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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 07:37

somewhere-de-sofia-coppola-10344847vnzqk.jpgVu hier à Paris le dernier film de Sofia Coppola, Somewhere, après avoir essayé d'entrer (en vain, il y avait 5 heures de queue..) à l'expo Monet. Le début du film est laborieux, on ne sait pas trop où la réalisatrice veut en venir avec de longues séquences - qui pourraient être écourtées sans nuire au message - montrant le désoeuvrement et la perversion d'un acteur à succès. Par exemple,  entre deux gueule de bois, il est appelé par son agent gérant entièrement son emploi du temps pour des séances de photos avec une actrice qui fut sa partenaire dans un film et sans doute son amante déçue. On le suit également  lors d'une prise d'empreinte pendant  laquelle on fait un moule de son visage. Pendant cette séquence qui est métaphorique de son statut d'acteur en carton pâte,  on voit son visage disparaître sous la couche de glaise appliquée celui qui est chargé de le "statufier". Il devient momie, façonné par la volonté d'un système qui l'utilise, qui le chosifie. Au cours de son errance à travers les différents "happenings" ponctuant son somnanbulisme mental, il reçoit des SMS injurieux qui émanent sans doute d'une conquête remerciée, il conduit une voiture de course sans but sur les autoroutes de Los Angeles, suivant une femme lui ayant souri au volant jusqu'à sa villa et devant rebrousser chemin lorsque la grille se ferme automatiquement derrière elle. Il fait venir à domicile des danseuses érotiques payées, sans même leur demander de coucher, semblant se contenter d'une posture voyeuriste, souriant bêtement en les voyant se trémousser autour de la barre de fer démontable et remontable qu'elles emmènent avec leurs tenues de travail. Lors d'une soirée donnée à son insu par un ami dans son apartement il s'endort, (abruti qu'il est par l'alcool incurgité et sans doute par d'autres substances), en  train de faire un cunilingus à une partenaire abordée au hasard.

Peu à peu cependant, le personnage prend de l'épaisseur lorsqu'il doit (entre deux parties de jambes en l'air avec des petites starlettes attirées comme des mouches par ce néon pouvant leur apporter une parcelle de célébrité fugace) s'occuper de sa fille de onze ans, que son ex femme lui confie d'autorité, pour "prendre du recul" selon l'explication qu'elle lui donne.

Le père et la fille, contre toute probablilité et malgré la vie dissolue et superficielle de l'acteur, s'inventent, se bricolent, une relation chaleureuse et complice. Il y a des scènes d'une infinie tendresse, celle par exemple où ils sont allongés dans le même lit (en tout bien tout honneur !!) et commandent des glaces qu'ils dégustent ensemble, ou bien encore celle de la piscine, où ils décrivent des arabesques sous-marines comme deux gosses en apesanteur et en symbiose affective. Dans cette scène comme dans d'autres d'ailleurs, le père semble être le plus immature des deux...

Gtâce à la présence inattendue et non vraiment souhaitée au départ de sa fille, l'acteur découvre que sa vie peut avoir un sens et réalise qu'il n'est rien d'autre qu'un petit minable malgré ses succès médiatiques et féminins.

L'actrice qui joue la pré-adolescente de onze ans à la recherche d'un père qui ne s'est guère occupé d'elle jusque là est lumineuse. Son jeu est sobre, fait tout à la fois d'innocence et de maturité. Elle devient comme une petite maman pour cet acteur à la dérive qui ne savait pas comment être père jusque là.

Sofia Coppola, bien que déclarant, dans ses interviews à la presse, que sa vie ne fut pas semblable à celle de l'héroïne du film, qu'elle ne fut aucunement délaissée par son père, connait bien son sujet. Comme Cleo, la fille de l'acteur, elle a probablement été poursuivie par des photographes traquant les people à la recherche d'histoires ou de photos pouvant faire scandale. Enfant, elle a bien dû accompagner son père célèbre lors de ses tournées de promotion dans le monde. Comme ce père,elle doit maintenant répondre à des questions stupides de journalistes ou présentateurs, ne portant même pas sur l'oeuvre censée être la raison de sa venue sur le plateau. A cet égard, la séquence lors de laquelle Johnny Marco emmène sa fille en Italie est sans doute empruntée à des souvenirs personnels. Le père et la fille sont, logés dans un luxueux palace duquel ils sont pourchassés par les paparazzis et doivent s'enfuir comme des amants ne voulant pas révéler leur relation au monde entier. Prisonnier dans sa prison dorée, tout comme il l'est dans le célèbre hötel Marmont où il réside à Los Angeles,Johnny Marco ne peut sortir qu'en prenant certaines précautions : Il doit regarder sans cesse dans le rétroviseur pour voir s'il n'est pas suivi. A l'étranger, dans le palace somptueux et aux décorations Pompéïennes (signe de décadence de la société du spectacle avant le cataclysme qui nous guette ?)  où il réside, il lui est impossible de voir le pays et de rencontrer de "vrais" gens. Toute la séquence romaine (on pense à Fellini..) est emblématique de la frustration que peut ressentir un créateur, un artiste, lorsqu'il se retrouve, malgré lui sans doute, dans un show berlusconien peuplé d'ineffables bimbos danseuses et potiches de service,  où ceux qui l'ont fait venir là à leurs frais ne veulent entendre de lui que quelques mots insipides, toujours les mêmes formules consensuelles flattant l'orgueil national, à la gloire du pays d'accueil, prononcés dans la langue locale, mais ne faisait pas avancer d'un poil la compréhension de l'oeuvre. On atteint là le degré zéro de la communication entre les êtres et deux cultures, qui pourtant sont occidentales et devraient pouvoir se rencontrer et s'enrichir mutuellement. Elles peuvent sans doute le faire, mais en d'autres lieux que dans ce barnum de paillettes et de strass.......... Dans ces conditions, on peut, tout comme Sofia Coppola et son père, ou Johnny Marco, être d'origine italienne et se sentir totalement étranger dans le pays de ses ancètres, coupé de ses racines en passant dans la moulinette médiatique.

De ce point de vue, on retrouve dans ce film les thèmes de Marie Antoinette : Solitude absolue des grands de ce monde, coupés de la "réalité", à la recherche d'authenticité, hagards, prsonniers d'une cour qui les choient et les broient tout à la fois. On me dit que ce thème parcourt également Lost in translation (que je n'ai malheureusement pas vu).

Marie Antoinette m'avait énervé par ses inexactitudes historiques et la superficialité du regard porté sur cette période de notre histoire, mais après avoir vu ce dernier opus, il me semble que je devrais peut-être revoir le précédent à la lumière de ce que celui-là m'a révélé des obsessions récurrentes de la réalisatrice.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 11:38

purge.jpgC'est toute l'histoire de l'Estonie, depuis la révolution russe, qui nous est contée dans ce roman, à travers le ragard de la narratrice, une habitante d'un petit village ayant vécu tous les soubresauts politiques ayant secoué les pays baltes.

