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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 14:17
Tristes tropiques est un livre polyphonique. Malgré la haine des voyages et des explorateurs affirmée dès la première phrase, le texte est, en fait, outre sa dimension ethnologique, anthropologique, géographique, géopolitique et philosophique, un formidable témoignage des aventures et tribulations -parfois dangereuses -  de l'auteur en Amazonie, à la recherche de tribus demeurées à la frange du monde "civilisé".
L'auteur, contrairement à ce qu'il proclame dans la phrase initiale, se fait aussi explorateur lorqu'il s'attarde parfois avec précision sur les préparatifs des expéditions qu'il envisage et les dangers qui peuvent survenir dans un pays où les voies de communication sont le plus souvent inexistantes et où l'on peut rencontrer des populations hostiles, aux réactions imprévisibles
 L'ouvrage comprend également des descriptions sompteuses, dignes de celles des meilleurs écrivains, au sujet des paysages de savanes désertiques du Matto grosso et de la forêt amazonienne, mais aussi des pages splendides sur l'Inde et ses bidonvilles sordides, ses temples, les personnages que l'on y rencontre. On y trouve des passages descriptifs d'anthologie, le plus beau étant sans doute celui où il est question d'un coucher de soleil sur l'océan, au passage de l'équateur. Ceux qui sont à la recherche d'exotisme et de sensations fortes  ne seront donc pas déçus par la lecture du livre le plus connu et le plus "abordable" de Levi-Strauss, même s'il leur faudra aussi "s'accrocher" parfois, car les réflexions de ce "voyageur" de génie, partant de faits concrets constatés lors de ses rencontres avec le monde et ses populations ne se satisfont jamais des clichés occidentaux véhiculés dans la littérature de voyage habituelle.
Au delà du pittoresque, Levi-strauss, est toujours à la recherche des "structures" profondes du tissu social, expliquant les comportements et les hiérarchies en vigueur dans une culture donnée.
La méthode structuraliste est déjà presque parvenue à maturité, mais elle s'y déploie  ici sous une forme concrète et compréhensible, n'ayant pas encore atteint le degré d'abstraction des ouvrages plus théoriques. On la trouve dans la manière dont les tabous régissant les relations entre les divers clans, les interdits alimentaires et topographiques prévalants dans telle ou telle tribu sont décrits et expliqués. 
On reconnait déjà la démarche propre à l'auteur, qu'il théorisera plus tard, dans la manière dont il envisage la fonction sociologique des mythes. Selon lui, il servent principalement, en dernière instance, à  masquer ou à justifier les inégalités sociales qui sans cet "inconscient collectif" façonné par le discours mythologique, serait insupportable aux castes et couches défavorisées. Pas étonnant, dans ces conditions, que la pensée Marxiste se soit intéressée au structuralisme, ceci malgré les divergences fondamentales de l'anthropologie structurale fondée par Levi-Strauss, avec les philosophies post-hégéliennes voulant que l'Histoire tende vers une fin idéale en passant par des stades de plus en plus évolués.
L'un des aspects les plus intéressants du livre est d'ailleurs la façon dont la méthode d'analyse est apliquée aux sociétés non primitives, mais toujours "sous-développées" qu'il découvre lors de ses missions à l'étranger : Inde et Brésil notamment. Mais ces digressions géographiques, sociologiques et geopolitiques, éclairées par l'approche structuraliste, incluent aussi des  des considérations comparatives  sur l'urbanisme des cités du nouveau et de l'ancien monde, sur l'avènement de l'écriture, sur le Boudhisme, l'Islam et le Christianisme, etc...
L'un des intérêts principaux du livre réside d'ailleurs dans le fait qu'il prend le plus souvent le contre-pied des idées dominantes de l'époque sur les questions évoquées ci-dessus (et sur bien d'autres).
Le message demeure encore très largement politiquement incorrect aujourd'hui, malgré un concensus actuel - qu'il a largement contribué à construire - sur certains sujets : Les civilisations se valent, l'occident doit se départir de son attitude arrogante et ethnocentrique, nécessité de préserver la nature et les cultures premières, etc....
Je ne m'attarderai pas là-dessus, car ces choses là sont considérés comme l'héritage principal de Levi-Strauss et sont partagées désormais par le plus grand nombre.
Il n'y a pas de place, dans le cadre de cet article pour citer de larges extraits de "Tristes tropiques". Je me contenterai donc de signaler ici rapidement quelques sujets sur lesquels la pensée contemporaine aura du mal à récupérer le père de l'Anthropoogie structurale, tant ses conclusions divergent d'une lecture "progressiste", post-moderne et quelque peu anachronique de l'oeuvre :
- Le dialogue des civilisations est impossible. Les "rencontres historiques" entre des peuples que tout sépare se soldent toujours par l'asservissement d'une culture par celle qui est la plus technologiquement développée. Dans ces conditions, il vaut mieux que les peuples se côtoient sans se rencontrer... On ne peut être plus désabusé et pessimiste. Le discours dominant veut plutôt que les échanges soient porteurs d'enrichissement mutuel...
- "Le consentement, dixit Levi Strauss, (et non la coercition comme on a tendance à le penser aujourd'hui ! c'est moi qui commente..) est le fondement psychologique du pouvoir." "la réciprocité est un autre attribut dondamental du pouvoir ....par un jeu sans cesse renouvelé de prestations et de privilèges, de services et d'obligations"
Ceci, toujours selon Levi-strauss "n'est pas un phénomène purement moderne, C'est un retour à la nature fondamentale de l'organisation sociale et politique"
- Le désir d'obtenir richesses et privilèges n'explique pas fondamentalement la vocation pour devenir chef. Il ya dans tout groupe humain, des hommes qui, à la différence de leurs compagnons aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense".

A elles seules ces deux conclusions vaudraient aujourd'hui à Levi-Strauss les pires quolibets s'il tentait de les expliquer à une assemblée incrédule, tant nous pensons que les hommes politiques sont attirés avant tout par les avantages que procure le pouvoir.

Que dire également de l'écriture, considérée par tous comme un outil d'émancipation des peuples à l'égard des puissants. Levi-strauss dit presque exactement le contraire, à savoir qu'elle apparait comme un instrument de domination de ces puissants envers les humbles. Selon l'auteur de tristes tropiques, elle parait "favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination" . "Sa fonction primaire est de favoriser l'asservissement". Mais il faudrait accompagner ces affirmations de larges extraits pour expliquer comment Levi-Strauss parivient à ces conclusions peu orthodoxes.

Que n'entendrait pas Levi-Strauss, quelle fatwa l'aurait frappé si les barbus fondamentalistes avaient lu le dernier chapitre du livre ! Pour l'auteur, en effet, l'Islam, qui "se développe selon une orientation masculine", est, des trois religions qu'il envisage (il neparle pas du judaïsme), la pire qui soit. Son principal péché est d'avoir fait écran entre le Bouhisme (pour lequel il n'y a pas d'au-delà) et le christianisme. L'Islam comme le christianisme, cède à la peur de la mort en "rétablissant l'autre monde". Il est "l'occident de l'orient" . Il  "enchaîne le monde temporel au monde spirituel", encore plus que le christianisme. Dans la religion révélée par Mahomet, "la politique devient théologie". A cause de l'Islam (et toujours selon Levi-Straus)  "l'Occident a perdu sa chance de rester femme". Sans lui, une osmose de la pensée européenne eût été possible avec le boudhisme, "qui nous eût christianisés davantage et dans un sens d'autant plus chrétien que nous serions remontés en deça du christianisme lui-même". Religion intolérante par excellence bien qu'ayant inventé la tolérance envers les "infidèles", l'Islam (toujours selon Levi-Strauss) cloître et "néantise" autrui, à commencer par les femmes.
Là aussi, il faudrait citer l'ensemble du dernier chapitre pour comprendre les reproches adressés par Levi-Strauss à cette religion, qui n'on rien à voir avec une attitude raciste. Il reproche en effet à la France de ne pas donner l'égalité des droits aux 25 millions de citoyens musulmans vivant à l'époque dans nos colonies et de ne pas faire
ce que fit l'Amérique en son temps, c'est dire de "gagner une pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous refusons de risquer", à savoir de "se laisser submerger par cette vague" ... (d'immigration.) On est à des années lumières du front national et même des discours de la gauche traditionnelle. Rocard ne parlait que de prendre notre part à la misère de monde et non de l'accueillir tout entière......
Voilà de quoi montrer à l'éventuel futur lecteur de ce livre, que Levi-Strauss, tout en tenant parfois des propos "hérétiques" pour une pensée progressiste, n'est pas tout à fait le réac passéiste que certains voudraient nous présenter 
- Enfin et surtout, comble du politiquement incorrect pour l'intelligentsia Française moderne, l'auteur de tristes tropiques fait un parallèle étrange, surprenant et "hérétique" pour des gens de gauche, entre la pensée issue des lumières et de la révolution d'une part et l'Islam d'autre part. Il observe, chez les musulmans et chez nous, "la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette même conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt"
Même croyance, dans les deux cultures, d'une supériorité sur les autres, même incapacité à penser les problèmes contemporains autrement que par l'évocation d'une grandeur passée :
"Nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un sicèle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire".

