Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 19:12

Le dernier tome de ma trilogie sur les années soixante vint de paraître en mai dernier

 

 

Repost 0
14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 14:55
Le prince des parquets-salons sur le site monbestseller.com

Ci-dessous un avis de lectrice publié sur le site monbesseller. Si vous voulez voir les autres avis de lecteurs sur ce site, cliquez sur le lien suivant :http://www.monbestseller.com/manuscrit/le-prince-des-parquets-salons#.U8J6dPl_uUY :

Laure.chappe
Bonjour, Comme promis, j'ai lu votre livre. Du réalisme, du vécu par les anciens ou par vous peut-être, de l'action et un franc parler font de votre livre un livre vivant et agréable à lire. L'écriture est fluide et j'y retrouve un savoureux mélange de Marcel Pagnol et de livres provinciaux que j'ai déjà lus. Le vocabulaire un peu cru et peut néanmoins choquer un public jeune. Mais c'est un très beau récit qui raconte la vie d’antan. Mais vous maîtrisez à la perfection vos expressions qui sont fines et pointues. Il y a une note de familier et de grossièretés que vous mariez à merveilles. J'ai hâte de lire le prochain.

Repost 0
28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 11:14
sermon-chute-de-rome.jpgJe viens de lire le dernier prix Goncourt : Le sermon sur la chute de Rome, d'un auteur Corse : Jérome Ferrari. L'action est située dans un village Corse de montagne, sans doute assez typique de ceux que l'on trouve dans l'arrière-pays. L'histoire raconte l'aventure de deux jeunes Corses (l'un ayant été élevé sur le continent, l'autre sur l'île) qui ont fait des études de philo à Paris et qui décident de rouvrir un bar qui périclite dans le bled où la famille a ses origines. Ce retour au pays n'est pas vraiment motivé par une quête d'identité culturelle ou d'engagement politique pour l'indépendance de l'île, mais par désintérêt pour leurs études, qu'ils abandonnent sans aucun regret pour leur projet commercial.
Au début, les affaires marchent très bien, grâce, entre autre, aux filles recrutées dans un bar louche de la côte, qui attirent les soiffards et ceux qui ne savent pas où terminer la nuit en haute Corse. Puis, peu à peu, inexorablement les choses se gâtent, en raison des pesanteurs de la société corse, de la violence larvée, toujours présente et prête à exploser, de l'immobilisme ambiant.
D'une manière générale, le bouquin, pour le continental que je suis et qui est sans doute nourri de clichés sur l'île de beauté, rend assez bien compte de l'atmosphère qui doit prévaloir dans ces villages de haute Corse : sexisme ambiant, présence de la mafia en toile de fond, immobilisme sociologique qui rend toute initiative et évolution impossible, violence toujours prête à exploser, expression d'une identité culturelle frelatée qui ne va guère au-delà de ce que les touristes viennent chercher : chants polyphoniques et ballades jouées à la guitare, charcuterie du pays, etc.... Les armes sont là, toujours prêtes à servir, en cas de besoin. Le beau gosse et guitariste de service, queutard invétéré de touristes de passage et des serveuses que tous les frustrés du coin viennent reluquer et tripoter gentiment au passage ici, nargue le berger simplet qui se "la met sous le bras" et qui, en ayant marre d'être humilié, sera la cause de la fin du "petit monde" qu'ils avaient essayé de construire... Comme celui que St Augustin avait rêvé avant la chute de Rome, d'où le titre du roman...
Certes, la lecture n'est pas toujours facile . Les phrases longues et alambiquées peuvent rebuter certains lecteurs, mais je trouve que le style est ample et adapté aux passages où l'auteur veut prendre une hauteur historique et philosophique par rapport aux événements et à la société qu'ils décrit. L'analyse sociologique me semble assez pertinente,mais je me trompe peut-être en succombant à mon idéologie "continentale", contaminée par l'image que les médias véhiculent. Elle est en tout cas celle d'un auteur cultivé, qui va, je crois, au-delà de ce que l'on entend habituellement sur la Corse, car il met en perspective historique longue, un peu à la Braudel en quelque sorte, le destin et l'évolution (l'immobilisme surtout...) de l'île... Vision pessimiste certes, celle d'un intellectuel ayant enseigné en Corse pour un moment, mais qui a décidé de quitter son "pays" ... Après avoir été déçu par ses compatriotes ? Sinon, pourquoi aller porter son message philosophique ailleurs, dans le cadre de la coopération en Algérie ou dans un lycée français des émirats arabes unis ? Trouve-t-il là-bas un public, des élèves qui sont plus réceptifs à son discours et à son message que les enfants de ses compatriotes îliens ?
J'ai peut-être (sans doute) tort. Ferrari me démentirait sans doute, mais j'ai l'impression que l'auteur nous délivre un peu, sur son île, le message que Sarkozy adressait à l'Afrique dans son message de Dakar. Selon la formule célèbre et tant critiquée et critiquable, l'homme Africain, ne devait plus rester "en dehors de l'histoire". La Corse dépeinte par Ferrari, elle, semble se situer "hors du monde". Certains personnages, en effet, pour se construire, doivent aller chercher ailleurs la palpitation et le mouvement du monde. Un monde à l'écart duquel que la Corse persiste à se tenir, pour mieux contempler l'écroulement de notre "ancien" monde post-industriel en cette aube du vingt-et unième siècle ? Certains personnages secondaires, en leur quête d'un monde qui bouge (et qui s'écroule d'ailleurs pendant les deux guerres mondiales et les luttes pour l'indépendance, tout comme l'empire Romain de St Augustin), iront chercher ailleurs, pour le meilleur et pour le pire, ce mouvement universel (auquel l'île échappe depuis des siècles ?). Ils chercheront leur "émancipation" dans l'administration coloniale, dans l'armée qui ne pourra rien contre la chute de l'empire français, dans la recherche archéologique des restes de la cathédrale de st Augustin, en Algérie, ou plus simplement dans un exil à Marseille ou dans la capitale.
Mais les deux héros de cette fable tragique, tout comme leurs "anciens" qui sont revenus "mourir" au pays "le reste de leur âge", seront happés par une force d'attraction atavique qui leur fera abandonner la vie différente qu'ils n'ont pu se construire ailleurs.
Air marin ou douceur angevine, comment concilier ces deux tropismes ? La douceur angevine (corse en l'occurence) protège en son cocon douillet, mais enferme et mutile tout à la fois... N'est-ce pas là, l'un des thèmes principaux du roman, avec celui de la finitude et de la vulnérabilité des civilisations, aussi brillantes et puissantes soient-elles ?
Repost 0
12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 11:19

    begaudeauprof.jpgla-blessure.pngJe viens de lire le dernier opus de François Bégaudeau après avoir conversé avec cet auteur à succès au sujet de son roman et du mien ( Le prince des parquets-salons pour ceux des inscrits à ma newsletter qui ne l'auraient pas encore lu !), lors d'un salon du livre de l'île de France, durant lequel j'ai participé à un "speed dating littéraire".

Un speed dating littéraire, "Quoi-t-esse ?', me direz-vous. On passe devant un jury en 7 minutes et on essaie de convaincre les jurés de sélectionner votre bouquin parmi les cinq qui seront lus par un éditeur s'étant engagé à lire votre "oeuvre" et à publier l'un (un seul !) de ces cinq livres sélectionnés.