Cela semble un cliché que de le dire, mais je ne puis définir l'écriture de Sofi Oksanen que comme féminine, intimiste le plus souvent, car saisissant les grands événements du siècle  à travers le regard de la narratrice qui vit ces événements sans recul historique, insistant sur les petits détails de la vie quotidienne et les conséquences dévastatrices des soubresauts politiques successifs subis par les habitants d'une petite bourgade estonienne.
Il est question d'abord de l'invasion des pays Baltes, non par l'Allemagne, mais par l'URSS,  qui annexe les trois pays dans le cadre du pacte germano soviétique conclu entre deux régimes et tyrans totalitaires : l'URSS de Staline et le troisième Reich de Hitler. Dans le cadre de ce pacte, il était prévu que Hitler envahirait la Pologne, que l'URSS ne réagirait pas et qu'elle pourait annexer l'est de la Pologne et les trois pays Baltes, ce qu'elle fit dans un premier temps et qui est montré dans le livre, où l'on nous décrit les premières déportations, par les soviétiques, de patriotes estoniens luttant contre l'envahisseur bolchévique. Ensuite, Hitler attaque l'URSS et prend possession des pays Baltes. Et là, il y a effectivement, dans un premier temps, comme en Ukraine, des gens qui vomissent l'occupant russe et communiste, pensent que les allemands sont venus les libérer et aident les nazis dans la liquidation des juifs (la Shoah par balles). L'URSS se prévaudra ensuite, en 1946 de la collaboration d'une partie de la population pour décréter que les nationalistes baltes ont tous été et sont toujours des "alliés objectifs" des nazis et des "revanchards ouest-allemands", vieille antienne communiste bien connue, permettant de se débarasser de tous les opposants et qui nous est resservie périodiquement chez nous, par certains, pour discréditer tous ceux (y compris les socialistes "centristes" comme Valls et DSK..) qui ne se reconnaissent pas dans une gauche archéo et radicale. C'est ce qui fut fait. C'est dans ce cadre que la soeur de l'héroine principale (et narratrice) fut déportée en Sibérie. Les exactions des membres du KGB sont décrites, par la narratrice qui voit passer dans son village et dans sa vie ces hordes successives d'envahisseurs, avec autant de crainte, de rejet et de méfiance pour les uns et pour les autres.Une  jeune "russe" (en fait descendante d'estoniensdéportés en 46) qui revient en Lituanie et se réfugie chez la narratrice ayant vécu tous ces événements, n'est autre que la fille de cette soeur (déportée en Sibérie) de la narratrice , qui s'est échappée de ses maquereaux russes, qui est poursuivie par ces tortionnaires nouvelle vague dont la brutalité est la même que celles des nazis et des soviétiques, et qui pense trouver refuge chez cette grand' tante dont lui a parlé sa mère, de son exil sibérien.
Ce qui fait la force du roman, c'est qu'il montre la continuité de la violence entre les époques : les deux totalitarismes d'une part, et certaines conséquences d'une libéralisation mal maîtrisée du communisme et d'un libéralisme sauvage, qui détourne la violence imposée aux marginaux et laissés pour compte du communisme (les laissés pour compte étant majoritaires !!!) pour l'exercer sur de nouvelles victimes, qui sont toujours les mêmes en fait, de la même manière que les nouveaux bourreaux ressemblent étrangement à ceux qui étaient chargés des basses besognes sous les soviets et l'occupation allemande.....
 
Pas un livre très gai comme on peut le voir, mais à lire néanmoins.... L'auteure est de nationalité finlandaise mais d'origine estonienne, par sa mère. Elle sait de quoi elle parle pour avoir entendu sans doute ses parents et grand-parents raconter des histoires que tout ancien citoyen soviétique a vécu...
Sophie OKsanen est un écrivain très connu dans les pays scandinaves et dans le nord de l'Europe, un peu (beaucoup) moins chez nous... c'est dommage.....

 

Pour une critique plus "psy",moins politique que la mienne, voir cet article du monde des livres :
http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/09/09/purge-de-sofi-oksanen_1408779_3260.html 
 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 09:55

laitierSi vous ne savez pas quoi lire en ce moment, faites donc comme moi, empruntez ce bouquin à votre bibliothèque municipale. Kourkov est un écrivain ukrainien de langue russe écrivant en russe. De toute façon, à mon humble avis (de russophile très modeste il est vrai) tout comme le bielorusse, mis à part quelques différences lexicales et orthographiques, les deux langues sont si proches que l'on se demande pourquoi on les distingue. Je n'ai en tout cas pas plus de problème à comprendre un texte ou un discours parlé dans l'une ou l'autre langue, à condition qu'ils correspondent à mon niveau de compréhension.

Le roman rappelle fortement Gogol, écrivain d'origine ukrainienne (il a écrit "les nouvelles ukrainiennes") mais écrivant en russe.  Pourquoi Gogol ? Parce que , comme chez l'auteur des Ames mortes, du Nez, du Manteau, la société ukrainienne actuelle y est dépeinte de manière réaliste, tout en introduisant des éléments fantastiques, le fantastique venant curieusement renforcer l'effet de réalisme produit par le texte. Par exemple, pour ce qui est du réalisme, la pauvreté, la corruption, la violence prévalant dans  l'Ukraine actuelle sont la toile de fond de la vie quotidienne des personnages.  On rencontre un douanier complice de bagagistes volant des valises à l'aéroport, un député organisant un trafic de lait maternel pour le revendre à  des gens riches dont les femmes ne veulent pas allaiter, des agents de sécurité impliqués dans diverses petites magouilles, en tout cas payés pour protéger les politiciens et autres notables ripoux qui les emploient. Mais, au sein de toute cette "glauquitude", des événements étranges se produisent et des personnages improbables se mèlent, tour à tour renforçant la laideur du tableau ou apportant une touche de tendresse et d'empathie envers les pantins qui se se côtoient et se rencontrent, dont les destinées sont plus ou moins imbriquées les unes dans les autres. Les valises détournées par le douanier et ses complices contiennent des ampoules mystérieuses, qui, ingurgitées par ceux auxquels on les revend au marché noir ou administrées au chat  du douanier, semblent provoquer chez les sujets traités une perte de prudence et une propension à jouer les justiciers vertueux. Une amie de la femme d'un agent de sécurité refuse de faire enterrer son mari décédé récemment mais le garde chez elle en le faisant "plastifier". Ce même agent de sécurité est somnambule et erre la nuit dans les rues de Kiev, s'attirant les pires ennuis et rendant sa femme jalouse. Une secte inflitre les sphères du pouvoir et promet à ses ouailles une société juste et morale. Tous ces personnages ne sont au fond pas si mauvais qu'on pourrait le penser en lisant ce compte-rendu. L'auteur nous en parle en comprenant leur bassesses, leur petites lachetés, combines, actes de débrouillardise auxquelles, probablement, tout citoyen ukrainien doit avoir recours, tout comme au bon vieux temps du communisme, pour mettre du beurre dans les épinards, amadouer leur femme, trouver un amoureux, trouver le bonheur, tout simplement.

Pour m'être fait des amis dans la bonne ville de Kiev au temps des soviets et avoir été initié par eux aux petites combines que les gens trouvaient pour améliorer le quotidien et mettre de la fantaisie dans la vie, j'ai l'impression, en lisant ce livre, que l'on est encore au temps de l'union soviétique, que le régime a marqué à jamais les esprits, même chez ceux qui sont trop jeunes pour l'avoir connu. Par exemple, il me souvient avoir été transporté dans l'ambulance d'un ami de mon pote Genia, peintre et trafiquant d'icônes,pour nous rendre à une soirée. C'était plus pratique, pour aller en grande banlieue de Kiev, que de prendre le métro ou le bus. Nous étions couchés sur les brancards,  (le monde ne peut être parfait, même dans la patrie du "socialisme réel"). Ne me demandez pas comment étaient transportés les malades du chauffeur pendant son temps de service, alors que l'ambulance était détournée pour des missions autres que les siennes...............

