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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 09:37
Lors du dernier café philo auquel je participe, nous avons traité le sujet suivant : Qui sont les barbares ?
Nous sommes tombés assez rapidement d'accord sur le fait qu'aucun peuple n'était prémuni contre le sentiment .d'appartenir à une communauté qui se pensait supérieure aux autres , détentrice d'une humanité faisant défaut à "l'étranger". Ce n'est donc pas vraiment le sujet posé dont nous avons débattu, puisqu'il y avait consensus, mais d'autre chose.....
L'un des participants a insisté sur l'opposition entre sauvage et barbare, faisant valoir que selon Levi.-Strauss, il ne pouvait y avoir de "sauvage" dans la mesure où les pratiques sociales des peuples appelés autrefois "primitifs" obéissent en réalité à un ordre rigoureux, fondé sur une langue, sur des pratiques sociales charpentées par des rituels qui sont en fait de véritables systèmes de valeurs, des cultures au sens plein du terme.
L'honnête homme du 21ème siècle ne peut que souscrire et nous avons évidemment tous .admis que ceux qui  sont parfois désignés comme sauvages étaient civilisés, d'une manière différente dont nous le sommes mais tout autant que nous.
Mais la définition du barbare suggérée par ce participant a posé problème a certains d'entre-nous. Selon lui, puisque l'on nait nécessairement au sein d'une culture, le barbare serait celui qui, plus ou moins consciemment, choisit de tourner le dos à sa culture d'origine, d'agir en opposition à celle-ci, aux valeurs qu'elle prône.

Si cela est vrai, il faudrait considérer comme barbare, par exemple, les catholiques ou les musulmans, élévés dans la foi de leurs parents et qui choisissent librement d'être athées, ou la fille musulmane, que l'on veut marier à un inconnu et qui s'enfuit de son foyer pour vivre sa vie de femme libre, ou bien encore le fils de militant communiste qui conteste la weltanschaung de ses parents et rejoint l'autre camp, ou, à l'inverse, les enfants de collabos qui ont rejoint la résistance, ou enfin la fille qui fut excisée et qui, immigrée en Europe, milite contre cette pratique, que l'on peut qualifier de barbare, je crois, et qui n'est pas le fait de réfractaires à la communauté mais secrétée par la communauté elle-même ....
Si l'on considère que toute prise de distance avec la communauté d'origine mène à la barbarie, ce sont tous les adolescents ou presque, en pleine crise d'Oedipe, ayant besoin pour se construire d'opérer une rupture symbolique avec leurs géniteurs pour devenir adultes, qui deviendraient à nos yeux des barbares...
Ceux qui rompent ainsi avec leur culture d'origine ne le font pas tous pour devenir des brutes sanguinaires. Le,  plus souvent, au contraire, ils le font pour se construire d'autres valeurs, se chercher une communauté qui ne leur a pas été imposée par le hasard de la naissance, mais qu'ils choisissent.
Il y a bien l'ado pour lequel les valeurs du gang deviennent les siennes, c'est vrai. Mais une société démocratique ne céderait-elle pas aux sirènes du communitarisme, serait-elle pleinement démocratique, si elle considérait les réfractaires aux valeurs de leur sociétécomme des barbares et les traitait comme tels ? Je ne le pense pas évidemment et je ne pense pas non plus que l'on puisse raisonablement soutenir ce point de vue.
Au contraire une société démocratique doit protéger les gens qui font le choix d'une rupture libre, consentie avec leur milieu, elle devrait même favoriser une mobilité culturelle comme elle essaie de promouvoir (à juste titre !!) la mobilité sociale.
C'est là peut-être, ainsi que l'a si bien montré Finkielkraut dans son livre La défaite de la pensée, une des limites de l'école "anthropologique" d'après-guerre, qui marque une rupture avec l'esprit des lumières en postulant que tout être humain est nécessairement lié à sa communauté d'origine et ne peut s'en extraire. Les lumières mettaient au contraire l'accent sur l'universalité de l'individu, le fait qu'il était unique, non limité par sa naissance, où qu'il se trouve : "Les hommes naissent libres et égaux....".  Libres, c'est à dire non conditonnés totalement et à jamais par leur éducation, pouvant se révolter, se rebeller, résister à la pression du groupe, se choisir un autre destin....
Ce qui fait la barbarie n'est pas, à mon sens, le fait de rompre avec sa culture. Les anthropologues ont raison de dire que tout être humain est marqué par son éducation et qu'aucun individu n'est au monde sans une culture. Ce qui fait le barbare, c'est autre chose que la rupture, ce sont les valeurs auxquelles on adhère plus ou moins consciemment ou librement, qu'elles soient celles de sa communauté d'origine ou d'autres.
A propos de culture, il convient peut-être ici de faire une distinction entre culture et civilisation. En effet,  tout en ayant été nécessairement acculturés dans un réseau de valeurs et de croyances, tous n'ont pas nécessairement vécu dans une "civilisation", qui se situe, je pense, à une autre échelle. Par exemple, on parle sans problème de culture océanienne, mais on hésiterait peut-être plus à parler de civilisation océanienne pour désigner les cultures du pacifique, même si elles présentent des pratiques semblables. Une "civilisation" n'a pas d'existence sans un certain dégré de centralisation étatique s'étendant sur un territoire suffisamment étendu pour rayonner sur des populations diverses, enrichissant cette civilisation d'une certaine dose d'hétérogénéité ethnique, culturelle, souvent linguistique ou la menaçant au contraire d'éclatement du fait de cette trop grande hétérogénéité..
Si l'on s'en tient au sens commun, il me semble que ce qui fait le barbare,  que l'on soit membre à part entière de sa communauté ou "dissident", c'est le fait de se complaire dans une sorte d'animalité ou d'y retourner, de ne reconnaître que la force brute et la violence comme valeurs, ou bien de se bricoler une contre-culture (toutes les contre-cultures ne débouchant pas nécessairement sur la barbarie) ou une idéologie alternative promouvant des valeurs de violence pure, de "fin justifiant les moyens", refusant à d'autres êtres humains le statut qu'e l'on s'arroge à soi-même, etc... En ce sens, toutes les grandes cultures ou civilisations peuvent effectivement, tout en restant de grandes civilisations (ou coltures), présenter des éléments de barbarie (l'esclavage sous l'antiquité, les arabo-musulmans et l'occident par exemple)
Les choses ne sont pas simples, il y a de la complexité en celà comme dans tous les domaines. Méfions-nous des définitions qui ont l'air satisfaisantes mais dont la pertinence ne résiste pas à une analyse de simple bon sens.
Quant à la distinction entre sauvage et barbare, la rue - qui n'a pas forcément raison, je le concède et à toujours besoin d'un chouya de maïeutique socratique pour affiner ses représentations -se  représente généralement le sauvage comme celui qui vit dans la forêt (plutôt nomade que sédentaire), dans des communautés humaines forcément réduites en nombre, vivant un peu "comme des bêtes", en tout cas selon des règles qui ne sont pas considérées spontanément par les membres d'une communauté donnée comme une "culture".
Les barbares, en revanche, (toujours selon le bon sens commun et dont Gramsci disait qu'il fallait s'en méfier..) seraient ceux qui, tout en constituant "un peuple", possédant une organisation et des pratiques sociales, religeuses pouvant être développées et un territoire qui peut être important, se comportent - à nos yeux !! - de manière inhumaine envers certains membres de la communauté et envers les peuples auxquels ils s'affrontent. Dans cette perspective, point n'est besoin de renier sa culture pour être considéré (par celui qui le désigne ainsi du haut de son ethnocentrisme et qui se considère, lui, "civilisé") comme un barbare.. Si l'on opte pour  cette définition, c'est au contraire toute la communauté, dans son ensemble, qui est considérée comme "barbare".