Que pensez-vous qu'il arriva ? Contre toute attente et malgré un passage que je pensais assez mauvais devant le jury, je fais partie des cinq auteurs retenus pour être lus par l'éditeur en vue d'une éventuelle publication. Rien n'est donc encore fait puisque le lauréat de ce concours n'a pas encore été choisi, mais les impétrants auront au moins la certitude que leur texte aura été, parcouru sinon vraiment lu, ce qui est loin d'être le cas lorsque l'on envoie son bouquin par la poste.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Begaudeau, c'est celui qui a écrit "Entre les murs", roman dont on a fait un film dans lequel l'auteur jouait son propre rôle de prof essayant d'enseigner le français dans un collège parisien situé en "zone difficile" comme on dit, lequel film obtint la palme d'or au festival de Cannes. J'avais déjà apprécié le bouquin et sa version cinématographique, qui ont confirmé ce que je pressentais de la dégradation des conditions d'enseignement depuis ma retraite, mais là n'est pas la question.

Je veux parler ici de La blessure la vraie, qui est, comme le dit la dédicace rédigée par l'auteur sur mon exemplaire acheté à l'issue de mon entretien avec lui pendant le festival du livre de l'ïle de France, "une plongée dans les années quatre-vingt et "dans la fantasmagorie rurale Vendéenne" Le livre sera également mis en scène par le réalisateur Abdelatif Kechiche (La graine et le mulet, Vénus noire.)

Et je voudrais, en toute immodestie, histoire de me faire un peu de "réclame" , tenter un parallèle osé entre son livre et le mien, que j'estime être également, à sa manière et avec des différences notables il est vrai, une plongée dans la ruralité bourbonnaise des années soixante.   Si l'on fait l'effort de déplacer le curseur temporel 24 ans avant l'été 86 et l'ancrage géographique de l'histoire, du Far-West hexagonal  vers le Centre/ventre mou de la France profonde, on peut trouver des invariants entre les deux textes. Ce faisant, et sans prétendre me hisser au niveau d'un auteur désormais reconnu et apprécié, publié en tout cas contrairement à moi,  je convaincrais peut-être un éditeur germanopratin ou régional (et pourquoi pas un(e) des ami(e)s n'ayant pas encore daigné lire le livre ou l'ayant lu mais n'y ayant vu que des élucubrations de mirliton) , sensible au succès de Bégaudeau et au fait que le thème intéresse le cinéma, que mon  histoire peut être ancrée dans un terroir, sans relever exclusivement du roman régionaliste, que mon récit concernant de jeunes ploucs  en chaleur, en quête de filles dans les années soixante, ceci dans les bals de campagne du bocage bourbonnais, peut délivrer un message universel, que la misogynie des personnages n'implique pas nécessairement celle de l'auteur et de son texte :

En quoi les deux textes se rejoignent-ils et se distinguent-t-ils donc ? :

- Même dérive avinée et pulsions prédatrices dans les bals de campagne,
- Même bande de  bras cassés vantards et immatures, ne pensant qu'aux filles.  Les miens organisent un classement au championnat du "meilleur grimpeur" de la bande, en attribuant des points à chacun après chaque bal en fonction des prouesses sexuelles revendiquées (pas toujours attestées) par les impétrants. Ceux de Begaudeau (surtout le beau gosse de service) sont moins vantards et se contentent de noter les filles de zéro à vingt selon leur physique et non selon leur bonne volonté à se plier ou non à leurs fantasmes. De ce point de vue, les personnages de La blessure la vraie sont plus fréquentables que ceux du Prince des parquets salons. Autre point à porter au crédit des vendéens de 86 : Ils sont globalement plus jeunes et donc plus excusables pour leur immaturité , que mes Bourbonnais, qui, avec un âge moyen de 19/20 ans et qui aujourd'hui seraient majeurs légalement, sont encore tout à leur délire quantitatif de consommation de chair fraîche et sont tout aussi puceaux, affectivement et émotionnellement (sinon sexuellement), que leurs cadets chouans. Mais les Auvergnats, se meuvent dans un monde où le féminisme n'est pas encore venu tempérer le sexisme des mâles, un monde où les moyens de contraception sont peu connus, où l'avortement est interdit.... c'est là leur seule excuse, si l'on doit absolument leur en trouver une...

- même héro frustré, bavard, maladroit dans lequel l'auteur pointe le bout de son nez, servant de faire valoir à un mâle dominant, comptant les points, ne parvenant pas à "conclure", Chez moi, le personnage, qui ressemble fort à l'auteur tel qu'il fut à l'adolescence (et non tel qu'il est resté, je tiens à le dire pour rassurer les dames !!!) se cache un peu plus derrière le double voile du beau parleur auto-proclamé barde de la bande et d'un narrateur qui se veut distancié. Chez Begaudeau, moins de pudeur, ou plus de franchise si l'on veut.  Le narrateur parle à la première personne et se confond avec l'auteur.

-  Les deux beaux parleurs impénitents sont des intellos sans doute beaucoup plus cultivés qu'ils ne  l'étaient vraiment à l'âge où l'histoire se situe, capables, adolescents, de références littéraires et philosophiques inspirées probablement par les lectures faites par les auteurs à un âge plus avancés. Je dis celà en tout cas en ce qui me concerne, car contrairement à Bégaudeau et à son personnage, je n'étais pas fils de prof, je n'étais pas un héritier se préparant à suivre la voie royale de l'hipokâgne du concours de l'École Normale supérieure et de l'agrégation. Chez Bégaudeau, que l'on ne s'y trompe pas, les références (pas toujours explicites) pullulent et sont beaucoup plus savantes et modernes que les miennes. N'oublions pas qu'il a commis un antimanuel de littérature que je trouve très intéressant et stimulant, dans lequel il propose une classification (ou une typologie si l'on préfère) des textes originale et décoiffante s'appuyant sur les théories linguistiques et littéraires récentes, et j'ose le dire, même s'il me démentirait probablement, "d'avant-garde". Mais les deux ados de l'histoire (presque un adulte pour celui du Prince) partagent le goût de mettre en mots et en phrases les tribulations de la bande, se consolent, par le verbe, par la distance qu'ils mettent ainsi entre leurs déconvenues avec l'autre sexe et ce qu'ils croient immodestement mériter comme retour sur investissement à leur contribution "culturelle",  de ce que les autres, les plus chanceux, vivent sans trop se poser de questions,

- Les deux personnages se confondant plus ou moins avec l'auteur  ont une relation de maître à élève avec un adulte cultivé. Dans les deux romans,  il s'agit d'un intellectuel raté, qui leur sert de mentor et leur ouvre des horizons, tant envers les femmes, que dans le domaine de l'art. Dans le Prince, il s'agit d'un juif rentré des camps, de son vrai nom Blum, mais se faisant désormais appeler Lafleur. Molly, la femme du compagnon de l'Ulysse de Joyce (Bloom), juif lui aussi, est volage. Celle de Lafleur/Blum l'a quitté pendant son voyage en enfer. Pas vraiment des Pénélopes !! L'épouse du cinéaste alcolo et impuissant de la blessure, couche avec le meilleur copain de Bégaudeau/ narrateur. On nous fait comprendre -  mais est-ce vrai ? la fin du roman vire en effet au réalisme fantastique dans lequel il est bien difficile de faire la part entre mensonge et vrai  - que le réalisateur auto proclamé, qui n'est peut-être qu'un technicien, est plus ou moins complice des ébats  entre sa femme et son jeune amant. Fort de son aura d'artiste incompris, obtenue facilement auprès des deux jeunes gens, il leur explique les mystères de l'image cinématographique et en quoi l'art ne doit pas être confondu avec la réalité, De son côté, Bloom/Lafleur, en citant le roman de James Joyce, fait prendre conscience à son jeune compagnon de beuverie que leurs virées dans les bars et les bals de la ville industrielle du bourbonnais où ils gesticulent, ne peuvent vraiment, malgré quelques correspondances dans les destins respectifs des personnages de Stephen Dedalus et de Côtelette, servir de décor à une Odyssée digne de ce nom.Quoi que !! ('Là encore, c'est  la vanité qui me fait d!)ire celà). Dans les deux cas, et le vrai/faux metteur en scène d'un scénario de meurtre improbable qui empêchera notre narrateur de perdre son pucelage ne manque pas de le faire, on peut conclure : "Ceci n'est pas une pipe". On connait la chanson !!!  L'auteur semble nous dire : "Ceci pourrait virer au polard si je le voulais, car l'écrivain est tout puissant, mais ce n'en est pas un. Je vous ai bien eus et vous êtes tombés dans le panneau, Maintenant, je fais marche arrière quand je le veux et si je le veux dans mon récit et je vous laisse sur votre faim, ne démentant pas totalement la théorie du meurtre, mais vous laissant imaginer un scénario plus crédible. C'est à vous de décider".

