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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 10:48
La vie des autres est avant tout un  film  sur le totalitarisme, plus particulièrement sur la forme de totalitarisme post stalinien qui a continué à fonctionner en allemagne de l'Est jusqu'à  la chute du mur, alors même que le "grand pays frère", l'URSS, était passé à la prestroïka et à la glasnost, et que l'on ne persécutait et surveillait plus vraiment les opposants à Moscou.
Pour bien comprendre le système qui est décrit admirablement dans le film, il est nécessaire de rappeler quelques thèses et concepts crées et soutenus par Hannah Arendt, une philosphe juive allemande exilée aux USA, dans sont ouvrage, "Le système totalitaire".
Le réalisateur du film, qui est allemand, ne peut pas méconnaître l'ouvrage de Arendt et sans en être absoument sûr, je suis prêt  faire le pari qu'il n'a pas pu ne pas penser à l'ouvrage de Hannah Arendt et notamment au concept de "désolation" qu'elle présente comme une expérience humaine fondamentale, constitutive du totalitarisme, et qui trouve là une illustration particulièrement brillante dans la fiction telle qu'elle est filmée.

Dans son ouvrage, Arendt avance une thèse originale, réfutée bien sûr par le camp communiste , mais également par les démocraties, selon laquelle le totalitarisme constitue une rupture radicale avec tous les régimes possibles ou ayant existé, et en particulier ceux qui peuvent en être rapprochés, qu’ils soient despotiques, tyranniques ou dictatoriaux.
Elle trace un parallèle entre le nazisme et le communisme, faisant de ces deux régimes des systèmes étrangement semblables au-delà de leurs différences, dépassant qualitativement dans l'horreur les tyrannies, despotismes et dictatures du passé.
Pour elle le fascisme italien, par exemple, le régime chinois (mais elle n'avait pas connu encore  la révolution culturelle) n'étaient pas de nature totalitaire au sens où elle l'entendait...
Même le régime stalinien, pendant la guerre, aurait cessé provisoirement d'être "totalitaire" au sens arendtien, pour reprendre de plus belle une fois le danger extérieur éliminé.
D'ailleurs, pour elle, contrairement à toutes les thèses néo-staliniennes selon lesquelles ces régimes (la révolution française y compris, voir l'historien Soboul) se durcissent pour des raisons exogènes, sous la pression du danger d'invasion du territoire national, la terreur absolue et les massacres de masse, caractéristiques des deux totalitarismes, ne peut se déployer pleinement que lorsque toute opposition intérieure et tout danger extérieur sont éliminés....

Selon elle, sur le plan psychologique et personnel, l'essence du totalitarisme se caractérise par un certain type d'expérience humaine fondamentale, qui lui est constitutive,  la désolation.
La désolation est bien plus que l'isolement, le repli sur la vie privée consécutif à la destruction de la sphère publique, dû à l'interdiction des syndicats, des partis politiques et lieux de débats démocratiques dans un régime dictatorial "simple".
Elle est la privation de  l’expérience du moi lui-même dès lors que la vie privée également se trouve détruite.
Ce sentiment d'aliénation absolue dès lors que l'on peut craindre une dénonciation par ses amis, collègues et être chers, ce sentiment d'être seul au monde, abandonné,  tel que certains individus seulement  peuvent l'éprouver, dans la disparition soudaine de toute leur  famille et de leurs proches, ou sous l'effet d'une extrême hostilité de la société envers soi, qui n'est vécu habituellement que par une minorité d'êtres , devient l'expérience fondamentale de tous sous le totalitarisme.
Dans la RDA, il n'y a plus d'extermination de masse des opposants, de camps de la mort, de déportation massive comme sous Staline ou Hitler.
La terreur absolue du Stalisnisme et du nazisme a disparu, mais demeure cette expérience ultime de désolation, qui nous autorise à dire que le régime reste fondamentalement totalitaire au sens aredntien du terme, ceci malgré une certaine "normalisation".  Les héros vivent au plus profond ce sentiment d'être abandonné par tous, de ne plus pouvoir tisser aucune solidarité, même au sein des couples. Chacun sait trop bien qu'il peut être un jour amené à collaborer, à devenir un "informateur" de la police secrète.
Curieusement, dans le film, c'est l'agent diabolique de la stasi, chargé de surveiller un dramaturge pourtant bien "dans la ligne" et sa maîtresse, une actrice elle aussi très othodoxe politiquement, qui ressent le plus ce sentiment de "désolation" dont je parle plus haut. 
On le perçoit très bien lorsque, rentrant seul dans son immeuble pour la nomenklatura privilégiée, il fait venir une prostituée spécialisée dans les rendez-vous avec les cadres. Cette dernière, ayant accompli le minimum syndical refuse de lui accorder quelques secondes de tendresse et s'en va rejoindre ses autres clients.
Pendant les jours qui précèdent et ceux qui suivent cet incident déclencheur; le tournant du film en fait, les deux amants sous écoute montrent à celui qui les surveille et tient leur destinée entre ses mains, qu'ils sont mieux lotis que lui, moins aliénés, par le sentiment qui les lie.
En effet, bien que l'actrice soit obligée de devenir la maîtresse d'un ministre et lui promette de dénoncer son amant  pour éviter de perdre son statut d'actrice officielle de l'état, bien que son amant sache qu'il est trompé t se méfie de sa partenaire, les deux suspects éprouvent l'un pour l'autre un réelle sentiment de tendresse que leur bourreau est bien obligé de constater. se met à les envier, lui qui ne vivra sans doute jamais une telle relation, qui lui permettrait d'échapper, fût-ce de manière très fugitive à l'étau d'airain du régime.
C'est alors que vaincu par la grâce de cette relation échappant à l'étreinte totalitaire, il décide de falsifier ses rapports, de taire les sympahties que les deux suspects partagent avec des opposants inquiétés, et qu'il décide de les protéger en mentant à ses supérieurs à leur sujet.
Je n'en dis pas plus car je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir vous-même le dénouement de cette intrigue très bien ficelée.

La machine infernale se grippe donc, se détraque de l'intérieur, elle est  terrassée par sa propre inhumanité et son incapacité à apporter aux citoyens, même à ceux qu'elle privilégie, aussi bien les biens matériels auxquels ils aspirent que ce besoin fondamental de solidarité et d'échanges authentiques dans une cité composées de citoyens libres et égaux, ce qui est le fondement de la condition humaine selon Arendt.

Après le très beau "Good bye Lenine, qui n'était pas dépourvu d'une certaine nostalgie pour la
RDA, un deuxième réalisateur allemand signe là son premier long métrage, qui nous peint une allemagne de l'est beaucoup plus noire et féroce..

Si vous voulez en savoir plus sur les écrits de Arendt sur le totalitarisme, consultez le lien suivant, qui vous conduira vers un article succinct mais très bien fait.

=> http://www.inrp.fr/archives/mem_hist/lecture/arendt.pdf

Une critique du film sur Le Monde => http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-861418,0.html
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17 janvier 2007 3 17 /01 /janvier /2007 15:42
Si l'on veut comprendre le nouveau film de Inarritu, Babel, il faut se poser d'abord la question du pourquoi du titre. Et si l'on se pose  cette question, on comprend l'essentiel du message, qui est celui de l'impossibilité des peuples et même des individus, à l'intérieur de chaque pays, de chaque famille, à communiquer, ceci malgré un monde censé être globalisé donc connecté, ou plutôt à cause de la globalisation.
On comprend notamment pourquoi la partie japonaise du film, bien qu'elle soit reliée narrativement de manière très  indirecte aux événements marocains, mexicains et américains, est essentielle au propos du réalisateur et à la compréhension de l'oeuvre.
La tour de Babel est en effet le signe de la folie des hommes, qui ont voulu toucher le ciel en érigeant ce monument aux dimensions démesurées, provocatrices pour le créateur, qui se venge en décrétant que désormais les hommes parleront des langues diférentes et ne pourront plus se comprendre entre eux...
On comprend dès lors pourquoi, dans l'une des babylones surdéveloppées du globe, le Japon,  il y a tant de vues aériennes d'une ville totalement inhumaine dans son hyper modernité, tant de plans sur ses tours de verre, de métal et de néon (même pas minérales, la pierre serait encore un témoignage d'un passé). La caméra s'attarde sur des vues globales d'une ville coupée de ses racines, où l'on ne voit pas un arbre, pas une trace de bâtiment en bois ou en brique qui situerait la ville dans une continuité historique, où les appartements mêmes sont totalement "design" et glacés, où les rues elles-mêmes semblent n'être plus à ciel ouvert, sont devenues des "shopping centers" tentaculaires.