On ne peut mieux exprimer ce que je pense de la société française actuelle, de son conservatisme et de son conformisme anachonique sous un vernis de turbulence "révolutionnaire" frondeuse. Si l'on suit l'analyse telle que la propose Levi-strauss, cela expliquerait également la prépondérance de l'idéologie sur le pragmatisme chez les socialistes hexagonaux, qui prétendent avoir raison contre l'immense majorité de leurs camarades européens.

Concernant le rôle de guide historique que la France aurait à jouer dans le monde, il ne se passe pas une semaine sans que nos politiciens, de droite comme de gauche assignent au pays la tâche de montrer la voie de la justice au monde enier, qui est censé nous envier à jamais nos institutions et la politique menée par nos dirigeants. Tout ceci au motif que le siècle des lumières et la révolution (sur le papier et non dans les faits") a su théoriser les termes d'un nouveau contrat social. Comme l'a très bien dit Badinter : "La France n'est pas le pays des droits de l'homme, elle est le pays de la déclaration des droits de l'homme", ce qui fait écho à la critique exprimée ci-dessus par le père de l'anthrophologie structurale sur notre esprit livresque et utopique, rejettant le pragmatisme et la résolution des problèmes concrets se posant à notre société à un moment donné de l'Histoire....
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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 08:39
Vous ne connaissez toujours pas Xavier Mathieu ? Vous perdez.. J'avais pourtant écrit un article sur lui, intitulé "Une seule solution, la révolution ?" A quoi ça sert, que Ducros se décarcasse ?  
Pour ceux qui suivraient toujours pas, c'est le responsable CGT de Continental qui a donné (en direct devant les cameras de télé) le signal de destruction d'une sous-préfecture à ses ouailles en s'entendant dire au téléphone que les revendications des licenciés n'étaient pas acceptées.
C'est aussi celui qui traite Bernard Thibaut, le responsable de la CGT de "racaille" pour avoir refusé de de dire que la destruction de la préfecture était "légitime". c'était le 17 août à France info. Voici la citation : "Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases, Ils servent juste qu'à ça, toute cette racaille."
 
C'est également celui qui, chez F.O.G, (Franz olivier Gisbert) à l'émission  "A vous de juger", tient les propos suivants :
"La seule solution, c'est l'esprit révolutionnaire, c'est d'attraper tous ces enfoirés, les économistes, les têtes pensantes...qui nous racontent des bobards "
"Aujourd'hui la peur, elle est du côté des petits, mais un jour, elle va changer de côté, elle sera du côté des grands.."
"Nous le peuple, les salariés, les êtres humains
" (Les "responsables, les têtes pensantes" ne seraient-elles pas des "êtres humains" dans la taxinomie de Mathieu ? S'ils ne le sont pas, que sont-ils donc ? Des bêtes malfaisantes, qu'il faut éliminer ?)
Bref tout un programme de réjouissances qui a déjà été mis en oeuvre dans le passé, sous les 3ème Reich avec les juifs, (banquiers ou non, capitalistes ou non), en URSS, au Cambodge, en Chine pendant la révolution culturelle, avec le succès que l'on sait ......

Le porte parole du PS, Benoit Hamon, vient d'emboiter le pas à Mathieu hier sur BFMTV, qualifiant le directeur du pôle emploi de "canaille", au motif que ce dernier falsifierait les chiffres du chômage. L'impétrant se défend en faisant valoir que le système de calcul des demandeurs d'emploi est le même depuis 1995 et envisage de porter plainte pour diffamation. Si ce qu'il dit est vrai, on peut penser que le gouvernement Jospin s'est bien accommodé, en son temps, de ce mode de calcul... Affaire à suivre
De là à traiter le directeur du pôle emploi de canaille... Quelle mouche a donc encore  piqué Benoit Hamon, qui n'en est pas à sa première sortie intempestive à l'égard de responsables politiques ou patronaux.
S'il s'agit d'une bourde lui ayant échappé, il ne s'agit pas de la première et on peut se demander pourquoi Hamon reste à ce poste malgré les critiques qui lui ont déjà été adressées au sein de son propre parti. On se souvient notamment de l'affaire Mitterand, interlude médiatique pendant lequel Hamon fut accusé par certains de ses camarades de populisme et de démagogie, s'alignant sur Marine Lepen dans sa dénonciation de ceux qui, sous couvert de littérature feraient l'apologie de la pédophilie et du tourisme sexuel.........
Mais on peut penser que sa nomination et son manitien aux manettes de la communication du PS a été voulue par l'actuelle direction, précisément pour contrer les courants plus centristes du parti qui souhaitent une une alliance avec le Modem. Dans cette hypothèse, Hamon serait l'homme de la situation, étant, au PS, ce que Lefevre est à l'UMP en direction des électeurs du front national. : En envoyant des signaux "prolétariens" à l'extrême gauche et à la gauche de la gauche,on espèrerait récupérer leurs voix au deuxième tour des régionales, ne pas se faire dépasser par Europe écologie, et  faire avorter dans l'oeuf toute tentative de positionnement au centre gauche émanant des présidentiables modérés, que certains militants de base et la très contestée  "majorité" actuelle du parti considèrent comme des "droitiers".
Ainsi donc, ceux qui reprochent à Sarkozy de flatter un électorat populaire potentiellement "frontiste", en parlant de l'identité nationale, se rendent coupables de la même dérive populiste et démagogique, gauchiste celle-là, en direction d'une frange de son électorat désabusée par les échecs de la gauche traditionnelle à réformer la société, à rendre le capitalisme un peu plus "social".
En tout cas, lorsque ces dérives verbales ne sont plus le fait de l'extrême gauche radicale, mais émanent du porte parole du principal parti d'opposition, on peut être inquiet et cela confirme largement les craintes que j'émettais (et que certains ont sans doute trouvé exagérées) quant à un climat politique pouvant déboucher sur l'adhésion à des solutions de nature totalitaire. "Racaille" et "canaille" appartiennent au même régistre nauséabond et on ne peut s'indigner lorsqu'il est employé par le Président pour désigner des voyous de quartier et le trouver pertinent quand il s'adresse à ceux que Mathieu appelle "enfoirés" et qui ne sont autres, selon lui,  que les "économistes, les têtes pensantes.. qui nous racontent des bobards" .
Quand on commence à désigner les intellectuels et les responsables de grandes administrations publiques de "canailles" à la solde du grand capital, on est sur une pente savonneuse.. et dangereuse ........
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 11:19
Il s'est passé, samedi dernier, un fait troublant et significatif je crois : Au moment où la France gagnait son match de sélection à la coupe du monde contre l'Irlande, sans provoquer aucune manifestation de joie dans les quartiers nord de Marseille, une foule en colère, venue en grande partie de ces mêmes quartiers nord semble-t-il,  se répandait dans le centre ville et s'en prenait à tou ce qui bougeait, car l'équipe d'Algérie venait de perdre contre l'Egypte.
En 1986, lorque j'étais coopérant en Algérie, tout le monde supportait l'équipe de France et me félicitait, moi qui n'avait rien avoir avec les performances de nos joueurs, le jour où notre équipe avait battu le Brésil en quart de finale.
C'était en Algérie, un pays où les gens n'avaient pas, en tout cas à l'époque, de haine envers nous, malgré le mal que nous avions pu faire pendant la colonisation. Ils rêvaient tous, au contraire, d'obtenir un visa pour l'Hexagone et mes amis restés là-bas me disent que c'est toujours le cas, encore plus qu'auparavant même....
Mais nous ne sommes pas de l'autre côté de la Méditerrannée, et les réactions des Français d'origine algérienne sont différentes de celles que j'ai connues là-bas, et sans doute de leurs compatriotes qui voudraient bien, eux, vivre dans le pays honni par certains de leur cousins devenus citoyens Français ou titulaires d'un titre de séjour.
Samedi soir donc, le centre ville de la cité phocéenne était saccagé par une foule venue des quartiers nord, (encadrée sans doute il est vrai par quelques casseurs et caïds) en colère. Les casseurs étaient mécontents du sort que les Egyptiens avaient réservé à l'équipe d'Algérie, caillassée et harcelée par des supporters fanatiques à leur arrivée au Caire. Vous ne révez pas, ces émeutes n'ont pas été causées en relation avec des faits s'étant déroulés en France, ou pour un forfait perpétré par l'état français contre des Algériens hors de notre territoire. En côte d'Ivoire, les Français étaient pris à parti en raison d'une complicité supposée de la France avec la guérilla anti gouvernementale. Là, on peut comprendre, à la rigueur, quoique les commerçants et coopérants francais en résidence à Abidjan à l'époque n'aient été en aucune façon impliqués dans les conflits intra-nationaux en cours.
Pour ce qui concerne les "incidents" de samedi dernier, il s'agit bien de faits impliquant des Egyptiens (et peut-être les autorités égyptiennes) contre des Algériens, dans lesquels la population et les institutions françaises n'ont été nullement impliquées. Les commerçants dont les vitrines ont été cassées, les propriétaires de bateaux incendiés, la femme (d'origine maghrébine visiblement) que l'on montrait à la télé et dont la voiture avait été caillassée et l'enfant blessé, n'avaient bien entendu rien à voir avec le lynchage de l'équipe algérienne en Egypte. Qu'à cela ne tienne.. Le juste courroux des minorités vivant sur notre territoire et qui se sentent humiliées, laissées pour compte, s'exerce désormais à l'aveugle, au hasard, comme si la France ne pouvait qu'être responsable de tous les malheurs qui frappent, ailleurs, les peuples dont sont originaires certains français de souche étrangère. On ne se contente plus de brûler les voitures pour venger un jeune des cités qui s'est tué en s'enfuyant afin d'échapper à la police. On verra bientôt la juste colère des opprimés s'exercer contre les symboles de la république ou de simples citoyens se baladant dans la rue, en raison d'un tremblement de terre à Sétif ou d'une inondation au Sénégal ou d'un tsunami aux Commores.
La France est en passe de devenir, pour certains français issus de l'immigration comme on dit,  ce que "l'entité sioniste" était pour la télévision algérienne lorsque j'étais coopérant là-bas. Il ne se passait pas un jour sans que cette fameuse "entité sioniste" (notez bien : pas Israël, mais une "entité", pas un pays, un machin, un truc inventé par le grand satan occidental) ne fût rendue responsable d'un méfait commis contre les pays du Moyen Orient et du Maghreb : guerre, famine, crise économique, sécheresse, etc.....
En plein débat sur l'identité nationale, ça fait désordre. C'est Le Pen qui doit se frotter les mains, à quelques semaines des élections régionales, comme il doit se les frotter chaque fois que la Marseillaise est sifflée dans un stade.
J'entends déjà certains adeptes de la théorie du grand complot nous dire que ces événements ont été ourdis par des casseurs de la police pour donner raison à Sarko et à Besson d'avoir lancé le débat sur l'identité nationale..........
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 11:16
jcf, le 16 Novembre 2009 à 13:15

