley peut-être et Heathcliff enfant - ne sont pas silencieux. Joseph, par exemple, bien que illettré, ne manque pas une occasion de gloser sur les écritures et la conduite que devraient adopter de bons chrétiens. Là encore, le "message" de la réalisatrice me semble être que dans certains milieux défavorisés, comme ceux qu'elle met en scène dans son film précédent, Fish tank, la violence physique tient lieu de communication. Si le procédé fonctionne pour dépeindre la working-class contemporaine, il ne me semble pas correspondre à la lettre et à l'esprit du roman, dont la critique s'accorde à dire (et ceci malgré l'introduction du dialecte et de vulgarités dans certains dialogues) que la langue d'Emilie Brontë est magnifique.

 

Au total donc, je recommmanderai à ceux qui connaissent bien le livre d'aller voir cet opus, qui peut  leur faire découvrir ce qu'une lecture contemporaine de l'oeuvre peut apporter (ou non) de nouveau à la manière dont ils l'ont reçu.

En revanche, aller voir ce film sans connaître le livre ni d'autres versions filmées, risque de ne pas donner envie de lire le roman.

Ou bien, au contraire, certains, surpris par la violence et le "minimalisme" du film, liront ou reliront come moi le roman et découvriront en quoi le film est fidèle à (ou trahit) l'original. Et dans ce cas, le cinéma (et peut-être cet article...) auront joué un rôle positif.

 

On pourra également comparer cette version à d'autres adaptations filmées, en allant sur le net et en tapant le titre. Le livre a été adapté de nombreuses fois au cinéma et à la télé britannique surtout. Juliette Binoche tient le rôle principal dans l'une de ces versions. Il est possible de visionner des extraits de scènes seulement, pour se faire une idée de l'atmosphère différente obtenue par les différentes versions, ceci même si les vidéos sont en anglais non sous-titré.

 

Quelques liens pour voir des vidéos donnant une idée de l'atmosphère de différentes adaptations cinématogrpahiques du livre. 

 

http://www.imdb.com/title/tt1181614/   (lancement du film de Andrea Arnold)

 

http://www.youtube.com/watch?v=VsXEnpNuDk0  (1ère partie d'une série télévisée réalisée par la BBC en 1998. A mon avis plus proche du livre que le film dont il est question dans l'article.) 

 

 

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 16:17

http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/47/78/18869162.jpgRevu, hier, avec le même plaisir que la première fois, le très beau film de Sean Penn, sur la vie (et surtout la mort prématurée) de ce jeune idéaliste en rupture de ban avec la société matérialiste et consumériste.

Ce jeune home est le fils d'un couple aisé de la middle-class qui se déchire devant les enfants, un contexte qui a sans doute favorisé, sinon causé sa quête d'un mode de vie totalement différent de celui de ses parents.

Le film est tiré d'un livre éponyme de John Krakauer, qui se veut une biographie de Christopher Mc Candless, retrouvé mort, en 1992, dans un vieux bus abandonné sur une piste de l'Alaska, à quelques kilomètres seulement d'un refuge où il aurait pu trouver des vivres et de quoi survivre.

Le livre fait de ce personnage une sorte de héros romantique qui a volontairement coupé les ponts avec la société en ayant brulé l'argent de sa bourse d'étudiant, détruit ses papiers d'état civil,sa carte de sécurité sociale et sa carte bancaire.

Cete thèse de  la rupture sans retour possible est en partie réfutée par un autre livre et un documentaire tiré de ce livre, qui font valoir que les documents censés avoir été détruits selon la première biographie furent en fait retrouvés dans le camion où le corps du jeune homme avait été découvert.

De toute façon, il semble qu'il y ait bien eu une rupture symbolique (peut-être provisoire et non définitive) avec le destin qui lui était tracé avant de se lancer dans une quête absolue de liberté, qui ne peut-être obtenue, à l'instar de ses écrivains favoris (Tolstoy, Thoreau, London, Kerouac) que par un renoncement à tout ce qui pourrait le faire abandonner son projet : vivre seul en osmose avec la nature, comme le héros de Walden le livre du philosophe américain mentionné ci-dessus.

Thoreau, le mentor philosophique de Christopher Mx  Candless, ne coupa jamais totalement les ponts avec la société pendant son expérience de vie en ermite, et retourna parmi les siens et sa communauté de Nouvelle Angletterre.

Le film montre d'ailleurs que le héros décide à un moment de retourner à la civilisation, mais est empéché de le faire par une rivière, sorte de Styx donnant accès au monde des morts. Le ruisseau qu'il a franchi aisément en hiver pour rejoindre son bus est  devenu torrent infranchissable à la fonte des neiges.

C'est en Alaska, la dernière "frontière" américaine dans l'esprit du jeune bourgeois en rupture de ban, qu'il décide d'aller vivre son "Walden" à lui, ceci d'une manière beaucoup plus radicale que celle de son illustre modèle.

Après de brillantes études donc, il refuse la voiture neuve que ses parents proposent de lui acheter pour le récompenser de ses succès universitaires et se lance dans une sorte d'errance à travers l'Amérique, voyage initiatique pendant lequel il devra travailler pour survivre, ayant envoyé l'argent de sa bourse à une ONG (OXFAM).

Autre rupture symbolique, celui avec son identité : Non seulement il brûle sa carte d'identité, mais il se choisit un autre nom. Ce sera "Supertramp" , du nom d'un groupe célèbre, qui signifie super vagabond. L'un des personnages mythique des années de la grande dépression n'est-il pas le "hobo", héros de films et de chansons, qui voyage en passager clandestin dans les wagons de marchandise et qui est pourchassé par les 'turnscrews", les employés des compagnies ferroviaires chargés de pouchasser les chômeurs des années trente. La seule rencontre confrontant le héros du film à la violence, est précisément celle du flic des chemins de fer, qui l'expulse du wagon dans lequel il avait sauté pour remonter au nord de la Californie. Doit-on comprendre cette scène comme une manière de comparer le contexte social des année trente à celui de l'époque actuelle ? Sans doute...

Autre scène, où la violence est seulement évoquée mais bien réelle, celle où "Supertramp" écoute Bush père à télé annoncer sa décision d'envahir l'Irak. Mais en 1992, contrairement à 20 ans plus tôt, il n'y eut pas pas de mouvement étudiant ou pacifiste de l'ampleur de celui qui s'opposa à la guerre du vietnam. Si la colère et la révolte de notre héros avaient pu s'exprimer dans l'action politique, aurait-il choisi cette voie individuelle et suicidaire pour contester le mode de vie américain ? Est-ce la question que nous pose Sean Penn en incluant cette scène dans la narration ? J'ai tendance à le croire.

Il s'agit bien d'un road movie, mais qui n'a pas grand chose à voir avec d'autres films de genre de ce type. D'une certaine manière, Into the wild peut être considéré comme un anti Easy rider. Par exemple, les gens que rencontre le héros sont en majorité bienveillants à l'égard de ce jeune homme qui conteste leurs valeurs. Il fait, par exemple, la connaissance de "rednecks" (réacs)  qui l'embauchent pour la récolte du blé dans une de ces énormes fermes du middle west, appelé également aujourd'hui "Bible belt". Mais  contrairement à ceux de "Easy rider", qui assassinent les motards hippies venus les défier, par leur mode de vie libertaire, dans leur village du sud, ces  "rednecks"-là (pas si réacs que ça en fait)", bien que ne comprenant pas son idéal absolu de liberté  et ce qu'il compte trouver en Alaska, lui souhaitent bonne chance et lui donnent des conseils de survie dans la nature. L'un d'eux, d'ailleurs, en une scène prémonitoire de ce qu'il va lui arriver une fois en Alaska, le prévient que le gibier tué doit être consommé immédiatement si l'on ne veut qu'il devienne impropre à la consommation en raison des mouches qui pondent leurs larves sur la carcasse en un temps record. C'est précisément cette mésaventure qui lui arrive après avoir tué un élan, ce qui lui fait écrire, apèrs coup : "je n'aurais jamais dû tuer cet animal" . La nature n'est pas si généreuse que ne le veulent certaines fables écologistes ou New age angélistes. Elle se montrera cruelle envers lui, qui écrit, dans son carnet retrouvé dans le bus, qu'il s'y sent piègé après son échec de retour vers le monde des vivants. Il écrit également dans son carnet, peu avant de mourir d'épuisement et sous alimenté, que le bonheur "n'est réel que partagé". Quel aveu pourrait démentir plus que cette dernière phrase, ce qu'il croyait  trouver dans ce désert glacé : La solitude absolue ne procure pas le bonheur ni la liberté. L'Homme, comme dirait l'autre, est un animal social. Il a besoin de ses semblables, pour le pire et le meilleur, ne serait-ce que pour survivre..