Preuve que le roman est plus optimiste qu'il peut  y paraître à la lecture des lignes ci-dessus, outre le regard empathique et tendre porté sur la galerie de personnages truculents mais plus ou moins sympathiques dont on vient de parler, émerge, au-dessus de la mélée, une petite fille mère, métaphore sans doute de l'Ukraine , riche et généreuse, pourvoyeuse éternelle de blé pour le pouvoir moscovite, qui donne son lait pour qu'il engraisse les bébés de la nouvelle nomenklatura, tout en nourissant sa fille au lait en poudre local, ne pouvant se permettre le lait occidental, trop cher. Tout comme sous "l'ancien régime" en effet, les produits locaux continuent à être jugés frelatés, inférieurs en tout cas à ce qui vient de l'Ouest.

La petite donneuse de lait réussira à se faire épouser par l'un des agents de sécurité, qui est loin d'être un tendre, mais sera touché par la grâce de cette icône "nationale" et paysanne de pureté (toute relative...) Tout comme certains personnages de Serfs chez Tolstoy, elle représente la classe sociale qui est le socle inébranlable sur lequel devra (devrait ?) s'appuyer tout pouvoir légitime dans les anciennes républiques de l'ex URSS. Elle habite en grande banlieue de Kiev, sa mère s'exprime en un Ukrainien très populaire et incorrect. La promise au barbouze repenti symbolise l'Ukraine éternelle ayant enduré courageusement les pires soufrrances et sévices, qu'elles viennent des tsars, des nazis ou de l'oncle Joseph, qui affama la population pendant la dékoulakisation avant la guerre et fit payer cher au ukrainiens le crime d'avoir sympathisé avec les nazis dans un premier temps. Une partie de cette population avait en effet tellement souffert sous le stalisnisme que tout autre "maître" leur paraissait préférable aux commisaires politiques envoyés par Moscou. Ils déchantèrent vite, mais Staline ne leur pardonna pas cette trahison.........

Le lien que je donne ci-dessous contient un article de la croix intéressant sur le livre en particulier et l'oeuvre de Kourkov en général.
 
http://www.la-croix.com/livres/article.jsp?docId=2412306&rubId=43500

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 09:39

hessel.jpgDans un article du Canard enchaîné en date du 5/1/2011  (image ci-contre), un journaliste prétend comparer le prix Goncourt et le dernier fascicule de Stéphane Hessel.

Voir le lien ci-dessous pour pendre connaissance de l'article en question :

https://mail.google.com/mail/?shva=1#inbox/12d6582a7b9b5067

 

Mettre en parallèle ces deux textes dans une rubrique qui se veut "littéraire" n'a aucun sens  tant ils appartiennent à des genres différents. On comprend rapidement, en lisant l'article, que le journaliste ne s'intéresse pas du tout au livre de Houellebecq mais à la personalité du nouveau prix Goncourt et à ses déclarations dans les medias. Non, décidément, et bien qu'il y soit question de Houellebecq, il n'y a rien de littéraire dans l'article du Canard enchaîné. Depuis le début, ce journal critique l'auteur de Extension du domaine de la lutte et des Particules élémentaires, non sur ce qu'il écrit, mais sur quelques bétises qu'il a pu dire , les jours où il avait sans doute consommé trop d'alcool, ce qu'il fait très souvent. Si l'on devait juger les écrivains sur leur vie et non sur leur oeuvre, le Lagarde et Michard, n'aurait pas fait plus d'un demi-volume, et encore.... On peut d'ailleurs se demander si le journaliste qui a pondu l'article sur le nouveau Goncourt a bien lu livre puisqu'il s'en prend, comme dans d'autres articles du Canard consacrés à l'une de leur tête de turc littéraire favorite, à l'homme et non à son oeuvre.. Passons.......

En revanche l'article ne tarit pas d'éloge sur le nouvel opus de Stéphane Hessel, qu'il ne peut évidemment comparer à La carte et le territoire mais dont il apprécie visiblement le contenu.

Que dire sur le succès de librairie de Indignez-vous ? Qu'il a rencontré de nombreux lecteurs car exprimant ce que beaucoup de gens ressentent ? Sans doute. Que les recettes qu'il propose pour alller au delà de l'indignation sont pertinentes ? Cela me parait plus discutable. Contrairement à ce que certains détracteurs reprochent à l'ouvrage, je pense que l'indignation est légitime lorsque le sentiment de révolte contre l'injustice qu'elle exprime se traduit dans les faits par une action qui ne soit pas en contradiction flagrante avec la révolte telle que la définit Camus dans l'Homme révolté. Le philosophe montre bien la différence entre la révolte, qu'il respecte et qu'il prône, et la révolution qui, selon lui, nie le plus souvent les raisons de la révolte première celles qui firent se dresser les révoltés contre leurs opresseurs. le problème n'est donc pas l'indignation, mais les solutions suggérées par l'ouvrage.

La vie et les livres de Hessel ne sont évidemment pas en contradiction flagrante avec ce qui suscite son indignation . C'est un homme qui eut un itinéraire admirable, mais encore une fois c'est la posture nostalgique et passéiste, que l'on voudrait faire passer comme étonnément moderne, qui m'inquiète, pour la lucidité politique de nos concitoyens..

Pour revenir au succès de librairie, je pense que l'une des raisons de cet engouement, peu évoquée, réside dans la taille réduite du texte. Il est plus facile de lire un petit opuscule d'une trentaine de pages seulement, surtout si on lit peu ou jamais, et si l'on demande à un texte qu'il nous assène des certitudes bien joufflues ne risquant pas de nous faire douter. Lorsque, qui plus est, on frotte dans le sens du poil avec les meilleurs sentiments et intentions du monde et parfois dans celui du poujadisme ordinaire en s'en prenant aux politiques, aux riches, aux banquiers, on ne risque pas de déplaire.