CinémaCe documentaire est une formidable plongée dans l'univers et dans l'intimité des gangs salvadoriens, qui s'affrontent et s'entretuent allègrement pour le contrôle de territoires urbains et du trafic de drogue. Ces bandes ont été créées au départ par de jeunes immigrés originaires de ce pays, déjà membres de gangs californiens et expulsés des USA.
Le réalisateur, Christian Poveda, fut assassiné dans des circonstances peu claires, bien qu'ayant obtenu l'autorisation de filmer par les reponsables de l'un des gangs rivaux de la capitale.
Comme le dit l'un des responsables lors d'un tabassage en règle d'une nouvelle recrue servant de rite d'initiation permettant d'être admis dans la "confrérie", il n'y a pas de retour en arrière possible une fois que l'on a été intégré. Si l'on souhaitait quitter le groupe, les tatouages, omniprésents, sur toutes les parties du corps (et même sur le visage), sont là pour rappeler aux éventuels "déserteurs" que l'on est condamné à obéir aux chefs pour toujours, à servir de chair à canon taillable et corvéable à merci. Les filles aussi, sorte de chair à sexe et "reproductrices" plus ou moins consentantes sont tatouées comme l'est le bétail pour permettre à un propriétaire de reconnaître son troupeau, et victimes des tueurs au même titre que les garçons.
Concernant les tatouages, je n'ai pu m'empêcher de penser à ce que dit Levi-Strauss, dans Tristes tropiques, des motifs que les indigènes du Brésil qu'il étudie se dessinent sur la peau. Selon lui, en leur complexité, ces arabesques expriment sous une forme mythologique et donc obscure car non dicible, la structure inégalitaire et extrêmement hiérachisée des sociétés indigènes. Et de fait, au-delà du caractère fasciste et inégalitaire des sociétés mafieuses en général, on est en droit de se demander si ces franges marginales des populations d'amérique latine ne sont pas en train de se  réfugier inconsciemment dans  des valeurs oubliées de leur culture d'origine précolombienne. Dans cette hypothèse, les crimes et les morts ponctuant le film seraient autant de survivances de rites où une caste de prêtres  pratiquait des sacrifices humains pratiqués chez les Aztèques, les Incas et les Mayas et ayant servi  de prétexte aux conquistadors pour leur entreprise génocidaire et à tous les colonisateurs en général pour justifier les ethnocides dont ont été victimes les indigènes colonisés. L'oeuvre que les espagnols n'avaient pu terminé, la mondialisation actuelle, avec toutes les bonnes intentions du monde parfois, est en train de la parachever.
Lors des enterrements de camarades assasinés, ce ne sont pas les prières et les psaumes du pasteur qui sont repris en choeur, mais une sorte d'hymne interne au clan semble-t-il, scandé par tous sous une forme chantée, comme s'il s'agissait d'un "Je vous salue Marie" païen.
Ces desperados de la civilisation moderne (ou victimes du libéralisme, diront ceux qui préfèreront une explication moins anthropologique plus sociologique à l'existence de ces gangs)  sont filmés à la fois avec empathie mais sans aucune complaisance envers leur "monstruosité" et leur "barbarie". C'est ce qui fait la force du film, mais c'est peut-être celà qui a causé la perte du réalisateur.
Les filles, bien que criminelles dangereuses elles aussi,  paraissent émouvantes lorsqu'on les voit câliner leurs enfants, s'inquiéter d'abord, lors de leur arrestation, de confier leur bébé à quelqu'un. L'une d'entre-elles, qui finira sous les balles du gang rival, qui fut défigurée par une balle perdue lors d'une rixe à laquelle elle participait peut-être, consulte un ophtalmo, se fait poser un oeil de verre, essaie de retrouver figure humaine après son opération en se fardant et en allant chez le coiffeur. Une autre cherche à se construire une identité en essayant de retrouver sa mère naturelle, qui l'a abandonnée à la naissance.
La police, les juges, et autres membres de l'institution, pas vraiment convaincus de leur efficacité, essaient bien de sermoner ou de faire peur à ces jeunes, mais rien ne semble avoir d'effet sur eux.
Un pasteur évangéliste local, assisté de ses mentors nord-américains venus assister à une séance d'admonestation solennelle organisée dans la cour d'une prison à laquelle sont obligés de participer un groupe de détenus adolescents visiblement insensibles aux sermons, tente bien de menacer ces délinquants de l'enfer qui les attend et des foudres célestes. Mais l'orateur se heurte à l'indifférence, parfois aux ricanements non dissimulés de son auditoire. Et pourtant, ces tueurs ne renoncent ni à Satan ni aux rites de l'église catholique, en se faisant enterrer religieusement, lors de cérémonies surréalistes où les "formes" sont plus ou moins respectées, bien que trangressées on l'a vu par la scansion finale  d'un couplet impie dans lequel on promet vengeance au défunt, au nom du gang...
Bref, un film totalement désespéré et pessimiste. S'il vous reste encore une once de confiance en l'homme, en la capacité de nos institutions démocratiques à contenir la vague de sauvagerie qui semble déferler aux marges de notre société et menace de submerger totalement notre civilisation, n'allez surtout pas voir La vida loca. sinon, vous risquez de vous replier un peu plus sur la culture de votre jardin


