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Bienvenue dans le blog de jcf
Dans ce blog, jcf dégoise sur la vie culturelle en général. Il fait part de ses coups de coeur et de gueule. Il signale des liens vers des sites web qu'il a construits ou vers d'autres sites ou pages web qu'il juge intéressants.
Il parle :
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- des bouquins qu'il a lus |
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- des films et des expos qu'il a vus |
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- Il digresse un chouilla aussi sur la philo, la politique, l'actualité, |
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- Il partage ses albums photos et ses vidéos (photos dans colone de droite, vidéos en bas de page). |
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| - Il partage sa musique (voir tout en bas de page le coin audio et vidéo) |
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- Il parle aussi parfois (rarement rassurez-vous) de lui, de sa petite famille, qui s'est enrichie récemment d'un membre éminent : la ch'tite Sofia. |
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- Il déconne pas mal aussi |
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Bref la vie quoi, enfin la mienne.
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C’est le long de l’Aumance, juste après la sortie du camping, en remontant le cours de la rivière, entre la passerelle et le pont que j’aime me balader. J’aime bien ce chemin. De l’autre côté de l’eau, on voit les vieilles maisons en pierre rose de chez nous, qui bordent la promenade, qui datent du temps où le château n’était pas encore en ruine.
Ca fait déjà un bail que je louche sur les baraques à vendre. Une p’tite case, comme dirait mon pote instruisou avec lequel je cherchais des vers de vase, gamin, dans cette même rivière. Le copain que j’ veux dire, c’est lui qu’a été aux îles et un peu partout dans le monde, qui parle du coin comme on fait dans les bouquins, qui me fait lire, des fois, ce qu’il écrit dans ses cahiers en se baladant dans la campagne autour.
Ca serait quand même l’idéal pour poser ses gaules à la retraite, un petit coin comme ça. Enfin, il parle pas comme ça lui, mais il dit à peu près la même chose, avec ses phrases et ses mots et tordus à lui. Mais ça explique bien pourquoi on aime tant ce coin tous les deux, pourquoi on parlait, des fois, de s’installer ici, ensemble :
L’Aumance qui enlace le village comme un serpent déployant nonchalamment ses anneaux d’écailles luisantes, qui rampe paisiblement le long de la promenade et du parc, qui se love furtivement sous le pont aux arches trapues, qui glisse plus lascivement sous la passerelle….
Le baiser langoureux, intemporel, qu’elle dépose délicatement sur les champs qu’elle traverse en aval…
Les ondes de douceur qu’elle communique aux près et aux berges, ce petit filet d’une eau modeste et tranquille, qui réfléchit en son miroir trouble et frémissant les maisons médiévales en pierre rose du lieu…,
Elle s’enroule malgré moi autour de mes souvenirs d’enfant, à la façon des cache-col que ma mère nouait autour de mon cou avant de m’envoyer dans le froid.
Ce ruisseau sans prétention, devenu petite rivière en arrivant dans la boucle onctueuse du village, ce tapis d’eau calme, ruisselant des clapotis discrets qu’il envoie en frêles vaguelettes au loin, vers la forêt centenaire, bruissant elle-même à sa manière, en un écho chuchoté par les ancêtres feuillus et immobiles qui la peuplent, ou résonnant du brame lourd des autres habitants de ces lieux…
Elle se faufile doucement, cette mince romance d’eau glissant entre les saules qui, laissant pendre paresseusement leurs longs doigts effilés, caressent les flancs de l’onde jusqu’à Meaulnes. Dans son cheminement tortueux, la rivière acquière là, dans cette modeste vallée, une sorte de grandeur rustique, en un ondoiement caressant au travers d’un bocage capricieux, fait de la trame des petits lopins de terre assemblés au hasard du relief vallonné.
Ce damier de bouchures épineuses au tracé délicieusement irrégulier, la rivière le borde affectueusement de ses éclats de lumière tournicotant au gré du courant et des remous.
Elle l’enrichit à la patine du souvenir, au lustre des ruines laissées par les hommes ayant bâti la petite cité qu’elle vient de quitter presque à regret.
La proximité mystérieuse de la grande forêt que la rivière longe respectueusement sans oser, malheureusement la pénétrer, la troubler de ses murmures cristallins, nous laisse l’amertume de noces jamais consommées entre Aumance et hautaines futaies de Tronçais.
