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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:24
Article du Petit Berrichon N° 82   16/11 2013

Les années 60 en vedette et déjà le succès avec un premier roman
Au salon du livre de Montluçon, le libraire qui proposait le livre de JeanClaude
FOURNIER n'avait pas prévu un tel succès. Il n'avait commandé que 30 « Prince des Parquetssalons» . Ce petit stock ne permit de tenir que le samedi. Le dimanche, il a
fallu prendre sur le stock de l'auteur et à midi, la vingtaine de romans dont il disposait était
épuisée. Il faut dire que le quotidien local « La Montagne » avait consacré une page complète à cet auteur qui n'a pas sa langue dans sa poche. Jean-claude Fournier avait en effet mis les pieds dans le plat du débat local : « J'ai la nostalgie de ma petite ville de province, même si je dis qu'elle est moche et qu'elle n'a pas d'attrait » . La phrase qui était empruntée à un des personnages du livre a fait beaucoup parler. Imaginez qu'un ecivain vierzonnais vienne à dire la même chose de sa ville ! Toujours est-il que pour un premier roman, Jean-Claude FOURNIER rencontre un succès inattendu, à la grande joie de son éditeur Christophe MATHO, directeur de CPE et de Marivole, lequel aimerait bien voir Jean-Claude FOURNIER s'imposer dans le Berry. Il faut dire que le sujet du roman renvoie à ce qui se passait dans nos petites villes du Berry, il y a 50 ans, dans les mythiques années 60.
D'ailleurs la bande de copains héros du livres ne se contente pas d'aller « draguer les minettes » de Montluçon ; ils remontent jusque dans les bals populaires du Berry à la recherche de « ch'tites gattes » voulant bien se laisser « câliner » ... et plus si affinités, à
l'arrière d'une Deudeuche d'une Aronde ou d'une quatrechevaux.
C'est bien cela dont il s'agit: les aventures amoureuses d'une bande de bras cassés dans les bals de campagne aux confins du Berry et du Bourbonnais, dans les années soixante. Les « parquets-salons », comme on disait chez nous, étaient des lieux de rencontre et de
drague. Il s'agissait de salles en bois couvertes, montées et démontées en même temps
que les manèges, au gré des fêtes de village. Dans le roman, les gars de cette virée champêtre se vantent de conquêtes féminines plus ou moins imaginaires. A une époque où les moyens de contraception sont peu répandus et l'avortement interdit, leurs victimes
potentielles se montrent bien entendu réticentes à se faire culbuter à l'arrière d'une
voiture. Filles et garçons redoutent d'avoir à assumer leurs responsabilités en cas
de grossesse non souhaitée. Une amourette sans lendemain peut vite précipiter la fin
d'une adolescence vécue dans une cette période heureuse et insouciante ...
le Prince des Parquets-salons
Éditions MARIVOLE
14 X 22,5 cm,
144 pages, Prix : 20€
Jean-claude FOURNIER est né pendant la guerre à Montluçon. Il a passé son enfance et son adolescence dans cette région, située aux confins de l'Allier, du Cher et de la Creuse. Il fréquente les écoles et le collège de sa ville natale, avant d'être admis à l'école normale
d'instituteurs. Premier poste dans la montagne bourbonnaise, service militaire en Allemagne. Il s'orientera ensuite vers l'enseignement de l'Anglais, ce gui le conduira à Londres, aux Etats- Unis, en région parisienne, en Algérie et en Nouvelle Calédonie. Il
ne s'est pourtant jamais éloigné de sa terre natale. Auteur de plusieurs nouvelles
primées ou finalistes de concours, Jean-Claude FOURNIER propose ici son premier
roman.