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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 08:35
Le concert est un joli petit film, émouvant, bien ficelé, dans lequel on rit beaucoup, du communisme mais aussi de la nouvelle société russe, de notre pays également et de ses travers. On peut y pleurer aussi (beaucoup de personnes avaient les larmes aux yeux à la sortie de la salle), car l'histoire de ce musicien, brisé par la machine communiste au motif qu'il prit la défense de musiciens juifs sous Brejnev, rappelle un passé  sinistre. L'histoire (peu crédible il est vrai) de cette  violoniste virtuose française à la recherche de ses origines à travers la musique, est également très émouvante, en même temps qu'elle est emblématique d'une réflexion, qui traverse tout le film, sur le rôle de l'art qui unit les hommes ("le vrai communisme, c'est un orchestre pendant un concert",  dit le musicien). La parabole nous dit aussi qu'a travers l'art (et particulièrement sous une dictature, mais "pas que"......) on peut exprimer des choses secrètes et intimes, que les mots et la raison ne peuvent pas  dire.
On peut certes reprocher au film une vision folklorisée des communautés composant la Russie et la projection sur notre pays de cette vision "ethnique". Les tziganes sont des spécialistes du faux passeport et du trafic. On se croirait parfois dans un remake de "Manitas de Plata chez les soviets". Les juifs font du commerce et ont leur fait facilement gober qu'en france, il y a plus de synagogues que d'églises. D'une manière générale, les russes sont des ivrognes et des trafiquants. La fameuse âme slave dispense en partie les musiciens de répéter pour jouer une symphonie qu'ils n'ont plus pratiquée depuis trente ans. Les communistes français y sont dépeints d'une manière que même moi, qui me définit parfois comme un anti communiste primaire et fier de l'être, j'ai envie de dire que nos cocos à nous ne sont quand même pas aussi ringards et décalés que ça. A côté du Momo du film, qui organise pour sont ami russe un meeting bidon du PCUS au siège du comité central, à Colonel Fabien, avec des militants rameutés là pour faire de la figuration, notre petite mère des peuples à visage humain à nous, Marie Georges Buffet, passerait facilement pour un avatar gaulois et féminin de Barak Obama.
Mais on ne peut que pardonner ces quelques entorses au politiquement correct, car les clins d'oeil du réalisateur nous rappellent sans cesse qu'il joue sur les clichés et les références cinématographiques variées, qu'il se situe, dans sa vision des communautés, au vingtième degré. Mihaileanu connait bien son histoire du cinéma et son De Palma en particulier. C'est, par exemple, la scène où les mafiosos russes s'exterminent à la mitrailleuse pendant un mariage. On y voit, entre autre,une créature divine, sorte de James Bond girl version prestroïkienne, sortir une kalachnikov de nulle part, de sa  pourtant très petite et dénudée tenue (de son porte-jarettelle ou de sa petite culotte sans doute, allez donc savoir..), avant de dégainer et de faire voler en éclat les victuailles et les bouteilles de vodka ornant les tables des convives. Il y a aussi cette scène où un bouiboui tenu par un maghrébin (Ramzi en l'occurence dans le rôle du patron),  a été tranformé en resto typiquement français, pour satisfaire les exigences d'un ancien apparatchik communiste russe ayant mangé au "trou normand" avec des "camarades" français lors de son passage à Paris au bon vieux temps du communisme. En guise de coq au vin et de Java bleue, il a droit à un couscous Garbit et à une danse du ventre administrée sans conviction par une serveuse déguisée en danseuse orientale pour la circonstance.......
On ne peut raconter le film, et la fin surtout, qui constitue l'un des attraits de la narration, même si l'histoire, comme on l'a dit plus haut, est très rocambolesque et peu crédible. On retiendra surtout la parabole de cet homme brisé par la vie, qui retrouve une dignité et prend une revanche bon enfant, par son art, sur un système qui l'a anéanti.
Enfin et surtout, il y a la musique de Tchaïkovski, omniprésente, somptueuse, qui baigne le film de sa splendeur, un peu comme celle de Mozart sublime Amedeus, le film de Milos Foman. J'ai redécouvert (découvert presque en fait !) le concerto pour violon et orchestre et cela m'a fortement donné envie de l'écouter à nouveau. J'ai l'impression que si je le fais maintenant, je découvrirais des choses que je n'y avais pas vues, que j'y trouverais des résonnances insoupçonnées, moi qui ne connais pas grand chose à la musique classique.
Rien que pour ça, le film mérite d'être vu.... Et, cerise sur le gâteau, les acteurs, les russes surtout, sont excellents...
Précisons que le réalisateur est le même que celui qui a commis, préalablement, l''excellent "Va, vis et deviens, contant l'histoire de la difficile intégration d'un enfant censé être un Fallasha (un noir éthiopien de religion juive) dans la société israélienne.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 08:06
Connaissez-vous Xavier Mathieu ? Pour ceux qui ne suivraient pas l'actualité, c'est le responsable CGT de Continental qui a donné (en direct devant les cameras de télé) le signal de destruction d'une sous-préfecture à ses ouailles en s'entendant dire au téléphone que les revendications des licenciés n'étaient pas acceptées.
C'est aussi celui qui traite Bernard Thibaut, le responsable de la CGT de "racaille" pour avoir refusé de de dire que la destruction de la préfecture était "légitime". C'était le 17 août à France info. Voici la citation : ""Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases, Ils servent juste qu'à ça, toute cette racaille." 
C'est également celui qui, chez F.O.G (Franz olivier Gisbert), à l'émission  "A vous de juger", tient les propos suivants :
"La seule solution, c'est l'esprit révolutionnaire, c'est d'attraper tous ces enfoirés, les économistes, les têtes pensantes...qui nous racontent des bobards "
"Aujourd'hui la peur, elle est du côté des petits, mais un jour, elle va changer de côté, elle sera du côté des grands.."
"Nous le peuple, les salariés, les êtres humains" (et les autres, c'est quoi ? Des bêtes malfaisantes qu'il faut abattre ??? C'est  moi qui commente)
Si vous ne me croyez pas, cliquez sur le lien ci-dessous, et si vous ne voulez pas vous fader ce que disent Attali et Baveresse (des économistes, des enfoirés, des puissants, la racaille dirait Mathieu, c'est toujours moi qui commente..) avant l'intervention du délégué CGT de continental, faites glisser le curseur directement sur  le visage de l'intéressé.
 http://www.dailymotion.com/video/xb04yq_xavier-mathieu-face-a-jacky-attali_webcam
 
Le même Xavier Mathieu revient sans cesse dans ses interventions sur cette histoire de peur qui va changer de camp. Voilà ce qu'il dit chez Karl Zero :"Il faut faire changer la peur de côté". "Je dis aux gars de France Télécom : Faites leur peur".
Et aussi, toujours chez Karl Zero, en plus soft, en faisant l'apologie de José Bové : "C'est la vie qui me rend révolutionnaire. Avant j'étais écolo, j'allais à la pêche."
 
Bon, je comprends la détresse des gens qui perdent leur boulot, mais vous aurez compris que ce genre de posture ouvriériste qui fleure bon la testostérone fascisante, populiste et poujadiste en ce qu'elle décline les thèmes bien connus du "tous pourris" et du "le peuple a toujours raison contre les forts", n'est pas véritablement ma tasse de thé, Ce populisme est d'autant plus nauséabond qu'il s'inscrit dans un contexte partticulièrement malsain, dans lequel j'entends des gens gentils, autour de moi, pas particulièrement violents, tenir à peu près ce même discours contre tout ce qui pense, contre les politiques, les "responsables", etc, justifier la vioilence et la destruction au motif que c'est "la seule façon ce se faire entendre". Je ne pouvais m'empêcher de penser, en entendant Mathieu vitupérer les "têtes pensantes et les économistes" en face d'Attali qui est juif, économiste, et fut banquier à son heure, à des discours ouvrierristes qui ont pu être séduit, à une autre époque, pas si lointaine, où les banquiers juifs étaient désignés comme les responsables des malheurs de la classe ouvrière.
Désolé "camarades", mais quand j'entends Mathieu et ses sectateurs intellos (qui sont parfois des amis), lui pardonner ses violences verbales et ce passage à l'acte dans une sous-préfecture, ça me fout les chocottes.
Quand j'entends Mathieu (et encore plus des proches prendre sa défense..), je comprends comment la Terreur a pu se mettre en place, comment l'idée généreuse de communisme a pu se transformer en un totalitarisme sanglant, comment on a pu éliminer les gens porteurs de lunette au Cambodge, comment des profs de fac (des "mandarins" disait-on en 68") ont pu être humiliés et obligés de porter des bonnets d'âne devant des foules galvanisées par des discours à la Mathieu pendant la révolution culturelle chinoise, que justifie encore aujourd'hui un philosophe reconnu comme Badiou dans un livre à succès (l'hypothèse communiste).
 