Cette présence à faible distance d’un océan d’arbres éternels a de quoi, en effet, faire regretter aux riverains une rencontre avortée - qui eût pu s’avérer majestueuse - entre chênes vénérables et onctueuse sinuosité de l’eau, baignant les troncs rugueux, dressés vers le ciel comme des défis, tels les mâts vermoulus de vaisseaux fantômes, telle une armada vaincue par la mousse carnivore du temps, engloutie dans l’ombre d’une mer des Sargasses bourbonnaise, où se balanceraient nonchalamment, en un ballet d’algues devenues peu à peu amphibies, puis enfin terrestres, des champs de fougères ondoyantes. »
Un jour, je m’étais arrêté pour voir si ça mouchait à la surface de l’eau. J’avais posé la bourriche et le barda. Y avait des ch’tits gamins qui causaient. Y s’engueulaient sur la pêche comme moi je faisais avec mes copains quand j’étais tout ch’tiot :
- Faudrait voir à pas se montrer comme c’te bredin qu’est sur la passerelle, passssque, où qu’tu soyes, les poiscailles, y t’voyent…
Et ça continuait comme ça. Au bout d’un moment, je n’entendais plus ce qu’ils disaient. J’avais déjà entendu ça. Ca rappelait nos gamineries, quand on passait nos journées, à ravasser le long de la rivière, à essayer d’attraper quelque chose avec une gaule en bambou et un asticot qui se démenait au bout d’l’hameçon, et qu’on gouillait à essayer de passer d’un rive à l’autre en sautant sur les pierres.
L’accent était le même, sauf celui d’un p’tit blond, qu’était pas de chez nous… mais qui parlait avec des tournures du coin. Sans doute un de ces gamins d’étrangers installés sur le village, ou un des gosses de la troupe de zazous de tous les pays, qui font du théâtre en pleine cambrousse, sous une tente. Ils vont à l’école avec les nôtres maintenant. Les gens, y disent que c’est bon pour le village, que ça fait du sang neuf et que ça évite les fermetures de classe, que ça fait marcher le commerce qui reste….
C’est bien beau tout ça, l’Europe et tout le bazar. Mais Y a c’t’ autoroute qui te sangouille la campagne, qui te la bouzille complètement. Ce grand axe nord-sud ouest comme ils doivent dire maintenant dans leurs bureaux climatisés. Elle passe pas très loin. Elle fait tout drôle, comme une tranchée toute droite dans le dédale de petits lopins verts où les vaches font comme des petits cailloux blancs du petit poucet qu’auraient été éparpillés là au hasard, pour décorer un peu la cambrousse. Comme des nains de jardin si on y pense bien, dans un décor de campagne, mais qui seraient des vaches ou des taureaux en fait. Comme ces vaches bleues sur fond de montagnes suisses dans la pub Suchard. Sauf que là, de loin et en passant en bagnole, elles seraient immobiles comme des dolmens tout blancs, sans pattes et sans cornes, comme si elles faisaient partie du paysage …..
Mon poteau Dédé, il pense à peu près comme moi, mais en mieux bien sûr, dans les trucs qu’il écrit :
L’autoroute, balafre rectiligne sur le plateau ouvert aux vents, portant dans les flancs de ses vaisseaux fantômes, des citadins moelleusement installés, glissant sur coussins d’air vers les Parthénons du futur, à travers un paysage qui leur est devenu indéchiffrable, presque impénétrable, résistant têtu aux remembrements utiles…..
L’autoroute, ce grand canal moderne pour péniches sur roues et coussins d’air, qui aspire et refoule les marées montantes de marchandises bien mieux – bien plus rapidement et efficacement en tout cas - que ne le faisait autrefois le canal du Berry, réduit désormais à l’état de nasse pour eau stagnante oubliée, bile triste d’un passé croupissant dans une vase toujours plus épaisse, relégué au statut de parcours de santé pour jogger, ou VTTiste du dimanche.
L’autoroute, béance hirsute sur ces hauteurs plus froides du plateau, encore suavement berrichonnes à Vallon en Sully, mais revêtant déjà un peu leur manteau de bure des Combrailles et de l’Auvergne proches dès que l’on atteint les péages de Chamblet, de Montmarault.
The motorway, the speedway comme on dit ailleurs, ce grand serpent de goudron qui s’insinue dans le creux de nos campagnes, qui, sans même la pénétrer, souille la grande forêt toute proche, en la frôlant et la toisant, à distance, la déflore un peu….
Die autobahnen, ces artères goulues du sang des villes, voulues d’abord par un dictateur pour transporter ses troupes vers les limes barbares de son empire, ce glaive de bitume brandi horizontalement en direction des petits villages, qui semblent faire allégeance à la modernité en inclinant humblement l’ombre de leurs clochers vers la terre, pour mieux se tapir au creux des sillons de glèbe qui les nourrissent, pour se blottir dans les creux douillets des vallées du Cher et de l’Aumance, pour s’enfouir dans le damier anarchique du bocage.
