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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 11:08
Un ami m'a ramené de Tahiti un recueil de nouvelles écrites par l'un de ses anciens collègues , avec lequel il a travaillé au collège de Tubuai (ïles australes) et refait le monde lors de soirées arrosées entre métros perdus au coeur du pacifique. J'ai bien aimé ces nouvelles, d'où le petit commentaire ci-dessous. A la fin du texte, vous trouverez des liens vers des sties ou apparaissent des eaux fortes, assemblages et installations de l'auteur des nouvelles, qui est également peintre et plasticien. Il est très connu en Plyné&sie française, mais a aussi exposé à l'étranger. Je joins également un lien vers le site de la Fnac où l'on peut se procurer le livre, au cas où mon commentaire vous donnerait envie d'entrer dans l'univers déjanté du narrateur....


Dur, dur d'être sous les tropiques et de continuer à cuver tranquille mimile le lundi matin en prenant son petit-dèj
On se lève tôt pour aller au boulot dans les îles (autour de six heures trente du matin), vu que, because le soleil qui se couche tôt également, le boulot commence..... "à point d'heure" comme on dit dans notre fenoua à nous, un ch'tit coin du bourbonnais où les lagons ne sont pas légion...
Le personnage qui aspire légitimement à beurrer ses tartines tranquillement après l'ineffable Brrrriiingue du weekend, est un fonctionnaire en voie avancée de tropicalisation mentale. Attention ! Je dis bien mentale, pas intellectuelle ou idéologique. Pas une loque physique et morale. Un sage des tropiques mine de rien. Un gars qui réfléchit au "progrès" venant de l'extérieur, de la métropole et d'ailleurs, progrès qui menace de chambouler sa petite vie tranquille, faite de virées arrosées avec les copains et de méditation (pas trop trapue quand même)  sur le monde. Un futé qui ne se fait pas trop d'illusions sur les chances de voir la mondialisation contourner son île sans venir emmerder les  types finalement pépères comme lui qui n'ont d'autres soucis que de pouvoir aller au boulot le lundi matin dans un état à peu près normal, en ayant respecté les paliers de décompression nécessaires à une remontée progressive à la surface. Ses rituels matinaux comportent l'incontournable beurrage méticuleux de tartines, l'écoute religieuse du petit noir glougloutant dans la cafetière, la contemplation du jardin et la déambulation aléatoire, en pareo, dans la cuisine, de préférence autour du frigo, autour duquel semblent se concentrer les pérégrinations matinales du héros et de tous ceux qui s'invitent chez lui sans avoir demandé la perme.
Les emmerdeurs constituent un aréopage burlesque et bigarré, fait de démarcheurs à domicile totalement déjantés, d'êtres hybrides issus de croisements entre des intrus réels qui sont effectivement venus un jour s'inscruster chez lui et des héros de BD ou évadés de spots  publicitaires. Ce bric à brac hétéroclite d'humanoïdes mutants est composé un peu à la manière des installations de Jean Duday, l'auteur des nouvelles, mais également peintre et plasticien, qui aime assembler des images ou objets issus de produits de consommation courante et en faire un patchwork surprenant, dérangeant parfois.
C'est le cas par exemple de Batman et Robin, devenus dans les effluves de la gueule de bois qui se dissipe lentement au réveil, un couple de  travestis ayant une scène de ménage dans la cuisine de notre noceur vieilissant. C'est également le cas de cette vache, fouillant dans le frigo à la recherche de portion de crème de gruyère comme on en consomme sans doute beaucoup dans les îles et qui s'avère être la vraie Vache qui rit. Plus surréaliste que lui tu meurs, il y a aussi ce père Noël chargé de la distribution des jouets en Océanie, qui atterrit dans le jardin et dont un des rennes est en train de déguster les crotons amoureusement plantés. Que dire aussi de ce commando ninja investissant et dévastant les lieux, symbole d'un monde Big Brothérien s'inscrustant lui aussi dans les niches les plus protégées de la planète ?
Dans le genre "Souriez à la caméra, vous êtes filmés", il y a des intrus un peu plus crédibles, étant sans doute passés par là vendre leur salade ou vérifier que la case "était aux normes",  mais hachés à la moulinette d'un imaginaire embué par le mal de crâne du lundi matin : L'employé du gaz venu expliquer que désormais, en raison d'une harmonisation mondiale et pour plaire aux anglais, le système décimal a disparu et qu'on mesure les mètres en litres et les grammes en degrés. Dans la même veine, on se régale de l'infirmière de la brigade anticalorique, fouillant le frigo à la recherche d'aliments illégaux, ou du facteur inaugurant le nouveau service de la Poste, "Claque-express", en administrant au "client" quelques baffes et demandant, pour cette prestation, un pourboire...
En un peu plus crédible encore, il y a la bande de bringueurs qui se finissent au petit matin en débarquant chez des copains et viennent narguer les honnêtes gens "qui travaillent, eux ".... Il y a enfin ce clodo psychédélique, envoyé par un autre poète de comptoir et néanmoins ami intime, qu'il met à la porte tout en regrettant de l'avoir éconduit......
On l'aura compris, la Hinano (la mousse locale) ne se consomme pas en petites gorgées. Notre Delerme des tropiques ne pourra jamais savourer son kawa en toute impunité coloniale, sans cesse dérangé qu'il est par une cohorte d'empêcheurs de buller en rond. Pas moyen de goûter tranquille sa vie de Zoreille et néanmoins philosophe de faré.
D'autres situations et personnages savoureux hantent ces nouvelles.
Le touriste en mal d'exotisme ou se piquant d'anthropologie n'y trouvera ni tristes tropiques ni vahinés consolant le métro dans un hamac sous les cocotiers. Tout au plus quelques passages bien sentis mais subliminaux (juste ce qu'il faut !) pour tenter de communiquer : "La tanquillité. Le calme. La sérénité qui se dégage de ces rythmes insulaires.."
Mais attention, on n'est pas au jardin d'Eden, faudrait pas croire ..... On s'en était déjà un peu douté avec ce défilé infernal de géneurs parasites et cette succession de saynettes traitées sur le mode du réalisme fantastique.
Mais dans la dernière nouvelle, on nous rappelle que ni l'enfer ni le paradis sur terre ne sauraient durer. Un démarcheur  tout droit sorti d'une BD de Mandrake, ne lui propose pas une assurance vie  - comme on a sans doute proposé de nombreuses fois dans la vraie vie à notre Faust des îles -, mais un pacte ; un elixir de jouvence contre ... une  signature. Le papier reste non signé sur la table après le départ de Mephisto. Vendra-t-il son âme au diable ? Et pis d'abord, qui est ce diable ? Peut-être (sans doute..) le monde qui frappe à la porte de son caillou, même si cet asile qu'il s'est construit dans un exil somme toute doré n'est pas vraiment le paradis.."
 
Et maintenant, les liens :
 
Assemblages => http://chez.mana.pf/~duday/
Serigraphie => http://www.tahiti-pacifique.com/JeanDUDAY.html
=> http://www.galerie-anuanua.com/art_list.php?type=aut::data=DUDAY::titre=Jean+Duday::indlist=16::uid=en95593a52ba51ce74f6
 
Lien vers la page du  site de la Fnac, qui propose le bouquin à l'achat =>
http://livre.fnac.com/a1492978/Jean-Duday-Le-lundi-matin-c-est-dur-pour-tout-le-monde
 

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