Pour conclure je dirais que l'on peut être barbare de deux manières : On peut l'être comme membre à part entière d'une communauté lorsque l'on contribue à la survivance de certaines pratiques sévissant au sein de son groupe et qui semblent intolérables à l'immense majorité des hommes et des femmes. On peut également être ou devenir barbare, au contraire,  en rejettant celles des valeurs de son groupe qui peuvent être admises universellement. par tout être humain, à quelque culture ou civilisation qu'il appartienne.
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 13:48

Tout commence comme dans une pièce ou une nouvelle de Tchekhov : atmosphère intimiste, familiale, l'action se déroule dans un ilôt préservé des soubresauts de l'histoire par une sorte de cordon sanitaire invisible mais existant bel et bien, dont l'existence est révélée à travers l'anecdote d'un petit trafiquant voulant livrer des meubles à ses clients. Il demande le chemin à tout le monde, mais personne ne peut  (où ne veut ..) lui  indiquer la direction de l'endroit où vivent les destinataires de sa cargaison, des privilégiés du régime stalinien, artistes, scientifiques, nomenklatura militaire et politique. C'est un lieu secret, une zone interdite, qui ne doit pas être connu du peuple et le livreur périra  d'avoir rencontré sur son chemin celui qui sait mais ne peut le laisser vivre après lui avoir révélé qu'il est presque arrivé  à destination et comment s'y rendre.
On comprend que la famille bourgeoise qui nous est présentée a pu conserver l'izba qu'elle avait avant la révolution, protégée qu'elle est par le gendre, un gradé héros de l'union soviétique, qui connaît  Staline, lui téléphone par ligne directe, qui a épousé la fille de la maison dans des circonstances qui seront révélées progressivement et passe son congé avec sa femme, sa petite fille et sa belle famille.
Le gendre est dérangé par des paysans lui demandant de protéger leurs champs de blé, menacés de destruction par des manoeuvres de l'armée. Sa réputation  et son statut lui permettent de mettre fin à cette répétition générale avant la mise en oeuvre de la politique de collectivisation forcée et de dékoulakisation voulue par Staline en 36 pour éliminer ses rivaux au sein du PCUS.
Arrive dans cet Eden un ancien soupirant de la femme du héros, dont on apprend qu'elle a attendu son ancien amant disparu dans la tourmente révolutionnaire avant d'épouser l'autre. Le nouvel arrivant est un homme cultivé, musicien, un bourgeois qui a fricoté avec la contre-révoltuion, comme la belle famille du héros, et qui a été recruté de force par les services secrets pour infiltrer les milieux blancs à l'étranger, ce qui l'a éloigné de sa maîtresse et de sa terre natale.
Dès son arrivée, un malaise s'installe, les gens sont génés, n'osent pas parler. On apprend sa liaison ancienne avec la fille de la maison et son appartenance à la police politique. Le nouvel arrivant contribue au malaise, en faisant des allusions au passé, en rappelant son exil forcé, en reprochant à tous, par touches plus ou moins allusives de l'avoir facilement oublié et remplacé par un autre. Il est visiblement aigri, jaloux de son rival chanceux, envieux de la vie confortable qu'ont su préserver ces gens, alors que le reste de la population, sans que cela soit jamais montré, mais simplement suggéré, est en train de vivre les pires moments du régime stalinien  : déportation de masse, expropriation des koulaks (paysans aisés) et collectivisation forcée, qui provoquera une famine terrible, arrestations arbitraires, au hasard des coup de barres à gauche ou à droite du dictateur.
Tout l'art de Mikhailkov consiste à suggérer le drame qui se joue à l'extérieur de cet oasis de paix, d'insouciance et d'opulence, par une série d'ellipses particulièrement efficaces. C'est par exemple la présence inquiétante de cet ancien ami de la famille et néanmoins rival du héros, dont on se demande qui il est venu chercher avec les sbires qui l'ont accompagné attendent à l'extérieur de la villa dans une voiture officielle. C'est également la cérémonie ridicule célébrant les dirigeables du grand Staline et les pionniers prêtant serment au petit père des peuples, conduits par une fanfare locale jouant des hymnes révolutionnaires dénaturés par les canards des exécutants. C'est enfin la brigade de sauveteurs affublés de masques à gaz, qui se répandent sur la plage et embarquent de force les baigneurs réticents sur des brancards pour leur administrer les premiers soins après une  attaque simulée à l'arme chimique  de l'ennemi "impérialiste". Cette ellipse là est particulièrement efficace car ces personnages tout à la fois ridicules et inquiétants, sans visage, font irruption dans ce décor bucolique où l'amosphère est à la fête, où l'on sent chez le réalisateur une certaine nostalgie d'une époque "bénie" pour la nomenklatura, cocon artificiel qu'il a connu lui-même sous Breshnev puisque ses parents et lui-même étaient des acteurs et réalisateurs connus et bénéficiaient d'un traitement de faveur non accordé à l'immense majorité de la population.
Le drame qui se joue à l'extérieur et qui va se dérouler bientôt  à la frontière invisible entre ce lieu où le temps semble suspendu et le monde réel, est annoncé de manière prémonitoire par la présence de ces silhouettes masquées au bord de cette rivière où l'on joue au Volley où l'on marivaude, où le héros emmène sa fille pour une promenade en barque sur la rivière, dans une scène d'une tendresse inouie entre le père et son enfant, rappelant à bien des égards les travellings lascifs de Jean Renoir dans son film, la "partie de campagne". Mais le tableau presque idyllique, n'étaient les allusions à l'histoire et à la dictature, se terminera évidemment dans une violence bestiale, en une scène que l'on ne dévoilera pas si l'on veut préserver l'intérêt du spectateur.
Il suffit de dire que le héros est averti par son rival qu'il va devoir le suivre pour être interrogé à la fin de la journée, que les deux protagonistes conviennent de ne rien dire de cette arrestation aux convives et quittent le lieu comme si le héros de la révolution profitait de la voiture garée à l'extérieur pour se rendre à une réunion importante, autre ellipse exprimant bien le climat de ses années de plomb, pendant lesquelles les gens disparaissaient sans que les proches sachent ou demande à connaître le motif de l'arrestation et de la disparition, de crainte de se perdre eux-mêmes en demandant des informations.
La fin, tragique et sanglante, particulièrement violente,  fait exploser ce vernis de civilité cultivée et artificielle qui prévaut en ce lieu et montre bien, à la manière de Coeur de chien, le roman de Boulgakov, l'écrivain emblématique de l'époque stalinienne, que le régime n'a pu réaliser l'un de ses objectifs principaux : Créer un homme nouveau. Bien au contraire, l'animalité foncière de l'être humain, l'incapacité de quelque régime que ce soit à le réformer en profondeur,  est illustrée dans la manière barbare dont les brutes épaisses qui étaient dans la voiture éxécutent leurs basses oeuvres, mais encore plus dans le fait que les ordres sont donnés avec froideur et détachement par le pianiste, l'homme cultivé, polyglotte, qui a frayé avec la contre révolution avant d'être enrôlé dans les services secrets et plus tard dans la policie politique. Dans ce régime foncièrement pervers, bien éloigné des idéaux révolutionnaires, ce sont des motivations bien peu généreuses qui expliquent comment les hommes agissent. Ce sont les vrais communistes, ceux qui ont combattu l'armée blanche et triomphé de la contre -révolution que l'on embarque. Les arrivistes, ou ceux qui sont animés par une rancoeur haineuse, par le désir de vengeance, sont utilisés par le pouvoir pour éliminer ses rivaux. Il vaut mieux, pour survivre, ne pas avoir  adhéré au projet communiste initial si l'on veut passer à travers les purges, et montrer une servilité sans bornes à l'égard des virages  à 180° donnés par le tyran à une  ligne politique incoimpréhensible par le commun des mortels. C'est ce qui perd Kotov, le héro communiste qui a su préserver son humanité et sa générosité, qui brave les ordres d'en haut pour sauver les champs des kolkhoziens locaux, qui a le sens de l'honneur et reproche même à son rival d'avoir trahi son camp, ses ennemis de classe pourtant, en livrant aux rouges les généraux de l'armée blanche, des gens dont son rival et futur bourreau était proche politiquement.
Mais même les plus fidèles serviteurs du régime, quelles que soient les raisos du zèle qu'ils mettent à servir le Léviathan dévoreur d'hommes,  finissent par être broyés par lui. On se souvient que le gradé de la Stasi,  dans La vie des autres, se perd en tentant de sauver ceux qu'il est chargé de surveiller. car il découvre que le régime lui a volé son humanité. Dans  Soleil trompeur, le tortionnaire au visage d'ange, le bourgeois devenu bras armé du totalitarisme prolétarien,  se suicide une fois sa vengeance assouvie, envers son ancienne maîtresse, mais aussi et surtout envers les gens de sa classe sociale (tout ce petit monde batifolant dans l'izba), qui comme lui ont vendu leur âme au camp ennemi pour survivre. C'est un peu de lui-même donc, qu'il se venge, en participant à cette arrestation "civilisée", se déroulant apparemment  "en douceur" pour qui veut faire l'autruche, telle la famille rassemblée assistant au départ de Kotov dans une débauche d'adieux plus ou moins hypocrites. ...
Là encore, l'épisode de la petite fille qui accompagne son père jusqu'à un échafaud situé après le virage où elle sera déposée, fonctionne comme une autre ellipse de la vilolence qui va venir et comme une métaphore de la fausse naïveté des adultes qui laissent partir l'un des leurs sans réagir.

