Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 16:16
experience de milgramL'autre jour, j'évoquais avec une amie l'émission sur Antenne 2, reprenant la fameuse expérience de Milgram, dans laquelle on demandait à des gens d'envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à une personne ne répondant pas correctement aux questions posées. Comme dans l'expérience de Milgram, l'expérience, reproduite cette fois sous la forme d'un jeu télévisé, a amplement montré que le degré de soumission à l'autorité (télévisuelle ici, scientifique dans l'expérience de Milgram), était extrêmement élevé et qu'il était très difficile, dans certaines conditons, de refuser d'exécuter les consignes données par un pouvoir institutionnel, même lorsque l'on ne risque rien à aller contre la volonté de l'autorité donnant les instructions. 
Je faisais remarquer à cette amie que Hannah Arendt avait insisté sur la banalité du mal, sur le fait que celui-ci était l'oeuvre non de monstres mais de fonctionnaires obéissants aux ordres.
Ma correspondante émit quelques critiques au sujet de cette émission, faisant valoir qu'e le programme mélangait les concepts, qu'il y en avait plusieurs différents: le pouvoir de la télé, l'impact et même la toute-puissance des animateurs et des journalistes, la soumission de l'être humain et la difficulté à se révolter lorsqu'on est seul devant un représentant du pouvoir. Elle insista sur le fait que la différence entre soumission et obéissance  n'était pas du tout abordée alors qu'à son sens elle est capitale. Elle me rappela que plusieurs fois,  avait été mentionnée l'attitude au travail, avec pour seule remarque que là, il y avait des syndicalistes pour aider l'individu (à ne pas obéir?). Le raccourci ne lui avait pas paru convaincant. Elle craignait que beaucoup de personnes ne se soient réveillées le lendemain matin, confortées dans leur idée que désobéir au gouvernement, aux directeurs, aux patrons, à la loi, c'était un devoir. Elle donnait des exemples d'appel à la désobéissance civile que l'on entend de la part d'intellectuels ou d'homme politiques : Badiou, Mamère, Bové, voyant là  un danger de l'émission. Etant professeur à la retraite, elle soulevait le problème d'un enseignant qui considèrerait de son devoir de désobéir à l'inspection qui représente la loi, concluant que ce maître là ne pourait être crédible envers ses élèves. Elle doutait de la crédibilité d'un tel maître vis à vis de ses élèves. et elle terminait par cette formule : "Obéir, ce n'est pas se soumettre!..."
Voilà ci-dessous la réponse que je lui ai faite :
 "Je reviens sur le débat très intéressant que tu as soulevé, au sujet de l'émission sur antenne 2 l'autre soir.  Tu as en partie raison, mais je préfèrerais la formulation "Obéir, ce n'est pas forcément se soumettre".
Evidemment, obéir à des ordres (ou à des consignes) qui semblent justes, ou avec lesquelles on n'est pas d'accord mais qui n'enfreignent pas les lois fondamentales relatives au respect de la dignité humaine, est tout à fait légitime. Obéir à sa hierarchie, même lorsque l'on estime que la directive ne va pas dans le sens que l'on souhaite, mais que la consigne donnée reflète la volonté de la majorité des citoyens telle qu'elle s'exprime dans une société démocratique, s'impose en principe, si l'on est soi-même un démocrate.
Et de nos jours, trop de gens s'arrogent le droit de dire eux-mêmes le droit en leur nom propre et de décider à quelles lois ils daignent se soumettre. A ce titre, les prétentions d'un José Bové ou d'un Mamère à se réclamer de la désobéissance civile prônée par Thoreau peuvent paraître ridicules dans la mesure où les lois sont, même indirectement, l'expression de la volonté populaire telle qu'elle s'est exprimée dans les urnes. Le second de ces deux "rebelles", étant élu démocratiquement par le peuple, il devrait, plus que tout autre citoyen, se soumettre à la volonté populaire majoritaire, plus légitime en principe que son opinion personnelle, aussi respectable soit-elle par ailleurs...
Mais il faudra toujours, dans des situations exceptionelles, ou dans des circonstances plus ordinaires, en l'absence de référendums soumis à la volonté du peuple pour chaque loi passée par le gouvernement (ce qui ne serait pas souhaitable au demeurant à mon avis), des Antigones, des "hommes révoltés" qui savent dire non lorsque la démocratie "dérape" ou quand ils estiment que les lois fondamentales de l'humanité sont bafouées par une mesure particulière ou un ensemble donné de dispositions prises par les autorités.
Si plus de policiers et de fonctionnaires avaient désobéi lors de la rafle du Vel d'hiv', plus de juifs auraient été sauvés. L'une des candidates ayant refusé la première d'envoyer des décharges électriques au faux candidat du pseudo jeu télévisé était, comme par hasard, une ancienne réfugiée Roumaine ayant subi le régime de Ceucescu. Elle faisait remarquer, pour expliquer son refus, que les régimes totalitaires avaient pu durer pendant cinquante ans seulement parce que les peuples ne s'étaient pas révoltés, avaient "obéi" précisément, bien que convaincus pour la plupart de l'injustice profonde du régime.
Combien de scientifiques ou de simples citoyens ont été ainsi envoyés au goulag, persécutés ou privés de leur emploi par les polices politiques suite à des dénonciations ou à des pétitions obtenues en forçant les collègues ou l'entourage à de fausses déclarations...... Les responsables de crimes contre l'humanité et surtout les exécutants subalternes justifient toujours leur zèle par la nécessité dans laquelle ils étaient d'obéir aux ordres..
Le problème demeure cependant entier lorqu'il s'agit d'estimer la légitimité du refus d'obéissance à la loi. C'est au cas par cas, en réservant cependant la désobéissance civile à celles des lois ou injonctions qui portent atteinte à la dignité de l'homme ou aux valeurs fondamentales de notre société.
Mais il y aura toujours des gens pour estimer qu'il n'ont pas à obéir en fonction de convictions qui leur sont personnelles, qu'elles soient religieuses ou idéologiques.
Les cas où la désobéissance civile est justifiée dans une société démocratique feront toujours l'objet de débats contradictoires, chacun ayant de bonnes raisons pour estimer qu'il faut dire non, que la révolte est nécessaire, ou au contraire pour penser que l'on doit se soumettre à la volonté majoritairement et démocratiquement exprimée.
Pour revenir sur ta formulation, on peut la retenir, mais en la complétant : "Obéir n'est pas forcément se soumettre.
Mais il faut bien constater que beaucoup obéissent par lâcheté, par manque d'esprit critique, parce qu'ils n'osent pas affronter les pressions du groupe ou d'un supérieur hiérarchique, craignent les représailles ou simplement l'opprobre que va déclencher leur refus d'obtempérer chez l'entourage ou la famille, une partie de leurs connaissances, collègues ou amis..... 

