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Résumé du Prince des parquets-salons

Il s’agit des aventures amoureuses d'une bande de bras cassés dans les bals de campagne autour d'une petite ville industrielle du Bourbonnais. Dans les années soixante, et dans le centre de la France, pour la jeunesse des villes et des champs, l'un des lieux de rencontre et de drague sont les "parquets-salons", appelés "parquets de bal" dans d'autres régions. Il s'agit de salles en bois couvertes, montées et démontées en même temps que les manèges, au gré des fêtes de village. Les vitelloni de cette virée champêtre se vantent de conquêtes féminines plus ou moins imaginaires. A une époque où les moyens de contraception sont peu répandus et l'avortement interdit, leurs victimes potentielles se montrent en fait  réticentes à se faire culbuter à l'arrière des voitures ou dans un champ. Filles et garçons redoutent surtout d'avoir à assumer leurs responsabilités en cas de grossesse non souhaitée. Plus généralement, ils craignent qu'une amourette  sans lendemain ne précipite la fin de leur adolescence, de cette période heureuse et insouciante qu'ils sont en train de vivre entre "copains" nouvelle vague d'un remake du roman de Jules Renard. Ils ne veulent  pas entrer prématurément dans le monde des adultes, surtout celui des personnages qui voudrait être reconnu par les autres comme le poète chargé de conter les tribulations des Ulysses de cette Odyssée champêtre pour péquenauds du bocage.

Les "évènements" de soixante-huit n'ont pas encore sorti la société tristounette de l'après-guerre de sa torpeur culturelle.  La guerre d'Algérie vient de se terminer. Ils n'iront pas combattre une sale guerre qui n'est pas la leur. Pour certains, le boulet est passé près. Ils n'ont échappé aux "djebels" que grâce au sursis pour études. Demeure toutefois une épée de Damoclès redoutable - il en faut bien une, afin que la jeunesse d'une époque se sente plus maudite encore que celle des générations précédentes. La crainte que la roulette russe de l'horloge biologique féminine ne vienne les frapper en plein vol d'Icare est désormais le dernier obstacle à éviter, avant le grand soir où l'on pourra jouir sans entraves. Mais avant cette fin de l'Histoire souhaitée par tous les frustrés de la terre, avant l'avènement du monde parfait, où il sera interdit d'interdire l'amour et tout le reste, établir une relation de confiance, d'égal à égal avec l'autre sexe n'est point chose aisée. On devine que ces jeunes gens se cherchent, affichent un cynisme de façade pour prouver aux autres qu'ils "en ont", mais rêvent en secret à des liaisons moins éphémères que les quelques étreintes volées à la sauvette aux filles, ceci sans oser l'avouer, de crainte de subir les quolibets de la meute en chaleur 

C'est leur seule excuse - si l'on doit absolument leur en trouver une et tenter de convaincre le lecteur, outré du sexisme ordinaire de cet aréopage de petits machos immatures -, qu'ils ne sont pas à prendre pour des héros positifs pour roman féministe édifiant.

L'auteur manipule ses pantins devant nous comme s'ils s'agissait d'autant de Pinocchios jouant au poker menteur en prenant garde que leur nez ne s'allonge trop, ce qui trahirait leurs aspirations à "se caser" avec une gentille fille. Ce n'est pas en moraliste qu'il convient d'appréhender les histoires abracadabrantesques que se racontent les protagonistes de ce conte mirliton. Le discours du narrateur, tout comme son regard, oscille entre la satire et l'empathie nostalgique. Ces deux sentiments contradictoires et complémentaires s'expriment par la langue, parfois décalée et un peu précieuse dans le contexte, comme pour prendre ses distances avec les propos tenus dans les dialogues, tantôt contaminée, y compris dans le discours du narrateur, par la gouaille populaire du parler local. Au total, c'est peut-être un regard d'anthropologue du dimanche qui est porté a posteriori sur la fuite en avant de cette bande en quête d'un Graal inaccessible. Les vantardises sur les filles, les anecdotes sur les profs, les blagues de comptoir sur la vie des petites gens du quartier et de la petite ville de province, agrémentées de nouvelles fioritures à chaque passage de témoin narratif, sont devenues des sortes de mythes fondateurs pour ancêtres primitifs du clan ayant effectué un parcours initiatique leur ayant permis de passer de chenille à papillon, à travers la période tout à la fois heureuse et douloureuse, insouciante et malheureuse, de l'adolescence. Leur "Dreamtime", leur "temps du rêve" à eux, c'est le temps des parquets-salons. C'est en tout cas ce que semble sous-entendre le narrateur et ce que voudrait inconsciemment faire de leurs virées banales le griot de la bande. Ce dernier, en manque d'épopée, veut à tout prix transformer leurs petits malheurs en épreuves infligées par les "croulants" ayant dû renoncer au paradis perdu de l'enfance et de l'adolescence. Il est persuadé,  par exemple, qu'ils sont victimes d'un complot ourdi par les adultes pour réprimer leur sexualité, et plus généralement pour les faire entrer prématurément dans le rang, pour leur faire accepter le destin ordinaire qui les attend, la profession à laquelle leur origine sociale les destine. 

Ce personnage, qui à défaut d'être sacré "Roi des parquets-salons" au classement organisé entre eux pour la saison en cours, se contenterait bien du titre de Prince, mais les échecs retentissants qu'il subit  au cours de cette escapade l'éloignent un  peu plus du podium. En grand malchanceux de ce weekend dans le bocage, il  tente de se consoler en s'attribuant une fois de plus le rôle peu convoité d'Assurancetourix contant les exploits réalisés par le mâle dominant et ses dauphins. Ce faisant, il devient un peu plus la risée de ses amis et néanmoins rivaux. Ses compagnons se moquent de sa prétention "littéraire" à comparer son destin à celui des personnages de George Sand, d'Alain Fournier et d'autres écrivains régionaux dont les romans sont situés près des lieux où se déroulent les péripéties de l'histoire, dans un territoire situé aux confins du Bourbonnais, du Berry, de la Creuse et de l'Auvergne.
Comme les années précédentes, le titre suprême  sera sans aucun doute attribué à celui qui a la faveur de toutes les filles et qui se vante en tout cas de posséder toutes celles avec lesquelles on le voit sortir du bal. 
A travers les histoires personnelles de Côtelette, le fils de boucher beau parleur accumulant les déconvenues, du Pépé Boss, le beau gosse prédateur et vantard de service, et celles des autres Pieds Nickelés écumant la campagne à la recherche de proies faciles, ce sont aussi les transformations sociales d'une petite ville de province pendant les trente glorieuses qui sont abordées au cours des méandres parcourues par la narration : début de l'immigration, la lutte des classes qui fait rage - sur un mode plus burlesque que dramatique - à l'école, dans les familles et dans le quartier, déclin industriel de la ville et transformations urbaines, sociologiques qui en découlent, conflit universel entre le désir d'air marin et la peur de perdre la douceur angevine, ce cocon provincial douillet qui tout à la fois enferme et protège...

 

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