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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 07:37

somewhere-de-sofia-coppola-10344847vnzqk.jpgVu hier à Paris le dernier film de Sofia Coppola, Somewhere, après avoir essayé d'entrer (en vain, il y avait 5 heures de queue..) à l'expo Monet. Le début du film est laborieux, on ne sait pas trop où la réalisatrice veut en venir avec de longues séquences - qui pourraient être écourtées sans nuire au message - montrant le désoeuvrement et la perversion d'un acteur à succès. Par exemple,  entre deux gueule de bois, il est appelé par son agent gérant entièrement son emploi du temps pour des séances de photos avec une actrice qui fut sa partenaire dans un film et sans doute son amante déçue. On le suit également  lors d'une prise d'empreinte pendant  laquelle on fait un moule de son visage. Pendant cette séquence qui est métaphorique de son statut d'acteur en carton pâte,  on voit son visage disparaître sous la couche de glaise appliquée celui qui est chargé de le "statufier". Il devient momie, façonné par la volonté d'un système qui l'utilise, qui le chosifie. Au cours de son errance à travers les différents "happenings" ponctuant son somnanbulisme mental, il reçoit des SMS injurieux qui émanent sans doute d'une conquête remerciée, il conduit une voiture de course sans but sur les autoroutes de Los Angeles, suivant une femme lui ayant souri au volant jusqu'à sa villa et devant rebrousser chemin lorsque la grille se ferme automatiquement derrière elle. Il fait venir à domicile des danseuses érotiques payées, sans même leur demander de coucher, semblant se contenter d'une posture voyeuriste, souriant bêtement en les voyant se trémousser autour de la barre de fer démontable et remontable qu'elles emmènent avec leurs tenues de travail. Lors d'une soirée donnée à son insu par un ami dans son apartement il s'endort, (abruti qu'il est par l'alcool incurgité et sans doute par d'autres substances), en  train de faire un cunilingus à une partenaire abordée au hasard.

Peu à peu cependant, le personnage prend de l'épaisseur lorsqu'il doit (entre deux parties de jambes en l'air avec des petites starlettes attirées comme des mouches par ce néon pouvant leur apporter une parcelle de célébrité fugace) s'occuper de sa fille de onze ans, que son ex femme lui confie d'autorité, pour "prendre du recul" selon l'explication qu'elle lui donne.

Le père et la fille, contre toute probablilité et malgré la vie dissolue et superficielle de l'acteur, s'inventent, se bricolent, une relation chaleureuse et complice. Il y a des scènes d'une infinie tendresse, celle par exemple où ils sont allongés dans le même lit (en tout bien tout honneur !!) et commandent des glaces qu'ils dégustent ensemble, ou bien encore celle de la piscine, où ils décrivent des arabesques sous-marines comme deux gosses en apesanteur et en symbiose affective. Dans cette scène comme dans d'autres d'ailleurs, le père semble être le plus immature des deux...

Gtâce à la présence inattendue et non vraiment souhaitée au départ de sa fille, l'acteur découvre que sa vie peut avoir un sens et réalise qu'il n'est rien d'autre qu'un petit minable malgré ses succès médiatiques et féminins.

L'actrice qui joue la pré-adolescente de onze ans à la recherche d'un père qui ne s'est guère occupé d'elle jusque là est lumineuse. Son jeu est sobre, fait tout à la fois d'innocence et de maturité. Elle devient comme une petite maman pour cet acteur à la dérive qui ne savait pas comment être père jusque là.

Sofia Coppola, bien que déclarant, dans ses interviews à la presse, que sa vie ne fut pas semblable à celle de l'héroïne du film, qu'elle ne fut aucunement délaissée par son père, connait bien son sujet. Comme Cleo, la fille de l'acteur, elle a probablement été poursuivie par des photographes traquant les people à la recherche d'histoires ou de photos pouvant faire scandale. Enfant, elle a bien dû accompagner son père célèbre lors de ses tournées de promotion dans le monde. Comme ce père,elle doit maintenant répondre à des questions stupides de journalistes ou présentateurs, ne portant même pas sur l'oeuvre censée être la raison de sa venue sur le plateau. A cet égard, la séquence lors de laquelle Johnny Marco emmène sa fille en Italie est sans doute empruntée à des souvenirs personnels. Le père et la fille sont, logés dans un luxueux palace duquel ils sont pourchassés par les paparazzis et doivent s'enfuir comme des amants ne voulant pas révéler leur relation au monde entier. Prisonnier dans sa prison dorée, tout comme il l'est dans le célèbre hötel Marmont où il réside à Los Angeles,Johnny Marco ne peut sortir qu'en prenant certaines précautions : Il doit regarder sans cesse dans le rétroviseur pour voir s'il n'est pas suivi. A l'étranger, dans le palace somptueux et aux décorations Pompéïennes (signe de décadence de la société du spectacle avant le cataclysme qui nous guette ?)  où il réside, il lui est impossible de voir le pays et de rencontrer de "vrais" gens. Toute la séquence romaine (on pense à Fellini..) est emblématique de la frustration que peut ressentir un créateur, un artiste, lorsqu'il se retrouve, malgré lui sans doute, dans un show berlusconien peuplé d'ineffables bimbos danseuses et potiches de service,  où ceux qui l'ont fait venir là à leurs frais ne veulent entendre de lui que quelques mots insipides, toujours les mêmes formules consensuelles flattant l'orgueil national, à la gloire du pays d'accueil, prononcés dans la langue locale, mais ne faisait pas avancer d'un poil la compréhension de l'oeuvre. On atteint là le degré zéro de la communication entre les êtres et deux cultures, qui pourtant sont occidentales et devraient pouvoir se rencontrer et s'enrichir mutuellement. Elles peuvent sans doute le faire, mais en d'autres lieux que dans ce barnum de paillettes et de strass.......... Dans ces conditions, on peut, tout comme Sofia Coppola et son père, ou Johnny Marco, être d'origine italienne et se sentir totalement étranger dans le pays de ses ancètres, coupé de ses racines en passant dans la moulinette médiatique.

De ce point de vue, on retrouve dans ce film les thèmes de Marie Antoinette : Solitude absolue des grands de ce monde, coupés de la "réalité", à la recherche d'authenticité, hagards, prsonniers d'une cour qui les choient et les broient tout à la fois. On me dit que ce thème parcourt également Lost in translation (que je n'ai malheureusement pas vu).

Marie Antoinette m'avait énervé par ses inexactitudes historiques et la superficialité du regard porté sur cette période de notre histoire, mais après avoir vu ce dernier opus, il me semble que je devrais peut-être revoir le précédent à la lumière de ce que celui-là m'a révélé des obsessions récurrentes de la réalisatrice.

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