Et qu'on ne vienne pas me dire encore que je suis obnubilé par l'extrême gauche et ses dangers, que l'anti-communisme fait le lit du fascisme ou est son allié "objectif". Que l'on ne me serve pas le slogan sartrien "l'anticommuniste est un chien"....
Les staliniens n'ont cessé d'utiliser cet argument dans le passé pour éliminer (ou disqualifier aujourd'hui), avant tout, leur camarades communistes ou de gauche comme eux, mais qui contestaient les dérives de leur propre camp.
Je suis aussi vigilant que ceux qui me reprochent mon anticomunisme primaire sur le danger d'extrême droite. Simplement, j'en parle un peu moins en direction de mes amis car nous sommes d'accord là-dessus et pas besoin de s'auto convaincre entre nous.
On  a bien raison de se méfier de Le Pen. Je ne vais pas le répéter en préambule de tout ce que je dis contre l'extrême gauche.
On est peut-être moins fondé, en ceci je plaide coupable, à penser que Sarko et le Pen c'est kif kif...
Encore un vieux procédé stalinien éculé : faire des alliés de gauche des ennemis objectifs de la classe ouvrière (kouchner, Lang, Rocard, Walls seraient,  en fait, de droite par exemple...) et, dans le même mouvement, faire des modérés, des centristes et des conservateurs, carrément des fachos. C'est pratique, ça a l'avantage d'être simple, d'être bien compris par les foules et de sommer les mous de "choisir leur camp"........
En revanche, je constate que la vigilance de certains est bien mince en direction d'une certaine extrême gauche (ou gauche extrême, ou gauche de la gauche comme on voudra), envers la montée de ce que j'appelle un populisme poujadiste de gauche, qui considère que tous les poltiques sont pourris et sans le dire n'ont d'autre solution à proposer à nos problèmes actuels que de couper des têtes, fût-ce symboliquement, que ce soit celle de Chirac, de Pasqua, de Villepin, etc..y compris celles de gens qui sont sur une ligne, disons social démocrate, qui seraient considérés dans tous les autres pays européens comme de gauche, mais qui, chez nous sont désignés comme des suppôts du libéralisme.
Il faut bien sûr juger les gens qui ont commis des forfaits ou détourné des fonds, La justice doit être la même pour tous, c'est vrai.
Mais ce qui est inquiétant et malsain, c'est cette obsession à vouloir punir, châtier, en laissant parfois penser au bon peuple qu'une "purification" de type "vertueuse" et "Robespierriste" est nécessaire à l'avènement d'une société nouvelle et apportera une prospérité au peuple en récupérant l'argent que les riches (les "têtes pensantes" de Mathieu) ont confisqué.
Pour revenir à Mathieu (le délégué CGT Terminator de prefecture aimant détourner à sa manière les formules sarkoziennes et les appliquant à la "racaille" patronale et dirigeante (on est pas loin de certains slogans nazis contre le complot des banquiers et des juifs opprimant le peuple), je note que pour désigner les opprimés, les salariés, le peuple, il dit "nous les êtres humains". Ca aussi ça me fout les chocottes. Ainsi donc, si les ouvriers, les salariés, ceux qui souffrent sont "les" (pas "des") êtres humains, que sont donc les autres pour Mathieu et ceux qui en font un nouveau José Bové sympa, tendance Groucho/prolo en bleu de chauffe ? Que sont "les têtes pensantes", les "responsables", les "Thibaut" ? De la racaille comme il le dit si bien ? Des animaux que le peuple doit abattre pour accéder au nirvana égalitaire ?
 
Je termine avec quelques petits passages de Camus (dans l'homme révolté, chapitre "la pensée de midi"), que certains récupèrent un peu trop à leur compte et auquel ils font dire le contraire de ce qu'il dit (Onfray par exemple, qui affirme que sa pensée était libertaire et anarchiste, eh ben vois donc...) On aura beau la tortiller dans tous les sens, la pensée camusienne ne va absolument pas dans le sens d'une solution révolutionnaire, bien au contraire. Autant il célèbre la révolte, légitime et humaniste, autant il pense que la révolution trahit l'esprit de révolte. Il suffit de le lire :
D'abord ce passage, qui illustre bien mieux que moi, ce que je tente d'exprimer en m'inquiétant de cette fureur à punir les puissants chez nos concitoyens. La grandeur de Mandela, entre autres, c'est d'avoir su pardonner à ses tortionnaires, sans toutefois abandonner la révolte contre l'injustice qui fut toujours la sienne. S'il avait répondu aux pressions qui lui demandaient la vengeance, que serait l'Afrique du sud aujourd'hui ???
Voici le passage de Camus, extrait du chapitre "la pensée de midi, dqns l'homme révolté :
"Ainsi encore de la justice et de la liberté. Ces deux exigences sont déjà au principe du mouvement de révolte et on les retrouve dans l'élan révolutionnaire. L'histoire des révolutions montre cependant qu'elles entrent presque toujours en conflit comme si leurs exigences mutuelles se trouvaient inconciliables...La liberté absolue, c'est le droit pour le plus fort de dominer. Elle maintient donc les conflits qui profitent à l'injustice. La justice absolue (ce que propose un peu un un Mondebourg par exemple, pourtant pas un "révolutionnaire"...c'est moi qui commente) passe par la suppression de toute contradiction : elle détruit la liberté. Il y a ainsi dans toute révolution, une fois liquidée la caste qui dominait jusque là (c'est le "attraper tous ces enfoirés de Xavier Mathieu.. et d'autres.... C'est toujours moi qui commente..), une étape où elle suscite elle-même un mouvement de révolte  qui indique ses limites et annonce ses chances d'échec (voir la mort de Robespierre et toutes les révoltes ouvrières dans les pays de l'Est..C'est toujours moi qui commente entre parenthèses)..... Il y a , semble-t-il, une opposition irréductible entre le mouvement de révolte et les acquisitions de la révolution .."
 
Et ce passage surtout, qui illustre très bien, je pense, ce qui est en train de naître (de renaître ?) chez nous malgré les dénégations de ceux qui nous disent que cette fois, c'est juré, "ça s'ra plus comme avant.....Les erreurs du passé ne se reproduiront plus, "puisqu'on vous le dit"........
"Aussitôt que la révolte, oublieuse de ses généreuses origines, se laisse contaminer par le ressentiment (ce que je constate précisément dans le discours dominant en ce moment, c'est toujours moi qui commente), elle nie la vie, court à la destruction et fait se lever la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graine d'esclaves, qui finissent par s'offrir aujourd'hui, sur tous les marchés d'Europe, à n'importe quelle servitude. elle n'est plus révolte ni révolution, mais rancune et tyrannie"
 
Que cela est bien dit. Si l'on pense que camus parle d'une époque totalement révolue et de choses que l'on ne risque absolument pas de voir se réaliser chez nous, qu'ils me démontrent que je me trompe et que je fais de la parano, qu'il n'y a pas de haine et de ressentiment, de désir non avoué de couper des têtes chez certains responsables politiques d'extrême gauche qui absolvent Rouillan de tout ce qu'il a fait. Même chez des plus modérés, comme Mondebourg au PS, qui veut foutre beaucoup de monde en taule y compris, sans le dire, certains de ses camarades du PS, ont retrouve cette pulsion "vertueuse" et "purificatrice". Si j'osais, je comparerais Mondebourg à un Camille Desmoulins, avocat comme lui, comme lui séduit par la necessité de punir pour promouvoir la justice et la vertu, puis emporté et détruit lui-même par la logique des forces qu'il avait contribué à déchainer..
Les gens que j'entends autour de moi comprendre Xavier Mathieu, exonérer les ouvriers qui déversent des produits chimiques dans les rivières ou menacer de faire sauter leur usine, feraient bien de réfléchir à ce que sont devenus les gens généreux comme eux, qui ont soutenu au départ les révolutions qui les ont broyés, eux comme les riches, une fois que la colère des damnés de la terre était instrumentalisée par les "réalistes" qui veulent avant tout prendre le pouvoir et le conserver....
 