La où ça ne va décidément plus, c'est lorsque l'on  préconise d'appliquer, pour le présent et le futur, les bonnes vieilles recettes de papa.  Je respecte beaucoup Hessel pour ce qu'il a fait, mais si l'avenir appartient désormais à de vieux radoteurs, au motif qu'ils furent des modèles dans le temps jadis, alors là, je m'incline. J'invite notamment les admirateurs de Indignez-vous à prendre connaissance de ses déclarations sur la Palestine et de l'indulgence (frôlant la sénilité..) qu'il montre à l'égard des terroristes palestiniens et du Hamas en particulier, condamnant Israël beaucoup plus que les pires islamistes. Il me fait penser à ces "spoutniks" (littéralement compagnons de route en russe) du PCF, satellites angélistes des pouvoirs totalitaires, utilisés et instrumentalisés par les pires régimes et leurs supporters dans les pays démocratiques dans le cadre du "mouvement par la paix". Ces braves et utiles compagnons de route déjà, servaient de caution humaniste à des partis et personnages beaucoup moins sympathiques, en quête de respectabilité et de crédibilité démocratique . Aujurd'hui, toute la classe politique progressiste, en mal d'idées nouvelles, se réfère en ce moment à Hessel et à son livre comme les gardes rouges brandissaient autrefois les pensées de Mao. Le nouveau petit livre rouge à l'attention de lecteurs d'un jour pour reader's digest politique est devenu le vademecum stratégique  dans la guerre de tranchées que continuent à livrer, en avançant masqués derrière les bons sentiments de Hessel, tous les nostalgiques d'une révolution néo marxiste n'osant plus dire son nom, ou ceux qui préconisent toujours aujourd'hui des solutions qui on fait la preuve de leur nocivité dans les pays communistes. On évite soigneusement de se référer au marxisme, même si le curriculum caché demeure identique. On se contente prudemment, derrière l'étandard généreux de Hessel, de se proclamer désormais, "résistants" contre le neo-libéralisme (qui nous mènerait évidemment inéluctablement vers le fascisme..), en attendant de pouvoir un jour nous refourguer les.  recettes économiques qui ont lamentablement échoué partout où elles ont été appliquées de manière systématique. L'échec récurrent des systèmes hyper étatiques où l'état régule trop et tout , ceci dans des pays pourtant aussi différents que l'étaient au départ ceux d'Europe de l'est, d'Asie, d' Afrique, d'Amérique latine, où il fut expérimenté à grande échelle et sur une durée significative n'est-il pas de nature à persuader ses sectateurs les plus zélés que Marx s'est trompé ?

Le libéralisme non régulé par l'état (qui n'est pas l'économie de marché..) a effectivement échoué lui aussi lamentablement, quoique de façon moins structurelle, plus conjoncturelle, que le communisme, n'en déplaise à Badiou, partout où ce second système fut mis en place. Mais ce n'est pas en appliquant le programme du CNR, très inspiré lui aussi par un PCF alors fortement inféodé à Moscou, que l'on trouvera des solutions aux problèmes qui nous sont posés hic et nunc, alors même que les pays du "socialisme réel" ont implosé sans même que l'occident capitaliste ait eu besoin d'agir...

Les grands principes dont parlent Hessel, qui ont inspiré les législateurs de l'immédiate après-guerre, ont effectivement débouché sur des mesures qui ont marché pendant trois décennies. Mais si les principes doivent demeurer d'actualité et continuer à inspirer le législateur, les mesures concrètes qui les ont actualisés dans les domaines économique et social ont été décidées dans un monde totalement différent du nôtre :  Une France peuplée de travaileurs pauvres, prêts à travailler pour des salaires modestes, comme en Chine et en Inde aujourd'hui, ainsi que  l'a rappelé l'économiste Cohen à l'émission animée par Pierre Arditi cette semaine à la télévision. Une France détruite, deux fois plus pauvre que l'Amérique à l'époque, aux salaires bien plus bas que ceux d'outre-atlantique, pouvant produire des biens qui s'exportaient assez bien et qui ne connaissaient pas la concurrence des pays émergents, qui à l'époque ne produisaient rien de ce qui faisait la suprématie économique de l'occident. D'ailleurs, tous les pays européens ne se sont-ils pas développés comme la France, avec des politiques économiques et sociales pourtant très différentes de celles pratiquées dans l'Hexagone ? Les grandes orientations du programme du CNR ont pu jouer un rôle dans la prospérité des trente glorieuses, mais en faire la principale (voire l'unique) raison de la formidable progression des niveaux de vie dans les années 50, 60 et 70 n'est pas sérieux. Et pourtant, est-il certain que ceux qui connurent ce formidable "bond en avant" avaient conscience du progrès en train de s'accomplir ? Moi qui ai vécu cette époque, je ne cessais d'entendre les gens se plaindre, dire que tout allait mal, qu'il y avait du chomâge, que la vie était de plus en plus chère, ceci alors même que le niveau de vie doublait tous les dix ans, que les jeunes que nous étions trouvaient du travail facilement à la sortie de l'école...

 

Selon Hessel et bien d'autres qui ont la mémoire courte, on démentèlerait aujourd'hui seulement le programme du CNR ? Comme si les différents pouvoirs et présidents qui se sont succédés depuis la fin de la guerre avaient attendu Sarko pour adapter (démanteler disaient déjà tous les nostalgiques archéos à l'époque) le programme du CNR aux réalités nouvelles d'un monde en perpétuelle évolution. A en croire le journaliste du Canard, on a l'impression que les "acquis" sociaux de l'immédiate après-guerre étaient encore tous en place avant l'arrivée de Sarkozy au pouvoir et qu'il fut le premier à les "démanteler".

Et De Gaulle que l'on encense maintenant ? Avec sa cinquième république ? N'a-t-il pas radicalement remis en cause le sytème politique, parlementaire, imaginé alors par le CNR ?

Et Mitterand en 83, avec sa rigueur et Delors comme 1er ministre, n'a-t-il pas pris acte de la situation nouvelle créée par l'augmentation des prix du pétrole  ? 

Croit-on vraiment que la gauche, si elle venait au pouvoir, s'inspirerait du programme du CNR pour nous sortir de la crise ? Veut-on nous faire croire que la politique économique de DSK différerait radicalement de celle du pouvoir actuel ?
Décidément, les peuples et les journalistes du canard ont la mémoire courte. Ou, plutôt,  concernant les journalistes du Canard, ils savent bien que les adaptations au monde moderne n'ont pas commencé récemment (voir la crise de la sidérurgie gérée par les socialistes), mais ils préfèrent faire "comme si", afin de pouvoir faire pleurer dans les chaumières avec une énième version de la théorie du grand complot, qui trouvera toujours des lecteurs friands de ces simplifications historiques dont raffolent les foules.

Je précise que  je n'ai pas voté Sarkozy et ne le ferai pas cette fois encore , mais vraiment, si ce que l'on me propose en échange comme credo de la nouvelle gauche, c'est le programme du CNR, alors "Nein Danke", comme disent les écolos allemands du Nucléaire. Je risque de m'abstenir aux prochaines élections........
 
Ci-dessous, un lien vers un article, dont je ne partage pas toutes les affirmations loin s'en faut (notamment sur le fait que les marchés financiers iraient spontanément vers la liberté et la démocratie), mais qui montre que l'on peut douter que tout ira mieux en se repliant sur le bunker idéologique du programme du CNR et en défilant derrière de vieux papys, qui furent admirables, mais font peut-être "le match de trop," comme on dit en foot
 
http://www.slate.fr/story/32189/indignez-vous-hessel-erreur-creux

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 09:23

zemmour.jpgJe ne suis pas un fan de Zemmour, mais je suis de ceux qui pensent que le poursuivre en justice pour les propos qu'il a tenu à l'émission d'Ardisson est ridicule. La LICRA, SOS racisme, l'union des étudiants juifs de France et le MRAP, qui se portent partie civile seraient plus crédibles, si ces associations s'indignaient également, parfois, des propos tenus par certains groupes de RAP dans leurs chansons (voir pièce jointe), qui eux, incitent vraiment, et de manière explicite, à la haine raciale et à la violence (contre la France et les blancs il est vrai, alors c'est moins grave n'est-ce pas... et puis, là, c'est de l'expression artistique, alors.....)
 