Au mieux, la nature se montre indifférente envers lui, comme dans cette scène métaphorique où un ours sauvage s'approche de lui, le renifle et poursuit son chemin, alors qu'il n'est pas armé et aurait fait une proie facile à dévorer.

Il y a aussi ce grand-père, croyant et conservateur pourtant, qui a perdu sa femme et son fils, le considère comme son petit-fils et lui propose de l'adopter une fois qu'il sera de retour d'Alaska.

Même les clochards des bas-fonds de Los Angeles, Babylone moderne dans laquelle il erre une nuit avant de s'en enfuir, ne montrent aucune hostilité à son égard.

Le douanier qui lui fait la leçon lorsqu'il tente de retourner aux USA après être entré illégalement au Mexique est également bienveillant, ceci alors même qu'il n'a aucun papier d'identité.

Que dire également, de ce couple de jeunes touristes danois, rencontrés dans le canyon du Colorado, qui apprécient tout autant les magnifiques paysages désertiques que les casinos de Las végas ? Sont-ils la parabole de ce que représente l'Amérique pour les étrangers : une sorte de rêve hétéroclite de monde meilleur où se projettent des stéréotypes touristiques ne voulant retenir que les aspects superficiels du pays, et que le film déconstruit de manière sytématique

Il y a aussi ce couple de vieux hippies, rencontrés sur la côte californienne, qu'il rejoindra dans le désert, à Slab city, un campement de mobile homes pour ceux qui vivent en marge de la société américaine. La femme, dont le fils, comme lui, s'est enfui un jour pour ne plus jamais donner signe de vie, se prend d'affection pour ce fils de rechange et lui-même les considère un peu come les parents qu'il aurait aimé avoir. Mais on ne peut en conclure que Sean Penn considère les "vrais" parents du héros comme seuls responsables de sa fuite, puisque ces autres parents "cool" n'ont pas su non plus retenir leur progéniture et s'en faire aimer...

Je conclurais par une réflexion personelle, qui n'est sans doute pas le message que le réalisateur a voulu transmettre, mais qui, je crois, est véhiculé implicitement dans ce très beau film :

Quand de jeunes idéalistes s'emparent d'utopies généreuses (comme celles des livres de chevet du personnage), qu'elles impliquent une transformation politique ou individuelle,  et qu'ils veulent mettre en pratique leur rêve de société meilleure de manière trop radicale, c'est souvent Thanatos qui prévaut sur Eros. Et de fait, c'est bien la pulsion de mort qui triomphe lorsqu'elle pousse le héros à s'isoler du monde, et à refuser la proposition qui lui est faite de faire l'amour, par la jeune fille mineure du campement de hippies où il est allé rejoindre les "parents" qu'il s'est choisi pour quelque temps avant de les abandonner eux aussi pour son "trip" mortifère. Ces parents de rechange d'ailleurs, lui conseillent bien de téléphoner à ses vrais géniteurs. Mais au moment où il va glisser la pièce de monaie dans une cabine téléphonique pour reprendre contact, il entend un viel homme qui essaie de convaincre sa femme de ne pas l'abandonner et qui va devoir raccrocher par manque de monaie pour continuer la conversation. Au lieu de téléphoner à ses parents, "Supertramp" donne sa pièce au vieux monsieur, mais la communication est coupée.

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:35

   la-terre-outragee.jpg Film français-polonais-ukrainien-allemand sur la catastrophe de Tchernobyl. Fiction et documentaire tout à la fois. Tourné sur le site même par la réalisatrice israélienne : Michale Boganim

Ci-dessous, une critique publiée dans allo ciné, qui n'engage que son auteur (notamment la fin s'en prenant aux verts), mais qui résume assez bien l'atmosphère et la tonalité du film que je viens de voir à Paris.

D'une manière générale, je ne serai pas aussi élogieux que le texte ci-dessous, malgré les qualités évidentes de l'oeuvre, qui a le mérite d'être la première à tenter la gageure de parler de cet événement en l'enserrant dans un cadre narratif et fictionnel.

Le début, qui fait penser au déjeuner sur l'herbe de Renoir, est magnifique. Mais il ne faut pas se tromper : Une menace pèse sur cet Eden soviétique. Pripiat, la ville construite pour les employées de la centrfale de Tchernobyl, est une ville privilégiée, surdotée en équipements cultruels et sportifs, bien approvisionnée (pas de queues dans les magasins). Mais très vite, des signes inquiétants, ignorés d'abord par les habitants, montrent que l'enfer rôde. Il y a aussi du Marguerite Duras dans le commentaire off, un parfum de India song. Une fois la catastrophe passée, les destins parallèles des personnages, qui restent  fascinés par le lieu où le malheur les a frappés, sont moins crédibles.

Mais, au total, un film dérangeant, à voir, nous rappelant ce qui pourrait nous arriver si par malheur......

 