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:10
Article de la Montagne

AUVERGNE > ALLIER > MONTLUÇON 01/10/13 - 06H00

Jean-Claude Fournier publie son premier roman « Le prince des parquets-salons »

Lu 692 fois

Les jeunes gens des champs allaient s’encanailler dans les bals de campagne », relate Jean-Claude Fournier.? - PHOTO : BERNARD LORETTE

Dans son premier roman, Jean-Claude Fournier relate les aventures sentimentales d’une bande de jeunes écumant les bals de la région montluçonnaise. Entre fiction et réalité.

ils sont jeunes et ne pensent qu'aux filles. Ou presque. En 1962, une bande de joyeux drilles écume les bals de la région montluçonnaise. C'est la trame du premier roman de Jean-Claude Fournier « Le prince des parquets-salons ».

Pourquoi avez-vous écrit un roman qui a pour cadre les bals de campagne ? Parce que c'est votre jeunesse ? C'est un peu ça. Les bals de campagne, c'est ce qui constituait l'essentiel de la vie d'un petit montluçonnais à l'adolescence. A l'époque, il y avait deux dancings à Montluçon : la Chorale pour le tout-venant et le Lion d'Or pour les bourgeois. Comme il n'y avait pas de salle des fêtes dans les villages, les jeunes des champs allaient s'encanailler dans les bals de campagne sur des structures que l'on montait et démontait. La plus grande difficulté, c'était de trouver un ami plus âgé que nous qui avait une voiture.

Ils avaient lieu où ces bals de campagne ? Un peu partout. A part quelques communes qui avaient une salle des fêtes comme Vallon-en-Sully, tous les bleds étaient concernés. C'était souvent à l'occasion d'une fête patronale. Il y avait le stand où on dégommait les boites de conserve, un manège éventuellement et le parquet-salon. On a aussi connu les parquets-salons à Montluçon lorsqu'il y avait la Fête de la septembre où dans mon quartier lors de la Fête du Pont-Neuf.

Votre roman relate les aventures d'une bande de six à sept jeunes gens dans les années 60. Quelle est la part d'histoire vraie ? Ce roman est en partie autobiographique. Je mets en scène des jeunes qui sont loin d'être des gendres idéaux. Ils parlent des choses de leur âge, le sexe, les filles, avec le machisme propre à cette époque. Après, il ne faut pas penser que c'est la vision de l'auteur sur les femmes et les filles.

Les héros de cette histoire, Côtelette, Beau parleur, Pépé Boss, ils existent ? Certains personnages peuvent se reconnaître. Pour Pépé Boss par exemple, j'ai pensé à certains jeunes que j'ai rencontrés dans ces bals. Pépé Boss, c'est le queutard par excellence. Dans toutes les petites bandes, il y en a un comme ça. Un gars qui est plus beau gosse que les autres et qui rafle toutes les filles.

Côtelette, le fils du boucher, c'est vous ? C'est vrai qu'il ressemble assez bien à l'auteur même si le Côtelette de l'époque n'était pas aussi cultivé que le Côtelette d'aujourd'hui. Côtelette, c'est un peu l'Assurancetourix du groupe. A défaut de conclure comme Pépé Boss, lui, il se verrait bien comme le barde qui raconte l'épopée de la bande.

C'est compliqué pour Côtelette avec les filles ?Forcément d'autant plus qu'il y avait la crainte de la grossesse. Cela veut dire que ces jeunes filles n'étaient pas pressées de se faire culbuter à l'arrière d'une voiture. Il fallait leur raconter plein d'histoires pour pouvoir arriver à nos fins.

Les « ch'tis gars » que vous décrivez dans votre roman, ils sont un peu particuliers avec les fillesæ Ils ont inventé le concours du plus gros baiseur de la bande avec un barème assez strict. La dépose du soutif, un point, etcæ Tout ça, je ne l'ai pas vécu. Ce que j'invente aussi, c'est la bétaillère qui servait de baisodrome. En revanche, les vantardises sur une fille culbutée, c'était un grand classique. Tous ces petits mâles, ils affichent un cynisme de façade envers les copains. En fait, ils rêvent tous à une relation stable.