Ci-dessous un lien vers un article d'un prof de maths, qui, comme moi, n'a pas de sympathie particulière pour Zemmour, mais démontre par A +B que les propos du chroniqueur , en pure logique, ne disent absolument pas ce qu'on lui fait dire au procès. Et le mathématicien d'invoquer pour sa démonstration, Bayes, un mathématicien ayant énoncé son théorème en 1750 : En plus clair et pour appliquer la formule de Bayes à la polémique en cours, dire que la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes n'implique pas que la plupart des arabes et des noirs sont trafiquants (voir l'article pour plus de précision..). Le mathématicien en conclut que Zemmour devrait avoir recours à un matheux pour sa défense. Pas con.....
Moi qui ne suis pas matheux, loin s'en faut, je me contenterai, au risque de me faire excommunier par la bien-pensance, de faire remarquer que ce qu'a dit Zemmour ne signifie pas que l'on pense que les noirs et les arabes ont un gène du trafic de drogue dans le sang, mais que pour des raisons sociales, économiques (exclusion, chômage..) et non culturelles ou génétiques... il n'est pas étonnant que l'on trouve plus de délinquants (et donc de trafiquants..) parmi ces populations. Il y a sans doute également plus de trafiquants chez les petits blancs pauvres que dans les classes moyennes.. Doit-on aller en justice pour avoir fait ce constat, lors d'une thèse de sociologie par exemple ? On a vu la tempête qu'avait provoquée le livre d'un sociologue pourtant sérieux ayant comparé la délinquance chez les jeunes issus de l'immigration, qu'ils viennent du maghreb ou du Sahel.
 
Ce procès fleure bon l'inquisition, Si ce que Zemmour dit est vrai - et tous ceux (j'en connais dans ma famille..) qui se sont approvisionnés régulièrement dans les cités pour acheter leur shit vous le confirmeront - et si Zemmour est condamné, il le sera pour avoir osé dire un fait avéré sans doute statistiquement, bien que ces statistiques ne soient pas publiées car politiquement incorrectes... Il pourra alors méditer les paroles d'un autre hérétique ("Et pourtant, elle tourne.."), accusé par une autre forme d'inquisition, mais qui elle aussi se fondait sur un postulat auquel elle pensait qu'il était criminel de toucher.
 
Le lien vers l'article du mathématicien => : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/03/30/la-licra-contre-zemmour-revisez-vos-maths-par-jean-michel-claverie_1326184_3232.html#ens_id=1320193

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 09:00

mammuth.jpgMamuth est un très joli petit film. C'est  l'histoire tout à la fois drôle et pathétique d'un ouvrier boucher arrivant à la retraite et devant retrouver des papiers pour valider ses "points". C'est un être innocent, totalement inadapté à la société telle qu'elle est devenue, abordant les gens qu'il rencontre lors de son errance en moto, avec une naïveté qui lui vaut des déboires successifs. Il est un Candide de notre début de siècle en quelque sorte, dans les yeux d'enfant duquel se reflète le cynisme des temps.

La scène de départ à la retraite, dans laquelle le patron fait un petit speech convenu et maladroit, saluant l'ouvrier modèle, "qui ne se plaint jamais", qui a le goût du travail bien fait, est tout à fait savoureuse. Pendant que le boss loue l'abnégation au travail du nouveau retraité, les collègues du Stakhanov de la productivité capitaliste en France profonde, qui désossait les bestiaux   plus rapidement que tous ses compagnons d'infortune, ceci avec une dextérité et une rapidité diabolique, profitent de l'aubaine et du répit offert par cette cérémonie en se gavant  de petit fours sans broncher, sans approuver ni sembler désapprouver cette apologie du travail à la chaîne en chambre froide. Cette scène est tout à la fois d'une drôlerie désopilante et d'une vérité tragique. Elle culmine dans le burlesque lorsque le patron proclame, à l'issue de son ridicule speech de circonstance :"Et maintenant, que la fête commence"...

Une autre scène,  particulièrement savoureuse, elle aussi pathétique et amusante à la fois, comme beaucoup d'autres, est  celle où le héros, ne sachant que faire pour son premier jour de retraite, va faire les courses au supermarché où travaille sa femme, et traite l'employé  officiant au rayon boucherie de tous les noms d'oiseaux car ce dernier ne peut répondre à ses questions sur la façon dont le jambon qu'il vend a été fumé, déclarant qu'en étant payé au SMIG, il ne va pas se mettre à faire du zèle en vantant les mérites des produits qu'il sert. A l'issue de cette altercation, sa femme sera, en représailles, mutée au rayon poissonnerie, poste où elle redoutait le plus d'être affectée..

Il y a aussi, dans une veine différente, un épisode qui met mal à l'aise, mais qui, à sa manière, est bouleversant et traduit l'immaturité et l'innocence du personnage, en dépit de ce que montre la scène, que certains spectateurs trouveront sans doute incongrue, immorale et d'une perversion malsaine.  Lors de son retour dans le coin où il a vécu dans une autre vie, dans une sorte d'éden libidineux, il retrouve un ancien ami d'enfance. Les deux compères, histoire de célébrer l'événement, ne trouvent rien d'autre à faire que de se prêter leurs mains respectives pour se masturber mutuellement, dans un élan de "franche camaraderie" en quelque sorte, comme ils devaient le faire quand ils étaient gamins. Ce qui est le plus dérangeant sans doute, dans la scène, c'est qu'ils le font non pas en adultes passant à l'acte pour assouvir une pulsion homosexuelle réprimée depuis l'enfance, mais dans une sorte de retour régressif vers un passé disparu, qui ne sera pas plus utile, même exhumé, que les quelques papiers de retraite que le héros retrouve mais laisse s'envoler en conduisant sa moto dans la campagne, et tente de ramasser dans un fossé.

Depardieu et Yolande Moreau sont éblouissants de vérité, Depardieu se met constamment en danger et expose sans pudeur son obésité pour servir le personnage et le film. Pétain donnait "sa personne" à la France. Depardieu offre sa laideur à son art et au rôle. L'histoire tourne rapidement le dos à une satire sociale et à un critique misérabiliste et larmoyante et se transforme en anti "Easy rider", en road movie franchouillard surréaliste et déjanté qui nous renvoie à notre destin à tous, aussi absurde, au fond, que celui du héros, malgré nos prétentions et illusions à profiter mieux que lui d'une retraite enrichissante....

Bien au-delà de la quête administrative de paperasse, il s'agit également d'une histoire plus universelle d'occasions et d'amour ratés, avec une Isabelle Adjani qui apparait par instants. Cette apparition sanglante fut sans doute le grand amour du héros, tuée dans un accident de moto. C'est d'ailleurs probablement en conduisant cet engin lui aussi inadapté à l'époque - autre clin d'oeil des anti-héros du film  aux Harley Davidson d'Easy rider - que le désosseur de porcs à la retraite tua ce fantôme d'un bonheur impossibe. Il n'est donc pas fortuit que ce soit sur cette monture, sortie du garage et de la naphtaline mémorielle après des années d'inutilisation, que le garçon boucher s'élance sur les routes de Charente pour partir à la recherche des lambeaux manquants d'une vie totalement ratée., Comme dans tout bon road movie qui se respecte, les rencontres faites au cours de la dérive sont étonnantes de diversité, la plus émouvante étant sans doute celle d'une nièce retrouvée, totalement folle, vivant seule dans une maison décorée de poupées désarticulées, transformées en sculptures qui semblent être autant  de paraboles d'une enfance également mutilée.  Comme son oncle, avec lequel elle entretient une relation trouble, malsaine et ingénue à la fois, elle est totalement inadaptée à son environnement humain et social. C'est une sorte de poétesse schyzophrène, nous renvoyant, tout comme son tonton le fait, en plus soft, grâce à leur "anormalité" innocente, le miroir de la société absurde dans laquelle nous vivons.