C’est un peu comme si ces frêles oasis encore peuplés de quelques vieux perdus dans un mirage de campagne vacillante, revêtaient leur camouflage de pierre rose et ambrée, afin que les caravanes lourdes de fumées et d’acier continuent pour un temps à les ignorer et poursuivent leur course échevelée vers d’autres destinations.
C’est un peu comme si ces réserves d’âmes presque mortes, ces îlots de vie essoufflée où l’appel des cloches et les cris des enfants des écoles ne retentissent plus que rarement, se sentaient menacés par les deux boyaux frémissant du gros Léviathan qui crache vers le sud et refoule vers le nord son fiel de touristes, ses marées noires de marchandises. C’est comme un grondement sourd, inquiétant, comme les pulsations d’une grosse artère, qui laisserait s’écouler sournoisement, par ses veines, au hasard des sorties, les caravelles hésitantes des gens du nord, venues accoster dans nos petits pays perdus, dont les habitants n’ont pas su voir à temps les richesses et les douceurs qu’ils contenaient.
Ou n’ont pas pu, ces paysans, ces employés, ces petites gens exilés depuis quelques générations à la ville proche ou dans des métropoles plus lointaines, trouver les sous ou retrousser les manches pour rafistoler la bicoque héritée des anciens, qu’ils auraient voulu conserver pour certains, mais leur a glissé d’entre les plis de leurs souvenirs…de leurs désirs aussi, peut-être….
Tous les deux, avec Dédé, on vient là depuis qu’on est gamins. Lui avant qu’on se connaisse, avec ses parents, dans la maison d’un pote à son vieux. Moi, un peu plus tard, avec ma mère, la Georgette et son copain accordéoniste, le Bébert.
Au début, nous, on campait et on péchait, et puis après, le Bébert, il a acheté une caravane qu’il mettait là, à demeure, dès les beaux jours. Le bébert, y connaissait tout le monde, des gars qu’étaient là presque tout le temps comme eux. On retrouvait des habitués. On faisait la bringue avec eux, on guinchait, on déconnait. La belle vie quoi ! C’était le bon temps, on se faisait des barbecues comme y disent maintenant. On jouait à la pétanque, on allait pêcher la friture et on la mangeait toute fraîche sortie de l’eau. Bebert, il sortait son accordéon, alors y avait plusieurs générations qui chantaient et guinchaient ensemble, sur des airs de maintenant et d’avant.
Les mémés, elles demandaient pas leur reste pour tricoter des gambettes. Elles en auraient crevé des jeunes au tango , au cha cha, à la valse….. Y en a même une, quand elle avait forcé sur le Ricard, elle relevait ses gounelles et elle dansait le paso doble en imitant la Lollobridgida dans le film où elle joue celle qui fricote avec le bossu de Notre Dame. C’est vrai que ça lui allait bien de faire sa Lollo. Y avait du monde au balcon comme on dit. Question lolos, elle se posait un peu là, la Madeleine. Y avait des mauvaises langues, qui l’appelaient la marquise de Mézidon, à cause de sa façon de relever ses jupes quand elle avait un petit coup dans l’aile. Mais on a jamais su vraiment si son mec, celui qu’elle était avec à l’époque, il portait les cornes….. De toutes façons, on s’en fout... Elle est veuve, elle fait ce qu’elle veut………
Maintenant, c’est nous qu’on y va presque tout l’été, en caravane aussi. On invite même les gars de passage, même les étrangers des fois, qu’on essaye de soûler en leur versant du Ricard à l’apéro sans qu’il s’en rendent compte. Les jeunes campeurs, des fois, ils ont une guitare. On leur demande de venir nous jouer un petit air moderne, ça change un peu des vieilles rengaines de Bebert ou de nos Beatles. Ils ont l’air d’être contents d’être avec nous. Y f’raient pas ça tous les jours, d’accord, mais ça les change un peu, eux aussi, de leur musique de zazous, de nous entendre chanter les chansons de vieux. Des fois, ils fument des trucs louches qui sentent comme de l’eucalyptus. On cherche pas trop à savoir ce que c’est, parce qu’ils sont gentils ces gamins. Ils boivent leur canon comme tout le monde et y savent s’adapter. Mêmes les jeunes étrangers de passage ils sont sympas. Eux aussi, ils boivent bien leur canon. Ils ont l’air d’aimer ce qu’on leur donne à manger, mais ils pilent vite fait devant l’assiette. Ils ont pas l’habitude de bâfrer tant que nous ; c’est quand même chez nous qu’on mange le mieux au monde…... Ils ont l’air de se comprendre tout de suite avec les ados du camp. On dirait qu’ils partagent les mêmes idées, sans même se parler. Ces soirs là, quand il y a des jeunes allemands ou anglais de passage, qui sont rapidement comme cul et chemise avec les jeunes d’ici, j’ai un p’tit coup de vezon, j’ai l’impression que les étrangers, c’est nous dans le monde d’aujourd’hui, un monde qui nous échappe, le nôtre, celui de notre jeunesse d’après-guerre, des années soixante, prenant déjà un sapré coup de vieux par la façon dont nos enfants et ces gamins venus d’ailleurs nous voient, nous ignorent. En tout cas, ils sont brailléstous pareil, avec des jeans déchirés et des polos américains………….. Quand on sort un peu de France ou qu’on regarde des documentaires à la télé, on se rend compte que les jeunes, maintenant, ils portent tous les mêmes choses, il écoutent la même musique, ils vivent dans un monde qui n’est plus le nôtre, où des petits moments de bonheur simples, comme ceux dont je parle ici, ne seront peut-être plus possibles. Ils s’amuseront aussi, bien sûr, mais notre monde est déjà englouti. D’un autre côté, leurs plaisirs à eux, ils s’en souviendront aussi. Comme nous maintenant, en les regardant s’amuser entre eux, je me dis qu’ils auront aussi le vezon, une petite tristesse qu’on ressent dans le coin quand on se rappelle le passé, les filles qu’on n’a pas sautées, les occases qu’on a sangouillées, en vivant trop vite, sans réfléchir, sans prendre le temps de les apprécier…..