C'est de lui-même, un peu, dont nous parle Mikhailkov ici, puisqu'il fut à sa manière un serviteur du régime Brezhnevien, lui qui fut réalisateur  à succès avant la prerestroïka, à ce titre membre choyé de la nomenkalatura artistique avant la chute du communisme. C'est peut-être son propre procès qu'il instruit dans cette oeuvre. Regrette-t-il  a posteriori de n'avoir pas pris parti assez tôt pour les dissidents et contre le pouvoir, ne voulant pas perdre ses privilèges, le statut dont il jouissait, tout comme les personnages du film ne veulent pas renoncer au cocon qui les protègent et font mine de ne pas comprendre que Kotov est emmené pour ne jamais revenir...?

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 11:38
J'écoutais hier, alors que j'étais dans un bouchon sur l'autoroute me conduisant à Paris, l'émission littéraire de France culture (très bien faite au demeurant) où il était question, entre autre, de la nouvelle traduction des Aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain. J'avoue avoir été une fois de plus abasourdi par le "provincialisme franchouillard" qui sévit chez nous dans tous les domaines et en l'occurence, ici, dans le domaine littéraire. Désolé si je choque, mais je trouve de plus en plus affligeant ce provincialisme surtout lorsqu'il émane de gens cultivés, de critiques littéraires, qui ne devraient pourtant pas s'en rendre coupables. Il faut entendre "provincialismei", ici , bien sûr, au sens, d'ignorance crasse de choses hors hexagonales. Il n'est pas employé, de ma part, de manière péjorative à l'égard de la province.
C'est  insupportable de la part de ceux qui par ailleurs n'ont que mépris pour le provincialisme (qui n'est pas moins consternant) des "red necks" (réacs) américains. Mais les ploucs du Middle West ne font pas la pluie et le beau temps dans le Landernau littéraire..... ils ne parlent pas dans les émissions culturelles....
Tous les invités de l'émission (sauf le traducteur) s'accordaient à dire que, avant d'avoir lu la nouvelle traduction de Hoepffner, ils considéraient le bouquin comme un livre pour enfant un peu bébête, (l'un des intervenants avouant l'avoir lu dans la bibliothèque verte), et le rangeaient au niveau de la case de l'oncle Tom.
C'est cela qui m'a choqué dans l'émission. Pour le reste, tous ces gens disaient des choses fort intéressantes sur le bouquin quoique semblant parfois réinventer le fil à couper le beurre pour un angliciste moyen comme moi....
Demandez au contraire à tout étudiant de langue anglaise (Enfin, ceux de mon époque, qui lisaient encore des livres, et en VO en plus...), à tout anglophone, à tout américain surtout, et on vous répondra que le livre est un classique, à ranger parmi les meilleurs livres qui soient au monde, en tout cas comme ZZZe livre fondateur de la littérature américaine, qui coupe le cordon ombilical avec celle qui vient d'Angleterre.
Pourquoi ? Entre autre à cause de la langue populaire employée, et qui devient, sous la plume de Twain, pour la première fois aux USA (et peut-être aussi dans le monde anglo-saxon), promue au rang d'idiome littéraire. L'enfant parle comme les gosses du Missouri de l'époque et l'esclave en fuite utilise le dialecte (la langue faudrait-il dire ici) des noirs, ceci bien avant que Céline ait fait exploser les codes chez nous, et même avant l'Ulysse de Joyce. Flaubert, Maupassant et les écrivains naturalistes avaient bien risqué quelques audaces de ce genre, mais bien plus timides que celles des anglo-saxons à ma connaissance. Enfin je crois, à moins que l'on ne me démontre le contraire......
L'article que je joins ci-dessous en lien explique bien les difficultés qu'il y a à traduire Huck Finn.
Hoepffner dit que dans des traductions précédentes, les enfants utilisaient quelques expressions populaires au début puis s'exprimaient en employant l'imparfait du subjonctif dans le reste du livre et parlaient comme dans la comtesse de Ségur. Je ne puis juger des traductions anciennes, ayant lu le livre directement en anglais, l'ayant étudié et ayant eu à disserter sur lui lors de l'épreuve du CAPES, ce qui m'a valu une bonne note à la dissertation. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles j'adore ce bouquin, mais pas la seule.
La raison principale, c'est précisément la langue populaire employée, qui s'affranchit des codes et transcrit même les prononciations locales du Missouri, ce qui paraît encore sacrilège à certains chez nous. Ceci dit, les invités de l'émission oubliaient de dire que cet emploi de la langue populaire dans la grande littérature existait déjà en anglais bien avant Twain. C'est le cas de Fielding entre autres, par exemple, et surtout de Shakespeare...
Hoepffner disait à l'émission et le répète dans l'article que je joins en lien, que selon lui, aujourd'hui, on ne peut rendre la langue des noirs de l'époque qu'en utilisant le sabir des Djeunes des cités en 2008.
Je ne suis pas certain que l'anachronisme soit la meilleure façon de rendre la gouaille des parlers populaires d'antan. 
Par exemple, dans une traduction récente de l'Ulysse de Joyce, à laquelle Hoepffner a participé, on traduit "fellow" par "keum". Il me semble que cela ne correspond pas du tout à la transgression voulue par Joyce. Au début du 20ème siècle, en Français, "type" aurait sans doute été l'équivalent de "fellow". Même si cela ne choque plus aujourd'hui, cela devait incommoder fortement le bourgeois de l'époque. C'est prendre le lecteur pour un imbécile que de considérer qu'il ne peut lui-même estimer la modernité (ou l'audace ?) que pouvait présenter l'emploi d'un terme comme "type" ou "fellow" pour un locuteur contemporain des héros du roman de Joyce.
Pour rendre les choses plus concrètes, voici un court extrait du texte original, dans lequel Jim, l'esclave noir marron, parle à son compagnon d'infortune et fugueur lui aussi.
Cela donne une assez bonne idée de la manière dont Twain utilise les dialectes locaux, aussi bien celui des blancs que des noirs. Ce ne sont pas seulement les entorses à la syntaxe standard ( "chickens knows" par exemple, là où il faudrait "Chickens know") qui constituent une trangression par rapport à la norme.  L'accent local est également rendu grâce à une transcription phonétique  de la manière dont les mots sont prononcés. Cela rend l'idiome  non seulement "pittoresque", mais le fait accéder à un statut vraiment "poétique".
"Well, you wouldn't 'a' ben here 'f it hadn't 'a' ben for Jim. You'd 'a' ben down dah in de woods widout any dinner, an gittin' mos' drownded , too ; dat you would, honey. Chickens knows when it's gwyne to rain, en so do de birds chile."