"Mariage pluvieux, mariage heureux. Et il pleut, au mariage d'Anya, il pleut! Depuis trois jours, les vannes célestes sont ouvertes. Ils se font saucer pour la photo devant la statue de Lénine, ils se font saucer pour le bal, sauf que la pluie qui tombe est noire. Noire comme la mort. Le marié, on vient le chercher au milieu de la noce -il est pompier- pour un "feu de forêt". Quand il sort de la centrale, il est tellement irradié qu'il est une vrai usine nucléaire à lui tout seul. Anya ne le reverra jamais. Il y a aussi l'ingénieur Alexeï, qui vient de planter un pommier avec son petit Valery. On le prévient par téléphone: il y a un problème. Mais chut! Défense d'en parler. Fonctionnaire obéissant, Alexei se tait, mais il il sort avec son compteur Geiger, le passe partout, sur les plantes, sur les étals du marché, ce qu'il lit le terrifie. Le chat de la famille, après avoir mangé du poisson fraichement pêché, meurt. [Ca, c'est une petite facilité de mise en scène que je reproche un peu au réalisateur: il nous montre des poissons, des animaux domestiques morts, ce qui est évidemment très frappant, mais j'imagine que cela n'a pas été aussi didactique. Les animaux irradiés ont du, eux aussi, comme les liquidateurs, mettre quelques jours à mourir.] Alors il met sa femme et Valery en voiture, en leur disant de partir. Ils ne se reverront jamais non plus. On vivait bien à Pripiat, mieux qu'ailleurs en Ukraine en tous cas. L'industrie nucléaire faisait vivre la ville. La campagne regorgeait de gibier, et le fleuve, de poissons. Nikolaï, le garde forestier, se cachera quand enfin, trois jours trop tard, les populations seront évacuées, brutalement, sans avoir le droit d'emporter le moindre bagage. Il restera là, chez lui. Il sera rejoint plus tard par des squatters, des Tchétchénes par exemple, qui viendront s'emparer des maisons abandonnées et s'y installer. Anya, évacuée, est revenue à Pripiat. On la retrouve, dix ans plus tard, elle est guide pour Tchernobyl-Tours. Tchernobyl-Tours! On croit rêver. Eh oui, des agences de tourisme organisent des voyages dans la "zône", il y a des étudiants, des journalistes -mais aussi, sans doute, des gens poussés par une curiosité malsaine. On les affuble d'une blouse, on leur fait éviter les secteurs encore trop contaminés, et ils se font photographier devant la grande roue du parc d'attraction qui n'a jamais ouvert. L'inauguration devait avoir lieu le 1 mai. La catastrophe a eu lieu le 28 avril.... Au cours de la visite, on passe chez Nicolaï qui offre ses pommes, excellentes dit-il, mais à vrai dire les visiteurs ne se pressent pas pour les prendre.... Il y a aussi les familles des victimes -des liquidateurs, qui reviennent devant le monument qui leur est dédié, mettant la table pour leur offrir des gateaux, de la vodka, dans un étrange cérémonial plus animiste qu'orthodoxe à vrai dire.... Valery s'échappe. Il ne peut croire que son père soit mort. Il pense que son père le recherche. Cet Alexei, vieilli, qu'on nous montre trainant dans les gares et demandant le nom de tous les jeunes gens qui pourraient avoir l'âge de Valery, est -il réel, où est ce une projection des fantasmes du jeune homme? Anya est partagée entre un fiancé français, qui la presse de partir avec lui, et un amant à Pripiat. Finalement, l'attachement à sa terre est la plus forte. Il y a chez tous les protagonistes du magnifique film de Michale Boganim, cette volonté de préserver cette terre que l'incompétence humaine a salopée. C'est cela qui donne au film sa richesse et sa profondeur, cet amour de la terre natale qui veut que, parce qu'on l'a outragée, eh bien, il faut rester solidaire avec elle, il faut la défendre. Anya, c'est la ravissante ex-mannequin ukrainienne Olga Kurylenko, très convaincante dans ce rôle. Elle a beaucoup poussé à la réalisation du film. Alors on se demande pourquoi cette oeuvre, sortie en pleine période électorale, n'a pas été revendiquée, utilisée par nos Verduronnets? Vous me direz que leur leader, trop occupée par les scandales financiers et le mariage homosexuel, a oublié que le E du logo voulait dire "écologie". Mais surtout, je pense qu'ils ne doivent pas trouver le film suffisamment militant (ce n'est pas son propos....). La survie de ceux qui, comme Nicolaï, n'ont pas voulu quitter la zône, mais c'est un scandale! Kill them all! Pour moi, nuclearophile comme vous le savez, on voit là un vrai catalogue de tout ce qu'il ne faut pas faire. Devant cette centrale quasiment à l'abandon, avec son personnel démotivé et sous-payé, on pense à ce qu'on risque si on abandonne notre industrie aux marchands du temple: privatiser les centrales, recourir à la sous traitance, vendre des réacteurs à des pays non fiable sur le plan de la stabilité politique ou de la capacité intellectuelle... Brrrrr! Mais, répètons le, ce n'est pas cela le propos de ce beau film, grave, émouvant, à voir absolument.

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 12:28

    skylabVu, ce weekend, le dernier film de Julie Delpy. Moi qui ai facilement la nostalgie du temps passé en bandoulière, ce petit film, même s'il ne nous transporte pas dans les années 60, celles de mon adolescence et des bals de campagne que j'ai décrites dans mon roman, Le prince des parquets-salons, m'a fait passer un très bon moment. Je donne ici deux liens menant à des critiques qui, à mon avis, reflètent très bien le contenu et l'atmosphère du film sans qu'il soit besoin que je rajoute mon grain de sel.

 http://www.evene.fr/cinema/films/le-skylab-37763.php?critiques#critique-evene

 

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/le-skylab_1036435.html

 

 Deux petits bémols cependant :

- Les scènes constituant des petits morceaux de bravoure (l'histoire racontée dans la voiture, les chansons entonnées à la fin du repas, la démonstration d'un aspirateur high tech pour l'époque, le frotteur de la boum, etc..) sont un, peu longues. On avait compris que la réalisatrice voulait nous plonger dans l'atmosphère de ces années-là, se repasser en boucle des moments de son enfance qui lui font chaud au coeur et à l'âme. Mais ces séquences pouvaient être écourtées, sans qu'il soit besoin d'entendre tous les couplets des chansons, toute la tirade du représentant de commerce et néanmoins beau-frère, ou l'intégralité du slow de la boum pour ados boutonneux..

- Les scènes d'engueulade pendant le repas illustrant les oppositions politiques et idéologiques entre nostalgiques de la colonisation et soixante-huitards d'une part, beau-frères machistes et féministe militante d'autre part, sont suffisamment explicites (voire parfois binaires et manichéennes) pour qu'elles n'aient pas besoin, en prime, de la séquence, très improbable, dans laquelle l'un des beaufs pénètre dans la chambre à coucher de l'un des couples endormis, agresse sa belle-soeur, puis, pleurnichant et larmoyant, confie au mari (très compréhensif envers l'agresseur de son épouse), combien il regrette le bon vieux temps de la coloniale où il était le "patron", pouvait se permettre d'entrer dans un village et d'avoir (c'est à dire de violer..) toutes les femmes qu'il voulait.

 

Mais ces longueurs et ces outrances n'empèchent pas de passer un très bon moment. Parmi les répliques qui sont autant de marqueurs d'époque (chansons, blagues, slogans publicitaires..), expressions, illustrant, comme les costumes (particulièrment savoureux) l'innocence et la folie insouciante des années soixante-dix, il y en a deux que  ma sensibilité de vieux con passéiste a particulièrement notées :

- D'une belle soeur à forte poitrine, pelotée complaisamment et fièrement par son mari devant tout le monde, on dit qu'elle a de "la conversation.." Et tout le monde rit de bon coeur, y compris la féministe.

- Lorsqu'il est question de laisser aller ou non, les pré-ados à la boum et surtout de leur permettre de rentrer seuls à minuit, l'actrice féministe  qui n'est autre, si j'ai bien compris que la mère de la réalisatrice, a, envers les congénères Bretons de son mari, des propos généralisateurs qu'elle trouverait racistes si elle les entendait proférés par ses beaufs à l'égard des arabes ou des noirs. Elle dit quelque chose comme cela je crois : "On va pas les laisser rentrer seuls avec tous ces Bretons bourrés, la nuit, le long de la route."  Autodérision de la réalisatrice envers elle-même a posteriori ou rappel d'un temps où, effectivement, la Bretagne avait la réputation - justifiée ou non - de détenir le record national lde consommation d'alcool ?  

 

Qu'en est-il aujourd'hui de cette insouciance, de cette autodérision et de cette innocence ? Est-elle perdue à jamais ? Pas si sûr si l'on en juge par les scènes contemporaines encadrant la narration, celles ou la réalisatrice, devenue adulte, se met en scène alors qu'elle rentre à Londres en Eurostar en famille. Le mari est Anglais (Grand Breton !!) et non plus simplement Breton. le monde est mondialisé... Est-on si loin que ça de la franchouillardise bon enfant qui domine lors de l'anniversaire de la grand-mère, l'année où le Skylab doit s'écraser sur la Bretagne et risque, selon la comédienne féministe et écologiste avant la lettre,  de contaminer radioctivement la France ? On ne s'engueule plus sur la politique, mais en demandant à des passagers de changer de place afin que la famille ne soit pas séparée, car on a envie de jouer aux cartes avec ses enfants. On s'en prendrait presque à regretter l'après-soixante-huit, ce bon vieux temps où l'on se traitait de réac, de facho, de stalinien et d'autres noms d'oiseaux, pour des causes qui -pensait-on - en valaient  (vraiment ?) la peine. A l'époque post-moderne où nous sommes rendus, la scène contemporaine dans l'Eurostar signifie-t-elle un repli sur les valeurs familiales et intimistes, tant décriées en soixante-huit et permettant cependant à tous les personnages du film de communier dans la chaleur de cette réunion de famillle, agitée parfois, mais revécue avec toute l'empathie du monde (trop d'indulgence diront certains ..), y compris  envers les personnages peu sympathiques comme les deux beau-frères pro OAS, dont l'un d'entre-eux - celui, un peu trop caricatural à mon goût, qui voudrait pouvoir faire la guerre à nouveau contre les " indigènes" -  devient fou lorsqu'on lui rappelle que sa fille s'est sauvée de la maison familiale avec un arabe.........

