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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 12:28

    skylabVu, ce weekend, le dernier film de Julie Delpy. Moi qui ai facilement la nostalgie du temps passé en bandoulière, ce petit film, même s'il ne nous transporte pas dans les années 60, celles de mon adolescence et des bals de campagne que j'ai décrites dans mon roman, Le prince des parquets-salons, m'a fait passer un très bon moment. Je donne ici deux liens menant à des critiques qui, à mon avis, reflètent très bien le contenu et l'atmosphère du film sans qu'il soit besoin que je rajoute mon grain de sel.

 http://www.evene.fr/cinema/films/le-skylab-37763.php?critiques#critique-evene

 

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/le-skylab_1036435.html

 

 Deux petits bémols cependant :

- Les scènes constituant des petits morceaux de bravoure (l'histoire racontée dans la voiture, les chansons entonnées à la fin du repas, la démonstration d'un aspirateur high tech pour l'époque, le frotteur de la boum, etc..) sont un, peu longues. On avait compris que la réalisatrice voulait nous plonger dans l'atmosphère de ces années-là, se repasser en boucle des moments de son enfance qui lui font chaud au coeur et à l'âme. Mais ces séquences pouvaient être écourtées, sans qu'il soit besoin d'entendre tous les couplets des chansons, toute la tirade du représentant de commerce et néanmoins beau-frère, ou l'intégralité du slow de la boum pour ados boutonneux..

- Les scènes d'engueulade pendant le repas illustrant les oppositions politiques et idéologiques entre nostalgiques de la colonisation et soixante-huitards d'une part, beau-frères machistes et féministe militante d'autre part, sont suffisamment explicites (voire parfois binaires et manichéennes) pour qu'elles n'aient pas besoin, en prime, de la séquence, très improbable, dans laquelle l'un des beaufs pénètre dans la chambre à coucher de l'un des couples endormis, agresse sa belle-soeur, puis, pleurnichant et larmoyant, confie au mari (très compréhensif envers l'agresseur de son épouse), combien il regrette le bon vieux temps de la coloniale où il était le "patron", pouvait se permettre d'entrer dans un village et d'avoir (c'est à dire de violer..) toutes les femmes qu'il voulait.

 

Mais ces longueurs et ces outrances n'empèchent pas de passer un très bon moment. Parmi les répliques qui sont autant de marqueurs d'époque (chansons, blagues, slogans publicitaires..), expressions, illustrant, comme les costumes (particulièrment savoureux) l'innocence et la folie insouciante des années soixante-dix, il y en a deux que  ma sensibilité de vieux con passéiste a particulièrement notées :

- D'une belle soeur à forte poitrine, pelotée complaisamment et fièrement par son mari devant tout le monde, on dit qu'elle a de "la conversation.." Et tout le monde rit de bon coeur, y compris la féministe.

- Lorsqu'il est question de laisser aller ou non, les pré-ados à la boum et surtout de leur permettre de rentrer seuls à minuit, l'actrice féministe  qui n'est autre, si j'ai bien compris que la mère de la réalisatrice, a, envers les congénères Bretons de son mari, des propos généralisateurs qu'elle trouverait racistes si elle les entendait proférés par ses beaufs à l'égard des arabes ou des noirs. Elle dit quelque chose comme cela je crois : "On va pas les laisser rentrer seuls avec tous ces Bretons bourrés, la nuit, le long de la route."  Autodérision de la réalisatrice envers elle-même a posteriori ou rappel d'un temps où, effectivement, la Bretagne avait la réputation - justifiée ou non - de détenir le record national lde consommation d'alcool ?  

 

Qu'en est-il aujourd'hui de cette insouciance, de cette autodérision et de cette innocence ? Est-elle perdue à jamais ? Pas si sûr si l'on en juge par les scènes contemporaines encadrant la narration, celles ou la réalisatrice, devenue adulte, se met en scène alors qu'elle rentre à Londres en Eurostar en famille. Le mari est Anglais (Grand Breton !!) et non plus simplement Breton. le monde est mondialisé... Est-on si loin que ça de la franchouillardise bon enfant qui domine lors de l'anniversaire de la grand-mère, l'année où le Skylab doit s'écraser sur la Bretagne et risque, selon la comédienne féministe et écologiste avant la lettre,  de contaminer radioctivement la France ? On ne s'engueule plus sur la politique, mais en demandant à des passagers de changer de place afin que la famille ne soit pas séparée, car on a envie de jouer aux cartes avec ses enfants. On s'en prendrait presque à regretter l'après-soixante-huit, ce bon vieux temps où l'on se traitait de réac, de facho, de stalinien et d'autres noms d'oiseaux, pour des causes qui -pensait-on - en valaient  (vraiment ?) la peine. A l'époque post-moderne où nous sommes rendus, la scène contemporaine dans l'Eurostar signifie-t-elle un repli sur les valeurs familiales et intimistes, tant décriées en soixante-huit et permettant cependant à tous les personnages du film de communier dans la chaleur de cette réunion de famillle, agitée parfois, mais revécue avec toute l'empathie du monde (trop d'indulgence diront certains ..), y compris  envers les personnages peu sympathiques comme les deux beau-frères pro OAS, dont l'un d'entre-eux - celui, un peu trop caricatural à mon goût, qui voudrait pouvoir faire la guerre à nouveau contre les " indigènes" -  devient fou lorsqu'on lui rappelle que sa fille s'est sauvée de la maison familiale avec un arabe.........

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