- nombreuses références à l'anglais, à des paroles de chansons chez Bégaudeau et votre serviteur, à des jeux de mots libidineux et affligeants dans le Prince. Là encore, je me montre plus infréquentable que l'auteur à succès. Dans les deux cas cependant, paroles de tubes ou de chansons paillardes commentent l'action et servent de marqueur d'époque.

     - même tentative, de faire cohabiter langue orale avec un français plus soutenu. Pas d'expressions locales et patoisantes chez Bégaudeau. J'y ai recours certes, mais sans excès, sans sombrer, je crois, dans le "régionalisme" et ces expressions sont de toute façon compréhensibles dans le contexte sans qu'il soit besoin d'un glossaire. Bégaudeau donne, lui, dans le langage "djeunz" des années de son adolescence, mais il le fait , sans nostalgie excessive, en ayant conscience que ces expressions deviendront vite ringardes, comme le semblent parfois celles que je mets dans la bouche de mes personnages et qui correspondent à ce que les copains dans le vent des années soixante disaient. Chez Bégaudeau cette façon de se délecter des mots à la mode tout en ne les considérant pas comme une contribution majeure et définitvie  au français, donne celà  : "- Elles ont quel âge ces meufs ? Cette année on dit meuf, apparu il ty a quelques mois à l'avant-garde du verlan qui envahira bientôt la France. Je vois ça d'ici". "-Laisse tomber. En 84 Joe aurait plutôt dit laisse béton". "Bientôt, je vois ça d'ici, cageot ou boudin seront remplacés par steak ou thon, mais ce sera pour désigner la même race intemporelle de filles disgracieuses, ou grosses ou acnéiques ou les trois.."

A l'époque, pour les protagonistes du prince des parquets-salons, "prendre un râteau"se disait "prendre une bâche" et "j'ai fait fort" signifiait "j'ai pécho grave"......

- mêmes aspirations à une relation amoureuse véritable sous des couches de cynisme et de machisme ordinaire et immature, Dans les deux cas, pourtant, on ne rechigne pas sur les grossièretés que peuvent échanger les personnages, notamment à propos des filles, considérées comme des proies, du gibier - du moins en paroles - par les protagonistes, qui cachent leur malaise adolescent sous des couches de rodomontades plus vulgaires les unes que les autres. Cela peut en effet choquer certaines âmes sensibles et notamment féministes, qui ne manqueront pas de faire une lecture au premier degré des dégoulinades verbales et fanfaronnes des personnages. A ces critiques, je répondrais que, malheureusement, s'il y a une once d'universalité dans mon livre (je ne doute pas une seconde que celui de Begaudeau comporte des tonnes de cet ingrédient..), elle réside précisément dans cette vulgarité totalement assumée par les auteurs (par moi en tout cas), dans ce masque sous lequel les jeunes mâles, de toutes époques et des tous horizons, je crois, dissimulent (mal !!) la difficulté de devenir un homme. Mettre en scène cette vulgarité, en ce qui me concerne et bien sûr pour Bégaudeau, n'est pas la justifier, mais tenter de  déconstruire, par l'humour (le livre de Bégaudeau, en tout cas, est très drôle.), les stéréotypes sexuels masculins envers l'autre sexe. Les deux textes, je crois, même s'ils les décrivent avec empathie, mettent suffisamment de distance ironique entre le discours du narrateur et les comportements des personnages pour ne pas être suspects de sexisme ou de mysoginie. Que l'on en juge, par exemple, par ces passages de La blessure. Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour en conclure que la vulgarité du propos est donnée comme modèle :

"Alors ? On s"en va ou on s'encule ?" Ou bien encore, à un pilier de bar passant sa vie à battre des touristes au baby-foot et à les plumer, auquel on demande pourquoi il choisit toujours les rouges, ce dernier répond : "c'est la couleur de l'anus de ta soeur quand j'y serai passé". Tout un programme !! A côté de ces deux citations, je n'aurai guère de mal, je pense, à persuader des lecteurs potentiels, que la "vulgarité" des personnages du Prince ne sont que blasphèmes de premiers communiants.

 - même utilisation des ragots, aphorismes de comptoir, rumeurs populaires, anecdotes vraies ou fausses colportées par des figures locales, comme s'il s'agissait des mythes fondateurs que s'invente une communauté pour exister et se légitimer d'appartenir à la grande famille humaine, tentant de délivrer, malgré la "plouctitude" de ses membres, un  message qu'ils (que l'auteur en tout cas) veulent croire universel et digne d'être partagé par d'autres frères humains, qu'ils soient aussi péquenauds qu'eux ou moins "provinciaux".

- même ancrage dans un terroir, celui de Bégaudeau étant beaucoup plus distancié que le mien (voir à ce sujet le lien suivant : http://begaudeau.info/2011/08/14/vendee/ Là où ma ville natale, ses transformations, ainsi que la campagne environnante sont évoquées avec nostalgie, La blessure, elle, s'en tient, du point de vue descriptif à quelques phrases brèves, nous laissant entendre que la description n'est pas la tasse de thé de  l'auteur, mais un exercice de style scolaire ennuyeux : "La route vers le camping des crevettes fend un bois de pins assez compétent dans son boulot de sentir la résine. Parfois .une habitation rompt la monotonie des pins minces et droits. J'aime bien l'expression rompre la monotonie, je l'ai placée dans ma rédaction du Brevet des collèges.."  En lisant cette citation, je me dis que le Prince comporte effectivement quelques descriptions qui peuvent sembler inutiles et ringardes.  Pas de bol pour la comparaison que je tente ici entre mon texte et celui de Bégaudeau ! Mais je persiste et je signe. Je continue à penser que mes descriptions servent le propos général nostalgique de mon roman. Le plus souvent, chez Bégaudeau, la description se résume à quelques touches brèves, mais répétitives et insistantes, sur des détails qui font sens pour l'histoire du lieu et la psychologie des personnages : Il ya par exemple ce rond-point,. où s'est suicidée une fille malheureuse auquel son frère interdisait de sortir avec un garçon d'un village voisin et ennemi. Ce rond point prémonitoire doit-il être lu en intertextualité avec ceux dont parle Houellebecq dans la carte et le territoire, ronds-points que l'on trouve désormais partout dans l'hexagone aujourd'hui et qui contribuent, selon l'auteur du prix Goncourt 2010, à  transformer nos moindres bourgs en villages de vacances aseptisés pour touristes Chinois ou Japonais ? Il y a aussi la grande bleue, du côté de la Faute sur mer et de l'Aiguillon sur mer qui s'est retirée dans un passé imprécis, laissant derrière elle une île qui n'en est plus une et un terriitoire de marais, propice aux légendes, sur lequel se sont construites des résidences secondaires qui seront inondées par la tempête Xynthia pendant l'écriture du roman, suggérant à l'auteur des modifications (donnant à son texte, malgré son projet de départ, une dimension plus "régionale" sinon régionaliste ?) Dans les deux livres en tout cas, les territoires parcourus sont peu spectaculaires et touristiques. Mis à part les auteurs régionalistes cités dans le Prince,  aucun écrivain de renom n'en a parlé, Dans la  blessure, les personnages se meuvent dans un entre-deux batard entre mer et campagne, où il faut marcher où faire du stop pour aller à la plage, ne pouvant rivaliser avec les stations balnéaires bourgeoises de Vendée. Dans le Prince, mes Pieds nickelés parcourent un paysage qui hésite entre les forêts berrichonnes, le bocage de la vallée noire que Georges Sand a rendu populaire auprès des amateurs de ses romans champêtres, et les premières collines d'Auvergne et de la Creuse. Dans les deux cas, en 62 et vingt-quatre plus tard, les villages, les villes du Bourbonnais et de Vendée et leurs habitants, commencent à encaisser ou ont vraiment subi (en 86) les coups de boutoir de la modernité, mais résistent  comme ils le peuvent aux transformations et catastrophes apportées par la mondialisation, qu'elles soient culturelles, industrielles ou naturelles.  Ils le font, à leur manière provinciale,c'est à dire avec tout le bon sens d'une France profonde méfiante envers ce qui vient des capitales, mais, je crois, pas si réactionnaire que la voudrait Bégaudeau. Un brin  xénophobe et réactionnaire aussi parfois, il faut bien le reconnaître, comme cette mère Baquet, commère magnifique et inquiétante, commentant par ses aphorismes l'actualité, et la passé, prophètesse d'un avenir apocalyptique qui viendra punir l'humanité des fautes et péchés commies hier et aujourd'hui.