Même l'Amérique qui est la pointe avancée de la globalisation et de la folie humaine, en tout cas la Californie où se situe la partie américaine, ne pourrait traduire ce malaise que l'on ressent devant ce paysage hypermoderne, virtuel et glacé, déshumanisé, si la caméra la survolait comme elle le fait longuement pour la cité nippone.
On y verrait, au delà des centres villes, des cités pavillonnaires, des piscines comme dans la maison du couple américain, de la végétation, où l'humain, malgré tout, est inscrit dans le paysage.
C'est sans doute la raison pour laquelle, on ne voit guère de plans d'ensemble du sud californien. Le cliché habituel aurait montré une vue aérienne des autoroutes urbaines à une vingtaine de voies de Los Angeles, la nouvelle babylone. Rien de tout cela ici. La voiture emmenant la bonne chicano et les enfants de ses patrons gringos vers la frontière mexicaine est certes filmée de haut, mais sans plans d'ensemble.
Le Japon, dans le film, est donc bien la pointe avancée de l'hyperréalité virtuelle créée par le super empire américain.
Les USA dominent et régissent le monde, mais le Japon et d'autres satellites de l'Empire (que l'on pense également aux villes chinoises, à Pekin détruisant le peu qui reste de ses quartiers historiques pour les jeux olympiques)  actualisent bien plus encore que ne le fait l'Amérique, les ordres donnés par le centre de l'empire,  la fuite en avant vers un monde hyper technologisé dans lequel les êtres humains ne peuvent plus communiquer que par des gadgets ou en ayant recours à des pulsions sexuelles primitives, comme l'ado japonaise, isolée symboliquement de ses pairs (et de son père!) par sa surdité et veut se donner à tous les hommes qui se présentent de manière provocatrice et malsaine...
Au deux extrémités de l'empire bipolaire décrit par le réalisateur, il y a donc le Japon et le Maroc, deux mondes si différents que l'on du mal à imaginer, au début, en quoi  l'épisode marocain peut avoir un quelconque rapport avec l'errance de la jeune nippone dans les boites branchées de Tokyo.
Et pourtant...... dans ce monde hyper globalisé, même un cadeau offert par un riche asiatique à son guide, un montagnard de l'atlas, à l'issue d'une partie de chasse au mouflon, s'avère avoir des conséquences désastreuses sur le destin de ce montagnard et celui d'autres paysans d'un village proche.
Même des gestes généreux de gens des pays développés envers les pauvres du tiers monde peuvent produire des effets inverses à ceux recherchés. Que l'on songe par exemple aux pourboires donnés par des européens lors de trekking au Nepal, qui détruisent l'économie de vallées entirèes en conduisant les habitants  à abandonner la culture du riz et des aliments de base qui les rend autonomes alimentairement, pour se consacrer à des activités liées au tourisme, plus lucratives, mais  qui à terme les rendront plus pauvres encore, plus dépendants des échanges globaux pour leur survie.
Les deux autres pôles, moins éloignés cependant que le Japon et le Maroc, de ce monde bipolaire, sont les USA et le Mexique.
Deux mondes communiquant chaque jour par la frontière, où des millions de voitures passent d'un pays à l'autre mais aussi , où des milliers de clandestins tentent de rejoindre par le désert l'eldorado US.
Deux univers à la fois proches géographiquement, mais totalement étrangers culturellement.
Dès que les enfants montent dans la voiture du cousin de leur nourrice américaine, qui les conduit sans en avertir les parents au mariage de son fils, faute d'avoir pu les faire garder en amérique  par quelqu'un d'autre, avant même d'avoir franchi la frontière, c'est dans un monde totalement étranger, exotique, violent et dangereux que pénètrent  ces jeunes américains surprotégés : La musique latino est très forte, agressive à dessein. Au mariage, les deux petits gringos, qui ont l'air cependant de goûter l'aventure dans un premier temps, assistent ébahis au sacrifice d'un poulet étranglé et  auquel ont coupe le cou de manière presque sacrificielle (on ne peut s'empêcher de penser à la civilization aztèque, par ailleurs brillante, mais dont la violence a servi de prétexte aux européens pour les considérer comme des barbares et les asservir.
Dans notre univers mondialisé où toute action isolée et anodine peut produire des effets inattendus sur tous les points du globe, et déboucher comme c'est le cas ici, sur une crise internationale , les américains voulant croire absolument à un attentat liée à l'intégrisme musulman alors qu'il ne s'agit que d'un jeu stupide d'enfants ayant blessé la touriste américaine sans le vouloir, c'est à une analyse "systémique' que nous convie le réalisateur en nous faisant découvrir, par un montage très subtil, que le fusil offert par le riche japonais au guide marocain aura non seulement  des conséquences tragiques sur la destinée de bergers maghrébins, mais également sur celle de deux touristes américains de passage dans l'Atlas, sur leurs enfants et surtout sur la vie de la nourrice mexicaine, à laquelle le patron américain ne laisse pas d'autre solution, en son absence, que de louper le mariage de son fils pour garder les enfants du couple gringo ou prendre des risques inconsidérés pour concilier les deux impératifs ..et garder son travail, elle qui est clandestine et n'a que peu de droits face à son employeur...
Remarquons également que le cadeau empoisonné du japonais aura des conséquences dramatiques mais provisoires  sur la vie des américains et de leurs enfants, alors que le destin des pauvres sera scellé de manière définitive et irreversible.
Car effectivement ce sont les damnés de la terre qui trinquent et paient surtout les pots cassés de ce monde bipolaire et inégal. On vient chercher la touriste américaine blessée en hélicoptère dans un village presque totalement isolé du monde où les malades, comme l'enfant du berger blessé par la police, s'il n'est déjà mort, ne seront probablement jamais évacués, même par une ambulance qui semble ne jamais venir dans ces villages reculés.
De la même manière, l'employeur américain de la nourrice..... clandestine ne sera pas inquiété, mais, elle, sera  expulsée définitivement alors qu'elle a fait sa vie au USA depuis 16 ans, qu'elle y loue une maison...
Ajoutons que c'est surtout l'attitude agressive des douaniers, des chicanos qui ne parlent plus espagnol et appliquent à la lettre une procédure d'interpellation de clandestins suspects interdisant toute possibilité de communication et d'explication entre gens de même origine pourtant, qui conduit le cousin  emméché à franchir de force la frontière et à l'arrestation de la nourrice.
Dans le désert, on assiste à une autre scène  surréaliste, où l'impossibilité de communiquer est totale et absurde, où le douanier chicano, arrêtant la nourrice, ne s'intéresse même pas au sort des enfants, ne veut pas entendre, obnubilé qu'il est par la procédure d'arrestation à respecter (ou ne comprenant pas quand elle lui parle , pour l'amadouer, en espagnol - pourtant sa langue d'origine ), les supplications qu'elle lui adresse d'aller retrouver les enfants qu'elle a laissés derrière elle sans eau, avant qu'il ne soit trop tard,.....
Les scènes exprimant l'immense dificulté à communiquer, entre étrangers, concitoyens ou personnes de la même famille, sont nombreuses dans ce film.  le plus souvent les personnages n'y parviendront, laborieusement, que par des moyens archaîques :
- Père et fille japonais, qui s'embrassent à la fin du film sur le balcon après sa tentative de séduction du policier, la camera s'éloignant des deux personnages pour montrer leur isolement et leur humanité tragique avec la babylone de lumière et de verre en toile de fond.
- ado japonaise avec les gens de sa génération, les garçons surtout, en raison de sa surdité, mais aussi et surtout à cause du suicide de sa mère, qui s'est peut-être tuée par la faute du père. La jeune fille, on l'a déjà dit, ne communique qu'en montrant son sexe à des teenagers dans un bar, ou en se jetant sur le dentiste ou le policier qu'elle attire chez elle sous un prétexte fallacieux.
- Couple américain, dont le fils est disparu de la mort du nourrison, mort dont le père rend la mère responsable. Un homme et une femme qui viennent au Maroc pour se réconcilier et qui ne le feront que dans une adversité extrême, lorsque le mari aidera sa femme à uriner dans une bassine, alors qu'elle ne peut se retenir et a déjà souillé ses vêtements.
- Femme américaine avec une vieille paysanne qui lui allume une pipe de Kif marocain pour apaiser sa douleur, qui, pôur la soigner, lui trace des motifs au henné sur la peau en lui récitant des formules sans doute traditionnelles et magiques...
- Le frère et la soeur dans le village marocain, qui ne peuvent communiquer, dans cette société où les hommes et les femmes ne se rencontrent presque jamais, et ne le font qu'en enfreignant un tabou majeur, la soeur laissant le frère la mâter  pendant son bain, ce dernier se masturbant ensuite en pensant à elle...
- Incompréhension presque  totale entre l'américain et les marocains auxquels il a affaire, mais également égoisme des occidentaux entre eux (français y compris !), le reste du groupe abandonnant le héro et sa femme dans un village où ils pensent que le danger d'être assassinés par des fondamentalistes est réel.
- Arrogance du mari de la femme blessée envers la police et les autorités marocaines, qu'il semble considérer comme des serviteurs au service exclusif de riches américains auxquels tout est dû
- Maladresse  de l'américain envers le guide marocain qui lui sauve la mise en l'hébergeant chez lui et en se démenant pour lui permettre de téléphoner à son ambassade. Le héro demande au guide, qui n'est pas un paysan arriéré puisqu'il parle anglais, s'il a plusieurs femmes. Il lui propose de l'argent avant de s'envoler en hélicoptère avec sa femme blessée, ce que le guide refuse.
- Les enfants américains, en franchissant la frontière, disent à leur nourrice que leurs parents considèrent ce pays comme très dangereux.

Pour terminer sur une note optimiste, qui n'est peut-être pas présente dans les intentions du réalisateur, mais que j'ai cru percecevoir en filigrane, au détour de certains plans, je dirais qu'une possibilité de se rencontrer existe, par delà les barrières cuturelles ou psychologiques engendrées par le monde absurde dans lequel nous vivons  :
- On l'a vu, le père japonais et sa fille se retrouvent à la fin.
-  La touriste blessée semble apaisée par la drogue qui lui est adminsitré, et par les paroles incompréhensibles que prononce la vieille marocaine.
- L'enfant marocain se rachète en fracassant sur un rocher  le fusil qui est la cause de tout ce drame, en se livrant à la police pour que son frère soit sauvé.
- Le héro américain et le guide parviennent malgré tout à se respecter, en échangeant infos et photos sur leurs familles respectives. Le geste, même maladroit de Brad Pitt proposant des billets pour  services rendus, est malgré tout une manière pour lui de reconnaître l'humanité de cet étranger, qui s'avère ne pas être un terroriste dont il convient avant tout de se méfier.
- La nourrice mexicaine adore les enfants dont elle a la charge, pense avant tout à leur salut lors de son arrestation et ces derniers, avant les dramatiques événements qui conduiront le petit garçon à lui demander si elle n'est pas méchante, trouvent en sa compagnie, une tendresse que les parents ne sont pas capables de leur témoigner après le drame qu'ils ont vécu.
- Les enfants semblent s'amuser comme des fous pendant le mariage au Mexique, ceci malgré la violence latente que l'on peut percevoir dans le sacrifice du poulet et le fait que le cousin danse en exhibant un revolver glissé dans sa ceinture. Ils s'amusent en fait comme il ne l'ont jamais fait dans leur banlieue aseptisée.

Cette communion entre étrangers ou proches est de courte durée, toujours fragile, mais elle est bien réelle et laisse entrevoir un monde où les êtres humains peuvent malgré tout exprimer leur empathie à l'égard d'autres hommes.

Voilà, il me reste à vous conseiller d'aller voir ce film splendide

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14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 10:28
Plusieurs affaires récentes (caricatures de Mahomet, affaire Rédeker, conférence du pape sur un dialogue ancien entre un persan  et  un empereur byzantin sur le rôle de la raison en relation aec la religion)  viennent nous rappeler que nos libertés fondamentales, dont le droit au blasphème (pourquoi pas ?) acquises au cours des siècles à l'issue de luttes contre l'obscurantisme, risquent de se trouver menacées si nous ne savons pas résister aux nouveaux intégrismes, et aussi aux anciens, qui se trouvent requinqués et ragaillardis par ces nouveaux assauts portés contre notre société laïque.
Nous allons finir par ne plus oser publier un article, chez nous, dans un journal sans nous demander si l'on ne risque pas
de froisser les mollahs à l'autre bout du monde
Et c'est malheureusement ce qui est ... déjà...en train de se passer, de ce point de vue là en tout cas, dans l'affaire des caricatures. Les barbus et leurs semblables chrétiens  ont déjà gagné si l'on doit y réfléchir à deux fois avant de publier un dessin humoristique prenant à parti un prophète, qu'il soit chrétien, juif ou musulman.
Concernant l'affaire Redecker, ce prof de philo ayant écrit un texte très hostile à l'islam sur le Figaro, je signe la pétition d'intellectuels le défendant inconditionnellement à deux mains, et je pense même que ceux qui signent cette pétition avec des pincettes, en y mettant des réserves relatives au contenu du texte, se font objectivement les complices d'un neo facsisme post- moderne.
Il y a tous les jours, dans le monde occidental, des caricatures de Jésus, du pape, de violentes satires, blagues, s'attaquant aux symboles chrétiens et cela ne provoque guère de réactions. En tout cas, personne n'est menacé pour s'en être pris à ces symboles. Nous serons un état vraiment laïque lorsque nous pourrons faire la même chose en direction  des autres religions. On est encore loin du compte.......
Et cela ne pourra être le cas que lorsque l'on cessera de faire deux poids deux mesures, de se montrer plus indulgent envers l'intégrisme lorsqu'il émane d'une réligion, sous prétexte qu'elle est celle de minorité que l'on a voulu exterminer ou qui souffrent de discriminations dans notre pays.
Certains  peuvent se montrer en effet (et à juste titre..) tout à la fois hyper vigilants envers les discours neo-conservateurs et intégristes chrétiens et curieusement angéliques à l'égard des dérives islamiques, de la même façon que dans le passé, certains progressistes ont pu faire preuve d'un cécité coupable à l'égard du totalitarisme communiste.
Et ça continue aujourd'hui......On pense par exemple à la présence de Tareq Ramadan, sinon aux côtés ou en même temps, du moins au même endroit que José Bové au Forum social organisé il y a deux ans par diverses associations de la gauche de la gauche. Ce même José bové qui fait preuve de beaucoup plus de vigilance idéologique parfois et refuse, cette année, d'aller au congrès des verts, pour ne pas
se montrer au côté de Nicolas Hulot et ainsi, selon ses propres mots, "donner une caution au social-libéralisme..", . Ramadan serait-il plus présentable et fréquentable que Hulot ??????  Le libéralisme, même "social", à la sauce verte, serait-il un "satan" plus dangereux encore que l'intégrisme musulman ?
Sur cette question et sur ce quelle appelle 'l'islamo progressisme", une prof de philo, Catherine Kintzler, a dit sur son blog, bien mieux que  je ne pourrais le faire moi-même, ce qu'il convenait de dire . Je vous renvoie donc à deux de ses textes que vous trouverez en cliquant sur les liens suivants (liens qui sont déjà signalés également sur ce blog (de jcf) à la rubrique "liens" de la colonne de droite) :
=> La double fatwa de l'islamo progressisme    => Redecker, mort ou vivant ? raisons philosophiques d'un soutien sans réserves

