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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 16:17

http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/47/78/18869162.jpgRevu, hier, avec le même plaisir que la première fois, le très beau film de Sean Penn, sur la vie (et surtout la mort prématurée) de ce jeune idéaliste en rupture de ban avec la société matérialiste et consumériste.

Ce jeune home est le fils d'un couple aisé de la middle-class qui se déchire devant les enfants, un contexte qui a sans doute favorisé, sinon causé sa quête d'un mode de vie totalement différent de celui de ses parents.

Le film est tiré d'un livre éponyme de John Krakauer, qui se veut une biographie de Christopher Mc Candless, retrouvé mort, en 1992, dans un vieux bus abandonné sur une piste de l'Alaska, à quelques kilomètres seulement d'un refuge où il aurait pu trouver des vivres et de quoi survivre.

Le livre fait de ce personnage une sorte de héros romantique qui a volontairement coupé les ponts avec la société en ayant brulé l'argent de sa bourse d'étudiant, détruit ses papiers d'état civil,sa carte de sécurité sociale et sa carte bancaire.

Cete thèse de  la rupture sans retour possible est en partie réfutée par un autre livre et un documentaire tiré de ce livre, qui font valoir que les documents censés avoir été détruits selon la première biographie furent en fait retrouvés dans le camion où le corps du jeune homme avait été découvert.

De toute façon, il semble qu'il y ait bien eu une rupture symbolique (peut-être provisoire et non définitive) avec le destin qui lui était tracé avant de se lancer dans une quête absolue de liberté, qui ne peut-être obtenue, à l'instar de ses écrivains favoris (Tolstoy, Thoreau, London, Kerouac) que par un renoncement à tout ce qui pourrait le faire abandonner son projet : vivre seul en osmose avec la nature, comme le héros de Walden le livre du philosophe américain mentionné ci-dessus.

Thoreau, le mentor philosophique de Christopher Mx  Candless, ne coupa jamais totalement les ponts avec la société pendant son expérience de vie en ermite, et retourna parmi les siens et sa communauté de Nouvelle Angletterre.

Le film montre d'ailleurs que le héros décide à un moment de retourner à la civilisation, mais est empéché de le faire par une rivière, sorte de Styx donnant accès au monde des morts. Le ruisseau qu'il a franchi aisément en hiver pour rejoindre son bus est  devenu torrent infranchissable à la fonte des neiges.

C'est en Alaska, la dernière "frontière" américaine dans l'esprit du jeune bourgeois en rupture de ban, qu'il décide d'aller vivre son "Walden" à lui, ceci d'une manière beaucoup plus radicale que celle de son illustre modèle.

Après de brillantes études donc, il refuse la voiture neuve que ses parents proposent de lui acheter pour le récompenser de ses succès universitaires et se lance dans une sorte d'errance à travers l'Amérique, voyage initiatique pendant lequel il devra travailler pour survivre, ayant envoyé l'argent de sa bourse à une ONG (OXFAM).

Autre rupture symbolique, celui avec son identité : Non seulement il brûle sa carte d'identité, mais il se choisit un autre nom. Ce sera "Supertramp" , du nom d'un groupe célèbre, qui signifie super vagabond. L'un des personnages mythique des années de la grande dépression n'est-il pas le "hobo", héros de films et de chansons, qui voyage en passager clandestin dans les wagons de marchandise et qui est pourchassé par les 'turnscrews", les employés des compagnies ferroviaires chargés de pouchasser les chômeurs des années trente. La seule rencontre confrontant le héros du film à la violence, est précisément celle du flic des chemins de fer, qui l'expulse du wagon dans lequel il avait sauté pour remonter au nord de la Californie. Doit-on comprendre cette scène comme une manière de comparer le contexte social des année trente à celui de l'époque actuelle ? Sans doute...

Autre scène, où la violence est seulement évoquée mais bien réelle, celle où "Supertramp" écoute Bush père à télé annoncer sa décision d'envahir l'Irak. Mais en 1992, contrairement à 20 ans plus tôt, il n'y eut pas pas de mouvement étudiant ou pacifiste de l'ampleur de celui qui s'opposa à la guerre du vietnam. Si la colère et la révolte de notre héros avaient pu s'exprimer dans l'action politique, aurait-il choisi cette voie individuelle et suicidaire pour contester le mode de vie américain ? Est-ce la question que nous pose Sean Penn en incluant cette scène dans la narration ? J'ai tendance à le croire.