 

Je termine cette apologie implicite de mon "oeuvre" camouflée en  comparaison avec un texte publié et qui aura sans doute beaucoup de succès, destinée, vous l'aurez compris, à dorer le blason du Prince (pour le redorer il faudrait qu'il eût été déjà "doré",ce qui est loin d'être le cas)en vous conseillant vivement de lire La blessure la vraie

J'ai en effet beaucoup aimé le roman, peut-être, il est vrai, en raison de mon immodestie, qui m'incline à y  trouver des correspondances avec le mien. J'adore l'humour de cet auteur, sa façon de ne pas se prendre au sérieux, Je veux croire ou simplement espérer que mon texte saura également faire rire ou sourire... 'mais  pas que.." comme le fait à merveille La blessure . Je veux également me reconnaître un peu dans sa manière de faire subir à la langue les inflexions du temps, d'utiliser la langue parlée, voire vulgaire, comme un élément de poétique, chose que font depuis longtemps les auteurs anglo-saxons (en particulier MarkTwain dont, pour moi, Huckleberry Finn est le modèle absolu..), de faire des pieds de nez à l'académisme, sans toutefois renoncer à une exigence littéraire forte.

 

Keep the good work François....

 

    Un lien intéressant : qui est une excellente et très élogieuse critique du livre lui-même  :http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-pages-centrales-numero-13-janvier-2011-fran-ois-begaudeau-la-blessure-la-vraie-66774807.html

 

 

Repost 0
15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 11:38

purge.jpgC'est toute l'histoire de l'Estonie, depuis la révolution russe, qui nous est contée dans ce roman, à travers le ragard de la narratrice, une habitante d'un petit village ayant vécu tous les soubresauts politiques ayant secoué les pays baltes.

Cela semble un cliché que de le dire, mais je ne puis définir l'écriture de Sofi Oksanen que comme féminine, intimiste le plus souvent, car saisissant les grands événements du siècle  à travers le regard de la narratrice qui vit ces événements sans recul historique, insistant sur les petits détails de la vie quotidienne et les conséquences dévastatrices des soubresauts politiques successifs subis par les habitants d'une petite bourgade estonienne.
Il est question d'abord de l'invasion des pays Baltes, non par l'Allemagne, mais par l'URSS,  qui annexe les trois pays dans le cadre du pacte germano soviétique conclu entre deux régimes et tyrans totalitaires : l'URSS de Staline et le troisième Reich de Hitler. Dans le cadre de ce pacte, il était prévu que Hitler envahirait la Pologne, que l'URSS ne réagirait pas et qu'elle pourait annexer l'est de la Pologne et les trois pays Baltes, ce qu'elle fit dans un premier temps et qui est montré dans le livre, où l'on nous décrit les premières déportations, par les soviétiques, de patriotes estoniens luttant contre l'envahisseur bolchévique. Ensuite, Hitler attaque l'URSS et prend possession des pays Baltes. Et là, il y a effectivement, dans un premier temps, comme en Ukraine, des gens qui vomissent l'occupant russe et communiste, pensent que les allemands sont venus les libérer et aident les nazis dans la liquidation des juifs (la Shoah par balles). L'URSS se prévaudra ensuite, en 1946 de la collaboration d'une partie de la population pour décréter que les nationalistes baltes ont tous été et sont toujours des "alliés objectifs" des nazis et des "revanchards ouest-allemands", vieille antienne communiste bien connue, permettant de se débarasser de tous les opposants et qui nous est resservie périodiquement chez nous, par certains, pour discréditer tous ceux (y compris les socialistes "centristes" comme Valls et DSK..) qui ne se reconnaissent pas dans une gauche archéo et radicale. C'est ce qui fut fait. C'est dans ce cadre que la soeur de l'héroine principale (et narratrice) fut déportée en Sibérie. Les exactions des membres du KGB sont décrites, par la narratrice qui voit passer dans son village et dans sa vie ces hordes successives d'envahisseurs, avec autant de crainte, de rejet et de méfiance pour les uns et pour les autres.Une  jeune "russe" (en fait descendante d'estoniensdéportés en 46) qui revient en Lituanie et se réfugie chez la narratrice ayant vécu tous ces événements, n'est autre que la fille de cette soeur (déportée en Sibérie) de la narratrice , qui s'est échappée de ses maquereaux russes, qui est poursuivie par ces tortionnaires nouvelle vague dont la brutalité est la même que celles des nazis et des soviétiques, et qui pense trouver refuge chez cette grand' tante dont lui a parlé sa mère, de son exil sibérien.
Ce qui fait la force du roman, c'est qu'il montre la continuité de la violence entre les époques : les deux totalitarismes d'une part, et certaines conséquences d'une libéralisation mal maîtrisée du communisme et d'un libéralisme sauvage, qui détourne la violence imposée aux marginaux et laissés pour compte du communisme (les laissés pour compte étant majoritaires !!!) pour l'exercer sur de nouvelles victimes, qui sont toujours les mêmes en fait, de la même manière que les nouveaux bourreaux ressemblent étrangement à ceux qui étaient chargés des basses besognes sous les soviets et l'occupation allemande.....
 
Pas un livre très gai comme on peut le voir, mais à lire néanmoins.... L'auteure est de nationalité finlandaise mais d'origine estonienne, par sa mère. Elle sait de quoi elle parle pour avoir entendu sans doute ses parents et grand-parents raconter des histoires que tout ancien citoyen soviétique a vécu...
Sophie OKsanen est un écrivain très connu dans les pays scandinaves et dans le nord de l'Europe, un peu (beaucoup) moins chez nous... c'est dommage.....

 

Pour une critique plus "psy",moins politique que la mienne, voir cet article du monde des livres :
http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/09/09/purge-de-sofi-oksanen_1408779_3260.html 
 

Repost 0
15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 09:55

laitierSi vous ne savez pas quoi lire en ce moment, faites donc comme moi, empruntez ce bouquin à votre bibliothèque municipale. Kourkov est un écrivain ukrainien de langue russe écrivant en russe. De toute façon, à mon humble avis (de russophile très modeste il est vrai) tout comme le bielorusse, mis à part quelques différences lexicales et orthographiques, les deux langues sont si proches que l'on se demande pourquoi on les distingue. Je n'ai en tout cas pas plus de problème à comprendre un texte ou un discours parlé dans l'une ou l'autre langue, à condition qu'ils correspondent à mon niveau de compréhension.