Il y a aussi beaucoup de nostalgie dans votre roman… J'ai la nostalgie de ma petite ville de province même si je dis qu'elle est moche et qu'elle n'a pas d'attrait. Par exemple, le narrateur regrette que l'on ait bouché le canal de Berry. Il aurait bien imaginé des plages sur l'ancien emplacement des usines Saint-Jacques. J'ai aussi la nostalgie de la langue que nous parlions à l'époque avec ses expressions patoisantes (voir ci-contre). Ce livre, ça fait longtemps que je le porte en moi. Il fallait que cela sorte. J'ai voulu décrire ma ville et les petites gens qui habitaient les quartiers avec le plus de tendresse possible.

C'était une période heureuse les années 60 ? Oui malgré le fait que nous étions très modestes. Il y avait de l'insouciante, une relative innocence, de l'empathie entre copains. Montluçon sortait de la guerre et rentrait dans la période des trente glorieuses. Les gens achetaient des voitures, il y avait une foi en l'avenir qui n'existe probablement plus aujourd'hui. La seule peur, c'était de mettre enceinte une fille. Un des copains que je décris dans le livre a été obligé d'épouser une fille avec qui il sortait. Ce garçon existe, il se reconnaîtra certainement.

Les discothèques ont remplacé les bals de campagne. Quel regard portez-vous sur la jeunesse d'aujourd'hui ? A cette époque de la vie, les jeunes garçons et les jeunes filles recherchent toujours à la même chose : les jeux de l'amour et du hasard. Ce qui a changé, c'est la violence. Avant, il y avait des bandes que l'on craignait et de belles bagarres. Mais tout se réglait à la savate. Le premier qui était à terre, on ne s'acharnait pas.

(*) « Le prince des parquets-salons », édition Marivole, collecte années 60.

Fabrice Redon

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:01
Article de l'Echo du Berry

Edition de La Châtre et Du Boischaut-Sud
Jeudi 7 Novembre 2013
Loisirs, pratique, jeux…
À lire
Jean-Claude Fournier ou Le Prince des parquets-salons

Avec son premier roman, Le Prince des parquetssalons, le Montluçonnais Jean-Claude Fournier plonge le lecteur dans l'univers des « parquetssalons » ou « bals montés » comme on les appelait à l'époque. Cette fiction, basée sur nombre de faits autobiographiques, raconte l'histoire d'une bande de jeunes qui écument les bals de la région dans la campagne bourbonnaise. L'action se situe en 1962 et se déroule sur trois journées, des deux dancings de Montluçon aux parquets-salons qui se montaient à Cérilly, Vallon-en-Sully, Tronçais, Urçay, Ainay-le-Château et jusqu'à Saint-Amand et Orval. « Tous les samedis, avec les copains, on regardait dans le journal local la page spéciale bal de campagne, se souvient l'auteur. Puis il fallait trouver un "zigoto" qui avait une voiture et alors on décidait où aller. On pouvait aller loin, même dans la Creuse ou dans le Puy-de-Dôme. » Comme tous les adolescents, les jeunes gens, dont Côtelette, le personnage principal du roman, sont à la recherche de filles plus que de rythmes endiablés. « Il y avait encore des valses, des tangos et déjà le Madison et le rock arrivaient », se rappelle Jean-Claude Fournier. À l'époque, pour rentrer au bal, sous le chapiteau, costume et cravate étaient de rigueur. Plus qu'un récit de souvenirs, Le Prince des parquets-salons se veut aussi le témoin d'une époque, à la fin de la guerre d'Algérie, au début des années "yéyé", où l'insouciance des jeunes et surtout leurs premiers émois étaient forcément freinés par l'inexistence de moyens de contraception légaux.
· Le Prince des parquets-salons, par Jean-Claude Fournier, Marivole éditions, collection Années 60. 22 euros. À noter : l'auteur sera présent au Salon du livre d'Orval, près de Saint-Amand, samedi 9 novembre de 10 h à 18 h, au centre socioculturel.