Cette amie, ayant reçu mon commentaire, concluait ainsi : "Comme quoi l'on peut désobéir par courage et obéir par manque de volonté ou de personnalité. Mais aussi désobéir par manque de courage et obéir par réflexion et maîtrise de soi...Chaque cas est à étudier à la loupe."

On ne peut que souscrire, je pense, et ajouter qu'il peut y avoir obéissance /soumission dans d'autres cas que ceux qui ont été évoqués dans l'émission ou auxquels on a tendance à penser spontanément : On peut se soumettre à une majorité par exemple, lorsque l'on n'ose pas intervenir, dans un amphi ou une réunion de grévistes, contre les solutions proposées par ceux qui sont les plus radicaux, de peur d'être considéré comme un lâcheur, un jaune, ou pire encore..
Mais il y a bien d'autres exemples à trouver de soumission par lâcheté envers l'autorité, cettte autorité n'ayant pas nécessairement un pouvoir défini par une institution dans une relation inégale envers un supérieur hiérarchique. On peut être un pleutre et suivre le mouvement alors que l'on a rien à craindre pour son travail, son avancement ou sa sécurité, comme c'était le cas pour les participants à l'émission......On peut l'être simplement pour ne pas déplaire à la majorité ...........
Repost 0
1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 14:17
Tristes tropiques est un livre polyphonique. Malgré la haine des voyages et des explorateurs affirmée dès la première phrase, le texte est, en fait, outre sa dimension ethnologique, anthropologique, géographique, géopolitique et philosophique, un formidable témoignage des aventures et tribulations -parfois dangereuses -  de l'auteur en Amazonie, à la recherche de tribus demeurées à la frange du monde "civilisé".
L'auteur, contrairement à ce qu'il proclame dans la phrase initiale, se fait aussi explorateur lorqu'il s'attarde parfois avec précision sur les préparatifs des expéditions qu'il envisage et les dangers qui peuvent survenir dans un pays où les voies de communication sont le plus souvent inexistantes et où l'on peut rencontrer des populations hostiles, aux réactions imprévisibles
 L'ouvrage comprend également des descriptions sompteuses, dignes de celles des meilleurs écrivains, au sujet des paysages de savanes désertiques du Matto grosso et de la forêt amazonienne, mais aussi des pages splendides sur l'Inde et ses bidonvilles sordides, ses temples, les personnages que l'on y rencontre. On y trouve des passages descriptifs d'anthologie, le plus beau étant sans doute celui où il est question d'un coucher de soleil sur l'océan, au passage de l'équateur. Ceux qui sont à la recherche d'exotisme et de sensations fortes  ne seront donc pas déçus par la lecture du livre le plus connu et le plus "abordable" de Levi-Strauss, même s'il leur faudra aussi "s'accrocher" parfois, car les réflexions de ce "voyageur" de génie, partant de faits concrets constatés lors de ses rencontres avec le monde et ses populations ne se satisfont jamais des clichés occidentaux véhiculés dans la littérature de voyage habituelle.
Au delà du pittoresque, Levi-strauss, est toujours à la recherche des "structures" profondes du tissu social, expliquant les comportements et les hiérarchies en vigueur dans une culture donnée.
La méthode structuraliste est déjà presque parvenue à maturité, mais elle s'y déploie  ici sous une forme concrète et compréhensible, n'ayant pas encore atteint le degré d'abstraction des ouvrages plus théoriques. On la trouve dans la manière dont les tabous régissant les relations entre les divers clans, les interdits alimentaires et topographiques prévalants dans telle ou telle tribu sont décrits et expliqués. 
On reconnait déjà la démarche propre à l'auteur, qu'il théorisera plus tard, dans la manière dont il envisage la fonction sociologique des mythes. Selon lui, il servent principalement, en dernière instance, à  masquer ou à justifier les inégalités sociales qui sans cet "inconscient collectif" façonné par le discours mythologique, serait insupportable aux castes et couches défavorisées. Pas étonnant, dans ces conditions, que la pensée Marxiste se soit intéressée au structuralisme, ceci malgré les divergences fondamentales de l'anthropologie structurale fondée par Levi-Strauss, avec les philosophies post-hégéliennes voulant que l'Histoire tende vers une fin idéale en passant par des stades de plus en plus évolués.
L'un des aspects les plus intéressants du livre est d'ailleurs la façon dont la méthode d'analyse est apliquée aux sociétés non primitives, mais toujours "sous-développées" qu'il découvre lors de ses missions à l'étranger : Inde et Brésil notamment. Mais ces digressions géographiques, sociologiques et geopolitiques, éclairées par l'approche structuraliste, incluent aussi des  des considérations comparatives  sur l'urbanisme des cités du nouveau et de l'ancien monde, sur l'avènement de l'écriture, sur le Boudhisme, l'Islam et le Christianisme, etc...
L'un des intérêts principaux du livre réside d'ailleurs dans le fait qu'il prend le plus souvent le contre-pied des idées dominantes de l'époque sur les questions évoquées ci-dessus (et sur bien d'autres).
Le message demeure encore très largement politiquement incorrect aujourd'hui, malgré un concensus actuel - qu'il a largement contribué à construire - sur certains sujets : Les civilisations se valent, l'occident doit se départir de son attitude arrogante et ethnocentrique, nécessité de préserver la nature et les cultures premières, etc....
Je ne m'attarderai pas là-dessus, car ces choses là sont considérés comme l'héritage principal de Levi-Strauss et sont partagées désormais par le plus grand nombre.
Il n'y a pas de place, dans le cadre de cet article pour citer de larges extraits de "Tristes tropiques". Je me contenterai donc de signaler ici rapidement quelques sujets sur lesquels la pensée contemporaine aura du mal à récupérer le père de l'Anthropoogie structurale, tant ses conclusions divergent d'une lecture "progressiste", post-moderne et quelque peu anachronique de l'oeuvre :
- Le dialogue des civilisations est impossible. Les "rencontres historiques" entre des peuples que tout sépare se soldent toujours par l'asservissement d'une culture par celle qui est la plus technologiquement développée. Dans ces conditions, il vaut mieux que les peuples se côtoient sans se rencontrer... On ne peut être plus désabusé et pessimiste. Le discours dominant veut plutôt que les échanges soient porteurs d'enrichissement mutuel...
- "Le consentement, dixit Levi Strauss, (et non la coercition comme on a tendance à le penser aujourd'hui ! c'est moi qui commente..) est le fondement psychologique du pouvoir." "la réciprocité est un autre attribut dondamental du pouvoir ....par un jeu sans cesse renouvelé de prestations et de privilèges, de services et d'obligations"
Ceci, toujours selon Levi-strauss "n'est pas un phénomène purement moderne, C'est un retour à la nature fondamentale de l'organisation sociale et politique"
- Le désir d'obtenir richesses et privilèges n'explique pas fondamentalement la vocation pour devenir chef. Il ya dans tout groupe humain, des hommes qui, à la différence de leurs compagnons aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense".