Pour moi, Xavier Mathieu (mais il est loin d'être le seul !) est le type même de ce que Camus appelle " ces petits rebelles, graines d'esclaves.... qui finissent par s'offrir... à n'importe quelle servitude",  pour peu qu'on leur garantisse un travail stable garanti à vie, en continuant à leur faire produire à perte des produits invendables, car obsolètes ou trop chers sur un marché ouvert et mondialisé.
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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 13:39
Connaissez-vous le poète belge  Wallon, Jean-Pierre Verheggen ? Certains d'entre-vous sans doute .....
Moi, je n'avais jamais entendu parler de lui avant que ma correctrice de manuscrit côtelettien ne m'ait conseillé, la semaine dernière, d'aller voir un spectacle au théâtre de la Bastille, intitulé "l'oral et Hardy", qui est une tentative assez réussie pour mettre en scène des poèmes de cet auteur.
A lui seul, le titre du spectacle résume ce que Verheggen fait avec la langue, ne la prenant pas au sérieux, jouant avec elle comme un potache génial, extrayant du sens en déconstruisant et rendant ridicules des discours figés et stéréotypés.. Les langues de bois, de quelque bord qu'elles s'expriment, prennent un sacré coup de vieux lorsqu'elles sont triturées par ce pouet -pouet impertinent.
Ci-dessous, pour vous donner envie d'en savoir plus, peut-être :
- Un  lien vers la présentation du spectacle, dans lequel l'acteur et récitant, Jacques Bonaffé fait un numéro ébouriffant d'humour
 =>http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/LOral-et-Hardi/ensavoirplus/

- Un autre vers une biographie et bibliographie de Verheggen : => http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Verheggen
 
- Un site le concernant et sur lequel se trouvent des liens (en orange) conduisant à certains de ses poèmes : Tintin au Groenland, Eloge des grands espoirateurs, etc....=> http://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=poetheque&page=14&url=http://www.printempsdespoetes.com/poetheque/index.php?fiche_poete%26cle=169%26nom=Jean-Pierre%20Verheggen
 
- Un lien vers un autre poème => http://www.sitaudis.fr/Poemes-et-fictions/l-oreille-ecrit.php

- Un autre site, http://www.bon-a-tirer.com/auteurs/verheggen.html, contenant des liens vers des poèmes dont les titres à eux seuls, comme celui du spectacle, donnent un avant-goût  de ce qui attend le lecteur s'il avise d'entrer dans l'univers barocco-loufoque de Verheggen : "La poésie sera faite partouze, comme dirait Lautréamont, Ninietsche peau de chien, etc.....  Et je dirais, imitant en cela très maladroitement le merveilleux belge ... au volant : "J''impasse et des bailleurs".
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 13:58
Je viens de lire un article du site Rue 89, qui à mon avis, est complètement à côté de la plaque concernant le film.
http://www.rue89.com/2009/04/02/la-journee-de-la-jupe-la-triple-imposture
Analyse typiquement idéologique, refusant de voir certaines réalités, qui dérangent la réprésentation que l'auteur voudrait imposer du monde et de la société actuelle.
Par exemple et entre autres bétises, accuser le réalisateur de ne montrer que des noirs et des arabes pour décrire la montée du machisme est ridicule. Le réalisateur a au contraire pris soin de choisir un blanc et un noir comme protagonistes repoussoirs de l'histoire. Autre exemple de déni du réel : Dire que les blancs sont ultra majoritaires dans un collège de banlieue est tout simplement mensonger. . Si le  rédacteur de l'article n'a pas mis les pieds hors du périf depuis longtemps et ne connait que les établissements des beaux quartiers parisiens, je lui propose de venir faire un tour chez moi et de faire la sortie des collèges de Courcouronnes. Décidément, le "critique" et moi n'avons pas vu le même film, mais il faut prendre connaissance de l'article pour mesurer l'étendue d'un certain aveuglement, mis en mots dans une langue de bois que ne désavouerait pas un comissaire politique soviétique.
Parmi les reproches imbéciles que l'auteur de l'article du site Rue 89 adresse au film et à son réalisateur, il y en a deux qui méritent vraiment le détour.
Le premier de ces reproches est une réaction épidermique et corporatiste qui surgit immanquablement quand un "qu'est-pas-ou-qu'a-pas-été-de-la-grande-maison" s'avise de parler de l'école. Les enseignants se sentent tout de suite agressés, dépréciés, critiqués, même lorsque l'oeuvre ne met pas en cause leurs mérites. Et l'auteur-blogger-enseignant de l'article tombe dans ce travers bien sûr. Il se sent obligé de défendre ses collègues, qui ne sont nullement attaqués par le film. En fait, c'est, l'auteur de l'article qui  insulte et méprise ses collègues, en refusant, dans son angélisme indécrottable de faire reposer la responsabilité de l'impossibilité à transmettre des savoirs sur certains des élèves de la classe. Selon lui, ces élèves ne peuvent être des bourreaux mais seulement des victimes du système. C'est lui, le grand défenseur des collègues contre le méchant réalisateur censé être anti-prof, qui reproche à madame Bergerac, en dernière instance et pour expliquer les problèmes qu'elle rencontre, son "manque de pédagogie". Ben voyons !!!
Curieusement, l'auteur de l'article oscille entre deux reproches contradictoires. D'un côté, il suspecte les tenants de la culture "classique" de se cacher derrière elle pour véhiculer des idées d'extrême droite, et donc le réalisateur de se faire le porte parole des brontosaures comme Brighelli qui fustigent un "pédagogisme" IUFMien qui aurait renoncé à enseigner les belles lettres à l'école.  D'un autre côté, il reproche au film de prétendre que cette culture classique ne serait plus enseignée. Le film ne dit rien de tout cela bien entendu. Il met en scène, au contraire, une prof qui, bien que maghrébine d'origine et ne l'ayant pas dit à ses élèves par démagogie et facilité  (ce qui lui faciliterait pourtant la tâche auprès des petits fachos communautaristes auxquelles elle est confrontée)  continue contre vents et marées à vouloir enseigner la matière qu'elle a étudiée et pour laquelle elle a été formée. Non cher monsieur critique blogger,  le film ne dit nullement que les enseignants démissionnent, il met en scène, au contraire, une prof désespérée qui essaie de parler de Molière l'arme au poing (ce qu'elle ne peut plus faire d'habitude) et dont le pétage de plomb totalement improbable doit avoir donné envie à certains collègues exerçant dans les cités d'avoir un jour les couilles ou la folie d'en faire autant.
Et ce n'est pas parce que Brighelli dit du bien du film que le propos du réalisateur est réactionnaire. L'auteur de l'article, à en juger par sa dialectique a bien dû voter contre l'Europe au dernier réferendum, tout comme Jean-Marie Le pen. Cela ne fait pas de lui, pour autant, un sympathisant de l'extrême droite.
C'est le propre de toute oeuvre originale, de toute pensée libre, non inféodée à une idéologie big brotherienne dominante, d'être à la fois violemment attaquée, par la droite comme par la gauche et d'être aussi parfois encensée par les extrêmes de tous bords. La journée de la jupe n'échapppe pas à la règle.
 
Venons-en maintenant à la démonstration laborieuse et totalement délirante de notre critique blogger sur la revendication de la prof. Selon notre censeur d'oeuvres non conformes à son idéologie, les femmes ont lutté dans le passé pour avoir le droit de porter un pantalon. La demande des filles des cités (et de la prof) de pouvoir porter une jupe sans se faire traiter de putes, serait donc suspecte aux yeux de notre grand défenseur du droit des femmes. C'est un peu la même logique qui lui fait dire que si on enseigne Molière, alors que les nostalgiques de l'école d'antan ne jurent que par les classiques, on serait un réactionnaire. CQFD, l'angle droit bout à 90°. Pour le coup ce ne sont pas les immmams des cités qui reprocheront au "critique" de Rue 89, son zèle à défendre la pudeur des jeunes filles musulmanes, menacées par la dépravation occidentale...
 