Concernant l'affaire du pape, pour une fois, je me sentirais presque obligé de défendre le cardinal Ratzinger. On ne peut lui dénier le droit de s'exprimer sur ce qu'il pense des approches différentes entre les pensées musulmane et chrétienne. C'est son droit
En revanche, le très vénéré pontife aurait pu quand même rappeler que la très sainte église catholique apostolique romaine :
- n'avait pas toujours prêché la primauté de la raison sur la foi, cette orientation neo-platonicienne n'ayant pas toujours prévalu, notamment au temps des croisades, où c'est bel et bien la guerre sainte qui était prêchée par la majorité des prédicateurs...et des papes.........
- que, à ma connaissance et à moins que quelqu'un ne me démontre le contraire, dieu  est transcendant, à la raison humaine en tout cas, dans beaucoup de religions, y compris dans la religion chrétienne.
- que dieu n'apprécie peut-être pas le sang (dans le nouveau testament sans doute, mais dans l'ancien ? Voire....), mais que ses adeptes, ceux qui se réclament de lui, dans beaucoup de religions (à part peut-être dans le boudhisme) ont eu (et ont encore !!!) trop souvent recours à la violence (physique ou symbolique...) pour imposer leur foi aux autres ou pour s'opposer à ceux qu'ils estiment mettre en danger leur foi.
Enfin, il me semble que le discours très "rationnel" du pape ou d'autres autorités chétiennes aujourd'hui , est moins dû à une évolution endogène à la doctrine, qu'à des raisons historiques exogènes, au fait notamment, que les sociétés civiles, dans nos pays démocratiques, ont su imposer aux églises une vision "raisonnable" de la religion. Il y eut, certes, des St augustin et des Saint Thomas d'Aquin, des Averroes et des Avicenne, mais pour ceux-là, combien de khomeini, d'évangélistes protestants refusant la théorie de l'évolution ?
S'il y a une chose que l'on puisse reprocher au pape, c'est de n'avoir pas mentionné, dans son développement sur le rapport entre raison et foi, que ce débat avait eu lieu en Islam avant le 13ème siècle. Le philosophe arabe Averroes (Ibn rushd) en effet, qui fut le commentateur d'Aristote, (pas seulement commentateur d'ailleurs !!), et sans lequel St Thomas d'Aquin n'eût sans doute pas eu connaissance des positions d'Aristote, sans lequel le Moyen Age eût sans doute mis plus longtemps à redécouvrir les écrits des anciens (surtout ceux d'Aristote..) et à effectuer une certaine synthèse entre raison humaine et volonté divine.
Le pape a péché (Je blasphème non ??? Enfin je me rassure en pensant que personne dans la chrétienté ne va me condamner à mort pour avoir porté atteinte à l'infaillibilité du souverain pontife...) par omission...... car il mentionne un dialogue portant sur ce sujet au 13ème siècle sans citer Averroès, ce qui peut laisser croire que l'Islam a toujours postulé la supériorité de la raison divine sur celle de l'homme. Au 12ème siècle pourtant, Averroes tente cette synthèse entre la loi divine et la pensée d'Aristote, en s'opposant au mystique Al ghazali et en concluant qu'il s'agit là de deux vérités d'égale valeur, qu'il n'y a pas de hiérarchie entre les deux....
J'irais même jusqu'à dire, si j'étais un peu présomptueux, que sans Thomas d'Aquin et donc sans Averroès, la Renaissance n'eut peut-être pas eu lieu, ou aurait eu lieu plus tard ou sous une autre forme, mais cela est de l'histoire fiction des idées ...... et je m'arrête ici....
Le pape pensait certainement à Ghazali dans son discours, mais il oubliait Averroès... ou plutôt a choisi de ne pas mentionner Averroès...........
S'il l'avait fait, cela aurait peut-être montré à certains musulmans que la question n'était pas aussi hérétique que cela, que des musulmans éminents se l'était posée et en avait débattu...
Mais à la réflexion, cela aurait-il changé quelque chose pour les fanatiques qui ont assassiné cette pauvre religieuse à Modagiscio....? Tu rêves jcf, tu rêves encore......
Certes, il est vrai que cette analyse fut rapidement condamnée par les juristes musulmans, Averroès ayant connu quelques ennuis pour ses audaces et l'on peut regretter que ce débat ait avorté dans l'oeuf et n'ait pas connu, dans la pensée arabe, les évolutions qu'Averroès avait suscité dans la pensée occidentale et juive de l'époque, et plus tard.

En tout cas, même si l'athée indécrottable que je suis peut regretter qu'Averroès et St Thomas n'aillent pas jusqu'à dire que les textes saints et la foi s'opposent parfois à la raison humaine, déplore même (l'athée indécrottable..) que les deux penseurs se contentent de mettre sur le même plan les deux formes de pensée en n'allant pas plus loin qu'Aristote sur la question, ceci plus de dix siècles après le penseur grec, il s'agit là néanmoins d'un progrès considérable pour l'époque, que n'ont pas encore atteint certains fondamentalistes religieux contemporains, aussi bien musulmans que chrétiens ou juifs. Les créationistes (cf l'excellente émission sur Arte l'autre jour) ne disent-ils pas..encore .aujourd'hui....on croit rêver..... , en prenant la bible à la lettre, comme source de vérité scientifique, que la terre a été créée il y a 6000 ans, que les dinosaures cohabitaient avec l'homme, et que les étoiles ont été créées après notre univers....et j'en passe......
Tout un programme...
Mais on peut dire également que, concernant les rapports entre raison humaine et foi, les autorités religieuses d'aujourd'hui en sont encore, à leur stade le plus progressiste et rationnel (voir le texte de Boubekeur dans le lien donné ci-dessous), à rester dans le flou artistique ou à dire ce qu'avait déjà trouvé Averroès et st Thomas, à savoir que la raison ne contredit pas les textes sacrés, qu'il faut comprendre ces textes comme une expression différente de la vérité, au mieux qu'il faut comprendre la bible ou le Coran comme une version ...métaphorique de la vérité.........
La bible, ou le Coran, qui décrivent la création du monde en quelques jours affirmerait-t-elle donc une quelconque vérité, même sous une forme métaphorique ? Egale ou parallèle à la vérité scientifique en la matière, digne d'être examinée comme une possibilité ??
Vous connaissez ma réponse à cette question...... Je ne la dis pas explicitement de crainte d'être sous le coup d'une fatwa..........
Si certains d'entre-vous s'intéressent à la question du rapport entre foi et raison dans l'Islam, je joins ci-dessous deux liens concernant Averroès :
Un texte de Boubekeur, recteur de la mosquée de Paris, qui vaut ce qu'il vaut, mais qui explique bien l'opposition entre al Ghazali (mystique) et Averroès (rationaliste, enfin... pour l'époque faut pas exaggérer non plus, et par rapport à plus obscurantiste que lui...) sur la question de la raison et de la foi
http://www.mosquee-de-paris.org/Conf/Histoire/V03.pdf
Un autre lien, expliquant bien, je crois, les relations entre la pensée d'Aristote, d'Averroès et de St Thomas....
http://perso.orange.fr/sos.philosophie/averroes.htm#section4

Enfin et surtout, vous pouvez lire un texte pas trop imbitable, par cet auteur, "Le livre du discours décisif", en poche....... et en version bilingue s'il vous plait......