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 14:34

bucher-des-vanites.jpgRevu avec un regard nouveau depuis l'affaire DSK, hier soir sur Arte, ce film de Brian de Palma, tiré d'un roman à succès de Tom Wolfe, publié en 1983. Titre eponyme : The bonfire of the vanities.

Le film lui-même est sorti en 1999. Au moment de sa sortie, le film fut un échec commercial important. Aujourd'hui, le scénario semble avoir été écrit après les événements que nous avons vécus récemment.

Le choix de programmer ce film maintenant, au moment où DSK, après la séquence américaine, va devoir affronter la justice française pour l'affaire Banon, n'est sans doute pas un hasard.

L'histoire de cet homme riche et puissant vaudrait sans doute à l'adaptation cinématographique, si elle sortait sur les écrans aujourd'hui, un succès immédiat. 

Ce richissime financier est accusé d'avoir pris la fuite après avoir renversé un adolescent noir dans le Bronx, une nuit où, en compagnie de sa maîtresse qui conduisait sa voiture, les deux amants avaient pris par erreur une bretelle de sortie conduisant dans un quartier où des gens de leur classe sociale ne s'aventurent jamais habituellement,

La descente aux enfers de cet homme  fait étrangement penser à ce qui est arrivé à l'ancien directeur du FMI.

Qu'on en juge par l'intrigue, le personnage principal et les protagonistes qui s'agitent autour de son cas pour le faire choir de son piédestal et se construire une notoriété à ses dépens :

- Le procureur de New york, un juif accusé de racisme par la communauté noire et qui doit prochainement affronter une élection non gagnée d'avance, tient absolument à prouver qu'il se montre impitoyable envers les riches blancs et qu'il défend la cause des humbles et des opprimés constituant la majorité de son électorat dans le district où l'accident s'est produit. ce district n'est autre que le Bronx, le même quartier où DSK devait être jugé si les autorités n'avaient pas abandonné leurs charges....

- Le pasteur du quartier où l'adolescent s'est fait renverser, autoproclamé meilleur défenseur de la communauté noire, comprend tout le parti qu'il peut tirer de cette situation pour se constuire une notoriété en instrumentalisant la rancoeur des pauvres, des minorités ethniques, contre les privilégiés qui sévissent à Manhattan. A cet égard les scènes de tribunal, pendant lesquelles l'assistance, raccolée par les associations pour faire pression sur le juge, rappellent étrangement celles où la haie de femmes de chambres conspuait DSK à son arrivée au tribunal, ceci au nom des humbles, des "non blancs"

 - Le révérend activiste fait également étrangement penser à l'avocat de Nafissatu Diallo, qui a choisi comme stratégie une ligne de défense  dénonçant une justice de classe et "raciale".

- La mère de l'adolescent, elle-même, n'est pas si éloignée de la femme de chambre prétendument violée par notre Frenchy queutard invétéré et néanmoins ancien présidentiable, puisqu'elle se laisse manipuler par le pasteur et les associations en espérant récolter une somme rondelette pour elle-même, son fils étant dans le coma et ne semblant pas pouvoir profiter un jour de cette manne financière.

- Que dire également de l'association des locataires de l'immeuble de luxe ou réside le présumé coupable, qui lui demande de quitter les lieux car il gène les résidents respectables qui ne veulent plus de lui. On se souvient de l'épisode où DSK s'est vu lui-même refuser par les locataires d'un immeuble où il voulait louer un apartement, le privilège de partager leur "humble résidence" et dut trouver à prix d'or un immeuble occupé uniquement par lui et sa femme.

- Autre scène qui fait immanquablement penser aux images de DSK menotté, celle de l'arrivée au tribunal. Son avocat l'avait rassuré en lui prédisant une simple formalité, mais dans la voiture de police, les officiers lui annoncent qu'ils doivent lui passer les "pinces", et une foule de journalistes prévenus sans doute par le procureur et attirés comme des mouches par le scandale et la chute d'un puissant l'attendent sur les marches du palais de justice pour le crucifier de leurs flashes  fouineurs.

- La femme du chauffard présumé ne ressemble certes pas à Anne Sainclair, car elle ne tarde pas à le quitter dès qu'elle apprend sa mise en examen, et alors même qu'elle n'a pas encore connaissance de sa liaison avec celle qui conduisait la voiture au moment de l'accident.

 

De Palma ne pouvait évidemment pas penser à DSK quand il a réalisé son film, ni l'auteur du livre envisager que les frasques d'un riche homme politique français illustreraient un jour à merveille le récit qu'il avait conçu pour dénoncer les travers et dysfonctionnements du sytème judiciaire américain. Mais on ne peut aujourd'hui que s'étonner, malgré la caricature  parfois outrancière de la fable, du caractère prémonitoire de l'oeuvre littéraire et de son adaptation cinématographique.

 

Ceux  auxquels le parallèle que je fais ici avec l'affaire DSK a donné envie de voir le film peuvent consulter les lignes ci-dessous :

 

D'où vient l'expression bucher des vanités ?   (extrait d'un article de wikipedia)

Le Bûcher des Vanités (en italien : Falò delle vanità) a lieu le 7 février 1497 quand les disciples du moine Jérôme Savonarole rassemblent des milliers d’objets pour les brûler, à Florence, le jour du Mardi Gras.

Les objets visés par cette destruction sont ceux qui poussent au péché, spécialement ceux qui touchent à la vanité, comme les miroirs, les cosmétiques, les robes richement travaillées, les bijoux, les instruments de musique. D’autres objets aboutissent sur le bûcher : livres immoraux, chansons non-religieuses, images licencieuses. Quelques chefs-d’œuvre de la peinture florentine, des nus d’inspiration mythologique de Botticelli sont portés par le peintre lui-même au bûcher.

De tels bûchers ne sont pas une invention de Savonarole, et accompagnaient fréquemment les sermons hors des églises de saint Bernardin de Sienne, dans la première moitié du XVe siècle.

 

 

DistributionElle est particulièrement efficace, avec Tom Hanks dans le rôle du présumé coupable, Mélanie Griffith, délicieusement perverse en maîtresse intéressée, qui témoigne contre son amant au procès. Morgan Freeman est excellent comme d'habitude dans le rôle du juge intègre qui, bien que noir, refuse de transformer le procès en instrument d'agitation sociale et de levier politique. Il y a aussi Bruce Willis, qui pour une fois, ne se commet pas dans un navet hollywoodien où les méchants tombent comme des mouches. Ici, il joue le rôle d'un journaliste qui dans un premier temps, comme la plupart des ses confrères et bien que persuadé de l'innocence de celui que tout le monde accuse, tait ce qu'il sait pour aller dans le sens de ce que son rédacteur en chef et le public du journal  souhaitent entendre, puis comme tout le monde ensuite, applaudit lorsque la victime expiatoire des media et bouc émissaire idéal cristallisant sur son nom toutes les frustrations des laissés  pour compte du rêve américain est innocentée. A la fin du film, on le voit recevoir le prix Pulitzer pour un livre dans lequel il surfe de manière opportuniste sur une opinion publique toujours changeante au gré des fluctuations de l'actualité. Tout le monde, y compris ceux qui voulaient à tout prix brûler le financier sur ce bûcher des vanités post-moderne, salue désormais le sytème et ses protagonistes institutionnels divers, qui ont  su reconnaître leurs erreurs, blanchir l'innocent.

La justice a triomphé comme on dit, mais le faux happy end laisse au spectateur  un goût amer.