Le roman rappelle fortement Gogol, écrivain d'origine ukrainienne (il a écrit "les nouvelles ukrainiennes") mais écrivant en russe.  Pourquoi Gogol ? Parce que , comme chez l'auteur des Ames mortes, du Nez, du Manteau, la société ukrainienne actuelle y est dépeinte de manière réaliste, tout en introduisant des éléments fantastiques, le fantastique venant curieusement renforcer l'effet de réalisme produit par le texte. Par exemple, pour ce qui est du réalisme, la pauvreté, la corruption, la violence prévalant dans  l'Ukraine actuelle sont la toile de fond de la vie quotidienne des personnages.  On rencontre un douanier complice de bagagistes volant des valises à l'aéroport, un député organisant un trafic de lait maternel pour le revendre à  des gens riches dont les femmes ne veulent pas allaiter, des agents de sécurité impliqués dans diverses petites magouilles, en tout cas payés pour protéger les politiciens et autres notables ripoux qui les emploient. Mais, au sein de toute cette "glauquitude", des événements étranges se produisent et des personnages improbables se mèlent, tour à tour renforçant la laideur du tableau ou apportant une touche de tendresse et d'empathie envers les pantins qui se se côtoient et se rencontrent, dont les destinées sont plus ou moins imbriquées les unes dans les autres. Les valises détournées par le douanier et ses complices contiennent des ampoules mystérieuses, qui, ingurgitées par ceux auxquels on les revend au marché noir ou administrées au chat  du douanier, semblent provoquer chez les sujets traités une perte de prudence et une propension à jouer les justiciers vertueux. Une amie de la femme d'un agent de sécurité refuse de faire enterrer son mari décédé récemment mais le garde chez elle en le faisant "plastifier". Ce même agent de sécurité est somnambule et erre la nuit dans les rues de Kiev, s'attirant les pires ennuis et rendant sa femme jalouse. Une secte inflitre les sphères du pouvoir et promet à ses ouailles une société juste et morale. Tous ces personnages ne sont au fond pas si mauvais qu'on pourrait le penser en lisant ce compte-rendu. L'auteur nous en parle en comprenant leur bassesses, leur petites lachetés, combines, actes de débrouillardise auxquelles, probablement, tout citoyen ukrainien doit avoir recours, tout comme au bon vieux temps du communisme, pour mettre du beurre dans les épinards, amadouer leur femme, trouver un amoureux, trouver le bonheur, tout simplement.

Pour m'être fait des amis dans la bonne ville de Kiev au temps des soviets et avoir été initié par eux aux petites combines que les gens trouvaient pour améliorer le quotidien et mettre de la fantaisie dans la vie, j'ai l'impression, en lisant ce livre, que l'on est encore au temps de l'union soviétique, que le régime a marqué à jamais les esprits, même chez ceux qui sont trop jeunes pour l'avoir connu. Par exemple, il me souvient avoir été transporté dans l'ambulance d'un ami de mon pote Genia, peintre et trafiquant d'icônes,pour nous rendre à une soirée. C'était plus pratique, pour aller en grande banlieue de Kiev, que de prendre le métro ou le bus. Nous étions couchés sur les brancards,  (le monde ne peut être parfait, même dans la patrie du "socialisme réel"). Ne me demandez pas comment étaient transportés les malades du chauffeur pendant son temps de service, alors que l'ambulance était détournée pour des missions autres que les siennes...............

Preuve que le roman est plus optimiste qu'il peut  y paraître à la lecture des lignes ci-dessus, outre le regard empathique et tendre porté sur la galerie de personnages truculents mais plus ou moins sympathiques dont on vient de parler, émerge, au-dessus de la mélée, une petite fille mère, métaphore sans doute de l'Ukraine , riche et généreuse, pourvoyeuse éternelle de blé pour le pouvoir moscovite, qui donne son lait pour qu'il engraisse les bébés de la nouvelle nomenklatura, tout en nourissant sa fille au lait en poudre local, ne pouvant se permettre le lait occidental, trop cher. Tout comme sous "l'ancien régime" en effet, les produits locaux continuent à être jugés frelatés, inférieurs en tout cas à ce qui vient de l'Ouest.

La petite donneuse de lait réussira à se faire épouser par l'un des agents de sécurité, qui est loin d'être un tendre, mais sera touché par la grâce de cette icône "nationale" et paysanne de pureté (toute relative...) Tout comme certains personnages de Serfs chez Tolstoy, elle représente la classe sociale qui est le socle inébranlable sur lequel devra (devrait ?) s'appuyer tout pouvoir légitime dans les anciennes républiques de l'ex URSS. Elle habite en grande banlieue de Kiev, sa mère s'exprime en un Ukrainien très populaire et incorrect. La promise au barbouze repenti symbolise l'Ukraine éternelle ayant enduré courageusement les pires soufrrances et sévices, qu'elles viennent des tsars, des nazis ou de l'oncle Joseph, qui affama la population pendant la dékoulakisation avant la guerre et fit payer cher au ukrainiens le crime d'avoir sympathisé avec les nazis dans un premier temps. Une partie de cette population avait en effet tellement souffert sous le stalisnisme que tout autre "maître" leur paraissait préférable aux commisaires politiques envoyés par Moscou. Ils déchantèrent vite, mais Staline ne leur pardonna pas cette trahison.........

Le lien que je donne ci-dessous contient un article de la croix intéressant sur le livre en particulier et l'oeuvre de Kourkov en général.
 
http://www.la-croix.com/livres/article.jsp?docId=2412306&rubId=43500

Repost 0
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 11:08
Un ami m'a ramené de Tahiti un recueil de nouvelles écrites par l'un de ses anciens collègues , avec lequel il a travaillé au collège de Tubuai (ïles australes) et refait le monde lors de soirées arrosées entre métros perdus au coeur du pacifique. J'ai bien aimé ces nouvelles, d'où le petit commentaire ci-dessous. A la fin du texte, vous trouverez des liens vers des sties ou apparaissent des eaux fortes, assemblages et installations de l'auteur des nouvelles, qui est également peintre et plasticien. Il est très connu en Plyné&sie française, mais a aussi exposé à l'étranger. Je joins également un lien vers le site de la Fnac où l'on peut se procurer le livre, au cas où mon commentaire vous donnerait envie d'entrer dans l'univers déjanté du narrateur....