Déjà, y en a une, de maison, au bord de la promenade entre le pont et la passerelle, qu’est passée sous le nez à mon poteau intello, qui revenait des îles. C’est un engliche qui l’a raflée. Elle avait un petit balcon tout rond et tout mignon ; elle donnait en plein sur l’allée de platanes, en face de la petite berge qui fait comme une petite plage où les gens s’assoyent ou s’allongent en été. Y a aussi un p’tit espace en terre battue où c’est qu’on peut jouer à la pétanque, et un parapet où qu’on peut poser le matériel pour le Ricard.
Quand j’y pense, je sais même pas pourquoi j’achèterais la petite maison en face du camping qui est à vendre. Elle est pas si belle que ça. Pas aussi typique en tout cas que les vieilles maisons du moyen âge, le long de la promenade. Ou plutôt si, je sais pourquoi j’ai envie de l’acheter, sans savoir si je vais me décider…. C’est à cause des souvenirs que j’ai des week-ends passés là.
J’y venais souvent, gamin, avec les parents de Dédé et son grand-père, chez un ami de ses croulants qui était propriétaire de ce petit cabanon, en ruine au début, qui avait besoin de gros travaux. L’ami de mes parents, le week-end, il embauchait mon grand-père qu’était ancien maçon de la Creuse. Il avait fait le tour de France, comme ceux qui partent partout dans Jeantou le maçon creusois, un livre que j’aimais bien quand j’étais gosse. Enfin bref, c’était un sapré ouvrier, respecté par le patron, qui lui confiait plutôt des bâtiments à restaurer que des cabanes à lapins à monter à la va que j’ te pousse. Il venait avec ses deux manœuvres portugais et ils travaillaient tout le dimanche, pour se faire un extra soi-disant. Je crois plutôt que c’est parce qu’ils se seraient ennuyés à rien faire le dimanche. Le grand-père, ils les aimait bien ses portugais, sauf qu’il les engueulait quand ils faisaient un mauvais mortier, que ça allait pas assez vite au boulot, qu’ils jouaient mal à la belote ou qu’ils faisaient pas grève avec les Français. Ils envoyaient l’argent chez eux, alors ils ne pouvaient pas se permettre les fantaisies de Français qu’ils disaient. Ca foutait le pépé en rogne. Il disait qu’ils profitaient des augmentations que les autres avaient gagnées pour eux, qu’on n’aurait jamais dû les augmenter s’ils n’avaient pas fait grève. Mais dans l’ensemble, ils s’entendaient bien. De toutes façons, on se faisait tous engueuler par le grand-père, même les gosses, parce que tout le monde faisait un peu le portugais, comme on dit ici, à porter des agglos, à préparer le ciment, à nettoyer. Même le patron, le copain qui avait la maison, il se faisait appeler Gaston quand il avait oublié d’acheter du matériel pour les travaux.
Là, remarque, personne ne se plaignait vraiment, car y avait plus grand-chose à faire jusqu’au soir.
Juste se reposer et regarder l’Aumance et les grands arbres qui étaient comme des grands troufions immobiles dans un garde à vous tout tordu, qui saluaient de leurs branches l’eau coulant tranquillement à leurs pieds. Dans ces moments, on aurait dit qu’un ange passait.
Tout ce petit monde se taisait, comme si on était vraiment tous heureux d’être là, ensemble, après avoir marné toute la semaine.