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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 11:54
Malgré les critiques qui leur sont sont faites, je trouve un grand intérêt  à la lecture d'Onfray et d'autres philosophes français contemporains, matérialistes et athés comme lui, Comte Sponville par exemple et en particulier son "Traité du désespoir et de la béatitude".
Onfray milite pour une réhabilitation de la philosophie matérialiste (Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, etc....)
Je pense avec lui, qu'elle fut mise sous le boisseau par l'institution (ceci depuis l'antiquité, et notamment depuis St Augustin, et par le moyen âge ensuite) ......au profit de l'école idéaliste platonicienne (ou plutôt augustino-platonicienne..)
Pour les gens de ma génération,  le point de vue idéaliste, et non matérialiste dominait sans partage à l'époque le corps professoral. Il est vrai en revanche, que dans les années suivant 68, le point de vue matérialiste, voire carrément marxiste, voire parfois tout à fait communiste, a sans doute été dominant, à l'université en tout cas. Je ne sais, en ce qui concerne la philosophie, ce qu'il en est maintenant..... Mais il me semble qu'un certain rééquilibrage est en cours..... Je me trompe peut-être...
Si des penseurs comme Onfray peuvent contribuer à faire pencher la balance dans le sens matérialiste, malgré ses outrances, je ne puis, en tant qu'athée et  matérialiste, que m'en réjouir, au risque de passer moi aussi pour..... un "intégriste laïque".
Certes les digressions  d'Onfray autour de l'hédonisme,  qui lui ont valu le succès médiatique qu'il connait, sont effectivement parfois surprenantes. Ses outrances  ne constituent cependant pas le coeur de sa doctrine. Ce qui est plus intéressant chez lui , c'est la réhabilitation de la pensée antique matérialiste épicurienne contre l'idéalisme platonicien et augustinien, ce sont ses dévelopements sur la pensée  "libre pensante" des 16ème, 17ème et 18ème siècles. Voir à ce sujet ses conférences sur France culture, disponibles sur le site de cette radio. Ce qui est passionant aussi, c'est le parallèle qu'il établit entre les penseurs grecs mentionnés ci-dessus et Spinoza, parallèlle que trace également très bien compte Sponville.
Pour ce qui est de la critique radicale des trois monothéismes, qui lui est particulièrement reprochée dans le contexte actuel,  il avance, dans letraité d'athéologie,  quelques arguments convaincants relatifs à la haine de la raison, de la liberté et de la vie dont ont fait preuve les trois monothéismes. Le mot haine est peut-être un peu fort (encore que ...), mais en tout cas, méfiance me semble la moindre chose que l'on puisse dire . Je parle des institutions bien sûr, et non de certains penseurs chrétiens, juifs ou musulmans ayant pu faire preuve de largeur de vues en la matière.....
Pour ne parler que de la "haine" de la raison concernant la chrétienté, Onfray cite l'exil du jardin d'Eden, sanction encourue non pour avoir croqué la pomme mais pour avoir voulu goûté aux fruits de l'arbre de la sagesse. Et l'on ne peut s'empêcher de penser à Galilée, aux combats qu'on dû mener les chercheurs et certains scientifiques, parfois au péril de leur vie ou de leur carrière pour faire prévaloir la raison contre la doctrine et l'idéologie.
Je rappelle également que la théorie de Darwin, grand satan des créationistes contemporains,  fut condamnée par l'église au départ, avant d'être  acceptée (enfin, tolérée serait plus exact...)  devant l'évidence des faits scientifiques.........
Pour la haine de la liberté, qu'il me suffise de mentionner l'inquisition, les nombreuses persécutions d'hérétiques présumés, les interdictions de livres, etc...etc...
Quant à la haine de la vie (du corps, de l'amour physique, du plaisir...), je pense que de grandes démonstrations ne sont pas nécessaires pour comprendre que les institutions des trois monothéismes, globalement, et même encore aujourd'hui, se sont montrés plus influencés par Thanatos que par Eros......
C'est quand même l'église catholique qui prèche, encore aujourd'hui,  l'abstinence et la fidélité comme solution à la propagation du sida, même en Afrique.....
Si l'église tient aujourd'hui un discours plus acceptable, plus "politiquement correct" sur ces questions, celà ne provient pas d'un processus endogène d'auto-évolution, mais bien  d'une influence plutôt exogène - venue le plus souvent "d'ailleurs" que des rangs écclésiastiques, d'une  révision, adoptée à contre coeur, ceci pour la survie même de l'église, rendue nécessaire par  la pression des sociétés civiles des pays européens, qui ont contraint l'institution à modifier son discours pour continuer à être entendue des chrétiens eux-mêmes.....
Je sais bien, on me dira que les valeurs prônées par notre société républicaine sont fondamentalement judéo-chrétiennes, que l’idéal de fraternité, d’aide aux pauvres, de partage, de justice est très biblique, que pour ce qui concernen le repentir, notre civilisation l’a si bien intégré que nous nous battons la coulpe sans arrêt et à propos de tout…
Il est vrai qu'il y a eu une relation "dialectique" entre le message biblique (ou plutôt chrétien...) et l'opinion occidentale moderne. La société civile a forcé l'église à modifer son discours, mais le message chrétien (le nouveau testament et non la bible !) est  sans doute aussi à l'origine de certaines valeurs républicaines et démocratiques, voire de gauche, actuelles  : le partage, l'égalité entre les êtres, une certaine ... comment dire...."douceur" et un renoncement à la violence dans les relations humaines, etc.....Valeurs que l'on ne trouve exprimées dans les trois monothéismes, avec une telle force et une telle continuité (même un athée indécrottable et anticlérical comme moi doit bien le reconaître..) que dans le nouveau testament, en tout cas ni dans l'ancien testament, ni dans le Coran.
Mais quand même...Que de luttes contre le dogme et l'institution, que de temps passé à rationicer, que de souffrances et d'obscurantisme, que de coupage de cheveux en quatre sur le sexe des anges....... d'excommunications, de croisades.......  de complicité, de "collaboration" de l'institution avec les pouvoirs les plus despotiques et anti égalitaires..... avant que ces valeurs chrétiennes originelles et fondamentales soient enfin redevenues celles que prône prioritairement l'église. On revient de loin...........et je ne puis m'empêcher de penser que ce retour aux sources est dû avant tout aux luttes de la société civile contre le dogme ou tout simplement à  la compréhension, par l'institution, de la nécessité d'évoluer  pour conserver quelque crédibilité  aux yeux de l'opinion publique et mêmes des croyants....


Sur Onfray, je recommande également ses conférences de cet hiver sur Spinoza et les libertins, que l'on trouvera en fichiers audios sur le site de France culture.
C'est très clair sans être de la vulgaire ...vulgarisation. Même moi, j'ai l'impression de comprendre enfin Spinoza et son éthique  ....

Il y a également de très belles pages sur le matérialisme antique et sur spinoza, dans le "Traité du désespoir et de la béatitude" de Comte Sponville,  et sur Hobbes aussi, un autre dont je ne me souviens pas avoir entendu parler en classe de philo...en tout cas pas de manière élogieuse ou de manière à leur faire la place à laquelle ils ont droit dans l'histoire de la philo- 
Je sais bien que Comte Sponville est considéré comme un "vulgaire...vulgarisateur"...., est accusé, comme Onfray, d'être trop médiatique.... parfois par ceux qui ne les ont  jamais lus d'ailleurs....... 
Mais le livre de Compte Sponville vaut vraiment le coup, est en plein dans le sujet soulevé ici... Et en plus, le bouquin, bien que compréhensible et abordable pour des non philosophes comme moi, est bien plus que de la "vulgaire vulgarisation" médiatique, n'en déplaise à  ses détracteurs, C'est un vrai bouquin de philo, documenté, annoté, profond, mais  simple, pédagogique au bon sens du terme (il en faut bien des pédagogues), permettant aux profanes dont je suis, de comprendre  certaines notions compliquées (pour la première fois en ce qui me concerne...) 

Comte Sponville établit de plus un rapprochement très intéressant entre Boudhisme, Epicurisme et Spinozisme.....  Il est bien plus, je le répète, qu'un simple "vulgarisateur".  Il n'est pas non plus, comme le voudraient certains, un chrétien qui s'ignore.
La recherche de spiritualité dont il parle n'a rien de religieuse, mais prend au contraire comme point de départ le désespoir de l'athée (celui de Camus par exemple, de Sisyphe....), seul capable pour lui de nous permettre d'accèder à une béatitude authentique car  totalement athée, et à une spiritualité de type nouveau, ceci en ne renonçant pas à une recherche d'un sens à la vie de l'homme (un sens...pas un au-delà ou un "arrière-monde" pour reprendre une expression Onfrayienne.



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12 janvier 2007 5 12 /01 /janvier /2007 10:40
Dans le café philo que je fréquente, nous avons discuté samedi dernier du thème annoncé dans le titre de cet article : Sommes nous plus intelligent seul ou à plusieurs ?
Voilà donc quelques remarques que j'ai faites lors du débat où que je n'ai pas faites alors et qui me sont suggérées par la remarque d'une participante, sous forme de boutade, concernant le fait que son QI n'avait pas augmenté en participant au café philo.
- Il est vrai que le seul fait d'être ensemble et d'échanger ne produit pas automatiquement des idées plus intéressantes que celles que des individus seuls peuvent produire. Il n'y a pas de génération spontanée, due à la dynamique de tout groupe, quel qu'il soit, produisant automatiquement de l'originalité, du nouveau, du génial.....

Que dire des foules, si facilement manipulables, des meetings, dans lesquels peuvent se trouver des gens raisonnablement intelligents par ailleurs et qui dans certaines circonstances peuvent se trouver amenés à suivre un leader ou un mot d'ordre stupide, à adhérer à des idées qu'il aurait rejetées normalement en utilisant son bon sens et son estprit critique ?
Mais même dans des groupes de discussions restreints, sommes-nous certains que les idées que nous pondons ensemble  ne sont pas des banalités qu'un homme ou une femme bien plus intelligent que nous tous réunis aurait su dépasser et synthétiser de manière bien plus efficace et rapide que ce à quoi nous avons abouti laborieusement ensemble ?

Pour qu'un groupe fonctionne mieux qu'un individu seul, il faut quelques conditions qu'il n"est pas inutile de rappeler ici :
Un groupe de piliers de comptoirs  par ecemple,  discutant  à l'heure de l'apéro ne feront pas progresser le schmilblick d'un millimètre sur les sujets dont ils parlent chaque jour depuis des années. Il faut donc que le groupe soit composé de gens raisonnablement intelligents et cultivés pour qu'une question puisse être cernée et approfondie.

Cependant,  même composé de gens instruits et intelligents, un groupe ne génère pas spontanément non plus, une pensée originale ou profonde.
Il convient également que les membres du groupe fasse preuve d'une certaine discipline, sachent faire taire leur ego, s'écoutent, fassent l'effort de traiter le sujet choisi, sans toutefois se crisper sur des problèmes formels d'égalité dans la prise de parole, ce qui, lorsque tel est le cas, appauvrit la discussion et aboutit à une juxtaposition de points de vue qui ne s'enrichissent jamais mutuellement.
Pour donner un exemple de groupe rassemblant des esprits supérieurs mais n'aboutissant à rien, combien de fois n'a-t-on pas assisté, à la télé, à un panel composé d'esprits très brillants individuellement, mais incapables ce jour là de fonctionner, pour des raisons diverses et parfois obscures ? On peut être brillant mais sectaire, ne pas écouter l'autre, avoir plus envie de faire valoir son opinion que de trouver un terrain commun d'entente, etc.....
Il y a même des cas de "plantage collectif" célèbres, dont le nazisme, qui ont été justement rappelés pendant la discussion. Et le communisme ?  N'est-il pas lui aussi  un bel exemple d'erreur collective qui fut conçue individuellement d'abord, puis mise en pratique collectivement avec les meilleurs intentions progressistes du monde -  ceci au contraire du nazisme il est vrai  ?

Enfin et surtout Je ne crois pas beaucoup à une des idées qui a été avancée, selon laquelle il y aurait une pensée collective flottant dans l'éther du dialogue, une sorte d'intellectuel collectif.
Le corollaire de cette idée, qui fut également exprimé, selon lequel, il n'y aurait pas d'individu me semble également difficilement concevable.
Certes, lorsque je pense, je le fais dans une certaine intertextualité avec le discours de mes contemporains et de ceux qui m'ont précédé. Je suis le produit d'un certaine culture. Mais je ne suis pas entièrement conditionné par un environnement et ma culture.
Combien de catholiques par exemple, élevés dans un milieu strict, sont devenus des contestataires athées, libertaires et libertins ?
Je possède bel et bien une certaine marge de manoeuvre par rapport aux conditonnements divers qui m'ont façonné. Je ne suis ni entièrement libre, ni complètement le jouet des idéologies.
Pour conclure donc, je dirais que dans une discussion de groupe, l'individu apporte ses idées, qui sont aussi (partiellement seulement) celles des groupes humains dans lesquels il a été éduqué et qu'il fréquente. Lors de la discussion, il rencontre la pensée d'autres indidividus, eux aussi influencés par leur milieu. L'échange produit dans tous les esprits - individuellement et non dans une sorte de fusion des egos, d'être hybride collectif nouveau aux contours incertains ! - une certaine évolution de sa propre weltanschaung (vision du monde) de départ. Mais c'est bien chaque vision du monde qui se trouve transformée et éventuellement améliorée (jamais de manière uniforme) par cette confrontation.
Pour risquer une comparaison peut-être hasardeuse, le langage, qui lui est collectif (et non la parole qui est, elle, individuelle) joue simplement un rôle de véhicule portant  la parole et donc la pensée de chacun, à la manière dont l'élément liquide porte la laitance des poissons (de chaque poisson !) pour féconder une autre cellule, distincte des autres également.
Pour ce qui concerne la parole, elle aussi procède par contact multiple, simultané mais  individualisé à chaque fois, avec une autre pensée cristallisée elle aussi dans une parole et pensée individualisées.
Cette simultanéité de rencontre, par la parole, avec la pensée de toutes les autres intelligences du groupe, cette capacité à féconder plusieurs individus,  ne débouche  pas pour autant sur l'émergence d'une seule créature nouvelle, d'une pensée commune.  Chaque individu, à sa manière, devient le  produit de la combinaison originale et particulière (non de la fusion uniforme!) des caractéristiques des différentes informations échangées entre pairs.
Dans la plupart des cas, d'ailleurs, dans une communauté de chercheurs par exemple, la synthèse et le dépassement des théories précédentes  ont été le fait d'un des membres de cette communauté, qui a été enrichi par la confrontation avec les autres certes, mais qui réalise seul ensuite la synthèse des idées échangées et le dépassement qualitatif des thèses précédentes, dans une certaine solitude nécessaire à l'émergence d'une théorie originale.
Je ne pense pas qu'un groupe, fût-il particulièrement bien organisé et doté d'êtres altruistes, en soit capable. Il y a trop d'ego, de bugs de fonctionnement, de lutte d'influence dans un groupe, où le désir de dépasser, de dominer l'autre prend trop souvent le pas sur la recherche de la vérité.