A elles seules ces deux conclusions vaudraient aujourd'hui à Levi-Strauss les pires quolibets s'il tentait de les expliquer à une assemblée incrédule, tant nous pensons que les hommes politiques sont attirés avant tout par les avantages que procure le pouvoir.

Que dire également de l'écriture, considérée par tous comme un outil d'émancipation des peuples à l'égard des puissants. Levi-strauss dit presque exactement le contraire, à savoir qu'elle apparait comme un instrument de domination de ces puissants envers les humbles. Selon l'auteur de tristes tropiques, elle parait "favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination" . "Sa fonction primaire est de favoriser l'asservissement". Mais il faudrait accompagner ces affirmations de larges extraits pour expliquer comment Levi-Strauss parivient à ces conclusions peu orthodoxes.

Que n'entendrait pas Levi-Strauss, quelle fatwa l'aurait frappé si les barbus fondamentalistes avaient lu le dernier chapitre du livre ! Pour l'auteur, en effet, l'Islam, qui "se développe selon une orientation masculine", est, des trois religions qu'il envisage (il neparle pas du judaïsme), la pire qui soit. Son principal péché est d'avoir fait écran entre le Bouhisme (pour lequel il n'y a pas d'au-delà) et le christianisme. L'Islam comme le christianisme, cède à la peur de la mort en "rétablissant l'autre monde". Il est "l'occident de l'orient" . Il  "enchaîne le monde temporel au monde spirituel", encore plus que le christianisme. Dans la religion révélée par Mahomet, "la politique devient théologie". A cause de l'Islam (et toujours selon Levi-Straus)  "l'Occident a perdu sa chance de rester femme". Sans lui, une osmose de la pensée européenne eût été possible avec le boudhisme, "qui nous eût christianisés davantage et dans un sens d'autant plus chrétien que nous serions remontés en deça du christianisme lui-même". Religion intolérante par excellence bien qu'ayant inventé la tolérance envers les "infidèles", l'Islam (toujours selon Levi-Strauss) cloître et "néantise" autrui, à commencer par les femmes.
Là aussi, il faudrait citer l'ensemble du dernier chapitre pour comprendre les reproches adressés par Levi-Strauss à cette religion, qui n'on rien à voir avec une attitude raciste. Il reproche en effet à la France de ne pas donner l'égalité des droits aux 25 millions de citoyens musulmans vivant à l'époque dans nos colonies et de ne pas faire
ce que fit l'Amérique en son temps, c'est dire de "gagner une pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous refusons de risquer", à savoir de "se laisser submerger par cette vague" ... (d'immigration.) On est à des années lumières du front national et même des discours de la gauche traditionnelle. Rocard ne parlait que de prendre notre part à la misère de monde et non de l'accueillir tout entière......
Voilà de quoi montrer à l'éventuel futur lecteur de ce livre, que Levi-Strauss, tout en tenant parfois des propos "hérétiques" pour une pensée progressiste, n'est pas tout à fait le réac passéiste que certains voudraient nous présenter 
- Enfin et surtout, comble du politiquement incorrect pour l'intelligentsia Française moderne, l'auteur de tristes tropiques fait un parallèle étrange, surprenant et "hérétique" pour des gens de gauche, entre la pensée issue des lumières et de la révolution d'une part et l'Islam d'autre part. Il observe, chez les musulmans et chez nous, "la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette même conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt"
Même croyance, dans les deux cultures, d'une supériorité sur les autres, même incapacité à penser les problèmes contemporains autrement que par l'évocation d'une grandeur passée :
"Nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un sicèle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire".

On ne peut mieux exprimer ce que je pense de la société française actuelle, de son conservatisme et de son conformisme anachonique sous un vernis de turbulence "révolutionnaire" frondeuse. Si l'on suit l'analyse telle que la propose Levi-strauss, cela expliquerait également la prépondérance de l'idéologie sur le pragmatisme chez les socialistes hexagonaux, qui prétendent avoir raison contre l'immense majorité de leurs camarades européens.

Concernant le rôle de guide historique que la France aurait à jouer dans le monde, il ne se passe pas une semaine sans que nos politiciens, de droite comme de gauche assignent au pays la tâche de montrer la voie de la justice au monde enier, qui est censé nous envier à jamais nos institutions et la politique menée par nos dirigeants. Tout ceci au motif que le siècle des lumières et la révolution (sur le papier et non dans les faits") a su théoriser les termes d'un nouveau contrat social. Comme l'a très bien dit Badinter : "La France n'est pas le pays des droits de l'homme, elle est le pays de la déclaration des droits de l'homme", ce qui fait écho à la critique exprimée ci-dessus par le père de l'anthrophologie structurale sur notre esprit livresque et utopique, rejettant le pragmatisme et la résolution des problèmes concrets se posant à notre société à un moment donné de l'Histoire....
Repost 0
18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 09:37
Lors du dernier café philo auquel je participe, nous avons traité le sujet suivant : Qui sont les barbares ?
Nous sommes tombés assez rapidement d'accord sur le fait qu'aucun peuple n'était prémuni contre le sentiment .d'appartenir à une communauté qui se pensait supérieure aux autres , détentrice d'une humanité faisant défaut à "l'étranger". Ce n'est donc pas vraiment le sujet posé dont nous avons débattu, puisqu'il y avait consensus, mais d'autre chose.....
L'un des participants a insisté sur l'opposition entre sauvage et barbare, faisant valoir que selon Levi.-Strauss, il ne pouvait y avoir de "sauvage" dans la mesure où les pratiques sociales des peuples appelés autrefois "primitifs" obéissent en réalité à un ordre rigoureux, fondé sur une langue, sur des pratiques sociales charpentées par des rituels qui sont en fait de véritables systèmes de valeurs, des cultures au sens plein du terme.
L'honnête homme du 21ème siècle ne peut que souscrire et nous avons évidemment tous .admis que ceux qui  sont parfois désignés comme sauvages étaient civilisés, d'une manière différente dont nous le sommes mais tout autant que nous.
Mais la définition du barbare suggérée par ce participant a posé problème a certains d'entre-nous. Selon lui, puisque l'on nait nécessairement au sein d'une culture, le barbare serait celui qui, plus ou moins consciemment, choisit de tourner le dos à sa culture d'origine, d'agir en opposition à celle-ci, aux valeurs qu'elle prône.