En bon anglais, prononcé "normalement", sans "manger" les syllabes, les débuts et fin de mot, il faudrait dire :
"Well, you wouldn't have been here if It hadn't been for Jim. You would have been down there in the woods, without any dinner, and getting most drowned, too, that you would honey. Chickens know when it's going to rain, and so do birds child."

Je ne sais pas comment Hoepffner s'en est tiré dans sa traduction, mais moi, j'écrirais quelque chose comme :
"Eh ben, t'aurais point été vivant, si Jim, y l'aurait pas été là. T'aurais été là-bas dans ces bois, sans rien à manger, à t' nouiller compouèt'ment dans l'eau, c'est ça qui t''aurait arrivé mon p'tit lapin.. Les poulets, y l'savent quand ca va tourner à la plouie, et les zoziaux aussi, fiston."

Dans mon essai de traduction, à part "te nouiller compouèt'ment dans l'eau" pour "te noyer",  je procède sans même essayer de transcrire phonétiquement une prononciaton, qui pourrait être ...... antillaise par exemple, car ce serait probablement considéré comme raciste...
Dans ce cas, il faudrait écrire, par exemple : "t'auwais pas été vivant", "pleuvoiw", "yien" peut-être pour "rien". Afin d'ajouter un peu plus de couleur locale, pas antillaise celle-là, mais bien de chez nous, on pourrait écrire, "dans ces bouais" au lieu de  "bois" (En bon Montluçonnais, l'envie me démangerait de dire "dans ceux bouais"). Et peut-être parsemer le tout de quelques expressions bien créoles pour agrémenter le tout.
Mais chez nous, on risquerait immédiatement un procès aux fesses par la ligue antillaise contre le racisme et l'esclavage.
Notons au passage que chez Twain, la grammaire et la prononciation des blancs d'origine modeste, celle de l'enfant fugitif,  sont tout aussi approximatives, quoique différentes de celle de leurs esclaves noirs, ce qui suffit à faire taire les accusations de racisme qui ont été prononcées à  son égard

Voilà, en tout cas, grâce à ces exemples, on voit peut-être un peu plus concrètement la difficulté qu'il y a à traduire un tel texte, surtout quand il est considéré, à juste titre, comme un classique...

Cela peut sembler d'une modernité incroyable à un lecteur français, cette manière de transcrire phonétiquement les prononciations, mais depuis Twain et grâce à lui, un lecteur anglophone, de quelque pays que ce soit, même un oxfordien hyper snob,  n'aura aucun mal à déchiffrer et à rétablir en anglais standard. C'est bien plus facile que de traduire du créole en français par exemple.
En revanche, faire parler Jim en vrai créole antillais serait incompréhensible en Français, alors que la langue de Jim, après les premières pages un peu déroutantes, est parfaitement compréhensible.
Le procédé de transcription phonétique des accents, qui est admis pour un anglophone, habitué, depuis Twain notamment, à ce genre d'audace, serait quant à lui considéré comme du régionalisme suranné de la pire espèce chez nous.

Quoi qu'il en soit, l'interview du traducteur, Hoepffner, est très intéressant et s'il peut vous donner envie de lire ou de relire le bouquin avec des yeux d'adultes et dans la version intégrale, c'est toujours ça de gagné....
En ce qui me concerne, celà m'a donné envie de le relire...(en anglais of course..)
Bonne lecture, peut-être... Et si vous avez des petits enfants en âge de lire, je ne puis que le recommander (mais en version intégrale bien sûr...)
http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite
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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 09:25
Un gros roman de Vassili Axionov, fils de Evguenia Guinzbourg, elle-même auteur du "Vertige" et du "Ciel de la Kolyma" , récits fameux de son arrestation et de sa déportation au goulag avec son mari (en 1937). Ses parents étaient pourtant des communistes convaincus, persuadés au début de leur calvaire que le parti ne pouvait se tromper, que s'ils avaient été condamnés, ils devaient avoir commis quelque péché capital contre l'édification du socialisme. Leur fils vécu avec eux à Magadan, en extrême orient, puis ils furent libérés en 1953, avec la "libéralisation" khroutchévienne.
Encore un de ces romans russes sur le Stalinisme à lire absolument si vous avez encore besoin de croire que  sans Staline et sa "déviation" totalitaire, le régime communiste eût pu déboucher sur une société juste.
Ce que montre précisément cet autre grand roman russe sur cette période, c'est que le système porte en lui, de manière inhérente, en raison même de la nature humaine, la fatalité de ce qu'il va devenir, comme l'attestent d'autres tentatives de construction de sociétés fondées sur cette idéologie (le Cambodge pour ne citer que cette expérience.)  Ce que montre (ou plutôt illustre brillamment le livre dans la fiction), c'est que ce  type de régime ne diffère que dans les objectifs annoncés de l'autre totalitarisme du vingtième siècle, qu'il  ne peut que donner le pouvoir (que ce soit dans les camps ou dans les hautes spères du régime), aux individus les plus corrompus, aux instincts les plus vils.
Par exemple, Beria,  le second  du petit père des peuples, devient sous la plume d'Axionov, un personnage à part entière du roman, qui fait enlever des jeunes filles dans Moscou pour qu'on les livre à ses désirs de vieillard libidineux. Ceci n'est nullement une liberté que prendrait le romancier avec l'Histoire , car il semble bien en effet que la réouverture récente des archives de l'URSS confirme  ce que d'autres auteurs et ce que la rue de Moscou avaient  déjà largement rendu public.
D'autres romans russes ont peint cette époque à leur manière, en s'essayant à marcher sur les traces du Guerre et Paix de Tolstoi. Outre les livres de Soljenitsyne bien sûr, l'autre grande saga à lire, plus centrée elle sur la bataile de Stalingrad, est "vie et destin" de Vassili Grossman, qui lui aussi établit dans la fiction le parallèle que devait faire au niveau philosophique Hannedt Arendt entre Nazisme et Communisme.
L'originalité de ce roman là tient à ce qu'il parvienne à nous faire vivre ces événements et ces destins tragiques, d'une manière ..... comment dire ...presque "légère", ceci sans édulcorer la réalité vécue par les personnages et les soviétiques à cette période. Même au bagne, une vie s'organise, des couples se retrouvent et s'aiment. Pendant la "Grande guerre patriotique" (entendez la deuxième guere mondiale) les soviétiques retrouvent une dignité et un courage dont ils se croyaient dépourvus, eux qui, en temps de paix, se sont laissés traîner dans les camps comme un troupeau d'esclaves, et qui se soumettront à nouveau, pour la plupart, la paix revenue. Le style, proche du réalisme fantastique de Boulgakov participe  ..comment dire encore .. de cette "légèreté dans l'horreur "  Comme dans le "Maître et Marguerite" ou le Roman Théâtral" de Boulgakov, les personnages historiques sont des protagonistes à part entière de la narration. On a déjà vu comment le terrible Beria participait à l'histoire. Mais Staline aussi devient un héros presque crédible de la fiction. Comme son acolyte Beria, il est rendu à la fois "humain" et accessible, mais aussi Ubu plus monstrueux encore, par le semblant d'empathie qu'Axionov joue parfois à nous faire  ressentir à l'égard des bourreaux, en  les caricaturant parfois sous la forme de bouffons pathétiques, vulnérables, faibles devant la maladie, la vieillesse ou l'impuissance, sujets au doute métaphysique parfois.... Mais que l'on ne s'y trompe pas. Comme celle de Kundera, cette "légèreté" axionovienne est elle aussi .... insoutenable. Dostoïevski, auquel il est fait abondamment référence, n'est jamais très loin....
A Moscou, après la guerre, les déportations continuent,. Les procès de médecins (juifs la plupart  !!) accusés de vouloir empoisonner les membres du bureau politique causent la perte d'un des héros, grand médecin,, qui refuse  de participer à  la curée contre ses collègues. Mais dans le Moscou (dans la capitale, pas dans la russie profonde !!) de l'après-guerre, une certaine prospérité  permet aux moscovites de mener une existence à peu près normale, pour peu que l'on échappe aux tentacules de la pieuvre protéiforme. Une jeunesse dorée fait la nouba, du sport, sort dans les boites à la mode, écoute du jazz, fricote avec les rejetons des "organes du parti".