J'irai même jusqu'à dire que parfois (très souvent en fait), pour atteindre la vérité, certains scientifiques ou penseurs ayant fait progresser l'histoire des idées de manière fondamentale, ont dû le faire en opposition ouverte, non seulement avec les pouvoirs en place, mais également en rupture avec la communauté des chercheurs ou des penseurs.

Lors de la discussion nous n'avons pas suffisamment, à mon sens, développé l'idée selon laquelle, la question posée soulevait la question de la démocratie et de son postulat selon lequel, au niveau d'une société tout entière ou d'une communauté donnée, la majorité a raison contre la minorité ou contre une personne seule.  Cela devrait en principe être accepté  pour un démocrate de gauche ou de droite, même lorsque le parti au pouvoir n'est pas celui pour lequel nous avons voté. Cette majorité, élue démocratiquement peut avoir tort selon nous, mais elle a forcément raison du point de vue institutionnel
Cette formulation a l'air d'un truisme, mais à bien y réfléchir, cela est vrai seulement si la majorité reste dans le cadre du raisonnable, se trompe "un peu seulement",  et ne penche pas vers des solutions totalement antidémocratiques (de droite ou de gauche), qui peuvent mettre en danger cette démocratie,  les fondements mêmes de notre édifice social et culturel. 
Pourrait-on dire que la majorité a toujours raison, par exemple,  si le suffrage universel, comme il le fit en allemagne, portait au pouvoir un parti qui annonçait clairement qu'il allait supprimer les libertés individuelles et donner le pouvoir à un seul parti (Russie), à un dictateur (Hitler) ou à une théocratie religieuse, comme cela fut le cas en Iran ?
Je n'ai pas de réponse, et je ne peux m'en tirer, j'en ai bien peur, que par  des formulations qui ont l'air absurdes, mais qui ne le sont pas tant que cela à y bien réfléchir.
En conclusion, je propose donc cet aphorisme  débile, j'ai ai bien conscience :  "En démocratie, La majorité a toujours raison, même quand elle se trompe un peu. Mais si elle se plante carrément, elle a tort..."
Provocateur et stupide non ?  Défi à la logique formelle, certainement .  Mais peut-on dire autre chose de bien plus profond à ce sujet ?

Lors de notre discussion, la notion de QI, (en rapport sans doute avec la notion d'intelligence) a été soulevée. Il est vrai qu'une certaine manière de mesurer l'itelligence par des tests a été justement critiquée. Il ne faudrait cependant pas balayer le QI d'un revers de manche  trop rapidement. Certes des précautions doivent être prises dans son utilisation (et elles le sont le plus souvent !)  pour définir les potentialités des élèves. Si ces précautions sont prises (et encore une fois elle le sont le plus souvent, dans l'Education Nationale en tout cas !) les tests modernes d'évaluation de la cognition, le  "WISC" par exemple, (pas les tests plus anciens) constituent toujours un outil très efficace pour identifier, parallèlement à d'autres observations faites par les enseignants et la communauté éducative, les difficultés rencontrées par certains élèves et pour aider l'institution à trouver les solutions de remédiation à ces problèmes.
Il y a le QI, le QE (quotient intellectuel), comme l'a fait remarquer justement un des participants au débat, ceci pour la perception des situations. Mais il y a aussi l'intelligence créatrice, que les entreprises recherchent tout autant que les capacités cognitives et relationnelles, et qui peut aussi être évaluée, à côté d'autres indicateurs, grâce à des tests spécifiques mesurant la flexibilité cognitive d'un individu, sa capacité à trouver des solutions originales, adaptées à des situations elles-mêmes inédites..
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10 janvier 2007 3 10 /01 /janvier /2007 11:04
Voici ci-dessous un texte que j'avais écrit il y a quelques années sur la question, en réaction à une discussion que j'avais eue avec un ami,  qui date évidemment un peu, mais qui résume assez bien encore  ma position actuelle sur la situation au moyen orient..

"Ce conflit n'est pas un affrontement entre le bien et le mal. Sharon ne représente certainement pas le bien. Mais on ne me fera pas croire que les palestiniens (en tout cas ceux qui sont derrière le djihad islamique, le hamas et ceux qui apartiennent aux martyres d'el aqsa, organisation liée au Fatah, proche du camp d'Arafat) veulent construire une société démocratique en paix avec l'état d'Israel..
Si les Israéliens avaient en face d'eux d'autres adversaires, Sharon ne serait même pas au pouvoir et la paix serait sans doute signée depuis longtemps.
On commet la même erreur que les américains en Afghanistan, si l'on soutient sans aucun esprit critique les occupés (par les soviétiques à l'époque) sans se préoccuper de savoir ce qu'il feront de leur indépendance.
On ne peut pas faire comme s'il s'agissait d'un simple conflit entre des envahisseurs et des occupés, car la situation n'est pas la même que celle de la France en 1945.
Tous les jours, des Israéliens défilent pour protester contre l'occupation des territoires et la construction du mur.
Où étaient leurs équivalents palestiniens, protestant contre le refus d'Arafat de signer les accords d'oslo ou contre le fait qu'Arafat baisait, il y a peu, le front du vieux sheikh fondamentaliste Yacine liquidé par Tsahal (le même qui déclarait que la Palestine allait de Jérusalem à la mer et qui était le chef d'une organisation voulant instaurer une république islamique).
Je fais remarquer que cette icône palestinienne de la libération nationale n'a pas grand chose à voir avec un Jean Moulin, un De Gaulle ou les fusillés de l'affiche rouge.
Ce qu'Arafat et la plupart des palestiniens (y compris Leila Shahid) considéraient et considèrent encore comme un grand héro ("shahid" = martyr en arabe .....) et un résistant, était le leader d'une organisation qui se débarasserait très vite des progressistes palestiniens bien minoritaires (y-en a -t-il et combien ? On les entend peu ...) pour installer très rapidement un régime comparable à celui de talibans ou de l'Iran.
Que penser également du fait qu'Arafat déclarait devant toutes les cameras occidentales : "Un jour, je le sais, le drapeau palestinien flottera sur Jérusalem..." Notez bien qu'il ne dit pas "sur Jérusalem - Est" mais bien sur Jérusalem " tout court ........
Tout cela n'excuse pas, bien sûr, la politique israélienne actuelle, mais cela devrait faire réfléchir ceux qui, chez nous, absolvent les palestiniens extrémistes (et ils me semblent être plus nombreux que ceux qui ont des sympathies pour les Israéliens extrémistes) au seul motif que la Palestine est occupée par une puissance "étrangère".
On a déjà commis cette erreur au vietnam, au Cambodge, en Afghanistan et j'en passe. Combien de fois faudra-t-il encore assister à des carnages comme ceux du Cambodge pour comprendre que notre soutien aux mouvements de libération devraient être tempéré par une réflexion sur leur projet de société à venir ?
On me dit parfois que le danger prioritaire serait le sentiment anti-arabe, et non le regain d'anti sémitisme que nous avons connu ces derniers temps et qui provient en partie des cités. Je je ne conteste que ce sentiment anti-arabe existe, mais je n'établis pas de hiérarchie entre ces deux dangers.
Pour juger du problème de l'antisémitisme renaissant je pense habiter une région représentative, en France, des tensions inter-communautaires, en tout cas par le nombre d'habitants, lieux de culte juifs et musulmans :
- Courcouronnes s'enorgueillit en effet d'abriter une cathédrale, plusieurs synagogues, un temple boudhiste, un temple hindouiste et le plus important centre islamique de France après la mosquée de Paris.
- De plus pour avoir été responsable d'une circonscription de l'enseignement primaire qui comportait une école juive sous contrat d'association avec l'état, je puis dire que les incidents raciaux à la sortie de l'école et de la petite synagogue attenante étaient assez fréquents, ceci bien avant l'intifada, et ils se sont bien sûr multipliés de manière exponentielle depuis.
- Ma femme de ménage portugaise habite dans une cité d'Evry où toutes les semaines, les services municipaux doivent effacer des graffitis à la gloire de Ben Laden et d'El Qaeda.
- Le maire- socialiste- (Manuel Valls) d'Evry a dû récemment intervenir contre un épicier musulman qui refusait, alors qu'il avait la franchise de Franprix, de servir dans son magasin pourtant fréquenté par une majorité de noirs africains non musulmans, des produits non Hallal, dont les tranches de jambon et autres produits alcolisés.
- Une fille de voisin a du changer de lycée car, après être sortie avec un jeune rebeu et l'avoir quitté, les copains de son ancien petit ami la harcelait et la tratait de pute pour ne pas porter le hijab (elle qui a un père américain et n'est pas musulmane.)
- Dans mon ancien lycée (Corbeil-Essonnes) les collègues (et ma femme, qui travaille dans un lycée professionnel !) me confirment ce que l'on dit dans les journaux et la presse au sujet de la difficulté à enseigner certains sujets, témoignent que les filles musulmanes et autres se font traiter de putes par les jeunes de la cité des Tarterets (en face du lycée) si elles ne s'habillent pas "décemment" selon leurs critères.
- Enfin, last but not least, on ne peut ignorer ce qui est arrivé l'an dernier lors de la reconstitution à Aubervilliers de l'immolation par le feu de la petite Sohane par un petit caïd avec lequel elle ne voulait pas sortir. Sa soeur est co fondatrice du mouvement "ni putes ni soumises.." Et bien sait-on que pendant la reconstitution, le meurtier a été encouragé des fenêtres par un nombre significatif de gens, salué même par des ...youyous féminins et des "Bon courage Momo ..."
Je regrette, il y a bien sûr des juifs intégristes en France, et je les condamne tout autant que les islamistes, mais il faut bien reconnaître qu'ils ne sont pas aussi nombreux que les autres et que par conséquent, ceci de manière mathématique, ils n'ont pas le même impact sur ma vie quotidienne et celles de mes voisins que leurs compères islamistes (je tiens à faire remarquer que je ne dis pas musulman ...)
Mon poste d'observation des phénomènes sociaux étant sans doute assez représentatif de ce qui se passe en France actuellement, je me permets de dire que l'angélisme d'une certaine gauche a sans doute elle aussi contribué à la catastrophe du 21 avril, même si ce n'est pas la seule raison, je te l'accorde.....
De plus, lorsque des des étudiants juifs progressistes veulent participer à la manif contre la guerre en IRAK avec tout le monde comme ils en ont bien le droit, ils se font traiter de sales juifs et de sales sionistes, tant les deux mots sont devenus presque synonymes pour beaucoup de jeunes des cités.
Que dire également des intellectuels juifs désignés par Tareq Ramadan et dans une certaine gauche, comme des complices objectifs d'un "complot américano-sioniste.
Ramadan fait bien sûr mine d'ignorer que ceux qu'il désigne comme des suppôts inconditionnels de la politique réactionnaire de Sharon étaient présents il y a quelques mois à Genève pour la proposition d'un plan de paix alternatif soutenu par la gauche israélienne et certains palestiniens (trop peu nombreux à mon goût, en tout cas bien moins nombreux que leurs homologues israéliens.)
Ce plan prévoyait entre autres le retrait inconditonnel des territoires palestiniens et le démantèlement du mur de séparation. Mais peut-être cela 'est-il pas suffisant pour cesser d'être désigné comme "sioniste."
D'ailleurs ce terme commode derrière lequel se dissimlule le pus souvent l'antisémitisme nouveau, dont on fait maintenant une injure, désigne simplement au départ le désir de fonder un état où les juifs pourraient avoir une souveraineté et ne plus être minoritaires dans le pays des autres.
Pour ses fondateurs il était même question d'un état socialiste , d'où les Kiboutzines du début...). . Peut-être faudrait-il aussi, comme le voudrait beaucoup de musulmans, condamner Israel comme un pays fasciste, menant une politique d'extermination systématique contre les arabes, accepter le retour des réfugiés palestiniens, ce qui équivaudrait à condamner l'état d'israel à sa disparition à terme.
Avouez que l'on ne , trouvera pas beaucoup de juifs pour aller jusque là ...... et il est vrai que Finkielkraut, comme bien d'autres juifs moins conservateurs que lui ne le font pas .......... sans être pourtant des "sionistes" (j'emploie ce terme par commodité, mais avec les précautions données ci-dessus).
Voici pour terminer des textes de Alain Finkielkraut sur le conflit Israélo-palestinien : Extrait de "L'imparfait du présent Réagissant à une pétition disant entre autres " Combien d'années .... faudra-t-il pour que ceux qui parlent et agissent au nom des droits de l'home analysent le conflit ...... comme un fait colonial ?" et " Nous soutenons la lutte du peuple palestinien jusqu'à tous ses droits soient respectés."
AF réagit comme suit en rappelant quelques vérités historiques un peu oubliés par ceux qui rendent Israël seul responsable de la situation actuelle des palestiniens
On peut bien sûr être en désaccord avec certaines des choses dites plus haut ou ci-dessous par finkekraut, mais les arguments avancés valent le coup que l'on ne les balayent pas d'un revers de la main comme émanant d'un suppôt de l'axe américano-sioniste....non ?
Ou bien me trompé-je ?:
"Respectés par qui (les accords de paix) ? Par Israël bien sûr. Personne pas même les intéressés ne rappellent jamais que la Jordanie était partie intégrante de la Palestine avant d'être confiée à la dynastie hachémite, ni que ce royaume s'est approprié jusqu'à la guerre des 6 jours et sans autre forme de procès le territoire alloué aux Palestiniens par le partage de 47, ni enfin que ces derniers constituent toujours la majorité de la population jordanienne.
Au vu de cette amnésie généralisée, on est fondé à dire que leur identité nationale et leur popularité mondiale se nourrissent exclusivement du face à face avec l'Etat juif.
Mais peu importe en vérité : j'apporterais moi aussi un soutien total à la lutte du peuple palestinien si celle-ci avait l'indépendance pour finalité et pour conséquence le démantèlement des colonies juives installées sur son territoire : qu'y a-t-il de plus choquant, de plus absurde (et de moins sioniste) que ces ghettos armés ?
Seulement voilà : en refusant de signer la paix qui faisait droit à leur désir d'état, les Palestiniens (ou, au moins, leurs représentants) ont clairement signifié qu'ils revendiquaient autre chose.
Quoi ? 
Le droit au retour. Comme les juifs dans leur patrie libérée ? Vous n'y êtes pas : en Israël. Ils voulaient sortir du face à face non par la séparation mais par l'étreinte. Combien d'années, combien de décennies faudra-t-il à nos progressistes pour prendre acte de la singularité du conflit israélo-palestinien ?
Car enfin, les peuples colonisés n'ont jamais remis en cause la légitimité des métropoles ni a fortiori programmé la lente absorption de celles-ci dans une entité où ils finiraient par être majoritaires. Ils luttaient pour leur état, non, pour s'installer dans les frontières de l'Etat dont ils subissait le joug.
 Ils ne revendiquaient pas la double appartenance. Ils ne voulaient pas à la fois partir et rentrer, rompre et revenir. Ils ne jouaient pas sur les deux tableaux du divorce et de l'habitation commune. Le modèle de la sortie d'Egypte leur interdisait d'ériger la puissance coloniale en terre promise . Sauf à choisir une tout autre logique que celle de la reconnaissance ou de la décolonisation, le désir d'avoir un chez-soi implique la renonciation (mutuelle) au droit d'être chez soi chez l'autre. Mais précisément .......... toute la question est de' savoir si les juifs sont chez eux en Israël. On croyait cette question résolue avec les accords d'Oslo. On se trompait.
 La page du refus n'est pas tournée et le Liban prévient : il veillera scrupuleusement à l'exercice du droit au retour en exigeant, dès sa promulgation, le départ des Palestiniens qui vivent sur son sol. Si le Liban est imité, ce sont des centaines de milliers de Palestiniens qui seront chassés demain par des pays frères par solidarité avec leur juste cause ...... "