Si cela est vrai, il faudrait considérer comme barbare, par exemple, les catholiques ou les musulmans, élévés dans la foi de leurs parents et qui choisissent librement d'être athées, ou la fille musulmane, que l'on veut marier à un inconnu et qui s'enfuit de son foyer pour vivre sa vie de femme libre, ou bien encore le fils de militant communiste qui conteste la weltanschaung de ses parents et rejoint l'autre camp, ou, à l'inverse, les enfants de collabos qui ont rejoint la résistance, ou enfin la fille qui fut excisée et qui, immigrée en Europe, milite contre cette pratique, que l'on peut qualifier de barbare, je crois, et qui n'est pas le fait de réfractaires à la communauté mais secrétée par la communauté elle-même ....
Si l'on considère que toute prise de distance avec la communauté d'origine mène à la barbarie, ce sont tous les adolescents ou presque, en pleine crise d'Oedipe, ayant besoin pour se construire d'opérer une rupture symbolique avec leurs géniteurs pour devenir adultes, qui deviendraient à nos yeux des barbares...
Ceux qui rompent ainsi avec leur culture d'origine ne le font pas tous pour devenir des brutes sanguinaires. Le,  plus souvent, au contraire, ils le font pour se construire d'autres valeurs, se chercher une communauté qui ne leur a pas été imposée par le hasard de la naissance, mais qu'ils choisissent.
Il y a bien l'ado pour lequel les valeurs du gang deviennent les siennes, c'est vrai. Mais une société démocratique ne céderait-elle pas aux sirènes du communitarisme, serait-elle pleinement démocratique, si elle considérait les réfractaires aux valeurs de leur sociétécomme des barbares et les traitait comme tels ? Je ne le pense pas évidemment et je ne pense pas non plus que l'on puisse raisonablement soutenir ce point de vue.
Au contraire une société démocratique doit protéger les gens qui font le choix d'une rupture libre, consentie avec leur milieu, elle devrait même favoriser une mobilité culturelle comme elle essaie de promouvoir (à juste titre !!) la mobilité sociale.
C'est là peut-être, ainsi que l'a si bien montré Finkielkraut dans son livre La défaite de la pensée, une des limites de l'école "anthropologique" d'après-guerre, qui marque une rupture avec l'esprit des lumières en postulant que tout être humain est nécessairement lié à sa communauté d'origine et ne peut s'en extraire. Les lumières mettaient au contraire l'accent sur l'universalité de l'individu, le fait qu'il était unique, non limité par sa naissance, où qu'il se trouve : "Les hommes naissent libres et égaux....".  Libres, c'est à dire non conditonnés totalement et à jamais par leur éducation, pouvant se révolter, se rebeller, résister à la pression du groupe, se choisir un autre destin....
Ce qui fait la barbarie n'est pas, à mon sens, le fait de rompre avec sa culture. Les anthropologues ont raison de dire que tout être humain est marqué par son éducation et qu'aucun individu n'est au monde sans une culture. Ce qui fait le barbare, c'est autre chose que la rupture, ce sont les valeurs auxquelles on adhère plus ou moins consciemment ou librement, qu'elles soient celles de sa communauté d'origine ou d'autres.
A propos de culture, il convient peut-être ici de faire une distinction entre culture et civilisation. En effet,  tout en ayant été nécessairement acculturés dans un réseau de valeurs et de croyances, tous n'ont pas nécessairement vécu dans une "civilisation", qui se situe, je pense, à une autre échelle. Par exemple, on parle sans problème de culture océanienne, mais on hésiterait peut-être plus à parler de civilisation océanienne pour désigner les cultures du pacifique, même si elles présentent des pratiques semblables. Une "civilisation" n'a pas d'existence sans un certain dégré de centralisation étatique s'étendant sur un territoire suffisamment étendu pour rayonner sur des populations diverses, enrichissant cette civilisation d'une certaine dose d'hétérogénéité ethnique, culturelle, souvent linguistique ou la menaçant au contraire d'éclatement du fait de cette trop grande hétérogénéité..
Si l'on s'en tient au sens commun, il me semble que ce qui fait le barbare,  que l'on soit membre à part entière de sa communauté ou "dissident", c'est le fait de se complaire dans une sorte d'animalité ou d'y retourner, de ne reconnaître que la force brute et la violence comme valeurs, ou bien de se bricoler une contre-culture (toutes les contre-cultures ne débouchant pas nécessairement sur la barbarie) ou une idéologie alternative promouvant des valeurs de violence pure, de "fin justifiant les moyens", refusant à d'autres êtres humains le statut qu'e l'on s'arroge à soi-même, etc... En ce sens, toutes les grandes cultures ou civilisations peuvent effectivement, tout en restant de grandes civilisations (ou coltures), présenter des éléments de barbarie (l'esclavage sous l'antiquité, les arabo-musulmans et l'occident par exemple)
Les choses ne sont pas simples, il y a de la complexité en celà comme dans tous les domaines. Méfions-nous des définitions qui ont l'air satisfaisantes mais dont la pertinence ne résiste pas à une analyse de simple bon sens.
Quant à la distinction entre sauvage et barbare, la rue - qui n'a pas forcément raison, je le concède et à toujours besoin d'un chouya de maïeutique socratique pour affiner ses représentations -se  représente généralement le sauvage comme celui qui vit dans la forêt (plutôt nomade que sédentaire), dans des communautés humaines forcément réduites en nombre, vivant un peu "comme des bêtes", en tout cas selon des règles qui ne sont pas considérées spontanément par les membres d'une communauté donnée comme une "culture".
Les barbares, en revanche, (toujours selon le bon sens commun et dont Gramsci disait qu'il fallait s'en méfier..) seraient ceux qui, tout en constituant "un peuple", possédant une organisation et des pratiques sociales, religeuses pouvant être développées et un territoire qui peut être important, se comportent - à nos yeux !! - de manière inhumaine envers certains membres de la communauté et envers les peuples auxquels ils s'affrontent. Dans cette perspective, point n'est besoin de renier sa culture pour être considéré (par celui qui le désigne ainsi du haut de son ethnocentrisme et qui se considère, lui, "civilisé") comme un barbare.. Si l'on opte pour  cette définition, c'est au contraire toute la communauté, dans son ensemble, qui est considérée comme "barbare".