La patte de l'auteur de cette fresque qui porte bien son nom de saga est faite d'un curieux mélange de farce burlesque, de tragédie grecque (ou dostoïevskienne comme on voudra...) et aussi, par moment, pour le "liant" romanesque, peut-être, d'une sorte de frivolité nomenklaturienne "à visage humain", de quadrille en crinolines  et au pas de l'oie apprécié dans les sphères du pouvoir. Mais plus intéressant encore que cela, l'horreur dominante est constamment tempérée par l'amour qui lie les membres de la famille Gradov, par  l'humour dont font preuve les membres de cette cellule inoxydable  de l'intelligentsia patriotique éclairée qui résiste à sa manière au tyran et à ses sbires ordinaires. Comme les héros "positifs" de Guerre et Paix , cette bourgeoisie progressiste et fondamentalement humaniste,  puise la force de résister au mal et à la table rase culturelle imposée par les bolchéviques à la fois dans ses racines profondément slaves et dans un souci constant de rester ouverte au monde extérieur.
Ceux qui ont étudié la langue de Pouchkine ont forcément entendu dire par leurs professeurs que les meilleurs écrivains russes sont ceux qui ont su réaliser une synthèse entre les courants slavophile et occidentaliste qui traversent et enrichissent l'oeuvre des plus grands, celle de Tolstoy, de Dostoïevski, de Pasternak, etc.... Je crois qu'Axionov s'inscrit dans cette lignée, lui le "traître cosmopolite" comme étaient nommés les accusés des procès de Moscou et de Prague, lui qui a émigré aux USA, mais qui continue de puiser son inspiration dans sa culture.....

Ce gros pavé de 1600 pages se lit presque comme un roman feuilleton (en raison peut-être des "crinolines" évoquées plus haut.) L'histoire tourne autour d'une famille de grands médecins, de militaires héros de la guerre dont l'un est rappelé du goulag pour sauver la mère patrie de l'envahisseur hitlérien, de poètes, de cadres sincères du parti, qui auront tous à souffrir dans leur chair du régime, mais qui sont en même temps, du fait de leur compétence dont a besoin le parti, préservé du pire. La maison familiale, datcha héritée de l'ancien régime et curieusement jamais confisquée, sorte de croisement entre les propriétés pour personnages de Tchékhov et de maison coloniale à la "Autant en emporte le vent", est l'ultime refuge de la cellule familiale disloquée par l'Histoire mais qui s'y retrouve par moments pour y trouver la force qui  permettra aux membres de cette "dynastie" de traverser les épreuves avec dignité.
Un livre optimiste finalement, contrairement à beaucoup de romans historiques russes traitant de cette époque sombre.
Les références littéraires et historiques sont nombreuses, mais, cerise sur le gâteau, la traduction de Lily Denis, dans l'édition Folio de poche, fourmille de notes documentées permettant au lecteur non spécialiste de posséder toutes les informations utiles pour la compréhension du contexte dans lequel s'inscrit l'histoire.

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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 09:52
L.'action du dernier film du Taïwanais Ang Lee, se déroule dans le Shangaï des années de guerre, sous l'occupation japonaise. Un groupe d'étudiants  (pro Tchang Kaï Chek ou communiste cela n'est pas clair...) , qui montent et jouent des pièces patriotiques digne de ce que l'opéra de Pékin produira plus tard, décident d'aller plus loin dans leur engagement et d'éliminer un collabo chinois. Pour ce faire, l'une des actrices de la petite troupe devra séduire le traitre et l'attirer dans un traquenard. lustcaution.jpgComme elle est vierge, et pour ne pas paraître inexpérimentée auprès du collabo, il est décidé qu'elle ait une première expérience, non avec celui qu'elle eût aimé avoir comme initiateur, le beau et généreux leader de la petite équipe, mais avec  le seul parmi les garçons du commando ayant une expérience de la chose car fréquentant assidûment les bordels. 
L'un des atouts du film est la reconstitution magistrale du Shangäi de l'époque; des ses quartiers très occidentalisés où l'on voit la bourgeoisie chinoise côtoyer des européens dans les salons de thé. 
La première scène du film dans laquelle on assiste à une partie de Mah Jong entre dames de la haute bourgeoisie discutant des promotions éventuelles de leurs époux respectifs dans des cabinets ministériels du gouvernement fantoche pro japonais est un véritable morceau d'anthologie, la caméra sautant rapidement d'un gros plan à l'autre (frivolement comme les propos tenus dans un contexte historique où ils deviennent obscènes par leur décalage avec la réalité) tantôt sur les visages de ces dames élégantes et sur les dominos du jeu symbolisant sans doute des enjeux stratégiques ayant ,pour le spectateur chinois, une signification qui nous échappe.

On semble être très loin des deux cowboys de Brokeback mountain, et pourtant c'est toujours l'histoire d'un amour interdit, impossible (ou plutôt, ici, d'une passion érotique) entre deux êtres qui ne peuvent s'aimer, se méprisent et se haïssent même au départ, mais se désirent inténsément, et finissent par éprouver une certaine tendresse l'un pour l'autre, sentiment qui décidera du destin final des deux amants.