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:20

LA MONTAGNE DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2013

(édition de la Creuse p 7, rubrique "Indiscrétions",

Heureux d'apprendre que mon roman peut "causer également aux creusois".

Et pour cause ! Il y est en effet question des filles de la Creuse dès le premier chapitre...

Et je le prouve :

"Le Pépé-Boss, en fin connaisseur, avait trouvé immédiatement les encarts publicitaires qui mentionnaient les villages, bourgs et hameaux reculés où il pourrait une fois encore ajouter de précieux points à son compteur et démontrer aux pauvres mortels attablés qu'il leur était impossible de rivaliser avec lui. D’habitude, tout le monde s’attendait à ce qu’il ponctuât son analyse de la rubrique festive à l’aide d’un proverbe bien connu de tous et destiné à convaincre l'assistance de la direction qu'il convenait de choisir pour l'expédition de la soirée. Sans le savoir et en grand précurseur de tendances devant l’éternel, il se fendit ce jour-là d’une formule qui, remaniée quelques décennies plus tard par les créatifs du Conseil général, deviendrait un slogan publicitaire incitant les Parigos-têtes-de-veau à venir passer des vacances dans ce coin perdu de la France profonde : « En Creuse, papouilles heureuses. » Les autres comprirent immédiatement qu’il exprimait ainsi son envie d’aller du côté d’Auzances, histoire de faire quelques piqûres de rappel aux filles de la Marche qui s’étaient montrées extrêmement coopératives lors d’une « campagne de vaccination » précédente et au cours de laquelle il avait abondamment donné de sa personne."

Article de la Montagne, Edition de la Creuse
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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:11
Le prince des parquets-salons

Un nouvel article publié sur mon roman, Le prince des parquets-salons, qui vient de sortir aux éditions Marivole.

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 19:13
Le prince des parquets-salons vient de sortir