Pour conclure je dirais que l'on peut être barbare de deux manières : On peut l'être comme membre à part entière d'une communauté lorsque l'on contribue à la survivance de certaines pratiques sévissant au sein de son groupe et qui semblent intolérables à l'immense majorité des hommes et des femmes. On peut également être ou devenir barbare, au contraire,  en rejettant celles des valeurs de son groupe qui peuvent être admises universellement. par tout être humain, à quelque culture ou civilisation qu'il appartienne.
Repost 0
8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 09:52
Je viens de terminer la lecture du tome 1 de ce que Michel Onfray appelle sa contre histoire de la philosophie. Ce premier tome est consacré bien sûr socrate.jpgà l’antiquité et s’intitule « Les sagesses antiques ».

Comme à son habitude, et en bon polémiste, Onfray y pourfend l’idéalisme Platonicien qui, adopté et adapté selon lui par Saint Augustin, dans sa « cité de dieu » notamment, fit le lit du christianisme et de toutes les écoles de pensée occidentale qui après Pythagore et le Phédon de Platon enseignent : « l’immortalité de l’âme, la haine du corps, l’excellence de la mort, la haine des plaisirs, des passions, de la , de la vie, de la libido…… du monde réel… »

Selon l'auteur, cette philosophie idéaliste dominante est celle « des vainqueurs » depuis le triomphe officiel du christianisme devenu religion d’état, qui décline, au lycée et à l’université le même paradigme platonicien sous les habits différents de Pascal (ça on pouvait s’en douter....) mais également de Descartes, de Kant de Hegel et sa « toute puissance de la Raison dans l’Histoire »…….

Seul, parmi les penseurs non occultés de l’histoire officielle de la philosophie (toujours selon Onfray) Nietzsche fait du christianisme un « Platonisme » à l’usage de la populace

Ce qu’Onfray va essayer de montrer ainsi qu’il l’exprime dans son préambule général appelé –tout un programme – « L’historiographie un art de la guerre », c’est comment les vainqueurs idéalistes ont obtenu leur victoire sur les vaincus matérialistes et hédonistes, ceci dès le début et de différentes manières :

-         en ignorant superbement l’adversaire. Par exemple Platon ne cite jamais Démocrite dans son œuvre complète alors que « tout son son travail peut se lire comme une machine de guerre lancée contre le matérialisme… »,

-         en ne le mentionnant  presque jamais (l'adversaire, lui déniant ainsi le droit même à l'existence..) dans les « faux »  dialogues socratiques,

-          en faisant des interlocuteurs de simples faire valoir dont on peut disposer facilement,  tous rangés par Platon et la philosophie - celle qui me fut enseignée au lycée  en tout cas - dans la catégorie fourre-tout et pratique de « sophistes » ou de « présocratiques mineurs » alors que ces adversaires redoutables étaient des contemporains de Socrate pour certains (Démocrite notamment, qui lui survécut) et représentaient des courants différents, sans doute aussi vigoureux à l’époque que celui du buveur de ciguë.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce qui nous a été enseigné - encore une fois ce qui me fut enseigné en tout cas – et toujours selon Onfray, il y a bel et bien eu, dans l’antiquité et avant le triomphe définitif de "l’église officielle",  deux camps d’égale importance, dans un arène intellectuelle où ne dominait pas forcément la statue du commandeur suprême idéaliste, même si le corpus matérialiste retrouvé n’est pas aussi important que la somme des dialogues platoniciens.

Face à l’histoire officielle, il manque une histoire des vaincus, qu’Onfray entreprend dans ses conférences à l’université populaire de Caen et dans celles qui ont été diffusées sur France culture et le site internet de la radio, histoire qui a été ébauchée dans le traité d’athéologie et dans l’anti- manuel de philosophie, du même auteur.

Pour l’antiquité et pour ce qui concerne ce premier tome, ces vaincus ont pour noms Démocrite, Diogène, Epicure, Lucrèce bien sûr. Ceux là nous sont connus et Onfray leur consacre de longs passages en montrant comment leur pensée a été falsifiée par les vainqueurs. En face d’eux et selon la taxonomie onfrayenne - et cela est sans doute un peu manichéen, l’auteur succombant parfois à la théorie du grand complot - : Pithagore, Parménide, Platon, Sénèque, Marc Aurèle. Mais à côté de ses grands dont on nous a parlé en classe de philo sans toutefois les opposer selon la même ligne de partage aussi tranchée, on découvre également un corpus pré ou post socratique, ou contemporain du maître pas si mineur que ça. Certains m’étaient totalement inconnus - est-ce la faute de l’école, de mon prof de philo ou de ma propre inculture ? En tout cas je suis reconnaissant à l’auteur de me les faire découvrir, ainsi que leur pensée diverse et parfois prémonitoire –  Leucippe, Aristippe, Hipparque, Antiphon, dont Onfray pense qu’il est – rien que cela ! – l’inventeur de la psychannalyse, ainsi que les cyniques, dont Diogène.

Bref un livre qui m’a passionné, qui se lit comme un polard, tout sauf de la vulgarisation, le livre d’un Athée militant bien sûr (c’est du Onfray !) mais il suffit de parcourir la bibiographie pour se convaincre du sérieux de l’entreprise et de l’immense culture du fondateur de l’université populaire de Caen.

Et, last but not least, ce qui ne gâte rien, le style est flamboyant, l’humour décapant, ravageur, parfois impitoyable, ce qui ajoute au plaisir de la lecture.