Tout cela est ridicule. Je laisse la parole à l'un de mes amis, qui ,dans un mail qu'il m'a adressé, a excellement défini la qualité essentielle du film, ce qui fait qu'il est supérieur à Entre les murs, qui reste englué, lui, dans les mailles d'un angélisme qui se bat la coulpe et ne cesse de banaliser l'inexcusable. Et c'est cela, d'ailleurs, la critique implicite et radicale de l'angélisme de certains, qui doit terriblement agacer l'auteur de l'article.  Voilà ce que disait .cet ami :  "Il est certain que le film (contrairement à "entre les murs") ne joue pas sur "les circonstances atténuantes et fait un sort radical à l'angélisme"
Je ne pourrais pas le formuler mieux.
 
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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 11:08
Un ami m'a ramené de Tahiti un recueil de nouvelles écrites par l'un de ses anciens collègues , avec lequel il a travaillé au collège de Tubuai (ïles australes) et refait le monde lors de soirées arrosées entre métros perdus au coeur du pacifique. J'ai bien aimé ces nouvelles, d'où le petit commentaire ci-dessous. A la fin du texte, vous trouverez des liens vers des sties ou apparaissent des eaux fortes, assemblages et installations de l'auteur des nouvelles, qui est également peintre et plasticien. Il est très connu en Plyné&sie française, mais a aussi exposé à l'étranger. Je joins également un lien vers le site de la Fnac où l'on peut se procurer le livre, au cas où mon commentaire vous donnerait envie d'entrer dans l'univers déjanté du narrateur....


Dur, dur d'être sous les tropiques et de continuer à cuver tranquille mimile le lundi matin en prenant son petit-dèj
On se lève tôt pour aller au boulot dans les îles (autour de six heures trente du matin), vu que, because le soleil qui se couche tôt également, le boulot commence..... "à point d'heure" comme on dit dans notre fenoua à nous, un ch'tit coin du bourbonnais où les lagons ne sont pas légion...
Le personnage qui aspire légitimement à beurrer ses tartines tranquillement après l'ineffable Brrrriiingue du weekend, est un fonctionnaire en voie avancée de tropicalisation mentale. Attention ! Je dis bien mentale, pas intellectuelle ou idéologique. Pas une loque physique et morale. Un sage des tropiques mine de rien. Un gars qui réfléchit au "progrès" venant de l'extérieur, de la métropole et d'ailleurs, progrès qui menace de chambouler sa petite vie tranquille, faite de virées arrosées avec les copains et de méditation (pas trop trapue quand même)  sur le monde. Un futé qui ne se fait pas trop d'illusions sur les chances de voir la mondialisation contourner son île sans venir emmerder les  types finalement pépères comme lui qui n'ont d'autres soucis que de pouvoir aller au boulot le lundi matin dans un état à peu près normal, en ayant respecté les paliers de décompression nécessaires à une remontée progressive à la surface. Ses rituels matinaux comportent l'incontournable beurrage méticuleux de tartines, l'écoute religieuse du petit noir glougloutant dans la cafetière, la contemplation du jardin et la déambulation aléatoire, en pareo, dans la cuisine, de préférence autour du frigo, autour duquel semblent se concentrer les pérégrinations matinales du héros et de tous ceux qui s'invitent chez lui sans avoir demandé la perme.
Les emmerdeurs constituent un aréopage burlesque et bigarré, fait de démarcheurs à domicile totalement déjantés, d'êtres hybrides issus de croisements entre des intrus réels qui sont effectivement venus un jour s'inscruster chez lui et des héros de BD ou évadés de spots  publicitaires. Ce bric à brac hétéroclite d'humanoïdes mutants est composé un peu à la manière des installations de Jean Duday, l'auteur des nouvelles, mais également peintre et plasticien, qui aime assembler des images ou objets issus de produits de consommation courante et en faire un patchwork surprenant, dérangeant parfois.
C'est le cas par exemple de Batman et Robin, devenus dans les effluves de la gueule de bois qui se dissipe lentement au réveil, un couple de  travestis ayant une scène de ménage dans la cuisine de notre noceur vieilissant. C'est également le cas de cette vache, fouillant dans le frigo à la recherche de portion de crème de gruyère comme on en consomme sans doute beaucoup dans les îles et qui s'avère être la vraie Vache qui rit. Plus surréaliste que lui tu meurs, il y a aussi ce père Noël chargé de la distribution des jouets en Océanie, qui atterrit dans le jardin et dont un des rennes est en train de déguster les crotons amoureusement plantés. Que dire aussi de ce commando ninja investissant et dévastant les lieux, symbole d'un monde Big Brothérien s'inscrustant lui aussi dans les niches les plus protégées de la planète ?
Dans le genre "Souriez à la caméra, vous êtes filmés", il y a des intrus un peu plus crédibles, étant sans doute passés par là vendre leur salade ou vérifier que la case "était aux normes",  mais hachés à la moulinette d'un imaginaire embué par le mal de crâne du lundi matin : L'employé du gaz venu expliquer que désormais, en raison d'une harmonisation mondiale et pour plaire aux anglais, le système décimal a disparu et qu'on mesure les mètres en litres et les grammes en degrés. Dans la même veine, on se régale de l'infirmière de la brigade anticalorique, fouillant le frigo à la recherche d'aliments illégaux, ou du facteur inaugurant le nouveau service de la Poste, "Claque-express", en administrant au "client" quelques baffes et demandant, pour cette prestation, un pourboire...
En un peu plus crédible encore, il y a la bande de bringueurs qui se finissent au petit matin en débarquant chez des copains et viennent narguer les honnêtes gens "qui travaillent, eux ".... Il y a enfin ce clodo psychédélique, envoyé par un autre poète de comptoir et néanmoins ami intime, qu'il met à la porte tout en regrettant de l'avoir éconduit......
On l'aura compris, la Hinano (la mousse locale) ne se consomme pas en petites gorgées. Notre Delerme des tropiques ne pourra jamais savourer son kawa en toute impunité coloniale, sans cesse dérangé qu'il est par une cohorte d'empêcheurs de buller en rond. Pas moyen de goûter tranquille sa vie de Zoreille et néanmoins philosophe de faré.
D'autres situations et personnages savoureux hantent ces nouvelles.
Le touriste en mal d'exotisme ou se piquant d'anthropologie n'y trouvera ni tristes tropiques ni vahinés consolant le métro dans un hamac sous les cocotiers. Tout au plus quelques passages bien sentis mais subliminaux (juste ce qu'il faut !) pour tenter de communiquer : "La tanquillité. Le calme. La sérénité qui se dégage de ces rythmes insulaires.."
Mais attention, on n'est pas au jardin d'Eden, faudrait pas croire ..... On s'en était déjà un peu douté avec ce défilé infernal de géneurs parasites et cette succession de saynettes traitées sur le mode du réalisme fantastique.
Mais dans la dernière nouvelle, on nous rappelle que ni l'enfer ni le paradis sur terre ne sauraient durer. Un démarcheur  tout droit sorti d'une BD de Mandrake, ne lui propose pas une assurance vie  - comme on a sans doute proposé de nombreuses fois dans la vraie vie à notre Faust des îles -, mais un pacte ; un elixir de jouvence contre ... une  signature. Le papier reste non signé sur la table après le départ de Mephisto. Vendra-t-il son âme au diable ? Et pis d'abord, qui est ce diable ? Peut-être (sans doute..) le monde qui frappe à la porte de son caillou, même si cet asile qu'il s'est construit dans un exil somme toute doré n'est pas vraiment le paradis.."
 