En plus, on s’en mettait plein la gueule et on était bien servi à boire chez le Mimile Bérétreaux. C’était un bon vivant, qui aimait avoir plein d’amis autour, pour rigoler, et boire des coups. On n’avait pas soif chez lui. Y pleurait pas le pinard et la boustifaille pour ses invités. C’est pour ça aussi, que le grand-père y allait, pas seulement pour le pèze.
Le Mimile, il en faisait toujours trop à manger.
« Faut tout y finir, qui disait, sinon j’vais m’fâcher.
- Ca me pile, je sais pas si je vais pouvoir y finir, qu’on répondait des fois.
- Merci bien, j’ai les côtes bien calées, un autre disait en mettant la main devant son assiette.
- Moi aussi j’ai eu mon content de tout disait encore un autre, en levant les mains comme un cowboy qui se rend devant le shérif.
- C’est vrai que tu vas me coûter cher, vaut mieux t’avoir en photo qu’en pension. Le Mimile , y plaisantait tout le temps. On se faisait engueuler, qu’on mange à s’en faire lever le coeur ou en faisant des manières.
- Encore un que les schleus y z-auront pas, faisait un des gars en rotant et en pétant des fois, histoire de faire rigoler les potes et de choquer un peu les bonnes femmes.
- Dire que les Chinois y crèvent de faim, un autre disait, comme pour se convaincre qu’ils étaient pas si malheureux que ça. »
Et on y finissait tout, à s’en faire péter la sous-ventrière, à presque dégobiller des fois, quand on avait mangé trop vite et qu’un morceau de pâté aux pommes de terre était passé de travers, par le trou du dimanche.
Les vieux, pour une fois, y parlaient plus de la guerre et des privations. On oubliait tout ça et on ne pensait plus qu’à nos petites joies, à la beauté du monde en été quand le soir tombait, au calme.
On se rafraîchissait sur la terrasse en regardant le soleil qui se cachait derrière les arbres et qui faisait des petits traits de lumière sur l’eau, comme ceux qu’on voit dans les tableaux de la belle époque où les gens portent des canotiers.
Mais nous, c’était encore plus chouette parce qu’on était tout seuls au bord de la flotte.
Des fois, après midi, les hommes avaient le viâqu’ils disaient, une sorte de cafard d’ici, quand le plaisir d’être bien rend tout chose, comme si ce moment n’allait pas durer, comme si le bonheur présent se mélangeait avec une pointe de gueule de bois d’avoir trop bouffé, trop fumé et trop bu, de regret d’avoir à se séparer, à rentrer chez nous, à retrouver la routine, le boulot, l’école, notre petite vie de labeur ….
Quand le Mimile, y voyait qu’un des gars qu’avait un p’tit coup de vague à l’âme, il sortait la gnole et y disait :
« On va boire la goutte. »
Nous les gamins, ça nous bêlait dans le ventre d’aller nous baigner tout de suite après le repas. On voulait pas rester traîner à table avec les vieux qu’allaient commencer à nous soûler avec leur viâ qu’ils attrapaient tout le temps, après le digestif, et leurs histoires des deux guerres, de l’occupation, du pépé maçon qui se faisait traiter de « camarade » par Mimile et se prenait le bec avec lui à cause des ruskoffs et des ricains. A cause des Hongrois aussi, qui avaient débarqué à Montluçon après que des chars soviétiques les avaient, soi-disant, libérés ou envahis, selon les versions. Ces Hongrois qui passaient dans la rue en direction de la caserne où la municipalité les avaient hébergés comme des ombres, dans de grands manteaux noirs encore plus tristes que ceux que les hommes portaient à l’époque. Ils s’arrêtaient souvent, je m’en souviens, pour reluquer les oranges à la devanture de l’épicerie. Ces gars, le pépé maçon les traitait de fascistes et étaient la cause d’une dispute entre Gustave et son gendre, le jour où le boucher (le gendre en question) avait voulu en inviter un à manger pour faire comme les autres commerçants de la rue, suite à un campagne de solidarité lancée par le maire socialiste. Même que le PC, il était pas très content de voir débarquer ces types qu’avaient pas voulu du paradis des soviets…..
Enfin, la politique, c’est toujours des discussions sans fin, qui fâchent tout le monde ….. Vaut mieux garder ses opinions pour soi ….Comme ça on s’engueule moins.
« J’vous prends au mot Gustave. Qu’est-ce qu’est plus sympa ? Nos petits week-ends bien arrosés au bord de l’eau, ou vos réunions kolkhoziennes du syndicat ou du Parti disait Mimile pour faire bisquer le pépé maçon. »
Il avait fait de la résistance, mais du côté au grand Charles.
Le Gustave, lui, il répondait qu’il était pas coco, mais seulement pour les ouvriers, que les réunions du syndicat, elles parlaient pas de ce qui se passait en URSS, mais chez nous, dans les chantiers et les usines et qu’y avait assez de boulot sans s’occuper des autres.