La pellicule déliceusement surrannée avec laquelle le film est tourné, choisie par les réalisateur pour son grain anachronique bien adapté à leur propos, ajoute encore au charme et à la vérité de l'histoire et du message.

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 16:16
experience de milgramL'autre jour, j'évoquais avec une amie l'émission sur Antenne 2, reprenant la fameuse expérience de Milgram, dans laquelle on demandait à des gens d'envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à une personne ne répondant pas correctement aux questions posées. Comme dans l'expérience de Milgram, l'expérience, reproduite cette fois sous la forme d'un jeu télévisé, a amplement montré que le degré de soumission à l'autorité (télévisuelle ici, scientifique dans l'expérience de Milgram), était extrêmement élevé et qu'il était très difficile, dans certaines conditons, de refuser d'exécuter les consignes données par un pouvoir institutionnel, même lorsque l'on ne risque rien à aller contre la volonté de l'autorité donnant les instructions. 
Je faisais remarquer à cette amie que Hannah Arendt avait insisté sur la banalité du mal, sur le fait que celui-ci était l'oeuvre non de monstres mais de fonctionnaires obéissants aux ordres.
Ma correspondante émit quelques critiques au sujet de cette émission, faisant valoir qu'e le programme mélangait les concepts, qu'il y en avait plusieurs différents: le pouvoir de la télé, l'impact et même la toute-puissance des animateurs et des journalistes, la soumission de l'être humain et la difficulté à se révolter lorsqu'on est seul devant un représentant du pouvoir. Elle insista sur le fait que la différence entre soumission et obéissance  n'était pas du tout abordée alors qu'à son sens elle est capitale. Elle me rappela que plusieurs fois,  avait été mentionnée l'attitude au travail, avec pour seule remarque que là, il y avait des syndicalistes pour aider l'individu (à ne pas obéir?). Le raccourci ne lui avait pas paru convaincant. Elle craignait que beaucoup de personnes ne se soient réveillées le lendemain matin, confortées dans leur idée que désobéir au gouvernement, aux directeurs, aux patrons, à la loi, c'était un devoir. Elle donnait des exemples d'appel à la désobéissance civile que l'on entend de la part d'intellectuels ou d'homme politiques : Badiou, Mamère, Bové, voyant là  un danger de l'émission. Etant professeur à la retraite, elle soulevait le problème d'un enseignant qui considèrerait de son devoir de désobéir à l'inspection qui représente la loi, concluant que ce maître là ne pourait être crédible envers ses élèves. Elle doutait de la crédibilité d'un tel maître vis à vis de ses élèves. et elle terminait par cette formule : "Obéir, ce n'est pas se soumettre!..."
Voilà ci-dessous la réponse que je lui ai faite :
 "Je reviens sur le débat très intéressant que tu as soulevé, au sujet de l'émission sur antenne 2 l'autre soir.  Tu as en partie raison, mais je préfèrerais la formulation "Obéir, ce n'est pas forcément se soumettre".
Evidemment, obéir à des ordres (ou à des consignes) qui semblent justes, ou avec lesquelles on n'est pas d'accord mais qui n'enfreignent pas les lois fondamentales relatives au respect de la dignité humaine, est tout à fait légitime. Obéir à sa hierarchie, même lorsque l'on estime que la directive ne va pas dans le sens que l'on souhaite, mais que la consigne donnée reflète la volonté de la majorité des citoyens telle qu'elle s'exprime dans une société démocratique, s'impose en principe, si l'on est soi-même un démocrate.
Et de nos jours, trop de gens s'arrogent le droit de dire eux-mêmes le droit en leur nom propre et de décider à quelles lois ils daignent se soumettre. A ce titre, les prétentions d'un José Bové ou d'un Mamère à se réclamer de la désobéissance civile prônée par Thoreau peuvent paraître ridicules dans la mesure où les lois sont, même indirectement, l'expression de la volonté populaire telle qu'elle s'est exprimée dans les urnes. Le second de ces deux "rebelles", étant élu démocratiquement par le peuple, il devrait, plus que tout autre citoyen, se soumettre à la volonté populaire majoritaire, plus légitime en principe que son opinion personnelle, aussi respectable soit-elle par ailleurs...
Mais il faudra toujours, dans des situations exceptionelles, ou dans des circonstances plus ordinaires, en l'absence de référendums soumis à la volonté du peuple pour chaque loi passée par le gouvernement (ce qui ne serait pas souhaitable au demeurant à mon avis), des Antigones, des "hommes révoltés" qui savent dire non lorsque la démocratie "dérape" ou quand ils estiment que les lois fondamentales de l'humanité sont bafouées par une mesure particulière ou un ensemble donné de dispositions prises par les autorités.
Si plus de policiers et de fonctionnaires avaient désobéi lors de la rafle du Vel d'hiv', plus de juifs auraient été sauvés. L'une des candidates ayant refusé la première d'envoyer des décharges électriques au faux candidat du pseudo jeu télévisé était, comme par hasard, une ancienne réfugiée Roumaine ayant subi le régime de Ceucescu. Elle faisait remarquer, pour expliquer son refus, que les régimes totalitaires avaient pu durer pendant cinquante ans seulement parce que les peuples ne s'étaient pas révoltés, avaient "obéi" précisément, bien que convaincus pour la plupart de l'injustice profonde du régime.
Combien de scientifiques ou de simples citoyens ont été ainsi envoyés au goulag, persécutés ou privés de leur emploi par les polices politiques suite à des dénonciations ou à des pétitions obtenues en forçant les collègues ou l'entourage à de fausses déclarations...... Les responsables de crimes contre l'humanité et surtout les exécutants subalternes justifient toujours leur zèle par la nécessité dans laquelle ils étaient d'obéir aux ordres..
Le problème demeure cependant entier lorqu'il s'agit d'estimer la légitimité du refus d'obéissance à la loi. C'est au cas par cas, en réservant cependant la désobéissance civile à celles des lois ou injonctions qui portent atteinte à la dignité de l'homme ou aux valeurs fondamentales de notre société.
Mais il y aura toujours des gens pour estimer qu'il n'ont pas à obéir en fonction de convictions qui leur sont personnelles, qu'elles soient religieuses ou idéologiques.
Les cas où la désobéissance civile est justifiée dans une société démocratique feront toujours l'objet de débats contradictoires, chacun ayant de bonnes raisons pour estimer qu'il faut dire non, que la révolte est nécessaire, ou au contraire pour penser que l'on doit se soumettre à la volonté majoritairement et démocratiquement exprimée.
Pour revenir sur ta formulation, on peut la retenir, mais en la complétant : "Obéir n'est pas forcément se soumettre.
Mais il faut bien constater que beaucoup obéissent par lâcheté, par manque d'esprit critique, parce qu'ils n'osent pas affronter les pressions du groupe ou d'un supérieur hiérarchique, craignent les représailles ou simplement l'opprobre que va déclencher leur refus d'obtempérer chez l'entourage ou la famille, une partie de leurs connaissances, collègues ou amis..... 