Et maintenant, les liens :
 
Assemblages => http://chez.mana.pf/~duday/
Serigraphie => http://www.tahiti-pacifique.com/JeanDUDAY.html
=> http://www.galerie-anuanua.com/art_list.php?type=aut::data=DUDAY::titre=Jean+Duday::indlist=16::uid=en95593a52ba51ce74f6
 
Lien vers la page du  site de la Fnac, qui propose le bouquin à l'achat =>
http://livre.fnac.com/a1492978/Jean-Duday-Le-lundi-matin-c-est-dur-pour-tout-le-monde
 
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:29

La 2 a repassé le film de Spielberg un dimanche soir, en pleine invasion de Gaza. Est-ce une coïncidence ou voulu ? 
Si c'est une coïncidence, le hasard de la programmation vient à point nommé pour nous rappeler que l'on ne comprend rien à la politique d'Israël si l'on ne la met pas en perspective avec la Shoah. Le sionisme a pris de l'ampleur en s'appuyant sur la conviction et le serment que le peuple juif ne se laisserait plus jamais exterminer comme un troupeau de moutons conduits à l'abattoir, comme on le voit dans le film, malgré certains actes de résistances ou d'ingéniosité. Ce serment fait par les fondateurs du mouvement sioniste est encore le credo de la politique israélienne de défense et ne risque pas de se modifier tant que ce pays trouvera en face de lui des ennemis comme le Hamas dont on ne peut douter -sauf à se voiler la face encore une fois - que s'ils avaient la force de leur côté, un nouvel holocauste se produirait.
Le film nous rappelle ce lien fort entre passé et présent dans la scène finale, particulièrement émouvante, où les véritables rescapés, accompagnés des acteurs qui jouent leur personnage, viennent déposer une pierre sur la tombe de leur sauveur, dans un cimetière situé .. en Israel.
Le scénario est tiré du roman-documentaire d'un journaliste écrivain australien, Thomas keneally, qui obtint, le Booker prize (le Goncourt anglais) en 1982. Il s'appelait d'abord l'arche de Schindler à sa sortie au Royaume Uni, devint  "liste" en étant publié aux USA et c'est sous ce titre qu'il devint célèbre et porté à l'écran.
Pour écrire, Keneally s'est basé sur les souvenirs  de 50 survivants qu'il a interviewés et retrouvés dans 7 pays différents : Australie, Israel, Allemagne, Autriche, USA, Argentine et Brézil, un peu à la manière dont Mendelsohn, pour son livre Les disparus,  sorti l'an dernier, a procédé pour reconstituer l'histoire de sa famille exterminée durant ce que l'on appelle maintenant la Shoah par balle , dans l'actuelle Ukraine. Cette épisode sinistre de l'extermination des juifs, avant que les nazis aient construit les camps et les fours crématoires, a été racontée également dans Les bienveillantes.. L'auteur de la liste de Schindler a aussi visité les lieux où s'est déroulé le drame en compagnie de l'un des survivants et personnage de l'histoire. Il a également consulté les archives de Yad Vashem en Israel.
Je sais bien que le film a été beaucoup critiqué, par Lanzman notamment chez nous, au motif que l'horreur de la déportation et des camps ne peut être rendue par la fiction, aussi réaliste fût-elle. Pour Lanzman, seul un documentaire (seul SON propre film à l'en croire) exprime la réalité de ce qu'il s'est passé.
Avec tout le respect que j'éprouve pour Shoah, je ne peux suivre Lanzman lorsqu'il prétend interdire à tout créateur de fiction le droit de parler de ces événements. Il me semble en effet que le livre et le film démontrent que cela est possible, sans faire injure à la réalité ou aux victimes, que les deux approches, fictionnelle et documentaire peuvent cohabiter et se compléter.
Il est vrai que la scène de l'arrivée à Auschwitz, celle du voyage en train, celle où l'on voit des êtres nus triés comme des bestiaux sont sans doute bien en deçà de la réalité. Il en va de même pour les séquences où des enfants interviennent dans la narration. Il était évidemment impossible de trouver des "acteurs" aussi faméliques que les bambins que nous avons tous vus dans des images d'archives et cela est effectivement peu crédible.
Mais le film de Spielberg n'est évidemment pas "réaliste" et ne prétend pas l'être. Il donne dans le pathos, bien sûr, mais dans un pathos qui , à mon avis, est très efficace et émouvant. C'est quelque chose que Spielberg sait très bien faire. Il me vient à la mémoire qu'un autre de ses films, La couleur pourpre, d'après le très bon livre d'Alice Cooper, me tire les larmes des yeux chaque fois que je le revois, tout comme la scène finale de Schindler, ou bien les moments de sauvagerie brutale ou arbitraire auxquelles se livrent les nazis, sans autre motif que de s'enivrer de leur toute puissance de bourreaux appartenant à la race des seigneurs. Il y a aussi le moment ou le vieux juif manchot vient remercier son patron de lui avoir sauvé la vie et celle qui suit, où ce personnage est exécuté dans la rue en raison de son infirmité, qui le rend inapte à être une esclave productif au service de la grandeur du 3ème Reich. Il y a aussi, bien sûr, tous les épisodes montrant les petites trouvailles des gens, des enfants, pour sauver leur peau et celle de leurs proches. Il y a surtout la petite fille, apparaissant en manteau rouge dans un contexte qui ne pouvait être traité qu'en noir et blanc, dont on peut croire qu'elle s'en tirera car le réalisateur à choisi de la distinguer du troupeau anonyme des victimes, mais qui réapparaitra morte, transportée sur un chariot vers un charnier, toujours vétue de son manteau rouge, qui nous la rendait humaine et proche pourtant.. Il y a enfin le choix subtil (pervers dirait sans doute Lanzman, car donnant dans l'empathie envers les bourreaux) adopté par le réalisateur, qui semble vouloir nous montrer ce qu'il y a d'humanité chez le tortionnaire, pour mieux nous révéler sa bestialité foncière dans d'autres épisodes. Goeth (il manque un "e" seulement pour que le commandant nazi soit l'homonyme du philosophe et romancier des "lumières " allemandes) traite sa servante juive comme une sorte d'épouse battue et martyrisée, mais qui est sans doute considérée par lui comme étant plus proche et plus intime que ses maîtresses, bien que n'ayant pas de rapports physiques avec elle (Est-ce de l'impuissance ? ou par un tabou nazi envers les femmes de la race inférieure et maudite ?). C'est sans doute cete inimité, même pererse, qui la sauve, tout comme celles qui ont été épargnées par des serial killers et dont on dit qu'elles ont su convaincre leur meurtrier potentiel qu'elles n'étaient pas de simples "choses" ou objets à dominer..
Spielberg joue également au chat et à la souris avec le spectateur dans la séquence où il montre le commandant du camp influencé par Schindler, qui semble le convaincre que le véritable pouvoir est celui du souverain pouvant faire exécuter qui il veut mais sait pardonner. A la suite de cet échange, Goeth montre une certaine compassion (très passagère !) envers ceux qu'il aurait exécutés froidement habituellement, notamment envers son domestique masculin, mais c'est pour mieux le tirer comme un lapin à l'aide de son fusil à lorgnette dans la scène qui suit celle où il lui "pardonne" de ne pas être parvenu à nettoyer sa baignoire...
A mon avis, cet épisode est destiné à nous montrer que Goeth est un être faible, influençable, que ce prurit subliminal de mansuétude n'est pas un signe d'humanité, mais au contraire la preuve qu'il ne cherche qu'à verifier si son pouvoir de vie et de mort est absolu. Une fois certain de sa toute puissance en ce domaine(qui lui fait peut-être défaut sexuellement, comme tend à le suggérer la scène avec la bonne)  il recommence aussitôt à se prende pour Dieu "tout puissant" et à massacrer au petit bonheur...
Je termine par quelques mots seulement au sujet de la mise en scène, au risque de paraître obscène à Lanzman et à ceux qui pensent que la grosse artillerie hollywoodienne n'a aucune légitimité ou compétence pour  parler de tels événements, surtout lorsqu'elle le fait en recourant à un "esthétisme" qui peut paraître déplacé.
La photographie en noir et blanc est superbe, toute la gamme des effets cinématographique est employée pour véhiculer les messages et les émotions que veut faire passer successivement le réalisateur. La scène du "tri" des juifs, par exemple, est traitée à la manière du cinéma vérité, la caméra sautant de manière saccadée (presque maladroitement, comme si elle était filmée par un cameraman amateur) , d'une scène de brutalité à une autre. On peut penser ce que l'on veut de Spielberg, mais non qu'il ne maîtrise pas son art ou ne connait pas son histoire du cinéma. Il ya du Ophuls dans les scènes de cabaret, du Citizen Kane dans celle de l'escalier où une juive vient demander à Schindler de sauver ses parents, ou encore dans certaines de celles se déroulant à l'usine.
Au total, un film très émouvant, efficace, et qui peut contribuer, avec d'autres, comme Shoah de Lanzman, à lutter contre les pulsions négationnistes qui peuvent se réveiller chez nous, à l'occasion du nouveau conflit au proche orient notamment.

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