Dur, dur d'être sous les tropiques et de continuer à cuver tranquille mimile le lundi matin en prenant son petit-dèj
On se lève tôt pour aller au boulot dans les îles (autour de six heures trente du matin), vu que, because le soleil qui se couche tôt également, le boulot commence..... "à point d'heure" comme on dit dans notre fenoua à nous, un ch'tit coin du bourbonnais où les lagons ne sont pas légion...
Le personnage qui aspire légitimement à beurrer ses tartines tranquillement après l'ineffable Brrrriiingue du weekend, est un fonctionnaire en voie avancée de tropicalisation mentale. Attention ! Je dis bien mentale, pas intellectuelle ou idéologique. Pas une loque physique et morale. Un sage des tropiques mine de rien. Un gars qui réfléchit au "progrès" venant de l'extérieur, de la métropole et d'ailleurs, progrès qui menace de chambouler sa petite vie tranquille, faite de virées arrosées avec les copains et de méditation (pas trop trapue quand même)  sur le monde. Un futé qui ne se fait pas trop d'illusions sur les chances de voir la mondialisation contourner son île sans venir emmerder les  types finalement pépères comme lui qui n'ont d'autres soucis que de pouvoir aller au boulot le lundi matin dans un état à peu près normal, en ayant respecté les paliers de décompression nécessaires à une remontée progressive à la surface. Ses rituels matinaux comportent l'incontournable beurrage méticuleux de tartines, l'écoute religieuse du petit noir glougloutant dans la cafetière, la contemplation du jardin et la déambulation aléatoire, en pareo, dans la cuisine, de préférence autour du frigo, autour duquel semblent se concentrer les pérégrinations matinales du héros et de tous ceux qui s'invitent chez lui sans avoir demandé la perme.
Les emmerdeurs constituent un aréopage burlesque et bigarré, fait de démarcheurs à domicile totalement déjantés, d'êtres hybrides issus de croisements entre des intrus réels qui sont effectivement venus un jour s'inscruster chez lui et des héros de BD ou évadés de spots  publicitaires. Ce bric à brac hétéroclite d'humanoïdes mutants est composé un peu à la manière des installations de Jean Duday, l'auteur des nouvelles, mais également peintre et plasticien, qui aime assembler des images ou objets issus de produits de consommation courante et en faire un patchwork surprenant, dérangeant parfois.
C'est le cas par exemple de Batman et Robin, devenus dans les effluves de la gueule de bois qui se dissipe lentement au réveil, un couple de  travestis ayant une scène de ménage dans la cuisine de notre noceur vieilissant. C'est également le cas de cette vache, fouillant dans le frigo à la recherche de portion de crème de gruyère comme on en consomme sans doute beaucoup dans les îles et qui s'avère être la vraie Vache qui rit. Plus surréaliste que lui tu meurs, il y a aussi ce père Noël chargé de la distribution des jouets en Océanie, qui atterrit dans le jardin et dont un des rennes est en train de déguster les crotons amoureusement plantés. Que dire aussi de ce commando ninja investissant et dévastant les lieux, symbole d'un monde Big Brothérien s'inscrustant lui aussi dans les niches les plus protégées de la planète ?
Dans le genre "Souriez à la caméra, vous êtes filmés", il y a des intrus un peu plus crédibles, étant sans doute passés par là vendre leur salade ou vérifier que la case "était aux normes",  mais hachés à la moulinette d'un imaginaire embué par le mal de crâne du lundi matin : L'employé du gaz venu expliquer que désormais, en raison d'une harmonisation mondiale et pour plaire aux anglais, le système décimal a disparu et qu'on mesure les mètres en litres et les grammes en degrés. Dans la même veine, on se régale de l'infirmière de la brigade anticalorique, fouillant le frigo à la recherche d'aliments illégaux, ou du facteur inaugurant le nouveau service de la Poste, "Claque-express", en administrant au "client" quelques baffes et demandant, pour cette prestation, un pourboire...
En un peu plus crédible encore, il y a la bande de bringueurs qui se finissent au petit matin en débarquant chez des copains et viennent narguer les honnêtes gens "qui travaillent, eux ".... Il y a enfin ce clodo psychédélique, envoyé par un autre poète de comptoir et néanmoins ami intime, qu'il met à la porte tout en regrettant de l'avoir éconduit......
On l'aura compris, la Hinano (la mousse locale) ne se consomme pas en petites gorgées. Notre Delerme des tropiques ne pourra jamais savourer son kawa en toute impunité coloniale, sans cesse dérangé qu'il est par une cohorte d'empêcheurs de buller en rond. Pas moyen de goûter tranquille sa vie de Zoreille et néanmoins philosophe de faré.
D'autres situations et personnages savoureux hantent ces nouvelles.
Le touriste en mal d'exotisme ou se piquant d'anthropologie n'y trouvera ni tristes tropiques ni vahinés consolant le métro dans un hamac sous les cocotiers. Tout au plus quelques passages bien sentis mais subliminaux (juste ce qu'il faut !) pour tenter de communiquer : "La tanquillité. Le calme. La sérénité qui se dégage de ces rythmes insulaires.."
Mais attention, on n'est pas au jardin d'Eden, faudrait pas croire ..... On s'en était déjà un peu douté avec ce défilé infernal de géneurs parasites et cette succession de saynettes traitées sur le mode du réalisme fantastique.
Mais dans la dernière nouvelle, on nous rappelle que ni l'enfer ni le paradis sur terre ne sauraient durer. Un démarcheur  tout droit sorti d'une BD de Mandrake, ne lui propose pas une assurance vie  - comme on a sans doute proposé de nombreuses fois dans la vraie vie à notre Faust des îles -, mais un pacte ; un elixir de jouvence contre ... une  signature. Le papier reste non signé sur la table après le départ de Mephisto. Vendra-t-il son âme au diable ? Et pis d'abord, qui est ce diable ? Peut-être (sans doute..) le monde qui frappe à la porte de son caillou, même si cet asile qu'il s'est construit dans un exil somme toute doré n'est pas vraiment le paradis.."
 
Et maintenant, les liens :
 
Assemblages => http://chez.mana.pf/~duday/
Serigraphie => http://www.tahiti-pacifique.com/JeanDUDAY.html
=> http://www.galerie-anuanua.com/art_list.php?type=aut::data=DUDAY::titre=Jean+Duday::indlist=16::uid=en95593a52ba51ce74f6
 
Lien vers la page du  site de la Fnac, qui propose le bouquin à l'achat =>
http://livre.fnac.com/a1492978/Jean-Duday-Le-lundi-matin-c-est-dur-pour-tout-le-monde
 