L'histoire se déroule dans les années soixante, en Bourbonnais, dans la ville industrielle de Montluçon et dans la campagne environnante : Allier, Creuse, Puy- de- Dôme, Berry (aux confins de la vallée noire de Georges Sand).
L'époque est intéressante, dans la mesure où elle se situe à la charnière d'un monde en train de basculer : La pilule n'existe pas et les héros de ce conte Picrocholin redoutent par-dessus tout une paternité non souhaitée, l'épée de Damoclès principale de la guerre en Algérie venant de disparaître. L'armistice vient en effet d'être signée avec le FLN et les personnages vont échapper de peu, grâce à un sursis d'étude pour certains, à l'obligation d'aller se battre pour une cause qui n'est pas la leur.
Le titre, le prince des parquets salons (appelés aussi parquets de bal, bals-parquets, bals montés dans d'autres régions) fait référence à ces salles de bal en bois démontables (dont vous trouvez une photo dans la fiche. Ces "parquets salons accompagnaient les manèges de fête foraine de village en village, avant que les salles des fêtes construites progressivement dans les bourgs ne les remplacent, et avant que les discothèques et le yéyé ne relèguent le musette dans les oubliettes de l'histoire.
Que l'on ne s'y trompe pas ! L'histoire n'a rien d'une bluette pour midinette des champs. Nos écumeurs de bal ne sont pas des enfants de cœur. Ils veulent avant tout faire le plus de conquêtes possibles et s'en vanter auprès des copains, même s'ils cachent sous leur façade de cynisme et de machisme, une dose non négligeable de romantisme, pour certains en tout cas.
Ames sensibles s'abstenir. Si vous ne voulez pas être confrontés au langage fleuri de ces adolescents et à leur psyché libidineuse, passez votre chemin. L'auteur a l'immodestie de penser que les préoccupations des jeunes mâles boutonneux n'ont pas fondamentalement changé. Le narrateur exprime d'ailleurs à plusieurs reprises l'idée que ce conte mirliton et « régionaliste » comporte sa part d'universalité, qui réside, entre autres, dans les fantasmes puérils exprimés par les jeunes Pieds Nickelés de ce « Road book » bourbonnais. Certaines des conversations et des rodomontades racontées pourraient en effet l'être (avec des variantes générationnelles et linguistiques bien sûr) sous presque toutes les latitudes et à toutes les époques…… Il suffit de relire Rabelais, Balzac et Joyce (si l'on ne cite que ceux-là) pour s'en convaincre.
L'histoire relate la virée de trois jours d'une bande de Vitelloni montluçonnais dans les bals de l'Allier, du Puy de Dôme et du Cher.
En chemin, ils ont des aventures, le plus souvent à l'arrière des voitures bien sûr, parfois dans un champ. Comme sans doute la plupart des petits machos immatures du monde, ils se vantent beaucoup auprès de leurs copains, comparent leurs prouesses, réelles ou imaginaires, se moquent de ceux qui rentrent bredouilles.
Le personnage principal, fils de boucher et normalien à Moulins essuie plusieurs échecs cuisants au cours de l'équipée sauvage, et devient la risée de la bande, qui lui reproche de se prendre pour un intello, de trop parler, de confondre son destin personnel avec celui de personnages de romans dont l'action est située dans leur terroir (Le grand meaulnes, Les maîtres sonneurs), mais aussi de livres écrits par des auteurs plus « régionaux » qu'Alain Fournier ou Georges Sand : Henri Guillaumin, Charles Louis-Philippe, Henri Pourrat, etc.…..
Il voudrait partager ses souvenirs de lecture avec ses compagnons de débauche, leur faire apprécier la beauté de certains paysages lors d'arrêts « techniques », mais il se heurte à l'incompréhension générale et aux sarcasmes de la bande.
En raison de ses mésaventures auprès des filles rencontrées, il se met à souffrir intensément des deux spleens locaux dont sont victimes les autochtones : le «Viâ » et le « Vezon.». Il fait part abondamment à ses compagnons de son blues champêtre, digressant sur la perversité des filles et celles des adultes, ces derniers étant selon lui responsables, à l'époque, d'un « grand complot » destiné à brimer l'élan vital et surtout la sexualité de la jeunesse …..
Le livre est aussi une peinture de la vie dans une petite ville de province de ces années-là : début de l'immigration, (Polonais, Espagnols, Italiens .Portugais, quelques Africains seulement, arrivée des pieds noirs). La lutte des classes fait rage, à l'école, dans les quartiers et dans les familles, mais sur un mode plus clochemerlesque que dramatique : Certains profs ne font pas toujours preuve de la neutralité exigée par l'éthique laïque. On assiste à de petites prises de bec entre les parents du personnage principal - qui sont des petits commerçants restés prolétaires dans leur tête et en train de faire faillite – et leurs voisins et amis, dont ils se sentent toujours proches malgré une ascension sociale qui ne durera pas…
Le personnage principal, normalien à Moulins, n'a pas plus envie de se passer la corde au cou, que d'embrasser la carrière d'instituteur. Il aurait voulu poursuivre des études après son année de philo, mais n'a pas été admis à le faire par l'administration, cette dernière ayant besoin de hussards noirs nouvelle vague pour aller alphabétiser les campagnes. Il redoute plus que tout de se retrouver enseignant dans un village perdu de l'Allier l'an prochain et veut aller voir au-delà de la ligne d'horizon bornée qui est la sienne, tout en craignant d'être éloigné de son coin de terre, de la bande d'amis qui le protègent comme un cocon douillet. L'air marin ou la douceur angevine, deux tropismes apparemment inconciliables !
Le roman est aussi un essai de mettre en mots le sabir natal montluçonnais (ou plus largement bourbonnais), qui n'est pas une langue, ni même un patois, mais du français populaire charriant encore quelques expressions paysannes, héritées des divers parlers que pratiquaient les grands-parents, venus pour la plupart avant la deuxième guerre mondiale dans le bassin industriel pour trouver du travail et afin de ne plus connaître le sort des paysans pauvres et des maçons de la Creuse, ceci pour la branche maternelle de la famille du personnage principal. du côté paternel, on a échoué ici afin d'échapper au destin des gueules noires du Nord, aux coups de grisou et à la silicose, à un nouvel exode en cas de guerre.