D'autre procès en sorcellerie, dans lesquels des avocats et des partis instrumentalisant la haine raciale et celle de classe, feront la une de l'actualité. Les boucs émissaires que sont les riches et les banquiers, (qui se trouvent parfois être juifs également, comme le financier du film et DSK.........), seront à nouveau désignés comme responsables de tous les maux sociaux par les damnés de la terre et ceux des politiciens qui font croire à leurs sectateurs qu'il suffirait de punir les puissants et de récupérer l'argent confisqué par un grand complot de la finance cosmopolite pour aller vers un avenir radieux.

A chaque extrémisme son bouc émissaire. Pour l'extrême droite et la droite populiste, ce sont les émigrés qui sont responsables de tout. Pour l'extrême gauche, la gauche extrême, et parfois également pour une partie de la gauche qui se dit modérée, les nouveaux grands complots contre la république, la démocratie, la culture,  sont fomentés une fois de plus (l'histoire se répète...)  par les banquiers, les traders, et bien sûr leurs complices de la presse et des media aux ordres  du pouvoir.

CQFD, l''angle droit bout à 90° ...............

 

 

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 09:30

 

les-chemins-de-la-liberte-53223.jpgVu hier soir, le dernier film de Peter Weir, le réalisateur australien, tiré de l'invraisemblable histoire d'une évasion du Goulag sibérien et du périple ayant conduit les fugitifs d'un camp situé en Yakoutie jusqu'au Sikkim, en Inde, en passant par la Mongolie, le désert de Gobi et l'Himalaya. Bien que l'essentiel de l'histoire se situe à l'esxtérieur du camp, le spectateur a le temps de prendre un peu connaissance de l'horreur du sytème concentrationnaire soviétique, où 50 millions d'individus ont péri, servant de force de travail esclave aux desseins du camarade Satline. Les séquences décrivant la vie à l'intérieur du camp montrent très bien ce que tous les témoignages (ceux entre autres de Evgenia Guinzbourg dans Le vertige, ceux également de Chalamov dans Le ciel de la Kolyma, ceux, évidemment de Soljenitsine) disent, à savoir que l'administration des camps se servait abondamment des détenus de droits communs et des pires criminels pour briser les prisonniers politiques. Les premiers étaient en effet considérés par le régime comme des victimes du capitalisme et à ce titre plus proches de la classe ouvrière que la "vermine" petite bourgeoise qu'il fallait à tout prix éliminer pour voir l'avènement de l'homme nouveau soviétique. Etrange similitude avec le génocide nazi, comme l'a très bien démontré Anna Arendt dans ses ouvrages sur le système totalitaire.

Le film, indépendamment de ses qualités et défauts est un témoignage indispensable sur cette autre face du système totalitaire, beaucoup moins connue que la solution finale allemande, notamment chez nous où sévit encore une sorte de négationisme rampant, où il suffit de comparer les deux régimes pour être suspecté d'être de droite, ou pire encore d'extrème droite. Décidément, la fameuse formule de Sartre, "l'anticommuniste est un chien" a la vie dure.... Chez nous en tout cas...

Il me faut bien rappeler que cet argument fut principalement utilisé par les régimes staliniens, non, principalement contre les ennemis de droite, mais pour isoler les anciens "amis de gauche" (Trotskystes, socialistes révolutionnaires, etc...) devenus "sociaux traitres" au fur et à mesure que le dictateur et le régime faisaient le vide autour d'eux et s'éloignaient de plus en plus du pêuple qu'ils étaient censés défendre et des idéaux révolutionnaires au nom desquels on déportait et massacrait des innocents. Tout ce processus a été fort bien documenté dans la littérature et notamment chez nous par Camus, dans l'Homme révolté, mais les peuples ayant la mémoire courte et pouvant toujours être séduits, avec la crise actuelle, par des discours et solutions extrémistes nous promettant de nouveaux "avenirs radieux" dans un monde débarassé du libéralisme, mais-cette-fois-c'est-juré-sans-les-dérives- du-passé, un tel film, même avec ses défauts "hollywoodiens", n'est pas inutile.

Pour ce qui est du film, on peut lui reprocher d'être un autre outil de propagande anticommuniste hollywoodien et de se complaire dans la contemplation de paysages splendides, au gré des contrées traversées. Certes les images sont magnifques, le tout est magnifiquement filmé, mais la nature n'est pas vue ici comme un décor  de western. Elle est au contraire mise en scène, malgré sa beauté, comme l'élément essentiel  (avec les hommes sinon "libres" du moins non internés, qui pourraient les dénoncer) de l'enfermement et de l'aliénation des êtres humains dans un environnement politique, social et naturel hostile. En même temps, c'est cette hostilité extrême du goulag, de la société, du régime et de la nature qui rend possible la fraternité qui lie les fugitifs et qui seule permettra aux rescapés de cette aventure de survivre et de lier entre eux des relations qui ne sont pas basés sur la force et la violence exercée envers les faibles.

C'est la quète de ces hommes, perdus dans ces déserts de glace et de sable qui rendent ces images nécessaires, indispensables à la force du message.

Le film et le flivre duquel il est adapté (The long walk) nous rappelle également un triste épisode de la 2ème guerre mondiale et du pacte germano soviétique lors duquel l'URSS et le Troisième Reich se partagèrent la Pologne, envahie en 39 par les soviétiques et les nazis avant qu'Hitler n'attaque son allié d'un jour. L'auteur du livre était un officier de l'armée polonaise ayant combattu vaillamment contre les envahisseurs nazis et du côté soviétique ensuite. Il ne fut pas massacré à Katyn pat Staline comme beaucoup d'autres, mais accusé d'espionnage par le NKVD, qui souhaitait se débarasser de tous les cadres et patriotes polonais pouvant constiuter une force de résistance au pouvoir soviétique après la guerre. Un des autres compagnons de route de l'officier polonais est l'un de ces idéalistes américains ayant rejoint le pays des oviets pour construire le communisme et déporté en Sibérie pendant la guerre, au seul motif qu'il devait être un espion, comme tous les étrangers, même communistes convaincus... 

Un autre fugitif est un droit commun, appartenant à ce lumpenproletariat dont Marx disait qu'il ne pouvait absolument pas constituer un allié de la classe ouvrière dans sa lutte pour son émancipation, mais au contraire l'un de ses pires ennemis dans ce moteur  de l'Histoire, qu'est pour le philosophe, la lutte des classes. Dans une très belle scène, alors que les autres fugitifs, qu'il a suivi jusque là, franchissent la frontière mongole, il préfère ne pas suivre ses compagnons et rebrousse chemin pour retourner dans la vaste prison qu'est devenue son pays et le système inhumain qu'il a engendré. Pour lui, qui n'a jamais connu la liberté, il ne peut imaginer un monde qui vaille de risquer sa vie pour atteindre une chose, une idée, qu'il ne peut même concevoir. Ce qu'il fuit en s'évadant, ce n'est pas comme les autres, l'esclavage ou la perte de la dignité humaine, c'est la dette de jeu contractée envers d'autres détenus de droit commun, qui l'élimineront pour être incapable de payer ce qu'il a perdu lors de partie de cartes où se gagnent ou se perdent des biens permettant de survivre et volés aux "politiques" : des morceaux de pain, des cigarettes, des vestes matelassées.....

Ci-dessous : un lien vers la bande annonce du film, ainsi qu'un autre lien vers vers les premiers chapitres (en anglais) du livre The long walk, adapté au cinéma par Peter Weir. Dans ces pages, l'officier polonais et auteur du récit, décrit son arrestation et son interrogatoire par le sbire chargé de lui soutirer des aveux qu'il n'obtiendra pas malgré la torture..