Je vous le conseille…….. 300 pages seulement qui se lisent très bien, même si l'on n'a pas lu de philo depuis longtemps.....

Repost 0
13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 11:54
Malgré les critiques qui leur sont sont faites, je trouve un grand intérêt  à la lecture d'Onfray et d'autres philosophes français contemporains, matérialistes et athés comme lui, Comte Sponville par exemple et en particulier son "Traité du désespoir et de la béatitude".
Onfray milite pour une réhabilitation de la philosophie matérialiste (Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, etc....)
Je pense avec lui, qu'elle fut mise sous le boisseau par l'institution (ceci depuis l'antiquité, et notamment depuis St Augustin, et par le moyen âge ensuite) ......au profit de l'école idéaliste platonicienne (ou plutôt augustino-platonicienne..)
Pour les gens de ma génération,  le point de vue idéaliste, et non matérialiste dominait sans partage à l'époque le corps professoral. Il est vrai en revanche, que dans les années suivant 68, le point de vue matérialiste, voire carrément marxiste, voire parfois tout à fait communiste, a sans doute été dominant, à l'université en tout cas. Je ne sais, en ce qui concerne la philosophie, ce qu'il en est maintenant..... Mais il me semble qu'un certain rééquilibrage est en cours..... Je me trompe peut-être...
Si des penseurs comme Onfray peuvent contribuer à faire pencher la balance dans le sens matérialiste, malgré ses outrances, je ne puis, en tant qu'athée et  matérialiste, que m'en réjouir, au risque de passer moi aussi pour..... un "intégriste laïque".
Certes les digressions  d'Onfray autour de l'hédonisme,  qui lui ont valu le succès médiatique qu'il connait, sont effectivement parfois surprenantes. Ses outrances  ne constituent cependant pas le coeur de sa doctrine. Ce qui est plus intéressant chez lui , c'est la réhabilitation de la pensée antique matérialiste épicurienne contre l'idéalisme platonicien et augustinien, ce sont ses dévelopements sur la pensée  "libre pensante" des 16ème, 17ème et 18ème siècles. Voir à ce sujet ses conférences sur France culture, disponibles sur le site de cette radio. Ce qui est passionant aussi, c'est le parallèle qu'il établit entre les penseurs grecs mentionnés ci-dessus et Spinoza, parallèlle que trace également très bien compte Sponville.
Pour ce qui est de la critique radicale des trois monothéismes, qui lui est particulièrement reprochée dans le contexte actuel,  il avance, dans letraité d'athéologie,  quelques arguments convaincants relatifs à la haine de la raison, de la liberté et de la vie dont ont fait preuve les trois monothéismes. Le mot haine est peut-être un peu fort (encore que ...), mais en tout cas, méfiance me semble la moindre chose que l'on puisse dire . Je parle des institutions bien sûr, et non de certains penseurs chrétiens, juifs ou musulmans ayant pu faire preuve de largeur de vues en la matière.....
Pour ne parler que de la "haine" de la raison concernant la chrétienté, Onfray cite l'exil du jardin d'Eden, sanction encourue non pour avoir croqué la pomme mais pour avoir voulu goûté aux fruits de l'arbre de la sagesse. Et l'on ne peut s'empêcher de penser à Galilée, aux combats qu'on dû mener les chercheurs et certains scientifiques, parfois au péril de leur vie ou de leur carrière pour faire prévaloir la raison contre la doctrine et l'idéologie.
Je rappelle également que la théorie de Darwin, grand satan des créationistes contemporains,  fut condamnée par l'église au départ, avant d'être  acceptée (enfin, tolérée serait plus exact...)  devant l'évidence des faits scientifiques.........
Pour la haine de la liberté, qu'il me suffise de mentionner l'inquisition, les nombreuses persécutions d'hérétiques présumés, les interdictions de livres, etc...etc...
Quant à la haine de la vie (du corps, de l'amour physique, du plaisir...), je pense que de grandes démonstrations ne sont pas nécessaires pour comprendre que les institutions des trois monothéismes, globalement, et même encore aujourd'hui, se sont montrés plus influencés par Thanatos que par Eros......
C'est quand même l'église catholique qui prèche, encore aujourd'hui,  l'abstinence et la fidélité comme solution à la propagation du sida, même en Afrique.....
Si l'église tient aujourd'hui un discours plus acceptable, plus "politiquement correct" sur ces questions, celà ne provient pas d'un processus endogène d'auto-évolution, mais bien  d'une influence plutôt exogène - venue le plus souvent "d'ailleurs" que des rangs écclésiastiques, d'une  révision, adoptée à contre coeur, ceci pour la survie même de l'église, rendue nécessaire par  la pression des sociétés civiles des pays européens, qui ont contraint l'institution à modifier son discours pour continuer à être entendue des chrétiens eux-mêmes.....
Je sais bien, on me dira que les valeurs prônées par notre société républicaine sont fondamentalement judéo-chrétiennes, que l’idéal de fraternité, d’aide aux pauvres, de partage, de justice est très biblique, que pour ce qui concernen le repentir, notre civilisation l’a si bien intégré que nous nous battons la coulpe sans arrêt et à propos de tout…
Il est vrai qu'il y a eu une relation "dialectique" entre le message biblique (ou plutôt chrétien...) et l'opinion occidentale moderne. La société civile a forcé l'église à modifer son discours, mais le message chrétien (le nouveau testament et non la bible !) est  sans doute aussi à l'origine de certaines valeurs républicaines et démocratiques, voire de gauche, actuelles  : le partage, l'égalité entre les êtres, une certaine ... comment dire...."douceur" et un renoncement à la violence dans les relations humaines, etc.....Valeurs que l'on ne trouve exprimées dans les trois monothéismes, avec une telle force et une telle continuité (même un athée indécrottable et anticlérical comme moi doit bien le reconaître..) que dans le nouveau testament, en tout cas ni dans l'ancien testament, ni dans le Coran.
Mais quand même...Que de luttes contre le dogme et l'institution, que de temps passé à rationicer, que de souffrances et d'obscurantisme, que de coupage de cheveux en quatre sur le sexe des anges....... d'excommunications, de croisades.......  de complicité, de "collaboration" de l'institution avec les pouvoirs les plus despotiques et anti égalitaires..... avant que ces valeurs chrétiennes originelles et fondamentales soient enfin redevenues celles que prône prioritairement l'église. On revient de loin...........et je ne puis m'empêcher de penser que ce retour aux sources est dû avant tout aux luttes de la société civile contre le dogme ou tout simplement à  la compréhension, par l'institution, de la nécessité d'évoluer  pour conserver quelque crédibilité  aux yeux de l'opinion publique et mêmes des croyants....