" Mais rien n'entame nos progressistes, rien ne les fait douter. Pour réparer ses crimes et d'abord celui d'être né, Israël ne doit pas seulement se retirer des territoires conquis en 1967, il lui faut partager sa souveraineté sur ceux de 1948... "

Un autre article. De Finkielkraut également :
 "Le Monde diplomatique annonce le réveil de la gauche israélienne. La gauche, c'est à dire, en l'occurrence, la critique du langage de la force et la vertu de modération contre toutes les variantes - nationaliste, religieuse, sécuritaire - de l'extrémisme. Mais ni vu ni connu, le mot change de sens quand on change de camp : la gauche palestinienne a tout l'éclat de l'intransigeance, et la radicalité accapare la fonction critique, sous les vivats du progressisme. Aussi est-il dans l'ordre que cette gauche avalise le rejet du compromis (c'est à dire d'un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale) au nom d'un droit au retour qui, à terme, ferait des juifs d'Israël une minorité ethnique à la merci des arabes. On attend donc des uns qu'ils combattent l'hubris et des autres qu'ils y cèdent. Le mêle vocable valorise, du côté israélien, le respect dégrisé des limites, et du côté palestinien, l'ivresse de la démesure. Cette homonymie nourrit la tragédie."
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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 19:29
Le fonctionnement binaire du débat politique, en France surtout, ne valorise pas l'analyse sereine de la complexité des pensées avancées par les uns et les autres et je me méfie en particulier du fonctionnement crypto-totalitaire des jugements péremptoires avancés par la gauche de la gauche, lorsqu'elle désigne un peu rapidement comme droitier, réactionnaire ou fasciste tout penseur ou politicien, ou simple citoyen - conservateur, centriste ou même socialiste (voir les procès de la gauche de la gauche actuelle faits à Fabius, Strauss-Kahn, Tony Blair, Shroeder et même ...les verts ayant signé avec lui les nouvelles mesures sur l'emploi en Allemagne..) - dès lors qu'ils se démarquent des solutions préconisées par la gauche extrême pour résoudre les problèmes sociaux et aller vers les grands soirs alter ou anti-mondialistes.
A ceux qui sont partisans d'une éthique en politique, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler que Robespierre, le grand jacobin, précurseur des révolutions prolétariennes et de leur terreurs et charniers futurs, voulait, comme le mentionne Alain Finkielkraut, dans "l'imparfait du Présent" "substituer la morale à l'égoïsme" (Discours pour le bonheur et la liberté).
Le même Finkielkraut cite également, à la même page, le brillant plaidoyer de Robespierre pour l'exécution du roi sans procès : "Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires; ils ne rendent point de sentence, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les rois, ils les replongent dans le néant ; et cette justice vaut bien celle des tribunaux." (in textes choisis, Editions sociales)
Mon commentaire personnel  sur cette citation: Si seulement il ne s'était agit que de replonger le roi dans le néant, je pourrais souscrire, mais on sait bien désormais (certains l'oublient ...) , qu'après le roi et le tsar, les cadets et les sales bourgeois oppresseurs des masses, suivent rapidement les mencheviks, les Socialistes révolutionnaires, les anarchistes et autres trotskistes, ainsi que tout le monde et en premier lieu et surtout les masses que l'on se propose de sauver du joug bourgeois capitaliste. 
Trotski lui aussi était partisan de l' "abolition violente de tous les liens moraux entre les classes ennemies." in "Leur Morale et la nôtre" cité également dans l'ouvrage d'AF ici mentionné ...
Comme disent les écologistes allemands à propos du nucléaire "Nein danke" non merci. Je ne suis pas prêt à m'embarquer dans une autre aventure égalitariste.
La démocratie bourgeoise, mondialisée ou non, n'est certainement pas le meilleur des régimes et il faut certainement l'aménager et le réformer sans cesse pour le rendre plus juste (ou plutôt moins injuste), et je reconnais que les alter-mondialistes jouent un rôle positif à l'échelon mondial et national.
Je suis en revanche résolument réformiste (ce que n'est pas, je pense, quoi qu'elle en dise, la gauche extrême en France), c'est à dire que je situe toute évolution possible à l'intérieur du système démocratique bourgeois, aussi injuste et inégalitaire soit-il (je ne suis pas un doux rêveur )
Il me semble en effet (sans en être certain !!! ceci est très important !!) que lui seul ne risque pas, par de violents coups de barre à gauche ou à droite, de provoquer des catastrophes sociales, humanitaires, écologiques - voir la situation des anciens pays du socialisme réel à ce sujet - bien pires encore que celles justement dénoncées par les écologistes et les alter-mondialistes.
On me répondra sans doute que c'est précisément ce système qui nous conduit à la catastrophe imminente. Je ne suis pas persuadé à 100% que cela ne risque pas de se produire, mais je penche plutôt pour une option un peu plus optimiste, et je ne pense pas être plus ignorant, plus mal informé ou plus dégueulasse que ceux qui annoncent un fin du monde proche. Peut-être pourra-t-on me persuader du contraire.
Je ressens un certain malaise, en effet envers les postures "Robespierriste" d'une certaine gauche, consistant à désigner forcément des salauds et des coupables de tout le mal existant dans le monde.
Les régimes totalitaires arrivent rarement au pouvoir sans que des salauds instrumentalisent les sentiments des peuples mais ils ne font que traduire dans les faits et dans des programmes politiques les aspirations et les rancoeurs des "damnés de la terre" envers des ennemis réels ou supposés de race ou de classe. Que ces ennemis soient identifiés, selon les circonstances historiques, les cultures et les pays, comme 'la juiverie internationale", "les cent familles", "le capitalisme monopoliste d'état", "l'axe américano sioniste" ou "l'axe du mal" cher à Bush, ne constitue pas à mes yeux une différence fondamentale et peut déboucher sur les mêmes catastrophes humaines que l'on a connues.
On sait ce que ce genre d'attitude a fait comme dégat, même et surtout quand elle émanait de gens ayant les meilleurs intentions du monde. L'enfer totalitaire est pavé de bonnes intentions progressistes.... Le goulag n'a pas été construit que par des salauds. Il n'a pas été l'oeuvre de progressistes bien sûr, je ne ferai pas le procès inverse, mais il a été rendu possible progressivement par des positionnements de type Sartrien distribuant les brevets de bonne conduite sociale et les excommunications intellectuelles.
On se souvient  de la phrase célèbre selon laquelle, à l'époque  il vailait mieux "avoir tort avec Sartre que raison avec Camus....."
Car en effet, si ceux qui ne partagent pas nos vues deviennent "objectivement" des alliés de la réaction, pourquoi ne pas fermer les yeux pudiquement devant la répression qui commence à les rendre inoffensifs dans des situations historiques toujours difficiles, où les choses se précipitent, où l'ancien monde réagit forcément, et où il faut prendre des décisions pour maintenir à tout prix au pouvoir les gens qui défendent les thèses dont je suis persuadé qu'elles sont supérieures à toutes les autres.
Que deviennent des Finkielkraut, BHL, et autres Kushner dans ce type de contexte extrêmement instable que sont les périodes révolutionnaires ?
Cela peut paraître sans doute injuste "unfair" disent les anglais , aux gens de la gauche extrême, qui viennent d'horizons anarchistes ou libertaires, et ne peuvent concevoir que leur combat puisse déboucher sur une société totalitaire, mais j'ai parfois l'impression que malgré des choix plus responsables et un militantisme tout à fait respectable aux verts et dans des associations alter-mondialistes, certains anciens baba-cool gauchistes et soixantehuitards reconvertis à la gauche du PS ou des verts continuent à s'enfermer dans le vertige douillet de la pureté doctrinale et idéologique.
Il est tout à fait légitime, bien sûr, d'essayer de convaincre les autres par des voies (des voix aussi dirait Lacan !!!) démocratiques. Mais le mur d'arain des convictions partisanes et militantes dresse parfois une barrière invisible et en tout cas silencieuse entre ceux que l'on veut convaincre et les convictions du militant ou du simple convaincu, car ce mur empêche peut être parfois d'entendre les objections de ceux qui, pour ne pas partager une vision millénariste d'une apocalypse proche qu'engendrerait immanquablement le système capitaliste, n'en sont pas forcément des crapules ou des ignorants.
Certains propos et "désignations" comme étant "à droite" - on disait "droitière" sous le stalisnisme et cela était souvent le début de la fin pour ceux qui étaient désignés comme tel - de positions qui s'interrogent, par exemple simplement, comme le font d'ailleurs la plupart des sociaux démocrates européens, sur la validité possible de certaines mesures prise par la droite ou sur le fait qu'une certaine flexibilité des emplois pourrait peut-être diminuer le taux de chômage en France, peuvent être perçues comme des discours d'apprenti commissaire politique.
Ils peuvent en tout cas aboutir au silence de gens qui ne sont pas des grandes gueules et n'osent pas répondre au risque de devenir infréquentables aux yeux de ceux qui s'érigent en "commandeurs du droit et de la morale politique.