Il était un peu péteux avec le Mimile, parce qu’il n’avait rien fait de spécial pendant la guerre, contrairement à son gendre, le père de Dédé, qui avait .fourni de la bidoche au maquis, et à sa fille, la Zezette, qui avait planqué le revolver d’un gars qui y’avait refilé, au cinéma vers les Fours à chaux, là où elle était ouvreuse, un jour que les boches avaient fait une descente.
Mais surtout, y pipait pas le Gustave, quand Mimile lui faisait remarquer qu’Adolf et Joseph étaient comme cul et chemise avant la guerre.
Dans ces cas là, il boudait un peu, mais ça durait jamais longtemps.
Mimile finissait par rabiller le gamin et ça se terminait par un autre verre et quelqu’un disant qu’ils étaient pas si malheureux que ça, qu’ils « en emmerdaient plus d’un ».
Pendant ce temps, nous les gamins, on tannait les femmes pour qu’elles nous laissent aller à l’eau, mais elles restaient raides comme la justice. Pas question de se baquer avant au moins deux heures après le repas. Si on faisait un mouvement en direction de la flotte, elles nous menaçaient de la giroflée à cinq feuilles.
En attendant, on écoutait, notre petite rivière, qui dégoulinait, gargouillait en s’engouffrant dans la pente du petit barrage qui la retenait gentiment, sans la contenir vraiment, et qui formait un petit plan d’eau où elle se reposait un chouya à enlacer le village dans sa boucle molle, avant de continuer à serpenter lentement en bordure de forêt.
Dédé, y pourrait dire, je l’ai tellement entendu dégoiser à ce sujet …. Tiens j’me lance … avec des phrases comme les siennes, mais avec mes mots à moi …ou le contraire, je sais pas trop : Notre rivière, c’était comme une de ceux ch’tites romances d’avant-guerre que fredonnaient les vieux. Elle chantait un premier couplet en se brisant légèrement contre les arches du pont. Elle entonnait un refrain presque silencieux en dérivant lentement sous la passerelle, jusqu’à la petite digue ou les pêcheurs taquinaient le goujon. Elle poussait encore quelques notes capricieuses en dévalant gentiment la pente de la petite retenue d’eau, reprenait quelques mesures du refrain un peu plus bas, devant la maison de Mimile, et ainsi de suite jusqu’à Meaulnes, en se faufilant à travers d’autres petits goulets et bancs de sable qui la faisait chanter et presque se taire à nouveau, sans jamais se prendre au sérieux.
Ou encore, il aurait pu dire, peut-être, lui qu’était si friand de ces comparaisons à la noix : Les petits airs qu’elle nous jouait, c’était comme les séries de danses d’un parquet salon. D’abord un tango argentin en passant devant le château, puis une petite java canaille sous le pont, une valse viennoise jouée à l’accordéon le long de la promenade, et un méchant Passo-doble des familles pour se requinquer un peu à la digue, avant de se fondre dans le bruissement des feuilles et se perdre en un murmure à peine audible en aval.
Après, on se baignait. On se gavait d’eau et de soleil. Nos corps étaient tout chauds. On était un peu saouls de toute cette eau qui nous avait comme lavés de nos petits pêchés. Soûls, on l’était aussi de ce soleil d’or pur qui nous avait léché la peau, avait séché nos membres fatigués d’avoir traversé la rivière à gué en sautant de pierre en pierre, d’avoir gouillé, en glissant dessus les cailloux et en mouillant nos godasses.
La maison, c’était comme une sorte de petite guinguette au bord de la rivière. Il fallait juste traverser la petite route et on était dans le champ d’en face, qui appartenait aussi au copain du pater.
A terme, Mimile voulait y mettre des chaises, des bancs, des tables avec des parasols et une petite tonnelle en fer forgé, pour faire de l’ombre et pour s’asseoir en dessous, tout à côté de l’eau.
Le vieux à Dédé lui disait qu’il aurait dû ouvrir un petit bistrot avec un restaurant à cet endroit. Il disait que tous les promeneurs s’y arrêteraient pour boire un coup et manger à la fraîche. Il pouvait pas concevoir, le pauvre vieux, lui qui trimait tout le temps, qu’on puisse simplement apprécier d’être au calme, sans travailler….
On était heureux là-bas, au bord de cette eau ruisselante, avec plein de gens, d’adultes et d’enfants. On était moins riches que maintenant, mais on rigolait bien. Nous les gosses, on allait pêcher l’écrevisse, le goujon. Je pêche toujours en face de cette maison d’ailleurs, pas loin du camping où il y a le petit barrage de retenue qui retient l’eau. Je suis heureux comme un pape, les pieds dans l’eau en repensant à ce bon temps. C’est sans doute pour ça que je voudrais acheter là. C’est mon p’tit coin de paradis comme chantait Line Renaud, mon petit chez moi, une partie de mon enfance, même si je ne suis pas né là-bas.