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 17:39

hauthurlevent.jpgOn a beau me dire qu'un film ne peut être comparé au roman dont il est adapté, je ne puis m'empêcher de commettre ce péché capital, surtout lorsqu'il s'agit d'un classique, a fortiori si ce livre a inspiré de nombreux réalisateurs. Je dirai peu de choses des précédentes versions cinématographiques des Hauts de Hurlevent (films et téléfilms) ne les ayant pas vus ou ne m'en souvenant pas pour les plus anciennes. Mais pour avoir visionné certaines scènes de ces adaptations britanniques télévisées sur le net, j'ai l'impression qu'elles sont très différentes et s'éloignent plus ou moins de la narration telle qu'Emilie Brontë l'a conçue.

Je me contenterai donc de parler de la dernière version des Hauts de Hurlevent, sortie récemment sur les écrans, non sans mettre cet opus en parallèle avec le livre, que j'ai relu en anglais à cette occasion et dont je ne me souvenais plus très bien. Il me semblait en effet qu'Andrea Arnold avait pris de (trop ?) grandes libertés avec l'original et je voulais en avoir le coeur net.

 Commençons par le choix d'un acteur noir (de plusieurs acteurs en fait ), pour le rôle de Heathcliff, l'enfant gitan recueilli et élevé par un fermier du Yorkshire, qui deviendra le souffre douleur du fils de  maison et concevra une haine dévastatrice envers ceux qui l'ont traité comme un domestique et envers leur descendance, et passera le reste de sa vie à essayer de se venger de ses tortionnaires et de ceux qui l'ont méprisé et humilié alors qu'il était jeune. Catherine, la fille de la maison, fut la seule à lui témoigner de l'affection et de l'amour, mais elle épousera le fils d'un riche voisin. Il ne pardonnera jamais ce qu'il estime être une trahison. Par dépit amoureux, il passera le reste de sa vie à essayer de la détourner de son mari et, n'y parvenant pas, de nuire également à la famille de l'époux.

Le choix d'un Africain n'est pas aussi anachronique que certains l'on dit. Quand on relit le texte, en effet, on s'aperçoit que l'enfant recueilli dans un port est jugé tellement "noir" par un personnage qu'il pourrait venir d'Amérique ou d'une colonie de l'empire britannique. Ce choix permet en tout cas à la réalisatrice de prendre radicalement le contre pied des lectures "romantiques" du texte par certaines versions "hollywoodiennes", qui font un peu trop l'impasse sur le thème du racisme et de la lutte des classes tels que certains critiques d'inspiration marxistes ont pu les voir dans le texte. Ce choix permet également à la réalisatrice de situer la problématique du livre dans notre époque en faisant du héros un immigré rejeté par la société blanche, un "damné de la terre" à la Frantz Fanon qui ne peut briser sas chaînes que par une violence aveugle qui le détruit autant qu'elle est dévastatrice pour l"entourage. En tout cas, la problématique d'affrontement entre classes sociales est bien présente dans le livre, que l'on peut lire comme une lutte sans merci entre les prolétaires (représentés par Heatcliff), les petits paysans propriétaires (Hinley, le fils de la maison des hauts de hurlevent, bourreau de Heathcliff qui prendra le pouvoir sur son ancien demi-frère en rachetant la propriété), et la petite aristocratie terrienne, dont le statut n'est pas acquis une bonne fois pour toutes dans la société en évolution du 19ème siècle. On voit en effet comment, par les alliances amoureuses et matrimoniales contractées nécessairement entre personnages de milieux différents en raison du monde clos du Yorshire limitant les rencontres entre pairs, les dominants sont menacés par les classes "inférieures" dans une sorte de consanguinité sociale et parentale. Seul Heathcliff, étranger à ce milieu jusque là immobile, apporte du sang neuf, et fait exploser le fragile équilibre qui a prévalu jusqu'alors. Lorsque s'achève le roman, les cousins se fréquenteront et concevront des amitiés pouvant conduire à l'amour et à la procréation, en  accentuant certes le caractère incestueux des relations familiales, mais, pour le meilleur et pour le pire, en bousculant la hiérarchie sociale se trouvera inversée partiellement.