Je le dis d'autant plus sereinement que je fais mon mea culpa et que j'ai bien conscience d'avoir proféré en mon temps ce genre d'évaluation sauvage à l'égard de gens qui étaient simplement plus pragmatiques (plus intelligents ? moins sectaires ?) que je ne l'étais à l'époque.
Au point où j'en suis maintenant, l'absence de certitudes est, pour moi, un signe de bonne santé mentale et politique, comparée à la rigueur doctrinale. L'histoire a heureusement permis de mettre au rencart épistémologique le concept de socialisme scientifique .
Pour terminer, et illustrer ma pensée, je vous propose ci-dessous, un texte d'Alain Finkelkraut, extrait de son livre de dialogues avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk: Les battements du monde, chez Pauvert. Chapitre X. Où sont passés les adultes ? Ce texte traduit en effet assez bien ma position quant au manichéisme du débat politique actuel, en France surtout.
Cela ne signifie pas, bien sûr, une résignation adulte à ne pas changer un monde imparfait, mais plutôt une position "Camusienne". La révolte devant les injustices du monde, les réformes, oui, mais pas la révolution, la rupture avec le système démocratique porteuse de plus de malheurs encore que n'en génère nos sociétés actuelles aussi imparfaigtes soient-elles.
Le docteur Rieux dans la peste continue à soigner les malades, tout en sachant très bien que la peste ne disparaîtra jamais totalement et  qu'il devra, comme Sysyphe, continuer à pousser à nouveau son rocher au somment de la colline après l'avoir monté là-haut pour la énième fois et n'avoir pas pu l'empêcher de redescendre.
"Je ne déteste pas la jeunesse qui a été la mienne, mais ce n'est certainement pas sur ma conscience adolescente que je tablerais pour faire face aux exigences de l'heure. L'adolescent, c'est l'être au regard clair, à la voix vibrante, au visage grave qui ne voit jamais que des scandales là où il y a des problèmes ou des dilemmes, et des lignes droites là où il y a des carrefours. Pour lui que l'égoïsme écoeure, la politique se confond avec la morale et la morale elle-même se réduit au combat avec le Dragon. Les situations réelles pourtant relèvent plus souvent de l'alternative cornélienne que de la vengeance du compte de Monte Cristo, et la morale n'est difficile que parce qu'elle n'oppose pas le Bien et la Bête, mais consiste............. à choisir entre un bien et un autre bien. La démocratisation du luxe est un bien, mais, pour autant, la préservation du monde. La famille est un bien ainsi que l'émancipation des femmes..... A quel saint se vouer ? Que faire quand le devoir donne des ordres contradictoires ou de plusieurs côtés à la fois ? L'adolescence fuit ce casse-tête éthique dans l'abstraction exaltante d'un univers de substitution où toute la souffrance des hommes résulte de la politique des méchants. Sortir de l'adolescence, c'est donc n'avoir plus besoin d'un salaud pour incarner la mauvaise part de l'histoire : la gravité juvénile laisse place non certes à la frivolité ou à la maîtrise, mais à l'embarras et à la passion de comprendre. Passion qui se fait( jour jusque dans les situations extrêmes : " Que le lecteur referme ici ce livre s'il en attend une accusation politique", écrit Soljenistsine dans l'Archipel du Goulag. "Ah si les choses étaient si simples, s'il y avait quelque part des hommes à l'âme noire se livrant perfidement à de noires actions et s'il s'agissait seulement de les distinguer des autres et de les supprimer n! Mais la ligne de partage entre le bien et le mal passe par le coeur de chaque homme. Et qui ira détruire un morceau de son propre coeur ? La voix de stentor de Soljenitsine avait ébranlé les fondations du communisme. Maintenant que le communisme est tombé, cette voix se trouve recouverte, comme celle du choeur antique, par le lyrisme assourdissant des luttes "citoyennes". Il n'y a presque plus personne pour tendre aux jeunes une main secourable et les sortir du mélodrame. En France notamment, on adore les grandes antithèses Hugoliennes .................. Qu'il se tourne vers les profs, les artistes, les journalistes ou les philosophes - l'adolescent contemporain ne rencontre, sauf exception, que lui-même , c'est à dire l'allergie à l'inextricable et l'extase des engagements binaires ....... "
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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 11:41

Un prof attaque une dame avec ses élèves  : Le Fait divers commenté par jcf

Avez-vous entendu parler de ce prof qui a attaqué la présidente d'un club transportant les économies des membres de ce club pour lui voler cet argent ?
Jusque là, à part le fait qu'il s'agit d'un collègue, rien de bien original.........encore que...quand même.........ça arrive pas tous les jours.......
Mais ce qui fait l'intérêt de l'info, c'est que ce prof a commis son forfait .......... avec deux de ses élèves.......
Le "collègue" en question avait, paraît-il, des problèmes financiers.
Bon, déjà, ça fait pas sérieux pour un prof d'éco de savoir mal gérer ses.... économies...ce que n'ont pas manqué de faire remarquer les media, toujours prompts à taper sur le corps enseignant..........
Ensuite, on peut être étonné de la composition du trio infernal ....et se demander qui a influencé qui......
Les media ont parlé de trois "pieds nickelés", car en effet nos trois compères, s'y sont pris en plus comme des manches, le prof, visiblement pas un pro en matière de vol à main armé, ayant oublié son portable dans la voiture de la femme qu'ils avaient attaquée...
Mais le pompon, c'est l'avocat du prof, , anticipant devant les cameras sa future brillante plaidoierie ...expliquant, je cite....(accrochez-vous au bastinguage..), qu'il s'agissait ..... d'un enseignant compétent et sérieux, apprécié de ses élèves, ayant su tisser avec eux des relations de sympathie et de complicité....la preuve, c'est qu'il avait su les convaincre de l'aider dans son entreprise......
Ca s'est sûr Arthur... de la complicité, il y en a eu entre ce prof et ses èlèves, on ne peut en douter......
On voudrait croire qu'il s'agit d'un de ces vacataires embauchés par l'éducation nationale et payé avec un lance pierre, et non d'un collègue titulaire dûment recruté par concours , mais rien n'a été précisé sur le statut de Filochard.
Mais quand même, on s'pose des questions comme dirait l'aut',, où c'est ki vont les dénicher au Ministère.....................
Les syndicats, prenant le relai de l'avocat, vont sans doute nous expliquer que la faute incombe entièrement à l'Education Nationale, qui exploite ses vacataires et les envoie sur le terrain sans formation, avec un salaire de misère, ce qui explique les ennuis financiers du mec et l'obligation dans laquelle il se trouvait, n'est-ce pas,........  de voler pour survivre et d'entraîner dans sa chute deux jeunes adolescents déboussolés et influençables...
CQFD, l'angle droit bout à 90°........
Je ne suis pas sûr que cet axe de défense soit vraiment efficace devant les jurés ou les juges, ni que l'avocat devienne un jour un crack du barreau, mais enfin, sait-on jamais........
Dans quelle époque qu'on vit, comme dirait encore l'aut'........................

Ou bien, je risque une hypothèse évidemment absurde, digne d'un mauvais roman qui sera peut-être écrit un jour sur ce fait divers... Serait-ce ty pas les élèves qui ont entraîné le prof, fasciné qu'il était par la culture des cités, et prêt à gober, comme le sont parfois les intellos, toutes les âneries qu'on leur raconte (ou qu'ils se racontent eux-mêmes..)  sur les truands, les jeunes des cités, qu'ils voient avant tout comme des victimes du système, et non comme des caïds de quartier, même lorsqu'ils sont devenus des délinquants notoires...?
Notre filochard enseignant n'aurait-il pas, allant jusqu'au bout d'une certaine logique angelico progressiste, été saisi par  une montée d'empathie généreuse à l'égard de ces deux pauv' p'tits gars, qui lui avaient expliqué qu'ils avaient besoin de tune pour se payer les derniers Nike à la mode et ne voyaient pas pourquoi ils s'emmerderaient à bosser pour trouver un boulot introuvable pour  gagner de l'argent alors que .... "les-riches-et-les-politiciens-s'en-foutent-plein-les-poches-sur-le-dos-du-pauv' monde ?"
Le prof ayant tellement copiné avec eux pour se faire accepter, lui ovni parachuté des beaux quartiers en milieu hostile, n'aurait-il pas voulu montrer qu'il en avait, qu'il n'était pas une tarlouze, un salaud de bourgeois ?,
Ne se serait-il pas convaincu que la seule posture vraiment révolutionnaire consistait à prendre les armes avec les damnés de la terre, d'attaquer, pour se faire la main et dans un premier temps, les vieilles dames, suppôts objectifs du libéralisme compradore mondialisé, avant de faire table rase une bonne fois pour toutes et de tout brûler avec les camarades des cités......?
Mais là je déconne complètement....... je fais de l'amalgame, je stigmatise une population entière, j'emboîte le pas de la réaction, je fais le jeu de Sarko, je me fais le chantre d'une droite autoritariste menaçant nos libertés individuelles..... , que dis-je autoritariste, carrément crypto fasciste....
Toute ressemblance avec des arguments entendus ça et là dans les media est fortuite...évidemment....
Arrrscusez-moi de vous demander pardon....................
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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 11:29