Sur Onfray, je recommande également ses conférences de cet hiver sur Spinoza et les libertins, que l'on trouvera en fichiers audios sur le site de France culture.
C'est très clair sans être de la vulgaire ...vulgarisation. Même moi, j'ai l'impression de comprendre enfin Spinoza et son éthique  ....

Il y a également de très belles pages sur le matérialisme antique et sur spinoza, dans le "Traité du désespoir et de la béatitude" de Comte Sponville,  et sur Hobbes aussi, un autre dont je ne me souviens pas avoir entendu parler en classe de philo...en tout cas pas de manière élogieuse ou de manière à leur faire la place à laquelle ils ont droit dans l'histoire de la philo- 
Je sais bien que Comte Sponville est considéré comme un "vulgaire...vulgarisateur"...., est accusé, comme Onfray, d'être trop médiatique.... parfois par ceux qui ne les ont  jamais lus d'ailleurs....... 
Mais le livre de Compte Sponville vaut vraiment le coup, est en plein dans le sujet soulevé ici... Et en plus, le bouquin, bien que compréhensible et abordable pour des non philosophes comme moi, est bien plus que de la "vulgaire vulgarisation" médiatique, n'en déplaise à  ses détracteurs, C'est un vrai bouquin de philo, documenté, annoté, profond, mais  simple, pédagogique au bon sens du terme (il en faut bien des pédagogues), permettant aux profanes dont je suis, de comprendre  certaines notions compliquées (pour la première fois en ce qui me concerne...) 

Comte Sponville établit de plus un rapprochement très intéressant entre Boudhisme, Epicurisme et Spinozisme.....  Il est bien plus, je le répète, qu'un simple "vulgarisateur".  Il n'est pas non plus, comme le voudraient certains, un chrétien qui s'ignore.
La recherche de spiritualité dont il parle n'a rien de religieuse, mais prend au contraire comme point de départ le désespoir de l'athée (celui de Camus par exemple, de Sisyphe....), seul capable pour lui de nous permettre d'accèder à une béatitude authentique car  totalement athée, et à une spiritualité de type nouveau, ceci en ne renonçant pas à une recherche d'un sens à la vie de l'homme (un sens...pas un au-delà ou un "arrière-monde" pour reprendre une expression Onfrayienne.



Repost 0
12 janvier 2007 5 12 /01 /janvier /2007 10:40
Dans le café philo que je fréquente, nous avons discuté samedi dernier du thème annoncé dans le titre de cet article : Sommes nous plus intelligent seul ou à plusieurs ?
Voilà donc quelques remarques que j'ai faites lors du débat où que je n'ai pas faites alors et qui me sont suggérées par la remarque d'une participante, sous forme de boutade, concernant le fait que son QI n'avait pas augmenté en participant au café philo.
- Il est vrai que le seul fait d'être ensemble et d'échanger ne produit pas automatiquement des idées plus intéressantes que celles que des individus seuls peuvent produire. Il n'y a pas de génération spontanée, due à la dynamique de tout groupe, quel qu'il soit, produisant automatiquement de l'originalité, du nouveau, du génial.....

Que dire des foules, si facilement manipulables, des meetings, dans lesquels peuvent se trouver des gens raisonnablement intelligents par ailleurs et qui dans certaines circonstances peuvent se trouver amenés à suivre un leader ou un mot d'ordre stupide, à adhérer à des idées qu'il aurait rejetées normalement en utilisant son bon sens et son estprit critique ?
Mais même dans des groupes de discussions restreints, sommes-nous certains que les idées que nous pondons ensemble  ne sont pas des banalités qu'un homme ou une femme bien plus intelligent que nous tous réunis aurait su dépasser et synthétiser de manière bien plus efficace et rapide que ce à quoi nous avons abouti laborieusement ensemble ?

Pour qu'un groupe fonctionne mieux qu'un individu seul, il faut quelques conditions qu'il n"est pas inutile de rappeler ici :
Un groupe de piliers de comptoirs  par ecemple,  discutant  à l'heure de l'apéro ne feront pas progresser le schmilblick d'un millimètre sur les sujets dont ils parlent chaque jour depuis des années. Il faut donc que le groupe soit composé de gens raisonnablement intelligents et cultivés pour qu'une question puisse être cernée et approfondie.

Cependant,  même composé de gens instruits et intelligents, un groupe ne génère pas spontanément non plus, une pensée originale ou profonde.
Il convient également que les membres du groupe fasse preuve d'une certaine discipline, sachent faire taire leur ego, s'écoutent, fassent l'effort de traiter le sujet choisi, sans toutefois se crisper sur des problèmes formels d'égalité dans la prise de parole, ce qui, lorsque tel est le cas, appauvrit la discussion et aboutit à une juxtaposition de points de vue qui ne s'enrichissent jamais mutuellement.
Pour donner un exemple de groupe rassemblant des esprits supérieurs mais n'aboutissant à rien, combien de fois n'a-t-on pas assisté, à la télé, à un panel composé d'esprits très brillants individuellement, mais incapables ce jour là de fonctionner, pour des raisons diverses et parfois obscures ? On peut être brillant mais sectaire, ne pas écouter l'autre, avoir plus envie de faire valoir son opinion que de trouver un terrain commun d'entente, etc.....
Il y a même des cas de "plantage collectif" célèbres, dont le nazisme, qui ont été justement rappelés pendant la discussion. Et le communisme ?  N'est-il pas lui aussi  un bel exemple d'erreur collective qui fut conçue individuellement d'abord, puis mise en pratique collectivement avec les meilleurs intentions progressistes du monde -  ceci au contraire du nazisme il est vrai  ?