Si l'on fait cette lecture du livre, et, visiblement, c'est ainsi qu'Andrea Arnold l'a lu, la violence, voire la bestialité des relations humaines, le parti-pris naturaliste de la mise en scène, sont justifiés, même si on a parfois l'impression que le film en rajoute par rapport au texte et se rend coupable de facilité envers les goûts actuels. Afin de rendre palpable à un spectateur moderne la bestialité du roman telle qu'elle devait être ressentie par un lecteur du 19ème siècle,  il fallait sans doute forcer le trait. Nous sommes devenus en effet tellement habitués à l'hémoglobine et aux déchaînement de violence gratuite, qu'une adaptation fidèle au texte pourrait  induire  l'impression qu'il s'agit de la bluette romantico-sentimentale qu'ont bien voulu y voir des générations de lectrices le réduisant à une histoire d'amour impossible entre deux amants que séparent deux familles jouissant d'un statut égal et se faisant la vendetta. Le tout se déroulant dans des demeures hantées par des fantômes et dans un paysage de landes exacerbant les passions. Certes le texte est considéré à juste titre  comme un roman "gothique", c'est à dire appartenant à cette littérature écrite principalement par des femmes et dont raffolaient les jeunes filles de bonne famille anglaises du 19ème siècle en leur procurant des frissons délicieux, causés par des monstres (Frankenstein est le plus célèbre des personnages du roman gothique) s'attaquant souvent à des héroïnes sans défense, qui s'ennuyaient dans leur demeure austère où il ne se passait rien de bien excitant. Le roman d'Emilie Brontë, lui, déconstruit, tout en l'adoptant, ce schéma "classique" du roman gothique, caractérisé essentiellement par une dimension freudienne inconsciente de la part des auteurs, en y introduisant  de manière plus ou moins explicite et assumée, des éléments sociaux et féministes qui ont contribué à son succès de l'époque et à le situer, dans la littérature anglaise, comme un anti "Orgueil et préjugés", le célèbre roman de Jane Austen.

Concernant la violence du livre, la bestialité des personnages d'Hinley et de Heathcliff suffirait à elle seule à justifier la version cinématographique d'Andrea Arnold. J'avais été choqué par ce que je considérais comme des scènes de cruauté gratuite envers les animaux. A la relecture cependant, j'ai constaté que la scène où Heathcliff, dans son délire de vengeance aveugle, pend par le cou un petit chien appartenant à la maison de son rival, existe bel et bien dans le texte.

 

On peut également s'étonner de certaines scènes du film recourant à un langage contemporain d'une vulgarité inouïe, dans ce qui est considéré comme un classique anglais. La littérature anglaise, ceci depuis Shakespeare et contrairement à la nôtre, si conservatrice dans ce domaine, a pourtant l'habitude de faire parler les personnages secondaires et même principaux dans les divers dialectes du pays, ceci en ne rechignant pas à la vulgarité et en transposant phonétiquement les accents locaux, ce qui reste une exception en français. Là encore, la réalisatrice n'a fait que transposer dans un anglais d'aujourd'hui, la vulgarité contenue dans les discours a-grammaticaux d'Hinley et de son fils Hareton, ainsi que du domestique, qui s'exprime, dans le livre, dans un patois du Yorkshire que même des locuteurs anglais étrangers à la région peuvent avoir du mal à comprendre :