                   Commentaires jcf
Il s'agit de trois enquêtes jamais résolues (titre anglais "Case histories"), dont les trois premiers chapitres rendent brièvement compte, en donnant l'impression qu'il s'agit de nouvelles sans lien entre elles, mais dont on s'aperçoit, après le 5ème chapitre (il faut donc aller au moins jusque là !) qu'à travers les problèmes professionels et existentiels d'un détective raté, elles sont en fait reliées étroitement, à travers la vie et l'enquête de ce détective, et en tout cas thématiquement.
C'est bien plus qu'un polar haletant dont on a hâte de voir les énigmes résolues et les destins des héros aboutir à une issue quelconque. On y trouve surtout  une peinture de la vie d'une ville de province universitaire anglaise (Cambridge, mais pas vraiment le milieu intello, tous les milieux, essentiellement la classe moyenne...) de la société britannique de l'ère Thatcher et contemporaine, de splendides portraits de femmes oppressées par leur père, le milieu familial ou leur maris, d'hommes malheureux également, abandonnés par leur femme, adorant leurs enfants et souffrant de leur mort tragique  pour l'un des personnages masculins ou de la difficulté à en avoir la garde et à établir une relation pour le cas du détective qui est en instance de divorce..
Pas de manichéisme féministe de la part de cette romancière. Certains hommes sont effectivement de beaux salauds, mais les deux personnages masculins séparés de leur fille sont campés avec beaucoup d'empathie et d'humanité, en fait plus que les femmes peut-être....mais je dis sans doute cela parce que je suis un mec....
Le tout épicé, baigné, illuminé.... par cet humour britannique rayonnant, dévastateur, qui manque tant, en général à la littérature française contemporaine (que je connais en tout cas...), et par cette qualité de la narration à laquelle n'a jamais renoncé la littérature anglo-saxonne.,
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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 09:19
Richard Millet,  Pierre Bergougnoux et Pierre Michon
Jcf tente une comparaison entre les trois oeuvres
Quelques réflexions sur des livres dont les auteurs sont originaires de Corrèze et de la Creuse.
  Il s'agit de "Miette", par  Pierre Bergounioux,  de "Vies minuscules", par Pierre Michon, et de plusieurs livres de Richard Millet appartenant à son cycle "Correzien" : "Ma vie parmi les ombres", "Lauve le pur", "l'amour des soeurs Piale", "la gloire des Pythres".
 JPD (Daudé) m'avait fait découvrir  Bergounioux à propos de Millet, que j'apprécie beaucoup et que je lui signalais dans un des nos échanges sur le net. Je crois que JPD a un avis beaucoup plus mitigé que moi sur ces deux auteurs. Peut-être consentira-t-il à nous faire part de son regard de Correzien autorisé (pas au sens de Coluche !! vous savez :"Ils pourraient s'autroriser à fermer leur gueule....") sur la question.
Apparemment les trois compères se connaissent bien, mais n'appartiennent pas à une "école" ou à un mouvement littéraire plus ou moins provincial, comme l'école dite "de Brive", qui, elle, est considérée - je ne sais si c'est à juste titre n'ayant jamais lu aucun des auteurs en question et je m'autoriserai donc à fermer ma gueule sur ce sujet - comme plutôt "provincialiste" dans le mauvais sens du terme.
Bergounioux est né à Brive, mais comme Millet, est rapidement monté à Paris Il est prof de lettres modernes et sculpteur... Millet gagne sa vie de ses romans et de son travail chez Gallimard. C'est lui qui a conseillé à Gallimard de publier les bienveillantes, alors que le futur Goncourt avait été refusé par plusieurs maisons d'édition et qu'il n'avait lu que les 300 premières pages du livre. Quelqu'un qui a un tel flair de lecteur ne peut pas être totalement nul......
Millet est plutôt conservateur, passéiste, voire carrément réac diront certains (et ceux-là seraient injustes de le considérer comme tel à mon avis. Conservateur certainement, réac non...) Bergounioux à été au PCF, est toujours disons.... plutôt progressiste je crois.
Michon fut Mao.
Mais cela a-t-il vraiment de l'importance pour juger de la qualité d'une oeuvre ?
Michon, lui, est originaire de la Creuse, des Cards exactement (tu connais Achille ?  Où c'est ksé ???), a fait des études à Clermont, a appartenu à une communauté théâtrale, avant de sombrer dans l'alcoolisme, puis de se quasi clochardiser, selon ses propres dires. Ma compagne l'a connu lorsqu'elle était étudiante à Clermont......... Elle s'en souvient comme d'un garçon torturé, complexé, conscient du manque d'attraction qu'il exerçait sur les femmes......
Il vit à côté d'Orléans, très solitaire,  dans un appartement très petit... Certains le situent à Nantes, où il s'est installé pour être près de sa fille...
En tout cas, les trois compères partagent tous la même nostalgie d'une certaine époque pas si lointaine et pourtant à jamais révolue et de ce qu'ils dépeignent,  peut-être improprement, comme une "culture" ou une "civilisation" paysanne inscrite dans une géographie assez précise, d'un mode de vie.. le tout disparu (toujours selon eux...) en moins de trente ans, englouti par les vagues modernistes des trente glorieuses, ... Bergounioux fait remonter ce début de la fin à plus tôt, et  le dit admirablement à propos des bouleversements sociaux et économiques qui allaient causer la première guerre mondiale: "C'est 1910. Le temps monte des plaines. Il s'insinue dans les vallons, gravit les pentes comme un ruisseau remontant à la source, l'éveillant. Il infiltre l'arène pâle, esquisse les lointains. La guerre précipite son cours...."
Ce qui m'interpelle à la lecture des ces trois écrivains, c'est :
- la proximité du style, de la phrase  : Une syntaxe très .... oui, ,n'ayons pas peur des mots...... Proustienne en fait, tentant de rendre je crois- ,peut-être maladroitement, mais je ne le pense pas  - par ses détours, ses circonvolutions, l'immobilité ou plutôt la "circularité" de la société dont ils parlent,  de la civilisation paysanne de cette partie de la France avant une certaine entrée dans le temps linéaire de l'histoire, processus qui s'est accéléré, après la deuxième guerre mondiale et qui est bien rendu, je crois dans les trois oeuvres différentes.
- La disparition programmée,mais survenue dans les dernières décennies seulement, de cette "civilisation", perdue désormais selon eux, qui était ancrée dans le temps cyclique, répétitif de la vie des petites gens des hauteurs de la Marche et du plateau de Millevaches, qui était chevillée dans les gestes et attitudes - voire dans des types humains chez Bergounioux, pourtant non soupçonnable de sympathie pour des thèses neo-racistes - immémoriaux, se dupliquant à l'identique, depuis toujours, ce thème étant présent de manière quasi obsessionnelle, chez les trois auteurs.
- Le fait que les trois écrivains tentent, à leur manière souvent assez semblable, de rendre compte de la difficulté qu'ont les êtres nés dans ces "hauts" inhospitaliers, mêmes ceux qui ont fait des études, à s'arracher à la tourbe, au milieu confiné de leur naissance, qui condamne les hommes (et surtout les femmes...)  à inscrire leur vie dans le rayon limité du hameau qui les a vus naître, ou à y retourner inexorablement quand même, après leurs aventures, leurs études ou à la fin de leur vie, comme la plupart des personnages principaux, qui ne peuvent s'arracher à leur terre, ne serait-ce que par la pensée. On peut avoir l'impression, en lisant ces oeuvres parallèles, que le granit et la lande de ces contrées austères, génèrent, allez lançons-nous... un certain style des  hauteurs modestes, arides et sombres - pas les sommets de la chaîne des Puys, lumineux et majestueux , ceux que les protagonistes aperçoivent parfois au loin, et qui sont porteurs, eux, au contraire des plateaux limousins ou creusois, d'un espoir d'échapper au cercle étroit dans lequel s'inscrit leur petite vie - distillent (les hauteurs modestes et arides...) la même vision pessimiste du monde que chez les personnages (il faudrait dire parfois les ombres) peuplant leurs écrits. C'est un peu comme si  le même regret nostalgique de huis-clos culturel, de cloaque familial et social étouffant, qui a pourtant opprimés les enfants et adolescents, les jeunes hommes et femmes qu'ils furent, hantait leurs souvenirs, suintait dans les détours méandreux (certains diront laborieux !) de leur écriture..
Certains personnages arrivent bien à fuir définitvement, mais cette extraction est toujours douloureuse, jamais vraiment bénéfique, soit pour eux, soit pour leur entourage, que ce soit la mère du narrateur récurrent de Millet, qui fait le malheur de son fils en allant vivre à la ville, en quittant le père et en abandonnant son petit à ses tantes, en le laissant pour toujours ressasser, sa rancoeur d'enfant mal aimé dans le cycle corrézien de Millet, que ce soit le personnage d' Adrien dans "Miette", qui va travailler à la RATP à Paris pendant quarante ans, mais qui revient finir ses jours au village, abandonné de sa femme, sans enfants, ou bien encore que ce soit le personnage de la première des nouvelles du recueil de Michon (André Dufourneau), qui part en Afrique, pour devenir quelqu'un, ne plus être un paysan, une ombre parmi d'autres ombres, ou faire fortune (comme Rimbaud, le modèle inaccessible de Michon. dont l'exil, pour ce dernier, ne se trouve pas à Aden mais bel et bien dans l'écriture même...), De Dufourneau, qui est une sorte de Rimbaud presque illettré, on dit au village qu'il a  pu être tué par les noirs dont il exploitait la sueur pour devenir un monsieur.
- On retrouve également la même vision tragique de la destinée chez ces trois romanciers, la même que chez un Duneton, lui aussi corrézien (tiens tiens, un autre !!), dans ses romans (Le monument par exemple, sur la grande guerre..) et ce qu'il nous dit de manière plus explicite, dans des écrits plus biographiques ou pédagogiques, de sa condition d'enfant de paysan qui ne peut, malgré ses succès scolaires, se sentir en harmonie avec les citadins et les bourgeois, tous ceux qui parlaient le français à la maison, qu'il coitoiera ensuite dans sa vie d'adulte, de prof, d'écrivain...
Je me dis d'ailleurs qu'il serait peut-être intéressant d'aller voir du côté de Giraudoux (autre limousin...) si ces thèmes apparaissent déjà chez lui.
J'ai fait mon mémoire de fin de 4ème année d'école normale sur lui (mais sur son théâtre seulement) Je ne me souviens pas y avoir rencontré de telles problématiques. Mais cela n'est vraiment pas une référence, tant j'étais bête à l'époque et peu préoccupé de la disparition des modes de vie ruraux.............et de la nostalgie qui pouvait étreindre les "croûlants" à l'idée que leur monde disparaissait........
Bon enfin, assez bavassé jcf. J'espère seulement que vous pourrez partager avec moi un peu de l'émotion que j'ai à lire ces auteurs et que, (why not ?), nous puissions un jour en  parler, que ce soit sur le net (on peut rêver...), sur notre site, ou de vive voix.............
Et puis je me dis aussi que nous venons tous (ou presque..) du massif central et que nous devons tous partager un peu les obsessions des ces romanciers, la nostalgie d'une époque, de lieux, d'une campagne... assez identiques, que nous avons connus au sortir de la guerre.
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