Cette amie, ayant reçu mon commentaire, concluait ainsi : "Comme quoi l'on peut désobéir par courage et obéir par manque de volonté ou de personnalité. Mais aussi désobéir par manque de courage et obéir par réflexion et maîtrise de soi...Chaque cas est à étudier à la loupe."

On ne peut que souscrire, je pense, et ajouter qu'il peut y avoir obéissance /soumission dans d'autres cas que ceux qui ont été évoqués dans l'émission ou auxquels on a tendance à penser spontanément : On peut se soumettre à une majorité par exemple, lorsque l'on n'ose pas intervenir, dans un amphi ou une réunion de grévistes, contre les solutions proposées par ceux qui sont les plus radicaux, de peur d'être considéré comme un lâcheur, un jaune, ou pire encore..
Mais il y a bien d'autres exemples à trouver de soumission par lâcheté envers l'autorité, cettte autorité n'ayant pas nécessairement un pouvoir défini par une institution dans une relation inégale envers un supérieur hiérarchique. On peut être un pleutre et suivre le mouvement alors que l'on a rien à craindre pour son travail, son avancement ou sa sécurité, comme c'était le cas pour les participants à l'émission......On peut l'être simplement pour ne pas déplaire à la majorité ...........
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 17:31

J'en ai un peu assez de l'utilisation faite des propos volés aux politiciens dans des vidéos filmées avec des téléphones portables et diffusées sur le net comme si les paroles de l'intéressé étaient à prendre au premier degré.
Ces lynchages médiatiques s'en prennent à tout le monde, de Heurtefeux à Manuel Walls, en passant par Frèche. Les gens les moins soupçonnables de pensées impures ne sont pas à l'abri d'une excommunication précédée d'un procès en sorcellerie où les principales (et parfois uniques) pièces à conviction sont quelques phrases ou mots maladroits, détachés le plus souvent de leur contexte, ayant échappé à la  vigilance de l'accusé, qui croyait pouvoir se relâcher un instant en ne voyant plus la forêt de caméras traquant ses moindres sourires ou grimaces pour les jeter en pâture à tous ceux qui sont plus friands des petites faiblesses des grands de ce monde que du contenu véritable de leur pensée .....
 
De plus, si la gouaille populaire ne peut plus s'exprimer à travers les quelques embardées des représentants du peuple s'exprimant parfois comme leurs électeurs, si cette gouaille est censurée par la chappe de plomb de la bienpensance, si les discours publics sont régis par une "novlangue" telle que celle décrite dans le 1984 d'Orwell, une "novlangue" bureaucratique aseptisée, certifiée conforme par l'idéologie dominante et le politiquement correct, alors il y a fort à parier que le petit peuple, se sentant dépossédé de ses modes d'expressions spontanés par "ceux de la haute", s'exprime dans les urnes de façon négative et contraire aux meilleures intentions des censeurs.
Je pense personnellement que les dérapages éventuels de cette gouaille  et du bon sens populaire sont moins dangereux pour la démocratie que la surveillance tatillonne des discours qui s'exerce aujourd'hui encore plus qu'avant à travers des nouveaux moyens de communication, qui deviennent les auxiliaires zélés de la nouvelle police de la pensée. Comme dans 1984, Big brother nous surveille désormais jusque dans notre chambre à coucher. Personne n'échappe à ses écrans de contrôle, qui ne sont pas seulement dans les caméras placées dans certaines villes, mais dans le téléphone portable de monsieur tout le monde.
Cette gouaille des comptoirs est au contraire, toujours à mon avis, le prix à payer d'une démocratie dynamique, comme le sont les blagues de mauvais goût que commettent parfois des comiques. Je ne parle pas ici de Dieudonné, qui lui n'a pas commis un simple dérapage et persiste et signe dans l'antisémitisme avec constance et obstination. 
De plus, cette gouaille salutaire s'exprimant dans les brèves de comptoir et les blagues d'un goût que les "prout prout ma chère" de tous poils, rêvant à un peuple bien élevé qui n'existe que dans leurs fantasmes, considèrent comme douteux, je la considère comme  le meilleur antidote contre la langue de bois déconnectée du réel et des problèmes que vivent concrètement les gens. Certains sociologues très sérieux, ayant analysé les blagues circulant dans les pays communistes, en ont conclut que ces histoires décrivaient la situation des gens (et celle du pays !!) bien mieux que la presse officielle. Beaucoup de ces historiens s'étant penchés sur l'histoire des pays communistes, ont pensé et écrit que ces blagues et la gouaille qui va avec, sont le seul exutoire permettant aux citoyens de pays totalitaires de survivre ou de ne pas sombrer dans la folie.
Je persiste à penser que nous ne sommes pas un pays totalitaire, n'en déplaise à certains qui veulent se faire peur et s'en persuader, mais je constate que nous nous plaignons sans cesse de cette langue de bois soporifique à souhait, tout en la provoquant en faisant sans cesse des procès d'intention aux gens qui sont amenés à s'exprimer publiquement, en raison de leurs responsabilités. Il faut savoir ce que l'on veut !!!!
 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 10:31

mercredi 10 mars 2010

soweto.jpg
L'autre jour, France 2 avait programmé un excellent reportage sur l'Afrique du Sud, dans le cadre de la future coupe du monde de football.
Cette émission m'a confirmé que le film et le livre Disgrâce de Goetze, prix Nobel de littérature,  dont je parlais dans mon précédent article sur ce blog, sont certainement plus proches de la réalité que le film de Clint Easwood : Invictus.
J'ai été abasourdi d'entendre des noirs pauvres regretter l'apartheid au motif qu'il était plus facile de trouver du travail avant.......
Je ne révais pas, ce n'était pas les blancs déclassés que l'on voit dans le documentaire mendier dans la rue qui disaient cela, mais des noirs de Soweto n'ayant pas profité du nouveau régime et envieux de la réussite de ceux de leur communauté ayant réussi à monter dans l'ascenseur social .......
Certes, la plupart des noirs interrogés ne regrettaient pas le passé, mais beaucoup disaient que la fin du régime raciste n'avait pas changé grand chose à leur situation économique et sociale.

J'ai toujours du mal à entendre des gens regretter les dictatures les plus sanglantes.
Il y a malheureusement des nostalgiques des pouvoirs forts partout, des "ostalgiques" de la RDA en Allemagne, des archeo communistes en Russie, et bien sûr des jeunes gens rêvant d'un quatrième Reich.
Et chaque fois, pour ceux qui craignent la précarité plus que toute autre chose, c'est l'aspiration à un travail stable, à un statut ressemblant à celui des fonctionnaires, qui semble être plus important que la liberté obtenue après la chute de la dictature.
Effectivement, la démocratie (qui va avec l'économie de marché, bien que cette dernière puisse très bien s'accommoder de la dictature...) comporte cet inconvénient majeur, par rapport aux régimes communistes du passé, de ne pouvoir assurer un salaire aux travailleurs, de ne pas leur promettre qu'il pourront continuer à produire des marchandises dont personne ne veut, car trop chères ou technologiquement obsolètes.
Il y a aussi, chez nous, une partie de la classe ouvière et des chômeurs qui seraient prêts à troquer la liberté (dont ils ne font pas toujours un excellent usage..) contre un pouvoir fort leur assurant un travail à vie et leur promettant de punir ceux qui les avaient licenciés ou avaient participé à leur exploitation ou à leur licenciement : les patrons, les cadres, les politiques (qui sont tous pourris évidemment...) et bien sûr toute la cohorte de "collabos" ayant (si j'en crois ce que j'entends de plus en plus dans la rue, aux comptoirs et parfois sur les plateaux de télévision dans la bouche d'intellectuels..) vendu leur âme aux actionnaires, à la mondialisation, au libéralisme, ce nouveau nom nom par lequel on désigne désormais le capitalisme......