 

La bande annonce du film : 

 http://www.linternaute.com/cinema/film/1701630/les-chemins-de-la-liberte/bande-annonce/213307/

 

Lien vers les premiers chapitres du livre ayant inspiré le film :

http://www.amazon.com/Long-Walk-True-Story-Freedom/dp/1558216847#reader_1558216847

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 07:37

somewhere-de-sofia-coppola-10344847vnzqk.jpgVu hier à Paris le dernier film de Sofia Coppola, Somewhere, après avoir essayé d'entrer (en vain, il y avait 5 heures de queue..) à l'expo Monet. Le début du film est laborieux, on ne sait pas trop où la réalisatrice veut en venir avec de longues séquences - qui pourraient être écourtées sans nuire au message - montrant le désoeuvrement et la perversion d'un acteur à succès. Par exemple,  entre deux gueule de bois, il est appelé par son agent gérant entièrement son emploi du temps pour des séances de photos avec une actrice qui fut sa partenaire dans un film et sans doute son amante déçue. On le suit également  lors d'une prise d'empreinte pendant  laquelle on fait un moule de son visage. Pendant cette séquence qui est métaphorique de son statut d'acteur en carton pâte,  on voit son visage disparaître sous la couche de glaise appliquée celui qui est chargé de le "statufier". Il devient momie, façonné par la volonté d'un système qui l'utilise, qui le chosifie. Au cours de son errance à travers les différents "happenings" ponctuant son somnanbulisme mental, il reçoit des SMS injurieux qui émanent sans doute d'une conquête remerciée, il conduit une voiture de course sans but sur les autoroutes de Los Angeles, suivant une femme lui ayant souri au volant jusqu'à sa villa et devant rebrousser chemin lorsque la grille se ferme automatiquement derrière elle. Il fait venir à domicile des danseuses érotiques payées, sans même leur demander de coucher, semblant se contenter d'une posture voyeuriste, souriant bêtement en les voyant se trémousser autour de la barre de fer démontable et remontable qu'elles emmènent avec leurs tenues de travail. Lors d'une soirée donnée à son insu par un ami dans son apartement il s'endort, (abruti qu'il est par l'alcool incurgité et sans doute par d'autres substances), en  train de faire un cunilingus à une partenaire abordée au hasard.

Peu à peu cependant, le personnage prend de l'épaisseur lorsqu'il doit (entre deux parties de jambes en l'air avec des petites starlettes attirées comme des mouches par ce néon pouvant leur apporter une parcelle de célébrité fugace) s'occuper de sa fille de onze ans, que son ex femme lui confie d'autorité, pour "prendre du recul" selon l'explication qu'elle lui donne.

Le père et la fille, contre toute probablilité et malgré la vie dissolue et superficielle de l'acteur, s'inventent, se bricolent, une relation chaleureuse et complice. Il y a des scènes d'une infinie tendresse, celle par exemple où ils sont allongés dans le même lit (en tout bien tout honneur !!) et commandent des glaces qu'ils dégustent ensemble, ou bien encore celle de la piscine, où ils décrivent des arabesques sous-marines comme deux gosses en apesanteur et en symbiose affective. Dans cette scène comme dans d'autres d'ailleurs, le père semble être le plus immature des deux...

Gtâce à la présence inattendue et non vraiment souhaitée au départ de sa fille, l'acteur découvre que sa vie peut avoir un sens et réalise qu'il n'est rien d'autre qu'un petit minable malgré ses succès médiatiques et féminins.

L'actrice qui joue la pré-adolescente de onze ans à la recherche d'un père qui ne s'est guère occupé d'elle jusque là est lumineuse. Son jeu est sobre, fait tout à la fois d'innocence et de maturité. Elle devient comme une petite maman pour cet acteur à la dérive qui ne savait pas comment être père jusque là.

Sofia Coppola, bien que déclarant, dans ses interviews à la presse, que sa vie ne fut pas semblable à celle de l'héroïne du film, qu'elle ne fut aucunement délaissée par son père, connait bien son sujet. Comme Cleo, la fille de l'acteur, elle a probablement été poursuivie par des photographes traquant les people à la recherche d'histoires ou de photos pouvant faire scandale. Enfant, elle a bien dû accompagner son père célèbre lors de ses tournées de promotion dans le monde. Comme ce père,elle doit maintenant répondre à des questions stupides de journalistes ou présentateurs, ne portant même pas sur l'oeuvre censée être la raison de sa venue sur le plateau. A cet égard, la séquence lors de laquelle Johnny Marco emmène sa fille en Italie est sans doute empruntée à des souvenirs personnels. Le père et la fille sont, logés dans un luxueux palace duquel ils sont pourchassés par les paparazzis et doivent s'enfuir comme des amants ne voulant pas révéler leur relation au monde entier. Prisonnier dans sa prison dorée, tout comme il l'est dans le célèbre hötel Marmont où il réside à Los Angeles,Johnny Marco ne peut sortir qu'en prenant certaines précautions : Il doit regarder sans cesse dans le rétroviseur pour voir s'il n'est pas suivi. A l'étranger, dans le palace somptueux et aux décorations Pompéïennes (signe de décadence de la société du spectacle avant le cataclysme qui nous guette ?)  où il réside, il lui est impossible de voir le pays et de rencontrer de "vrais" gens. Toute la séquence romaine (on pense à Fellini..) est emblématique de la frustration que peut ressentir un créateur, un artiste, lorsqu'il se retrouve, malgré lui sans doute, dans un show berlusconien peuplé d'ineffables bimbos danseuses et potiches de service,  où ceux qui l'ont fait venir là à leurs frais ne veulent entendre de lui que quelques mots insipides, toujours les mêmes formules consensuelles flattant l'orgueil national, à la gloire du pays d'accueil, prononcés dans la langue locale, mais ne faisait pas avancer d'un poil la compréhension de l'oeuvre. On atteint là le degré zéro de la communication entre les êtres et deux cultures, qui pourtant sont occidentales et devraient pouvoir se rencontrer et s'enrichir mutuellement. Elles peuvent sans doute le faire, mais en d'autres lieux que dans ce barnum de paillettes et de strass.......... Dans ces conditions, on peut, tout comme Sofia Coppola et son père, ou Johnny Marco, être d'origine italienne et se sentir totalement étranger dans le pays de ses ancètres, coupé de ses racines en passant dans la moulinette médiatique.

De ce point de vue, on retrouve dans ce film les thèmes de Marie Antoinette : Solitude absolue des grands de ce monde, coupés de la "réalité", à la recherche d'authenticité, hagards, prsonniers d'une cour qui les choient et les broient tout à la fois. On me dit que ce thème parcourt également Lost in translation (que je n'ai malheureusement pas vu).

Marie Antoinette m'avait énervé par ses inexactitudes historiques et la superficialité du regard porté sur cette période de notre histoire, mais après avoir vu ce dernier opus, il me semble que je devrais peut-être revoir le précédent à la lumière de ce que celui-là m'a révélé des obsessions récurrentes de la réalisatrice.

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 09:00

mammuth.jpgMamuth est un très joli petit film. C'est  l'histoire tout à la fois drôle et pathétique d'un ouvrier boucher arrivant à la retraite et devant retrouver des papiers pour valider ses "points". C'est un être innocent, totalement inadapté à la société telle qu'elle est devenue, abordant les gens qu'il rencontre lors de son errance en moto, avec une naïveté qui lui vaut des déboires successifs. Il est un Candide de notre début de siècle en quelque sorte, dans les yeux d'enfant duquel se reflète le cynisme des temps.

La scène de départ à la retraite, dans laquelle le patron fait un petit speech convenu et maladroit, saluant l'ouvrier modèle, "qui ne se plaint jamais", qui a le goût du travail bien fait, est tout à fait savoureuse. Pendant que le boss loue l'abnégation au travail du nouveau retraité, les collègues du Stakhanov de la productivité capitaliste en France profonde, qui désossait les bestiaux   plus rapidement que tous ses compagnons d'infortune, ceci avec une dextérité et une rapidité diabolique, profitent de l'aubaine et du répit offert par cette cérémonie en se gavant  de petit fours sans broncher, sans approuver ni sembler désapprouver cette apologie du travail à la chaîne en chambre froide. Cette scène est tout à la fois d'une drôlerie désopilante et d'une vérité tragique. Elle culmine dans le burlesque lorsque le patron proclame, à l'issue de son ridicule speech de circonstance :"Et maintenant, que la fête commence"...