Il s'agit bien d'un road movie, mais qui n'a pas grand chose à voir avec d'autres films de genre de ce type. D'une certaine manière, Into the wild peut être considéré comme un anti Easy rider. Par exemple, les gens que rencontre le héros sont en majorité bienveillants à l'égard de ce jeune homme qui conteste leurs valeurs. Il fait, par exemple, la connaissance de "rednecks" (réacs)  qui l'embauchent pour la récolte du blé dans une de ces énormes fermes du middle west, appelé également aujourd'hui "Bible belt". Mais  contrairement à ceux de "Easy rider", qui assassinent les motards hippies venus les défier, par leur mode de vie libertaire, dans leur village du sud, ces  "rednecks"-là (pas si réacs que ça en fait)", bien que ne comprenant pas son idéal absolu de liberté  et ce qu'il compte trouver en Alaska, lui souhaitent bonne chance et lui donnent des conseils de survie dans la nature. L'un d'eux, d'ailleurs, en une scène prémonitoire de ce qu'il va lui arriver une fois en Alaska, le prévient que le gibier tué doit être consommé immédiatement si l'on ne veut qu'il devienne impropre à la consommation en raison des mouches qui pondent leurs larves sur la carcasse en un temps record. C'est précisément cette mésaventure qui lui arrive après avoir tué un élan, ce qui lui fait écrire, apèrs coup : "je n'aurais jamais dû tuer cet animal" . La nature n'est pas si généreuse que ne le veulent certaines fables écologistes ou New age angélistes. Elle se montrera cruelle envers lui, qui écrit, dans son carnet retrouvé dans le bus, qu'il s'y sent piègé après son échec de retour vers le monde des vivants. Il écrit également dans son carnet, peu avant de mourir d'épuisement et sous alimenté, que le bonheur "n'est réel que partagé". Quel aveu pourrait démentir plus que cette dernière phrase, ce qu'il croyait  trouver dans ce désert glacé : La solitude absolue ne procure pas le bonheur ni la liberté. L'Homme, comme dirait l'autre, est un animal social. Il a besoin de ses semblables, pour le pire et le meilleur, ne serait-ce que pour survivre..

Au mieux, la nature se montre indifférente envers lui, comme dans cette scène métaphorique où un ours sauvage s'approche de lui, le renifle et poursuit son chemin, alors qu'il n'est pas armé et aurait fait une proie facile à dévorer.

Il y a aussi ce grand-père, croyant et conservateur pourtant, qui a perdu sa femme et son fils, le considère comme son petit-fils et lui propose de l'adopter une fois qu'il sera de retour d'Alaska.

Même les clochards des bas-fonds de Los Angeles, Babylone moderne dans laquelle il erre une nuit avant de s'en enfuir, ne montrent aucune hostilité à son égard.

Le douanier qui lui fait la leçon lorsqu'il tente de retourner aux USA après être entré illégalement au Mexique est également bienveillant, ceci alors même qu'il n'a aucun papier d'identité.

Que dire également, de ce couple de jeunes touristes danois, rencontrés dans le canyon du Colorado, qui apprécient tout autant les magnifiques paysages désertiques que les casinos de Las végas ? Sont-ils la parabole de ce que représente l'Amérique pour les étrangers : une sorte de rêve hétéroclite de monde meilleur où se projettent des stéréotypes touristiques ne voulant retenir que les aspects superficiels du pays, et que le film déconstruit de manière sytématique

Il y a aussi ce couple de vieux hippies, rencontrés sur la côte californienne, qu'il rejoindra dans le désert, à Slab city, un campement de mobile homes pour ceux qui vivent en marge de la société américaine. La femme, dont le fils, comme lui, s'est enfui un jour pour ne plus jamais donner signe de vie, se prend d'affection pour ce fils de rechange et lui-même les considère un peu come les parents qu'il aurait aimé avoir. Mais on ne peut en conclure que Sean Penn considère les "vrais" parents du héros comme seuls responsables de sa fuite, puisque ces autres parents "cool" n'ont pas su non plus retenir leur progéniture et s'en faire aimer...

Je conclurais par une réflexion personelle, qui n'est sans doute pas le message que le réalisateur a voulu transmettre, mais qui, je crois, est véhiculé implicitement dans ce très beau film :

Quand de jeunes idéalistes s'emparent d'utopies généreuses (comme celles des livres de chevet du personnage), qu'elles impliquent une transformation politique ou individuelle,  et qu'ils veulent mettre en pratique leur rêve de société meilleure de manière trop radicale, c'est souvent Thanatos qui prévaut sur Eros. Et de fait, c'est bien la pulsion de mort qui triomphe lorsqu'elle pousse le héros à s'isoler du monde, et à refuser la proposition qui lui est faite de faire l'amour, par la jeune fille mineure du campement de hippies où il est allé rejoindre les "parents" qu'il s'est choisi pour quelque temps avant de les abandonner eux aussi pour son "trip" mortifère. Ces parents de rechange d'ailleurs, lui conseillent bien de téléphoner à ses vrais géniteurs. Mais au moment où il va glisser la pièce de monaie dans une cabine téléphonique pour reprendre contact, il entend un viel homme qui essaie de convaincre sa femme de ne pas l'abandonner et qui va devoir raccrocher par manque de monaie pour continuer la conversation. Au lieu de téléphoner à ses parents, "Supertramp" donne sa pièce au vieux monsieur, mais la communication est coupée.

 

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