Bon, pour revenir à la maison où on allait avec la famille, Mimile, il aimait faire des blagues. On s’ennuyait pas chez lui. Sur sa petite terrasse, les adultes prenaient des apéros très prononcés à l’ombre de deux parasols « Suze Picon ».
Un jour, deux gars passent par là avec leur voiture. Ils voient les parasols, croient que c’est un café, s’arrêtent, s’assoyent et commandent une tournée. Le copain du pater, euh la frère ! T’aurais vu c’travail ! Y fait comme s’il était le patron, il les sert et tout ça en jouant à son hôtelier, il te leur fait des courbettes, il te leur balance des « arrrscusez-moi de vous demander pardon » et tout le toutim. Il te leur rabille le gamin en voyant leur verre vide, sans même leur demander s’ils veulent une autre tournée. Au moment de partir, les deux gars demandent la douloureuse et le copain leur explique que c’est gratuit.
« A cause ? qu’ils disent. »
Le copain, plié en deux avec tous les invités qui avaient joué les clients, il leur avoue qu’ils ne sont pas dans une guinguette au bord de l’eau, pas chez le « Gegène de la chanson », mais chez lui, qu’ils ont bien mérité leur canon à l’œil, vu qu’ils avaient bien fait rigoler tout le monde. Et les deux gars, ils s’en vont la queue entre les jambes, en s’engueulant un peu :
- T’y avais pas vu toi, qu’on était chez des privés ?
- Et toi crâne d’œuf, t’y avais vu que c’était pas un bistrot ?
- Non j’y savais pas, sinon j’y aurais rien commandé, au gars
- Oh qu’on est t-y bêtes …….
- Euh la c’boulot, on a l’air un peu bredin quand même…..
Voilà, c’est en partie aussi à cause de toutes ces petites anecdotes, de toutes ces vannes que les adultes se balançaient entre eux, que j’ai de bons souvenirs du coin, que j’ai voulu m’installer à demeure au camping pendant une bonne partie de l’année. C’est un peu pour revivre ces moments de bonheur simple, entre petites gens pas bégueules, pas méchants pour un sous…..
J’ai bien pensé à acheter une baraque, mais à bien réfléchir, on est les rois du pétrole dans notre caravane. On rigole aussi, comme on faisait dans la maison du Mimile Bérétreaux.
On est pas loin du cabanon de Mimile, qui l’avait revendu après, on sait pas pourquoi. On le voit de là où on est.
Si on achetait, pour aller rendre visite aux vieux copains qui plantent la guitoune à la belle saison, ça serait plus la même chose, on se sentirait comme des étrangers. C’est pas qu’on serait mal accueillis, mais l’ambiance serait plus la même…
Ca nous foutrait un peu le vezon de penser à ces soirées qui ne reviendraient plus parce que la petite bande du départ, les piliers du camping, et nous en premier, on se serait un peu dispersés.
Ca dure jamais assez longtemps le bonheur, ça s’envole vite, c’est pour ça qu’il faut en profiter pendant que c’est là……
La prochaine étape, ça sera peut-être la maison de retraite en face de la rivière.
Des fois, les pensionnaires, on les voit se promener au bras de quelqu’un, comme des gens qui seraient déjà presque plus vivants.
Quand je les vois comme ça, en train de pêcher sur le petit barrage, on dirait que l’Aumance, c’est un peu comme le Styx qu’on traverse pour aller dans l’Hadès des morts, comme y disent dans la mythologie grecque je crois.
Finalement on ira direct là-bas je crois, dans cette colo pour croulants, sans même passer par la case intermédiaire, la maison achetée pour terminer ses vieux jours tranquille en se frisant les moustaches..
On reste en France pour les vacances maintenant. Finalement, on sort plus souvent de notre petit trou. Faut croire qu’on s’y trouve bien. D’ailleurs si tous ces étrangers viennent, c’est que c’est pas si mal ici. Pourquoi qu’on irait courir le monde quand on a tout ici sans bouger ?
L’homme, il est jamais content. Brassens, dans sa chanson, y dit qu’il aime pas « les cons qui sont nés quelque part ». C’est vrai qu’il a raison, mais en partie seulement. Il aime bien sa ville natale. Il a écrit de beaux airs et de belles paroles sur Sète, mais d’un autre côté, s’il était resté là-bas, est-ce qu’il aurait écrit de si belles chansons ? Est-ce qu’il avait pas besoin de s’en aller ravasser à Paname pour apprécier encore plus son petit coin de terre d’origine ?