Repost 0
21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 11:38
J'écoutais hier, alors que j'étais dans un bouchon sur l'autoroute me conduisant à Paris, l'émission littéraire de France culture (très bien faite au demeurant) où il était question, entre autre, de la nouvelle traduction des Aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain. J'avoue avoir été une fois de plus abasourdi par le "provincialisme franchouillard" qui sévit chez nous dans tous les domaines et en l'occurence, ici, dans le domaine littéraire. Désolé si je choque, mais je trouve de plus en plus affligeant ce provincialisme surtout lorsqu'il émane de gens cultivés, de critiques littéraires, qui ne devraient pourtant pas s'en rendre coupables. Il faut entendre "provincialismei", ici , bien sûr, au sens, d'ignorance crasse de choses hors hexagonales. Il n'est pas employé, de ma part, de manière péjorative à l'égard de la province.
C'est  insupportable de la part de ceux qui par ailleurs n'ont que mépris pour le provincialisme (qui n'est pas moins consternant) des "red necks" (réacs) américains. Mais les ploucs du Middle West ne font pas la pluie et le beau temps dans le Landernau littéraire..... ils ne parlent pas dans les émissions culturelles....
Tous les invités de l'émission (sauf le traducteur) s'accordaient à dire que, avant d'avoir lu la nouvelle traduction de Hoepffner, ils considéraient le bouquin comme un livre pour enfant un peu bébête, (l'un des intervenants avouant l'avoir lu dans la bibliothèque verte), et le rangeaient au niveau de la case de l'oncle Tom.
C'est cela qui m'a choqué dans l'émission. Pour le reste, tous ces gens disaient des choses fort intéressantes sur le bouquin quoique semblant parfois réinventer le fil à couper le beurre pour un angliciste moyen comme moi....
Demandez au contraire à tout étudiant de langue anglaise (Enfin, ceux de mon époque, qui lisaient encore des livres, et en VO en plus...), à tout anglophone, à tout américain surtout, et on vous répondra que le livre est un classique, à ranger parmi les meilleurs livres qui soient au monde, en tout cas comme ZZZe livre fondateur de la littérature américaine, qui coupe le cordon ombilical avec celle qui vient d'Angleterre.
Pourquoi ? Entre autre à cause de la langue populaire employée, et qui devient, sous la plume de Twain, pour la première fois aux USA (et peut-être aussi dans le monde anglo-saxon), promue au rang d'idiome littéraire. L'enfant parle comme les gosses du Missouri de l'époque et l'esclave en fuite utilise le dialecte (la langue faudrait-il dire ici) des noirs, ceci bien avant que Céline ait fait exploser les codes chez nous, et même avant l'Ulysse de Joyce. Flaubert, Maupassant et les écrivains naturalistes avaient bien risqué quelques audaces de ce genre, mais bien plus timides que celles des anglo-saxons à ma connaissance. Enfin je crois, à moins que l'on ne me démontre le contraire......
L'article que je joins ci-dessous en lien explique bien les difficultés qu'il y a à traduire Huck Finn.
Hoepffner dit que dans des traductions précédentes, les enfants utilisaient quelques expressions populaires au début puis s'exprimaient en employant l'imparfait du subjonctif dans le reste du livre et parlaient comme dans la comtesse de Ségur. Je ne puis juger des traductions anciennes, ayant lu le livre directement en anglais, l'ayant étudié et ayant eu à disserter sur lui lors de l'épreuve du CAPES, ce qui m'a valu une bonne note à la dissertation. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles j'adore ce bouquin, mais pas la seule.
La raison principale, c'est précisément la langue populaire employée, qui s'affranchit des codes et transcrit même les prononciations locales du Missouri, ce qui paraît encore sacrilège à certains chez nous. Ceci dit, les invités de l'émission oubliaient de dire que cet emploi de la langue populaire dans la grande littérature existait déjà en anglais bien avant Twain. C'est le cas de Fielding entre autres, par exemple, et surtout de Shakespeare...
Hoepffner disait à l'émission et le répète dans l'article que je joins en lien, que selon lui, aujourd'hui, on ne peut rendre la langue des noirs de l'époque qu'en utilisant le sabir des Djeunes des cités en 2008.
Je ne suis pas certain que l'anachronisme soit la meilleure façon de rendre la gouaille des parlers populaires d'antan. 
Par exemple, dans une traduction récente de l'Ulysse de Joyce, à laquelle Hoepffner a participé, on traduit "fellow" par "keum". Il me semble que cela ne correspond pas du tout à la transgression voulue par Joyce. Au début du 20ème siècle, en Français, "type" aurait sans doute été l'équivalent de "fellow". Même si cela ne choque plus aujourd'hui, cela devait incommoder fortement le bourgeois de l'époque. C'est prendre le lecteur pour un imbécile que de considérer qu'il ne peut lui-même estimer la modernité (ou l'audace ?) que pouvait présenter l'emploi d'un terme comme "type" ou "fellow" pour un locuteur contemporain des héros du roman de Joyce.
Pour rendre les choses plus concrètes, voici un court extrait du texte original, dans lequel Jim, l'esclave noir marron, parle à son compagnon d'infortune et fugueur lui aussi.
Cela donne une assez bonne idée de la manière dont Twain utilise les dialectes locaux, aussi bien celui des blancs que des noirs. Ce ne sont pas seulement les entorses à la syntaxe standard ( "chickens knows" par exemple, là où il faudrait "Chickens know") qui constituent une trangression par rapport à la norme.  L'accent local est également rendu grâce à une transcription phonétique  de la manière dont les mots sont prononcés. Cela rend l'idiome  non seulement "pittoresque", mais le fait accéder à un statut vraiment "poétique".
"Well, you wouldn't 'a' ben here 'f it hadn't 'a' ben for Jim. You'd 'a' ben down dah in de woods widout any dinner, an gittin' mos' drownded , too ; dat you would, honey. Chickens knows when it's gwyne to rain, en so do de birds chile."

En bon anglais, prononcé "normalement", sans "manger" les syllabes, les débuts et fin de mot, il faudrait dire :
"Well, you wouldn't have been here if It hadn't been for Jim. You would have been down there in the woods, without any dinner, and getting most drowned, too, that you would honey. Chickens know when it's going to rain, and so do birds child."

Je ne sais pas comment Hoepffner s'en est tiré dans sa traduction, mais moi, j'écrirais quelque chose comme :
"Eh ben, t'aurais point été vivant, si Jim, y l'aurait pas été là. T'aurais été là-bas dans ces bois, sans rien à manger, à t' nouiller compouèt'ment dans l'eau, c'est ça qui t''aurait arrivé mon p'tit lapin.. Les poulets, y l'savent quand ca va tourner à la plouie, et les zoziaux aussi, fiston."

Dans mon essai de traduction, à part "te nouiller compouèt'ment dans l'eau" pour "te noyer",  je procède sans même essayer de transcrire phonétiquement une prononciaton, qui pourrait être ...... antillaise par exemple, car ce serait probablement considéré comme raciste...
Dans ce cas, il faudrait écrire, par exemple : "t'auwais pas été vivant", "pleuvoiw", "yien" peut-être pour "rien". Afin d'ajouter un peu plus de couleur locale, pas antillaise celle-là, mais bien de chez nous, on pourrait écrire, "dans ces bouais" au lieu de  "bois" (En bon Montluçonnais, l'envie me démangerait de dire "dans ceux bouais"). Et peut-être parsemer le tout de quelques expressions bien créoles pour agrémenter le tout.
Mais chez nous, on risquerait immédiatement un procès aux fesses par la ligue antillaise contre le racisme et l'esclavage.
Notons au passage que chez Twain, la grammaire et la prononciation des blancs d'origine modeste, celle de l'enfant fugitif,  sont tout aussi approximatives, quoique différentes de celle de leurs esclaves noirs, ce qui suffit à faire taire les accusations de racisme qui ont été prononcées à  son égard

Voilà, en tout cas, grâce à ces exemples, on voit peut-être un peu plus concrètement la difficulté qu'il y a à traduire un tel texte, surtout quand il est considéré, à juste titre, comme un classique...

Cela peut sembler d'une modernité incroyable à un lecteur français, cette manière de transcrire phonétiquement les prononciations, mais depuis Twain et grâce à lui, un lecteur anglophone, de quelque pays que ce soit, même un oxfordien hyper snob,  n'aura aucun mal à déchiffrer et à rétablir en anglais standard. C'est bien plus facile que de traduire du créole en français par exemple.
En revanche, faire parler Jim en vrai créole antillais serait incompréhensible en Français, alors que la langue de Jim, après les premières pages un peu déroutantes, est parfaitement compréhensible.
Le procédé de transcription phonétique des accents, qui est admis pour un anglophone, habitué, depuis Twain notamment, à ce genre d'audace, serait quant à lui considéré comme du régionalisme suranné de la pire espèce chez nous.