Attention ! Ames pudiques s'abstenir,... Cela fait très longtemps que je n'avais pas vu dans le cinéma tout venant (non spécialisé !), des scènes aussi chaudes. Cela surprend d'autant plus que l'on ne s'y attend pas, de la part d'Asiatiques que notre ethnocentrisme d'occidentaux (le mien en tout cas) aurait tendance à considérer comme moins libérés que nous. Certains ébats font penser à l'Empire des sens, un film japonais culte des années 70, limite porno, mais encensé par les critiques parigots maoïstes de l'époque et que beaucoup d'intellos, dont moi, ont pu voir sans être taxés de vicieux frustrés venus pour se rincer l'oeil...
 Au début, leurs relations sont du genre carrément SM, le collabo ayant visiblement besoin d'humilier sa partenaire, comme il le fait sans doute lorsqu'il torture les résistants dans la résidence devant laquelle l'attend sa maîtresse à plusieurs reprises 
La relation évolue progressivement, la jeune fille inexperte prenant l'ascendant parfois sur son partenaire, devenant en tout cas son égale dans la perversité et finissant par séduire l'amant , par lui faire baisser la garde et causer sa perte...... si dans un dernier rebondissement.... Mais là je m'arrête car je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir vous-même le dénouement final. J'en ai presque trop dit.....

Les deux acteurs sont formidables. Le collabo est joué par l'acteur fétiche de Wong Kar Wai, celui de "In the mood for love." La lenteur des plans et du montage, la caméra qui glisse nonchalamment sur les visages et les rues, le long des devantures de magasins chics,  n'est d'ailleurs pas sans rappeler la moite langueur qui faisait le charme de "In the mood for love". 

On serait tenté de reprocher au réalisateur une certaine complaisance esthétisante envers le collabo, qui est dépeint lui aussi, dans une certaine mesure comme un nihiliste désabusé et une victime des énénements, mais la fin montrera amplement, je crois, qu'il n'est qu'un tortionaire cruel, rendu "sympathique " très fugacement par Ang Lee, pour pièger le spectateur, pour mieux mettre à nu la cruauté de l'amant et nous mettre en garde contre l'empathie que nous aurions pu ressentir envers le personnage.
Mais ici, l'esthétisme, qui est indéniable, le réalisateur prenant visiblement plaisr à cette reconstitution historique, n'est ni gratuit, ni complaisant. Il souligne l'isolement des classes privilégiées dans la Chine en guerre, leur indifférence à l'égard du peuple et de la petite bourgeoisie patriote, ce qui explique en partie la victoire du communisme sur les républicains par la suite...... .
 On voit des limousines slalomer entre des cadavres dans des rues élégantes où une foule cosmopolite d'asiatiques occidentalisés et d'européens déambule, insensible au sort des malheureux que la faim ou la maladie a terrassés en plein coeur du quartier chic. Quelques incursions dans des districts populaires montrent d'ailleurs des brigades sanitaires ramassant les morts et les entassant dans des charrettes...

Bref, on aura compris que j'ai beaucoup aimé ce film, comme j'avais aimé Brokeback Mountain, ainsi que l'adaptation que Ang Lee avait faite du roman de Jane Austen "Raison et sentiments" (Sense & Sensibility),  là aussi une histoire d'amour difficile entre des personnages que tout semble opposer...
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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 10:55
Je n'avais pas encore vu ce film de Colline Serreau, qui passait hier soir très tard sur la 6ème chaîne.
C'est sans doute le meilleur des films de la réalisatrice que j'aie vus.
chaos.jpgLe destin de  cette  adolescente algérienne, intelligente et voulant faire des études, mais se terminant dans le drame en raison du poids des traditions de sa communauté,   est  la   parabole tragique, exemplaire et exacerbée de la condition feminine en général et met à nu l'oppression soft des autres femmes qu'elle rencontre. Vendue par son père à un homme bien plus âgé,  elle dot être mariée de force lors d'un voyage programmé au bled,. Elle s'échappe avant de monter sur le bateau et se trouve prise en main par un réseau de prostitution. Dès lors, toute son énergie et intelligence seront mises au service de son désir d'évasion et de vengeance envers les souteneurs.
La haine qu'elle voue à ceux qui l'ont réduite en esclavage, envers son père, ses frères, l'islam, le poids des traditions qui confinent les filles à un rôle d'esclaves domestiques aux service des hommes, lui permet aussi de faire prendre conscience aux femmes européennes qu'elle rencontre, qu' elles aussi sont victimes d'une oppression soft. Au nom de ces femmes, qui l'ont aidée et lui ont témoigné pour la première fois dans sa vie une empathie réelle, elle se venge à leur place du mari et des fils qu'elles ont engendrés, qui les traitent comme des boniches et ne leur montrent aucune tendresse.
Par delà la haine, que la prostituée exprime avec une violence inouie dans ses actes et ses paroles contre sa communauté et les structures mentales archaïques des mâles qui la composent, et qui sont à l'oeuvre également dans le monde occidental d'une manière plus déguisée mais non moins réelle, il y a aussi une prise de conscience, chez cette damnée de la terre par excellence,  de la solidarité qui unit toutes les femmes.
En séduisant le fils et le mari de la bourgeoise qui l'a aidée, elle aide sa bienfaitrice à prendre conscience qu'elle aussi doit se libérer des chaînes invisibles de la condition féminine.
Il est vrai que le film est parfois un peu outré et peu crédible, utopique comme le sont la plupart des films de la réalisatrice, mais comme dans toute oeuvre d'art, il faut accepter certaines conventions et voir l'essentiel, qui est ici dans le message de solidarité entre toutes les femmes et surtout dans la dénonciation féroce, sans complaisance - et pour une fois enfin, dénuée d'angélisme, de toute crainte du  politiquement incorrect et du négationisme larvé d'une partie la gauche progressiste envers le fondamentalisme culturel et sexuel de l'Islam quotidien prévalant dans nos cités - du machisme de la communauté musulmane et de son "totalitarisme ordinaire" très proche en définitive de l'idéologie des mafieux qui ont séquestré l'héroine. Ce rejet du fascisme vert domestique (pas seulement de l'intégrisme fondamentaliste...) est ici total. Il est exprimé avec une force et une lucidité impitoyables par le personnage principal dans la scène où la prostituée ayant échappé à ses tortionnaires tente au bas de l'HLM, de convaincre sa soeur de passer son bac, de quitter le cachot familial et de la suivre.
Plus impitoyable encore si cela se peut : A la fin du film, au moment où l'ancienne prostituée résussit à convaincre sa soeur de ne pas aller en Algérie pour être mariée par son père, ce dernier lui dit : "Je te donne ma malédiction"
La réplique est terrible, cinglante et définitive et résume le sort réservé aux femmes dans l'immense majorité des sociétés patriarchales archaïques :  "C'est bien la seule chose que tu m'aies donnée..." 