On s’pose la question….
Des fois, j’ai un petit pincement au cœur, un p’tit coup de vezon comme on dit ici, quand mes vieux copains profs me racontent leur vie en coopé, dans les îles, en Afrique, leurs postes dans le pacifique, en Angleterre, chez les ricains. Quand ils me parlent des vahinés, des petites anglaises, des grandes blondes et des bronzées qu’ils ont serrées… quand ils racontent (en se vantant un peu peut-être) que, en tant que français, « t’avais qu’à foutre un coup de pied dans un bec de gaz pour que ça t’en tombe dix à la fois dans les bras ».
En entendant ça, je me dis que j’ai peut-être manqué quelque chose. Je me sens un peu bouseux d’avoir fréquenté trop tôt et d’avoir pas connu plus de choses, de filles, d’avoir pas vu le monde.
Mais eux, ils me disent que eux aussi ils ont manqué quelque chose en menant une vie de patachon, en ne restant pas « dans la douce chaleur des provinces, qui couve nos idées comme des poussins », comme dit des fois l’un de ces potes voyageurs, en citant un de nos rares scribouillards bourbonnais, celui qui est né à Cérilly, vous savez, qui a un nom de roi, mais qu’était quand même copain avec le bounhoume qu’écrivait des livres entiers sur sa vie de paysan.
Je m’souviens jamais du nom à particule du premier. Un nom à la prout prout ma chère … Mais il était pas pour les riches, y comprenait les pauvres..
Avec leurs mots d’instruisous, les copains, ils disent des choses comme : « Nous ne nous sommes pas enracinés dans notre terre, on a cherché le Graal ailleurs et on ne l’a pas trouvé, toi tu sembles ne l’avoir jamais perdu…»
Bref des conneries d’intello comme ça quoi …..
Même que l’un d’eux, pas Dédé, un autre, il est revenu dans le coin, il s’est installé à côté de Montlu, pas loin d’ici, dans une petite maison en bois qu’il a acheté avec sa prime…. « d’éloignement » qu’y disent aux colonies.
C’est comme si il avait été attiré comme un aimant par son bled de naissance après avoir pris un peu de bouteille et avoir connu quelques expériences malheureuses avec les gonzesses des îles.
Il est casanier comme c’est pas permis. Y sort presque pas de chez lui à faire des puzzles et ses collections de timbres ou de San Antonio.
Il a trouvé une fiancée d’ici, qu’il connaissait avant, jeune homme. Ils ont l’air de bien s’entendre Peut-être qu’après tout, il n’y a que les amours d’enfance qui marchent…. Mais j’en suis pas très sûr. L’amour, c’est comme le bonheur, c’est compliqué. C’est….. comment dit la chanson déjà ? « comme un jour, ça s’en va, ça s’en vient » ou le contraire, je sais plus très bien.
Ca donne raison au grand père de Dédé, qui pensait qu’il y avait rien de mieux que les filles du coin et qui demandait à son petit fils, chaque fois qu’il s’en retournait d’un de ses voyages à Jailles, si là-bas y vivaient mieux que chez nous, comment on bouffait, en voulant en fait s’entendre dire qu’on était finalement bien mieux ici.
Moi, j’ dis tout le temps qu’il faut laisser venir, prendre des petits bouquets de plaisirs simples et pas trop chercher à comprendre……. Sinon on chope le viââ, ou le vezon, des spleens de chez nous comme dit Dédé, à trop gamberger à ces trucs pour compliqués du bocal.
Ce Dédé, comme l’autre bourru qui décarre plus de chez lui, il a aussi beaucoup voyagé. C’est encore un instruisou qui écrit ses trucs à la mord moi le nœud sur le bourbonnais.
Ce qu’il aime surtout, c’est, qu’on lui rabâche pour la énième fois des anecdotes de notre jeunesse, avec nos expressions typiques, qu’il a oubliées des fois et qu’il se dépêche de noter dans son calepin. Toutes les conneries qu’on se raconte en boucle, sur les filles qu’on a eues, qu’on a laissé filer, ou qu’on s’est fait souffler, sur les « bâches » qu’on a prises devant tout le monde en traversant la salle pour aller inviter une gatte et en la retraversant tout seul, la queue entre les jambes, en sens inverse, sous le regard amusé des autres gugusses de la ch’tite bande. Tout ça, ça le fait saliver à mort. A sa demande, on brode aussi sur les cuites qu’on a prises et les retours au bercail accompagnés par les copains un peu moins bourrés que nous, qui déposaient le « colis » à la porte sans attendre le réveil des vieux, pour ne pas se fader leurs reproches et ne pas assister à l’engueulade ou à la branlée.
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