Prenons garde qu'à la faveur de la crise, les nouvaux prophètes (de tous bords..) n'instrumentalisent la colère des laissés pour compte de l'économie de marché pour parvenir à leurs fins...
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 13:04
disgrace.jpgJe voudrais ici parler d'un film sur l'Afrique du sud, dans lequel joue pourtant john Malkovitch et dont on ne parlera sans doute pas autant que d'Invictus.
Le dernier film de Clint Eastwood n'est pas désagréable à voir. Il a le mérite de montrer à un large public, comment le grand leader noir, prenant à rebours les dirigeants de l'ANC et les militants de base, ainsi que beaucoup de noirs et de métis je suppose,, a contribué à éviter un bain de sang à son pays en optant pour le pardon et pour une politique consistant à associer les blancs à la construction d'une Afrique du sud où les races pourraient enfin cohabiter.
Mais le film de Eastwood pôse et résout les problèmes de manière Hollywoodienne et ne nous apprend pas grand chose de la réalité de ce pays, des tensions qui subsistent entre communautés. Le message est politiquement correct. C'est celui que la majorité des gens qui rejettent à juste titre l'apartheid ont envie d'entendre aujourd'hui. Mais, à être trop simpliste, le message a du mal à être véritablement crédible. Ce serait trop beau pense-t-on, si les choses étaient si simples, s'il suffisait d'un match de rugby pour effacer les traces d'un passé si violent.
Disgrâce, lui, nous offre une image totalement opposée de la nouvelle Afrique du Sud. Sans céder à une nostalgie neo-ségregationiste, c'est ici un pays non réconcilié qui nous est décrit, un pays où les blancs minoritaires doivent payer un tribu au passé, où la mauvaise conscience fait accepter à certains les pires humiliations de la part de ceux que leur communauté oppressait jadis.
Tiré du formidable roman de Cotzee, prix Nobel de littérature en 2003, le film est fidèle au texte et ne trahit pas, je crois, ni la lettre, ni l'esprit de l'oeuvre littéraire, même si les analyses sociologiques et psychologiques contenues dans le roman sont bien plus puissantes et plus profondes que celles du film, simplement suggérées par l'image et quelques dialogues. 
Un professeur de littérature, spécialiste de Byron et des romantiques, tente de faire partager sa passion à des élèves un peu endormis et peu intéressés par son discours. Il fréquente assidûment les prostituées pour assouvir ses désirs. Il a un discours ambigu sur une sorte de légitimité de l'instinct de chasseur du mâle envers envers des partenaires féminines. Il ne viole pas, mais profite de son aura (et peut-être de sa position hiérarchique de prof) pour coucher avec une étudiante métisse. Il doit quitter son poste pour avoir refusé, devant le conseil de discipline de l'université, d'exprimer des regrets quant à son acte et pour s'être contenté de plaider coupable.
Il arrive chez sa fille qui exploite seule une ferme isolée dans le bush. Son amie (Les deux femmes sont lesbiennes dans le livre, mais ce détail n'est pas vraiment précisé dans le film) vient de quitter l'endroit.
Le père s'aperçoit rapidement que l'employé noir se comporte comme si la propriété lui appartenait et qu'il devait reprendre ses droits à la terre un jour ou l'autre. Il interroge sa fille à ce sujet, mais cette dernière semble résignée au fait que dans la nouvelle société, la communauté blanche doit accepter une dépossession progressive des privilèges que les Afrikaners se sont octroyés injustement.
La feme est attaquée un jour. La fermière blanche est violée et les agresseurs tentent de transformer le père en torche humaine. Suite à cette attaque, la fille refuse de porter plainte et ils s'aperçoivent que Petrus, l'employé noir, connait les assaillants et a peu être commandité l'attaque afin de décourager la propriétaire du lieu et de récupérer ses terres, sur lesquelles il commence d'ailleurs à se construire sa propre maison dans une grange qu'elle lui a cédée.
On apprendra par la suite que la fille du professeur ne se fera pas avorter et acceptera d'épouser Petrus, le futur véritable patron des lieux, pour être "protégée" de la convoitise et de la haine de ses voisins noirs.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce petit résumé, bien qu'aux antipodes de l'optimisme d'Invictus et de la forte demande d'histoire sainte que nous avons envie d'entendre et qui est véhiculée dans les médias, c'est un tout autre pays, qui nous est dépeint ici. La vision est pessimiste. Les personnages blancs, surtout le prof, ne sont pas du tout des "héros positifs", mais ne sont aucunement non plus nostalgiques de l'ancien ordre. Ils essaient au contraire d'établir des relations harmonieuses avec leurs voisins africains, mais réalisent que l'ancien monde est en train de vaciller, qu'ils vont devoir payer cher la souffrance que leur communauté a fait subir aux noirs et aux "non blancs".
Le prof de fac en est réduit à aider une blanche vivant dans le bush à euthanasier des chiens abandonnés. Est-ce une métaphore du sort qui attend les Afrikaners ?
J'ai comme l'impression, en entendant les reportages sur l'Afrique du sud contemporaine, que le pays que nous présente Coetzee est plus proche de la réalité que la bluette hollywoodienne que nous propose Eastwood et qui fut encensée béatement par la critique, pour des raisons plus idéologiques qu'esthétiques.
En tout cas, si vous avez vu Invictus, et si Disgrâce passe dans un cinéma près de chez vous, courez voir ce film. Vous aurez ainsi deux versions complémentaires d'une même réalité.
Sur Arte, récemment, un documentaire sur la lutte héroïque, humaniste et néanmoins inflexible de Mandela contre l'Apartheid a montré bien mieux qu'Invictus, ce que fut cette lutte et les compromis (qui ne furent jamais concessions) que le grand leader noir dut conclure pour éviter un bain de sang à son pays. Une leçon que devraient méditer chez nous et ailleurs les adeptes du "tous pourris", qui n'ont comme programme alternatif de gouvernement, que de vouloir mettre en prison tous les les hommes  politiques coupables (et même ceux qui sont suspectés seulement !) de faits de corruptions beaucoup moins graves que ceux commis par les anciens bourreaux de l'apartheid, qui eux furent pardonnés par leurs victimes (ou en tout cas par les tribunaux de la nouvelle société mis enplace par l'ANC grâce à l'influence de Mandela et de gens comme Desmond Tutu sans doute.....
Je ne suis pas sûr que le nouveau président et les nouveaux dirigeants du pays soient à la hauteur de leur prédecesseur........  Espérons que je me trompe et que Coetzee se trompe aussi dans la  vision extrêment sombre de son pays qu'il nous communique dans ses mots et que le film tente de traduire en images....
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