Une autre scène,  particulièrement savoureuse, elle aussi pathétique et amusante à la fois, comme beaucoup d'autres, est  celle où le héros, ne sachant que faire pour son premier jour de retraite, va faire les courses au supermarché où travaille sa femme, et traite l'employé  officiant au rayon boucherie de tous les noms d'oiseaux car ce dernier ne peut répondre à ses questions sur la façon dont le jambon qu'il vend a été fumé, déclarant qu'en étant payé au SMIG, il ne va pas se mettre à faire du zèle en vantant les mérites des produits qu'il sert. A l'issue de cette altercation, sa femme sera, en représailles, mutée au rayon poissonnerie, poste où elle redoutait le plus d'être affectée..

Il y a aussi, dans une veine différente, un épisode qui met mal à l'aise, mais qui, à sa manière, est bouleversant et traduit l'immaturité et l'innocence du personnage, en dépit de ce que montre la scène, que certains spectateurs trouveront sans doute incongrue, immorale et d'une perversion malsaine.  Lors de son retour dans le coin où il a vécu dans une autre vie, dans une sorte d'éden libidineux, il retrouve un ancien ami d'enfance. Les deux compères, histoire de célébrer l'événement, ne trouvent rien d'autre à faire que de se prêter leurs mains respectives pour se masturber mutuellement, dans un élan de "franche camaraderie" en quelque sorte, comme ils devaient le faire quand ils étaient gamins. Ce qui est le plus dérangeant sans doute, dans la scène, c'est qu'ils le font non pas en adultes passant à l'acte pour assouvir une pulsion homosexuelle réprimée depuis l'enfance, mais dans une sorte de retour régressif vers un passé disparu, qui ne sera pas plus utile, même exhumé, que les quelques papiers de retraite que le héros retrouve mais laisse s'envoler en conduisant sa moto dans la campagne, et tente de ramasser dans un fossé.

Depardieu et Yolande Moreau sont éblouissants de vérité, Depardieu se met constamment en danger et expose sans pudeur son obésité pour servir le personnage et le film. Pétain donnait "sa personne" à la France. Depardieu offre sa laideur à son art et au rôle. L'histoire tourne rapidement le dos à une satire sociale et à un critique misérabiliste et larmoyante et se transforme en anti "Easy rider", en road movie franchouillard surréaliste et déjanté qui nous renvoie à notre destin à tous, aussi absurde, au fond, que celui du héros, malgré nos prétentions et illusions à profiter mieux que lui d'une retraite enrichissante....

Bien au-delà de la quête administrative de paperasse, il s'agit également d'une histoire plus universelle d'occasions et d'amour ratés, avec une Isabelle Adjani qui apparait par instants. Cette apparition sanglante fut sans doute le grand amour du héros, tuée dans un accident de moto. C'est d'ailleurs probablement en conduisant cet engin lui aussi inadapté à l'époque - autre clin d'oeil des anti-héros du film  aux Harley Davidson d'Easy rider - que le désosseur de porcs à la retraite tua ce fantôme d'un bonheur impossibe. Il n'est donc pas fortuit que ce soit sur cette monture, sortie du garage et de la naphtaline mémorielle après des années d'inutilisation, que le garçon boucher s'élance sur les routes de Charente pour partir à la recherche des lambeaux manquants d'une vie totalement ratée., Comme dans tout bon road movie qui se respecte, les rencontres faites au cours de la dérive sont étonnantes de diversité, la plus émouvante étant sans doute celle d'une nièce retrouvée, totalement folle, vivant seule dans une maison décorée de poupées désarticulées, transformées en sculptures qui semblent être autant  de paraboles d'une enfance également mutilée.  Comme son oncle, avec lequel elle entretient une relation trouble, malsaine et ingénue à la fois, elle est totalement inadaptée à son environnement humain et social. C'est une sorte de poétesse schyzophrène, nous renvoyant, tout comme son tonton le fait, en plus soft, grâce à leur "anormalité" innocente, le miroir de la société absurde dans laquelle nous vivons.

La pellicule déliceusement surrannée avec laquelle le film est tourné, choisie par les réalisateur pour son grain anachronique bien adapté à leur propos, ajoute encore au charme et à la vérité de l'histoire et du message.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 13:04
disgrace.jpgJe voudrais ici parler d'un film sur l'Afrique du sud, dans lequel joue pourtant john Malkovitch et dont on ne parlera sans doute pas autant que d'Invictus.
Le dernier film de Clint Eastwood n'est pas désagréable à voir. Il a le mérite de montrer à un large public, comment le grand leader noir, prenant à rebours les dirigeants de l'ANC et les militants de base, ainsi que beaucoup de noirs et de métis je suppose,, a contribué à éviter un bain de sang à son pays en optant pour le pardon et pour une politique consistant à associer les blancs à la construction d'une Afrique du sud où les races pourraient enfin cohabiter.
Mais le film de Eastwood pôse et résout les problèmes de manière Hollywoodienne et ne nous apprend pas grand chose de la réalité de ce pays, des tensions qui subsistent entre communautés. Le message est politiquement correct. C'est celui que la majorité des gens qui rejettent à juste titre l'apartheid ont envie d'entendre aujourd'hui. Mais, à être trop simpliste, le message a du mal à être véritablement crédible. Ce serait trop beau pense-t-on, si les choses étaient si simples, s'il suffisait d'un match de rugby pour effacer les traces d'un passé si violent.
Disgrâce, lui, nous offre une image totalement opposée de la nouvelle Afrique du Sud. Sans céder à une nostalgie neo-ségregationiste, c'est ici un pays non réconcilié qui nous est décrit, un pays où les blancs minoritaires doivent payer un tribu au passé, où la mauvaise conscience fait accepter à certains les pires humiliations de la part de ceux que leur communauté oppressait jadis.
Tiré du formidable roman de Cotzee, prix Nobel de littérature en 2003, le film est fidèle au texte et ne trahit pas, je crois, ni la lettre, ni l'esprit de l'oeuvre littéraire, même si les analyses sociologiques et psychologiques contenues dans le roman sont bien plus puissantes et plus profondes que celles du film, simplement suggérées par l'image et quelques dialogues. 
Un professeur de littérature, spécialiste de Byron et des romantiques, tente de faire partager sa passion à des élèves un peu endormis et peu intéressés par son discours. Il fréquente assidûment les prostituées pour assouvir ses désirs. Il a un discours ambigu sur une sorte de légitimité de l'instinct de chasseur du mâle envers envers des partenaires féminines. Il ne viole pas, mais profite de son aura (et peut-être de sa position hiérarchique de prof) pour coucher avec une étudiante métisse. Il doit quitter son poste pour avoir refusé, devant le conseil de discipline de l'université, d'exprimer des regrets quant à son acte et pour s'être contenté de plaider coupable.
Il arrive chez sa fille qui exploite seule une ferme isolée dans le bush. Son amie (Les deux femmes sont lesbiennes dans le livre, mais ce détail n'est pas vraiment précisé dans le film) vient de quitter l'endroit.
Le père s'aperçoit rapidement que l'employé noir se comporte comme si la propriété lui appartenait et qu'il devait reprendre ses droits à la terre un jour ou l'autre. Il interroge sa fille à ce sujet, mais cette dernière semble résignée au fait que dans la nouvelle société, la communauté blanche doit accepter une dépossession progressive des privilèges que les Afrikaners se sont octroyés injustement.
La feme est attaquée un jour. La fermière blanche est violée et les agresseurs tentent de transformer le père en torche humaine. Suite à cette attaque, la fille refuse de porter plainte et ils s'aperçoivent que Petrus, l'employé noir, connait les assaillants et a peu être commandité l'attaque afin de décourager la propriétaire du lieu et de récupérer ses terres, sur lesquelles il commence d'ailleurs à se construire sa propre maison dans une grange qu'elle lui a cédée.
On apprendra par la suite que la fille du professeur ne se fera pas avorter et acceptera d'épouser Petrus, le futur véritable patron des lieux, pour être "protégée" de la convoitise et de la haine de ses voisins noirs.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce petit résumé, bien qu'aux antipodes de l'optimisme d'Invictus et de la forte demande d'histoire sainte que nous avons envie d'entendre et qui est véhiculée dans les médias, c'est un tout autre pays, qui nous est dépeint ici. La vision est pessimiste. Les personnages blancs, surtout le prof, ne sont pas du tout des "héros positifs", mais ne sont aucunement non plus nostalgiques de l'ancien ordre. Ils essaient au contraire d'établir des relations harmonieuses avec leurs voisins africains, mais réalisent que l'ancien monde est en train de vaciller, qu'ils vont devoir payer cher la souffrance que leur communauté a fait subir aux noirs et aux "non blancs".
Le prof de fac en est réduit à aider une blanche vivant dans le bush à euthanasier des chiens abandonnés. Est-ce une métaphore du sort qui attend les Afrikaners ?
J'ai comme l'impression, en entendant les reportages sur l'Afrique du sud contemporaine, que le pays que nous présente Coetzee est plus proche de la réalité que la bluette hollywoodienne que nous propose Eastwood et qui fut encensée béatement par la critique, pour des raisons plus idéologiques qu'esthétiques.
En tout cas, si vous avez vu Invictus, et si Disgrâce passe dans un cinéma près de chez vous, courez voir ce film. Vous aurez ainsi deux versions complémentaires d'une même réalité.
Sur Arte, récemment, un documentaire sur la lutte héroïque, humaniste et néanmoins inflexible de Mandela contre l'Apartheid a montré bien mieux qu'Invictus, ce que fut cette lutte et les compromis (qui ne furent jamais concessions) que le grand leader noir dut conclure pour éviter un bain de sang à son pays. Une leçon que devraient méditer chez nous et ailleurs les adeptes du "tous pourris", qui n'ont comme programme alternatif de gouvernement, que de vouloir mettre en prison tous les les hommes  politiques coupables (et même ceux qui sont suspectés seulement !) de faits de corruptions beaucoup moins graves que ceux commis par les anciens bourreaux de l'apartheid, qui eux furent pardonnés par leurs victimes (ou en tout cas par les tribunaux de la nouvelle société mis enplace par l'ANC grâce à l'influence de Mandela et de gens comme Desmond Tutu sans doute.....
Je ne suis pas sûr que le nouveau président et les nouveaux dirigeants du pays soient à la hauteur de leur prédecesseur........  Espérons que je me trompe et que Coetzee se trompe aussi dans la  vision extrêment sombre de son pays qu'il nous communique dans ses mots et que le film tente de traduire en images....
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 11:16
jcf, le 16 Novembre 2009 à 13:15