Ce rejet de l'oppression faite aux femmes dans les cités va de pair avec la dénonciation (plus implicite il est vrai...il n'y a pas parallellisme exact) du machisme plus "soft" mais bien réel de notre société, qui elle au moins est capable (et en celà demeure démocratique..) de se remettre en question et d'évoluer, ne serait-ce que très progressivement et superficiellement, comme le font la bourgeoise incarnée par Frot et dans une moindre mesure aussi son fils et son mari.
Concernant les hommes, il me semble - mais peut-être me trompé-je, lisant dans le film ce que la réalisatrice n'a pas voulu y mettre car voulant croire que nous ne sommes pas tous intrinsèquement mauvais - qu'ils peuvent être capables d'amour désintéressé et altruiste : le vieil homme léguant sa fortune à la prostituée, le mari et le fils de l'avocate qui, à mon avis, ne sont pas simplement flattés dans leur ego par l'intérêt simulé de la prostituée à leur encontre mais que l'on sent  (ou est-ce ma libido masculine qui fantasme ?)  comme touchés par la grâce de l'amour qu'ils éprouvent envers cette femme, amour sincère et qui résiste aux révélations de celle qui les a séduits pour se venger de tous les mâles.
Haine féroce donc de la société patriarchale, orientale et européenne, pessimisme quasi absolu quant à la possibilité de relations vraies entre hommes et femmes (si l'on ne voit pas, comme je veux le croire, la possibilité de rédemption de certains personnages masculins), mais aussi amour envers les femmes opprimées, solidarité instinctive, tripale... envers toutes les femmes. L'héroine ne se contente pas de régler ses comptes : avec le réseau de prostitution qui l'a exploitée, avec sa famille qu'elle inonde de cadeaux, de gadgets stupides, afin de les amadouer pour pouvoir rencontrer sa soeur et lui montrer que leur pulsion de consommation stupide leur fait vite oublier l'affront commis à l'encontre de leur honneur de mâles par l'insoumise et l'emporte sur les valeurs musulmanes qu'ils invoquent  pour soumettre leurs filles et soeurs. Elle tente en vain, dans la scène du HLM évoquée ci-dessus, de convaincre sa cadette de ne pas se laisser duper par le sentiment de devoir qui l'empêche encore de se sauver et de prendre en main son destin. Elle aide aussi sa compagne d'infortune prostituée à se libérer, mais également l'avocate qui s'est intéressée à son sort et la belle mère de celle ci, à prendre des distances envers les hommes de leur famille.
La scène finale, montrant les quatre femmes sur un banc, regard dirigé vers la mer (donc vers un avenir sans entraves, sans les clôtures ou barbelés séparant les êtres humains sur terre ?) veut-elle symboliser la communauté de destin profonde qui les unit au delà de leurs différences sociales et culturelles?
Je le crois.
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26 septembre 2007 3 26 /09 /septembre /2007 09:19
Je participe à une communauté de blogs dans laquelle les participants se donnent des défis consistant à écrire des textes en s'imposant certaines contraintes : utiliser des listes de mots, commencer et finir par une phrase, écrire la suite d'une histoire, etc.... Le texte qui suit devait s'inspirer du Tableau de Magritte, "La condition humaine" reproduit ci-dessous

" Ce paysage m'obsède...... Il me nargue même, me renvoyant toujours le sempiternel miroir d'un territoire familier, indépassable, innamovible, un ailleurs qui est là, immobile, non transcendé, dans lequel je puis m'ébattre et conditionhumainemagritte.jpgm'esbaudir tout à mon aise, accessible à souhait et cependant terriblement domestique, m'enfermant dans les barbelés confortables du quotidien.
Il faudrait pouvoir, tout en jouissant de cette proximité rassurante, échapper aux miradors de l'enclos douillet , frelâter dans les steppes faméliques, parcourir les toundras lycheneuses ou les pampas aux confins ushuaïens, se joindre aux ballets des gazelles et de leurs prédateurs dans l'immensité des savanes, ponctuées parfois de la flèche de cathédrale incongrue que dresse l'acacia décharné vers l'horizon peuplé d'un mirage ondulant de dunes menaçantes.
Il faudrait enfin, tout en ayant la certitude que monsieur Seguin nous attend toujours dans la vallée, s'enivrer des herbes amères et enivrantes de la montagne, celles que la présence inquiétante du loup rend plus rares et savoureuses.
Ou bien il faudrait pouvoir découper le cadre de la fenêtre, une partie de ce cadre en tout cas, afin de substituer à ce décor, les perspectives aléatoires d'autres archipels inexplorés, inconnus...
Imaginaires aussi ces possibles virtuels, car il suffirait peut-être de peindre le jardin familier se découpant dans la fenêtre pour qu'il s'illumine de teintes outremarines, non plus vulgaire potager planté de nains de jardin, mais forêt primaire envahie d'herbes folles aux aspirations baobabiennes, de mantes gigantesques, de larves anacondiennes, d'oiseaux dinosauriens, non plus mare des canards, mais lagon aux coraux fluorescents, non plus clocher natal mais atlantide exhumée, ou jungle amazonienne, peuplées de naturels non encore consquistadorisés ou évangélisés ou d'intra ou extra terrestres créés ou non à notre image, nous envoyant des messages qu'ils ne nous suffiraient plus d'entendre comme bruit de fond, mais de comprendre et de décoder, dans une langue, non plus maternelle mais étrangère, dont l'étrangeté même et l'obligation de la traduire renouvellerait à chaque instant notre vision du monde et le sens de notre vie.

Pourquoi faudrait-il choisir entre l'air marin et la douceur angevine ?

Je veux croire aussi à la possibilité d'un air ...du large.. angevin et d'une douceur marine..."
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9 septembre 2007 7 09 /09 /septembre /2007 10:58
Voici un petit texte polémque sur le rugby, utilisant la liste de mots proposée sur ce thème, juste histoire de faire enrager les nanas qui se sont montrées beacoup plus prolixes que les mecs sur le sujet

le rugby
Petit – rugby – sang – table – fleur – chat – bougie – fortune – lit – amour

Allez donc savoir pourquoi....Avez-vous remarqué ? Ce sont les femmes qui écrivent le plus (en tout cas dans cette communauté) à propos du rugby, souvent pour regretter d'ailleurs, sans oser le dire vraiment, que leur petit ami délaisse un peu la paillasse conjugale, lors des ineffables coupes du monde ponctuant la vie (toujours heureuse et passionnées des couples dont il est question dans les textes que j'ai lus..), pour préférer , à l'amour consommé sur un vulgaire lit en mousse bulltex à double renforcement, à la lueur d'une bougie parfumée à l'encens babacool par l'impétrante en mal d'affection....... la chaleureuse virilité de la table basse de salon garnie d'apéricubes et de canettes bibinesques, .
Quoi de mieux en effet, pour se vider le cerveau, que de se gratter les c...... distraitement mais néanmoins consciencieusement avec les copains en éclusant une kro et en beuglant comme des veaux quand un beau bébé de 100 kilos pisse le sang pour avoir voulu plaquer en pleine course un autre abruti frisant lui aussi le quintal et ayant filé une mandale (ils apprellent ça un raffut..) au blaireau qui se la pètait José Bové de pelouse du stade de France, faucheur volontaire de kiwis ou autres wallabis transgéniques de l'hémisphère sud.
C'est quand même mieux (hein les gars ? ) que d'offrir des fleurs à sa copine. Non mais des fois...
Si elles ont besoin de câlins, et précisément les soirs de matches bien sûr., rien que pour nous emm..... , elles n'ont qu'a se rabattre sur le chat qu'on leur a acheté à dessein afin qu'il leur tîenne compagnie en ronronnant stupidement sous leurs caresses......
Voilà qui devrait faire la fortune des animaleries et vider les cages sordides des antennes locales de la SPA.
Et en plus, on fait une bonne action. Vive le sport à la télé !!
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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 09:52
Je viens de terminer la lecture du tome 1 de ce que Michel Onfray appelle sa contre histoire de la philosophie. Ce premier tome est consacré bien sûr socrate.jpgà l’antiquité et s’intitule « Les sagesses antiques ».