Quoi qu'il en soit, l'interview du traducteur, Hoepffner, est très intéressant et s'il peut vous donner envie de lire ou de relire le bouquin avec des yeux d'adultes et dans la version intégrale, c'est toujours ça de gagné....
En ce qui me concerne, celà m'a donné envie de le relire...(en anglais of course..)
Bonne lecture, peut-être... Et si vous avez des petits enfants en âge de lire, je ne puis que le recommander (mais en version intégrale bien sûr...)
http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite
Repost 0
5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 09:25
Un gros roman de Vassili Axionov, fils de Evguenia Guinzbourg, elle-même auteur du "Vertige" et du "Ciel de la Kolyma" , récits fameux de son arrestation et de sa déportation au goulag avec son mari (en 1937). Ses parents étaient pourtant des communistes convaincus, persuadés au début de leur calvaire que le parti ne pouvait se tromper, que s'ils avaient été condamnés, ils devaient avoir commis quelque péché capital contre l'édification du socialisme. Leur fils vécu avec eux à Magadan, en extrême orient, puis ils furent libérés en 1953, avec la "libéralisation" khroutchévienne.
Encore un de ces romans russes sur le Stalinisme à lire absolument si vous avez encore besoin de croire que  sans Staline et sa "déviation" totalitaire, le régime communiste eût pu déboucher sur une société juste.
Ce que montre précisément cet autre grand roman russe sur cette période, c'est que le système porte en lui, de manière inhérente, en raison même de la nature humaine, la fatalité de ce qu'il va devenir, comme l'attestent d'autres tentatives de construction de sociétés fondées sur cette idéologie (le Cambodge pour ne citer que cette expérience.)  Ce que montre (ou plutôt illustre brillamment le livre dans la fiction), c'est que ce  type de régime ne diffère que dans les objectifs annoncés de l'autre totalitarisme du vingtième siècle, qu'il  ne peut que donner le pouvoir (que ce soit dans les camps ou dans les hautes spères du régime), aux individus les plus corrompus, aux instincts les plus vils.
Par exemple, Beria,  le second  du petit père des peuples, devient sous la plume d'Axionov, un personnage à part entière du roman, qui fait enlever des jeunes filles dans Moscou pour qu'on les livre à ses désirs de vieillard libidineux. Ceci n'est nullement une liberté que prendrait le romancier avec l'Histoire , car il semble bien en effet que la réouverture récente des archives de l'URSS confirme  ce que d'autres auteurs et ce que la rue de Moscou avaient  déjà largement rendu public.
D'autres romans russes ont peint cette époque à leur manière, en s'essayant à marcher sur les traces du Guerre et Paix de Tolstoi. Outre les livres de Soljenitsyne bien sûr, l'autre grande saga à lire, plus centrée elle sur la bataile de Stalingrad, est "vie et destin" de Vassili Grossman, qui lui aussi établit dans la fiction le parallèle que devait faire au niveau philosophique Hannedt Arendt entre Nazisme et Communisme.
L'originalité de ce roman là tient à ce qu'il parvienne à nous faire vivre ces événements et ces destins tragiques, d'une manière ..... comment dire ...presque "légère", ceci sans édulcorer la réalité vécue par les personnages et les soviétiques à cette période. Même au bagne, une vie s'organise, des couples se retrouvent et s'aiment. Pendant la "Grande guerre patriotique" (entendez la deuxième guere mondiale) les soviétiques retrouvent une dignité et un courage dont ils se croyaient dépourvus, eux qui, en temps de paix, se sont laissés traîner dans les camps comme un troupeau d'esclaves, et qui se soumettront à nouveau, pour la plupart, la paix revenue. Le style, proche du réalisme fantastique de Boulgakov participe  ..comment dire encore .. de cette "légèreté dans l'horreur "  Comme dans le "Maître et Marguerite" ou le Roman Théâtral" de Boulgakov, les personnages historiques sont des protagonistes à part entière de la narration. On a déjà vu comment le terrible Beria participait à l'histoire. Mais Staline aussi devient un héros presque crédible de la fiction. Comme son acolyte Beria, il est rendu à la fois "humain" et accessible, mais aussi Ubu plus monstrueux encore, par le semblant d'empathie qu'Axionov joue parfois à nous faire  ressentir à l'égard des bourreaux, en  les caricaturant parfois sous la forme de bouffons pathétiques, vulnérables, faibles devant la maladie, la vieillesse ou l'impuissance, sujets au doute métaphysique parfois.... Mais que l'on ne s'y trompe pas. Comme celle de Kundera, cette "légèreté" axionovienne est elle aussi .... insoutenable. Dostoïevski, auquel il est fait abondamment référence, n'est jamais très loin....
A Moscou, après la guerre, les déportations continuent,. Les procès de médecins (juifs la plupart  !!) accusés de vouloir empoisonner les membres du bureau politique causent la perte d'un des héros, grand médecin,, qui refuse  de participer à  la curée contre ses collègues. Mais dans le Moscou (dans la capitale, pas dans la russie profonde !!) de l'après-guerre, une certaine prospérité  permet aux moscovites de mener une existence à peu près normale, pour peu que l'on échappe aux tentacules de la pieuvre protéiforme. Une jeunesse dorée fait la nouba, du sport, sort dans les boites à la mode, écoute du jazz, fricote avec les rejetons des "organes du parti".

La patte de l'auteur de cette fresque qui porte bien son nom de saga est faite d'un curieux mélange de farce burlesque, de tragédie grecque (ou dostoïevskienne comme on voudra...) et aussi, par moment, pour le "liant" romanesque, peut-être, d'une sorte de frivolité nomenklaturienne "à visage humain", de quadrille en crinolines  et au pas de l'oie apprécié dans les sphères du pouvoir. Mais plus intéressant encore que cela, l'horreur dominante est constamment tempérée par l'amour qui lie les membres de la famille Gradov, par  l'humour dont font preuve les membres de cette cellule inoxydable  de l'intelligentsia patriotique éclairée qui résiste à sa manière au tyran et à ses sbires ordinaires. Comme les héros "positifs" de Guerre et Paix , cette bourgeoisie progressiste et fondamentalement humaniste,  puise la force de résister au mal et à la table rase culturelle imposée par les bolchéviques à la fois dans ses racines profondément slaves et dans un souci constant de rester ouverte au monde extérieur.
Ceux qui ont étudié la langue de Pouchkine ont forcément entendu dire par leurs professeurs que les meilleurs écrivains russes sont ceux qui ont su réaliser une synthèse entre les courants slavophile et occidentaliste qui traversent et enrichissent l'oeuvre des plus grands, celle de Tolstoy, de Dostoïevski, de Pasternak, etc.... Je crois qu'Axionov s'inscrit dans cette lignée, lui le "traître cosmopolite" comme étaient nommés les accusés des procès de Moscou et de Prague, lui qui a émigré aux USA, mais qui continue de puiser son inspiration dans sa culture.....

Ce gros pavé de 1600 pages se lit presque comme un roman feuilleton (en raison peut-être des "crinolines" évoquées plus haut.) L'histoire tourne autour d'une famille de grands médecins, de militaires héros de la guerre dont l'un est rappelé du goulag pour sauver la mère patrie de l'envahisseur hitlérien, de poètes, de cadres sincères du parti, qui auront tous à souffrir dans leur chair du régime, mais qui sont en même temps, du fait de leur compétence dont a besoin le parti, préservé du pire. La maison familiale, datcha héritée de l'ancien régime et curieusement jamais confisquée, sorte de croisement entre les propriétés pour personnages de Tchékhov et de maison coloniale à la "Autant en emporte le vent", est l'ultime refuge de la cellule familiale disloquée par l'Histoire mais qui s'y retrouve par moments pour y trouver la force qui  permettra aux membres de cette "dynastie" de traverser les épreuves avec dignité.
Un livre optimiste finalement, contrairement à beaucoup de romans historiques russes traitant de cette époque sombre.
Les références littéraires et historiques sont nombreuses, mais, cerise sur le gâteau, la traduction de Lily Denis, dans l'édition Folio de poche, fourmille de notes documentées permettant au lecteur non spécialiste de posséder toutes les informations utiles pour la compréhension du contexte dans lequel s'inscrit l'histoire.

Repost 0
3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 12:14
Vous trouverez des articles sur mes lectures de vacances sur mon blog : http://jcfvc.over-blog.com
Parmi les livres dont il est question à l'article éponyme (Mes lectures de vacances) :
-2 romans anglais Amsterdam de Ewan McEwan, et "Sourires de loup" (White teeth) d'un jeune romancière anglo jamaicaine, Zadie Smith
- 1 roman américain de Philip Roth : J'ai épousé un communiste
- 2 recueils de textes sur la Provence : "Provence' de Giono et "Ma provence d'heureuse rencontre" par Pierre Magnan
- 1 livre d'Henri Bosco, bien ancré sur la Provence luiaussi, "'et la rivière"
- 1 roman qui valu à son auteur d'être agresé par les gens du village dont il parlait dans le livre et qui donna lieu récemment à un procès au tribunal d'Aurillac : "Pays perdu" de Pierre Jourde
Repost 0

Texte libre

  

Paperblog

Catégories