Enfin et surtout Je ne crois pas beaucoup à une des idées qui a été avancée, selon laquelle il y aurait une pensée collective flottant dans l'éther du dialogue, une sorte d'intellectuel collectif.
Le corollaire de cette idée, qui fut également exprimé, selon lequel, il n'y aurait pas d'individu me semble également difficilement concevable.
Certes, lorsque je pense, je le fais dans une certaine intertextualité avec le discours de mes contemporains et de ceux qui m'ont précédé. Je suis le produit d'un certaine culture. Mais je ne suis pas entièrement conditionné par un environnement et ma culture.
Combien de catholiques par exemple, élevés dans un milieu strict, sont devenus des contestataires athées, libertaires et libertins ?
Je possède bel et bien une certaine marge de manoeuvre par rapport aux conditonnements divers qui m'ont façonné. Je ne suis ni entièrement libre, ni complètement le jouet des idéologies.
Pour conclure donc, je dirais que dans une discussion de groupe, l'individu apporte ses idées, qui sont aussi (partiellement seulement) celles des groupes humains dans lesquels il a été éduqué et qu'il fréquente. Lors de la discussion, il rencontre la pensée d'autres indidividus, eux aussi influencés par leur milieu. L'échange produit dans tous les esprits - individuellement et non dans une sorte de fusion des egos, d'être hybride collectif nouveau aux contours incertains ! - une certaine évolution de sa propre weltanschaung (vision du monde) de départ. Mais c'est bien chaque vision du monde qui se trouve transformée et éventuellement améliorée (jamais de manière uniforme) par cette confrontation.
Pour risquer une comparaison peut-être hasardeuse, le langage, qui lui est collectif (et non la parole qui est, elle, individuelle) joue simplement un rôle de véhicule portant  la parole et donc la pensée de chacun, à la manière dont l'élément liquide porte la laitance des poissons (de chaque poisson !) pour féconder une autre cellule, distincte des autres également.
Pour ce qui concerne la parole, elle aussi procède par contact multiple, simultané mais  individualisé à chaque fois, avec une autre pensée cristallisée elle aussi dans une parole et pensée individualisées.
Cette simultanéité de rencontre, par la parole, avec la pensée de toutes les autres intelligences du groupe, cette capacité à féconder plusieurs individus,  ne débouche  pas pour autant sur l'émergence d'une seule créature nouvelle, d'une pensée commune.  Chaque individu, à sa manière, devient le  produit de la combinaison originale et particulière (non de la fusion uniforme!) des caractéristiques des différentes informations échangées entre pairs.
Dans la plupart des cas, d'ailleurs, dans une communauté de chercheurs par exemple, la synthèse et le dépassement des théories précédentes  ont été le fait d'un des membres de cette communauté, qui a été enrichi par la confrontation avec les autres certes, mais qui réalise seul ensuite la synthèse des idées échangées et le dépassement qualitatif des thèses précédentes, dans une certaine solitude nécessaire à l'émergence d'une théorie originale.
Je ne pense pas qu'un groupe, fût-il particulièrement bien organisé et doté d'êtres altruistes, en soit capable. Il y a trop d'ego, de bugs de fonctionnement, de lutte d'influence dans un groupe, où le désir de dépasser, de dominer l'autre prend trop souvent le pas sur la recherche de la vérité.

J'irai même jusqu'à dire que parfois (très souvent en fait), pour atteindre la vérité, certains scientifiques ou penseurs ayant fait progresser l'histoire des idées de manière fondamentale, ont dû le faire en opposition ouverte, non seulement avec les pouvoirs en place, mais également en rupture avec la communauté des chercheurs ou des penseurs.

Lors de la discussion nous n'avons pas suffisamment, à mon sens, développé l'idée selon laquelle, la question posée soulevait la question de la démocratie et de son postulat selon lequel, au niveau d'une société tout entière ou d'une communauté donnée, la majorité a raison contre la minorité ou contre une personne seule.  Cela devrait en principe être accepté  pour un démocrate de gauche ou de droite, même lorsque le parti au pouvoir n'est pas celui pour lequel nous avons voté. Cette majorité, élue démocratiquement peut avoir tort selon nous, mais elle a forcément raison du point de vue institutionnel
Cette formulation a l'air d'un truisme, mais à bien y réfléchir, cela est vrai seulement si la majorité reste dans le cadre du raisonnable, se trompe "un peu seulement",  et ne penche pas vers des solutions totalement antidémocratiques (de droite ou de gauche), qui peuvent mettre en danger cette démocratie,  les fondements mêmes de notre édifice social et culturel. 
Pourrait-on dire que la majorité a toujours raison, par exemple,  si le suffrage universel, comme il le fit en allemagne, portait au pouvoir un parti qui annonçait clairement qu'il allait supprimer les libertés individuelles et donner le pouvoir à un seul parti (Russie), à un dictateur (Hitler) ou à une théocratie religieuse, comme cela fut le cas en Iran ?
Je n'ai pas de réponse, et je ne peux m'en tirer, j'en ai bien peur, que par  des formulations qui ont l'air absurdes, mais qui ne le sont pas tant que cela à y bien réfléchir.
En conclusion, je propose donc cet aphorisme  débile, j'ai ai bien conscience :  "En démocratie, La majorité a toujours raison, même quand elle se trompe un peu. Mais si elle se plante carrément, elle a tort..."
Provocateur et stupide non ?  Défi à la logique formelle, certainement .  Mais peut-on dire autre chose de bien plus profond à ce sujet ?

Lors de notre discussion, la notion de QI, (en rapport sans doute avec la notion d'intelligence) a été soulevée. Il est vrai qu'une certaine manière de mesurer l'itelligence par des tests a été justement critiquée. Il ne faudrait cependant pas balayer le QI d'un revers de manche  trop rapidement. Certes des précautions doivent être prises dans son utilisation (et elles le sont le plus souvent !)  pour définir les potentialités des élèves. Si ces précautions sont prises (et encore une fois elle le sont le plus souvent, dans l'Education Nationale en tout cas !) les tests modernes d'évaluation de la cognition, le  "WISC" par exemple, (pas les tests plus anciens) constituent toujours un outil très efficace pour identifier, parallèlement à d'autres observations faites par les enseignants et la communauté éducative, les difficultés rencontrées par certains élèves et pour aider l'institution à trouver les solutions de remédiation à ces problèmes.
Il y a le QI, le QE (quotient intellectuel), comme l'a fait remarquer justement un des participants au débat, ceci pour la perception des situations. Mais il y a aussi l'intelligence créatrice, que les entreprises recherchent tout autant que les capacités cognitives et relationnelles, et qui peut aussi être évaluée, à côté d'autres indicateurs, grâce à des tests spécifiques mesurant la flexibilité cognitive d'un individu, sa capacité à trouver des solutions originales, adaptées à des situations elles-mêmes inédites..
Repost 0

Texte libre

  

Paperblog

Catégories