Comme à son habitude, et en bon polémiste, Onfray y pourfend l’idéalisme Platonicien qui, adopté et adapté selon lui par Saint Augustin, dans sa « cité de dieu » notamment, fit le lit du christianisme et de toutes les écoles de pensée occidentale qui après Pythagore et le Phédon de Platon enseignent : « l’immortalité de l’âme, la haine du corps, l’excellence de la mort, la haine des plaisirs, des passions, de la , de la vie, de la libido…… du monde réel… »

Selon l'auteur, cette philosophie idéaliste dominante est celle « des vainqueurs » depuis le triomphe officiel du christianisme devenu religion d’état, qui décline, au lycée et à l’université le même paradigme platonicien sous les habits différents de Pascal (ça on pouvait s’en douter....) mais également de Descartes, de Kant de Hegel et sa « toute puissance de la Raison dans l’Histoire »…….

Seul, parmi les penseurs non occultés de l’histoire officielle de la philosophie (toujours selon Onfray) Nietzsche fait du christianisme un « Platonisme » à l’usage de la populace

Ce qu’Onfray va essayer de montrer ainsi qu’il l’exprime dans son préambule général appelé –tout un programme – « L’historiographie un art de la guerre », c’est comment les vainqueurs idéalistes ont obtenu leur victoire sur les vaincus matérialistes et hédonistes, ceci dès le début et de différentes manières :

-         en ignorant superbement l’adversaire. Par exemple Platon ne cite jamais Démocrite dans son œuvre complète alors que « tout son son travail peut se lire comme une machine de guerre lancée contre le matérialisme… »,

-         en ne le mentionnant  presque jamais (l'adversaire, lui déniant ainsi le droit même à l'existence..) dans les « faux »  dialogues socratiques,

-          en faisant des interlocuteurs de simples faire valoir dont on peut disposer facilement,  tous rangés par Platon et la philosophie - celle qui me fut enseignée au lycée  en tout cas - dans la catégorie fourre-tout et pratique de « sophistes » ou de « présocratiques mineurs » alors que ces adversaires redoutables étaient des contemporains de Socrate pour certains (Démocrite notamment, qui lui survécut) et représentaient des courants différents, sans doute aussi vigoureux à l’époque que celui du buveur de ciguë.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce qui nous a été enseigné - encore une fois ce qui me fut enseigné en tout cas – et toujours selon Onfray, il y a bel et bien eu, dans l’antiquité et avant le triomphe définitif de "l’église officielle",  deux camps d’égale importance, dans un arène intellectuelle où ne dominait pas forcément la statue du commandeur suprême idéaliste, même si le corpus matérialiste retrouvé n’est pas aussi important que la somme des dialogues platoniciens.

Face à l’histoire officielle, il manque une histoire des vaincus, qu’Onfray entreprend dans ses conférences à l’université populaire de Caen et dans celles qui ont été diffusées sur France culture et le site internet de la radio, histoire qui a été ébauchée dans le traité d’athéologie et dans l’anti- manuel de philosophie, du même auteur.

Pour l’antiquité et pour ce qui concerne ce premier tome, ces vaincus ont pour noms Démocrite, Diogène, Epicure, Lucrèce bien sûr. Ceux là nous sont connus et Onfray leur consacre de longs passages en montrant comment leur pensée a été falsifiée par les vainqueurs. En face d’eux et selon la taxonomie onfrayenne - et cela est sans doute un peu manichéen, l’auteur succombant parfois à la théorie du grand complot - : Pithagore, Parménide, Platon, Sénèque, Marc Aurèle. Mais à côté de ses grands dont on nous a parlé en classe de philo sans toutefois les opposer selon la même ligne de partage aussi tranchée, on découvre également un corpus pré ou post socratique, ou contemporain du maître pas si mineur que ça. Certains m’étaient totalement inconnus - est-ce la faute de l’école, de mon prof de philo ou de ma propre inculture ? En tout cas je suis reconnaissant à l’auteur de me les faire découvrir, ainsi que leur pensée diverse et parfois prémonitoire –  Leucippe, Aristippe, Hipparque, Antiphon, dont Onfray pense qu’il est – rien que cela ! – l’inventeur de la psychannalyse, ainsi que les cyniques, dont Diogène.

Bref un livre qui m’a passionné, qui se lit comme un polard, tout sauf de la vulgarisation, le livre d’un Athée militant bien sûr (c’est du Onfray !) mais il suffit de parcourir la bibiographie pour se convaincre du sérieux de l’entreprise et de l’immense culture du fondateur de l’université populaire de Caen.

Et, last but not least, ce qui ne gâte rien, le style est flamboyant, l’humour décapant, ravageur, parfois impitoyable, ce qui ajoute au plaisir de la lecture.

Je vous le conseille…….. 300 pages seulement qui se lisent très bien, même si l'on n'a pas lu de philo depuis longtemps.....

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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 08:56
Texte pour le jeu en cours de la communauté "Ecriture ludique"
apprivoiser, autorité, brider, crachin, désillusion, griffonner, mélopée, persévérance, promouvoir, sucrer, tabou, thèse.

Il ne pourra plus brider personne désormais, le vieux salaud. .....
Il gonflait tout le monde avec son autorité à la noix et ses thèses absurdes sur le créationisme.
Je le revois encore, griffonant des ordres, directives et autres mises en demeure perverses en direction de ses proches et de certains visiteurs désemparés.
Ce qu'il aimait par dessus tout, c'était apprivoiser un intrus rebelle à ses idées en lui débitant des arguments éculés, qu'il dévidait en une lancinante mélopée tenant lieu de bruit de fond tenace dans le crachin verbal et sonore quotidien de cette famille atypique, envoutée par son gourou psychopathe.
Il a cessé de promouvoir ses idées sur la création du monde en 6 jours il y a de celà 6000 ans seulement.
Et l'on voudrait croire que ces fables fondamentalistes ne fassent plus autorité au delà de l'étroit cercle familial qu'il terrorisait avec ses oukazes arbitraires -le refus de sucrer les fraises par exemple - ou en édictant des tabous interdisant l'utilisation de couverts à table.
Qu'il aille donc les sucrer, les fraises, au diable, tout au fond de sa tombe. Je lui-souhaite d'exercer sa tyrannie domestique, dans laquelle il excellait de son vivant , non plus auprès de ceux sur lesquels il régnait en petit père des peuples à visage humain du bas de son fauteuil roulant de patriarche obsolète, mais en direction des vers de terre , irrespectueux du halo sacré enveloppant les sépultures humaines, même celles de tous les messies déchus, emportés par la grande faucheuse au même titre que leurs obcurs disciples.
Elles doivent bien se régaler de sa chair, toutes ces vermines athées, ..... et de son âme aussi, bien qu'il m'étonnerait fort - malgré leur persévérance légendaire - qu'elles l'eussent trouvée, son âme immortelle, quelque part dans les entrailles en voie de putréfaction de ce sectateur anti Darwinien....
Quelle désillusion ce doit être pour lui - pour autant que quelques atômes immatériels imputrescibles aient résisté à la lente mais inexorable décrépitude des corps abandonnés à la terre carnassière et lui permettent encore de prendre conscience de sa déchéance - de se voir ainsi réduit à l'état de matière non transcendante, destinée à nourrir des organismes inférieurs, intouchables de la création, prenant enfin leur revanche sur le choix provisoire de la grande roulette russe divine (ou plutôt sur l'inexorable loi d'airain de l'évolution diraient les contradicteurs malveillants du défunt), métempsychosant les cellules en de nouvelles combinaisons aléatoires d'atomes, s'unissant arbitrairement pour le meilleur et le pire : en larves souterraines croupissant dans la fange ou en orchidées sublimes, en dément sadique encamisolé dans un asile ou en génie universel, en Esmeralda ou Qasimodo..... Ainsi va la mort.......
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