CinémaCe documentaire est une formidable plongée dans l'univers et dans l'intimité des gangs salvadoriens, qui s'affrontent et s'entretuent allègrement pour le contrôle de territoires urbains et du trafic de drogue. Ces bandes ont été créées au départ par de jeunes immigrés originaires de ce pays, déjà membres de gangs californiens et expulsés des USA.
Le réalisateur, Christian Poveda, fut assassiné dans des circonstances peu claires, bien qu'ayant obtenu l'autorisation de filmer par les reponsables de l'un des gangs rivaux de la capitale.
Comme le dit l'un des responsables lors d'un tabassage en règle d'une nouvelle recrue servant de rite d'initiation permettant d'être admis dans la "confrérie", il n'y a pas de retour en arrière possible une fois que l'on a été intégré. Si l'on souhaitait quitter le groupe, les tatouages, omniprésents, sur toutes les parties du corps (et même sur le visage), sont là pour rappeler aux éventuels "déserteurs" que l'on est condamné à obéir aux chefs pour toujours, à servir de chair à canon taillable et corvéable à merci. Les filles aussi, sorte de chair à sexe et "reproductrices" plus ou moins consentantes sont tatouées comme l'est le bétail pour permettre à un propriétaire de reconnaître son troupeau, et victimes des tueurs au même titre que les garçons.
Concernant les tatouages, je n'ai pu m'empêcher de penser à ce que dit Levi-Strauss, dans Tristes tropiques, des motifs que les indigènes du Brésil qu'il étudie se dessinent sur la peau. Selon lui, en leur complexité, ces arabesques expriment sous une forme mythologique et donc obscure car non dicible, la structure inégalitaire et extrêmement hiérachisée des sociétés indigènes. Et de fait, au-delà du caractère fasciste et inégalitaire des sociétés mafieuses en général, on est en droit de se demander si ces franges marginales des populations d'amérique latine ne sont pas en train de se  réfugier inconsciemment dans  des valeurs oubliées de leur culture d'origine précolombienne. Dans cette hypothèse, les crimes et les morts ponctuant le film seraient autant de survivances de rites où une caste de prêtres  pratiquait des sacrifices humains pratiqués chez les Aztèques, les Incas et les Mayas et ayant servi  de prétexte aux conquistadors pour leur entreprise génocidaire et à tous les colonisateurs en général pour justifier les ethnocides dont ont été victimes les indigènes colonisés. L'oeuvre que les espagnols n'avaient pu terminé, la mondialisation actuelle, avec toutes les bonnes intentions du monde parfois, est en train de la parachever.
Lors des enterrements de camarades assasinés, ce ne sont pas les prières et les psaumes du pasteur qui sont repris en choeur, mais une sorte d'hymne interne au clan semble-t-il, scandé par tous sous une forme chantée, comme s'il s'agissait d'un "Je vous salue Marie" païen.
Ces desperados de la civilisation moderne (ou victimes du libéralisme, diront ceux qui préfèreront une explication moins anthropologique plus sociologique à l'existence de ces gangs)  sont filmés à la fois avec empathie mais sans aucune complaisance envers leur "monstruosité" et leur "barbarie". C'est ce qui fait la force du film, mais c'est peut-être celà qui a causé la perte du réalisateur.
Les filles, bien que criminelles dangereuses elles aussi,  paraissent émouvantes lorsqu'on les voit câliner leurs enfants, s'inquiéter d'abord, lors de leur arrestation, de confier leur bébé à quelqu'un. L'une d'entre-elles, qui finira sous les balles du gang rival, qui fut défigurée par une balle perdue lors d'une rixe à laquelle elle participait peut-être, consulte un ophtalmo, se fait poser un oeil de verre, essaie de retrouver figure humaine après son opération en se fardant et en allant chez le coiffeur. Une autre cherche à se construire une identité en essayant de retrouver sa mère naturelle, qui l'a abandonnée à la naissance.
La police, les juges, et autres membres de l'institution, pas vraiment convaincus de leur efficacité, essaient bien de sermoner ou de faire peur à ces jeunes, mais rien ne semble avoir d'effet sur eux.
Un pasteur évangéliste local, assisté de ses mentors nord-américains venus assister à une séance d'admonestation solennelle organisée dans la cour d'une prison à laquelle sont obligés de participer un groupe de détenus adolescents visiblement insensibles aux sermons, tente bien de menacer ces délinquants de l'enfer qui les attend et des foudres célestes. Mais l'orateur se heurte à l'indifférence, parfois aux ricanements non dissimulés de son auditoire. Et pourtant, ces tueurs ne renoncent ni à Satan ni aux rites de l'église catholique, en se faisant enterrer religieusement, lors de cérémonies surréalistes où les "formes" sont plus ou moins respectées, bien que trangressées on l'a vu par la scansion finale  d'un couplet impie dans lequel on promet vengeance au défunt, au nom du gang...
Bref, un film totalement désespéré et pessimiste. S'il vous reste encore une once de confiance en l'homme, en la capacité de nos institutions démocratiques à contenir la vague de sauvagerie qui semble déferler aux marges de notre société et menace de submerger totalement notre civilisation, n'allez surtout pas voir La vida loca. sinon, vous risquez de vous replier un peu plus sur la culture de votre jardin


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