Que ceux qui ont du mal à croire que les personnages d'un tel classique puisse s'exprimer dans une langue vulgaire et avec l'accent local, rendu "phonétiquement" par une orthographe non conventionnelle, que ces puristes de la forme littéraire en jugent par ce passage. C'est Joseph, le domestique bigot de la maison de Hurlevent qui parle :

 

'Ech! ech!' exclaimed Joseph. 'Weel done, Miss Cathy! weel done, Miss Cathy! Howsiver, t' maister sall just tum'le o'er them brooken pots; un' then we's hear summut; we's hear how it's to be. Gooid-for-naught madling! ye desarve pining fro' this to Churstmas, flinging t' precious gifts o'God under fooit i' yer flaysome rages! But I'm mista'en if ye shew yer sperrit lang. Will Hathecliff bide sich bonny ways, think ye? I nobbut wish he may catch ye i' that plisky. I nobbut wish he may.'

 

Pour que l'on se rende compte de l'écart par rapport à la norme orthographique, les mots écrits "phonétiquement" pour correspondre à la prononciation locale sont en vert et sont donnés ci-dessous  tel qu'ils devraient être écrits normalement et prononcés par des gens cultivés :

weel =well ; maister = master ; brooken = broken ; gooid = good ; ye = you ; desarve = deserve ; fro' = from ; churstmas = christmas ; t' = the ; o' = of ; fooit = foot ; i' = in ; yer = your ; mista'en = mistaken ; ye = you ; shew = show ; sperrit = spirit ;

sich = such ; nobbut = no doubt

 

Et si l'on ne comprend toujours pas ce que dit le domestique à sa maîtresse, car les fautes de syntaxe sont également légion, sans parler de particularités lexicales régionales, voici une traduction possible du passage  :

Ah ! ah ! s’écria Joseph. Ben fait, Miss Cathy ! ben fait, Miss Cathy ! Eh ben ! l’maître y va trébucher dans c’te vaisselle cassée ; et alors nous entendrons quéqu’chose ; nous verrons c’qui s’passera. Que stupide folie ! Vous mériteriez d’être en pénitence jusqu’à la Noël, pour j’ter ainsi à vos pieds les précieux dons de Dieu dans vos rages insensées ! Mais je m’trompions fort, on vous n’montrerez point c’te énergie-là longtemps. Pensez-vous que Heathcliff y va supporter ces jolies manières ? J’voudrions qu’y vous y prenne, à ce p’tit jeu-là. Oui, je l’voudrions.

 

 Au total donc, les critiques faites au film de Andrea Arnold, dont il est question plus haut concernant les libertés prises avec la version écrites, ne me semblent pas justifiées.

 

A mon avis en revanche, les points traités ci-dessous posent problème :

- Le film de Arnold fait l'impasse sur la fin du roman, qui est loin d'être la moins intéressante, c'est à dire sur la vie après la mort de Catherine et de Heathcliff, sur ce que deviendront les descendants des deux amants maudits, sur les relations que leurs enfants sauront nouer entre eux ou pas en dépit de ce qui séparent socialement ou incestueusement d'un point de vue oedipien.

- Je veux bien croire que l'on ne puisse adapter un tel roman pour en faire un film de deux heures sans omettre certaines scènes, événements ou intrigues que l'on considère comme mineures.

Mais, a mon avis les séquences répétitives, parfois interminables de branches qui frappent un carreau ou de brins de bruyère en gros plan secoués par le vent de la lande sont-elles bien nécessaires ou justifiées par le livre ? Il en va de même, je pense, des nombreuses séquences en caméra subjective, filmées dans une quasi obscurité empêchant de voir ce qu'il se passe, comme si elles l'étaient par un cinéaste amateur. Ces effets de "style" fonctionnent comme des tics de tournage plutôt qu'ils ne produisent les effets apparemment recherchés par la réalisatrice tels que je les comprends en tout cas :   Ces séquences sont-elles là pour donner un effet de cinéma réalité ? Sont-elles censées  "rendre" par l'image seule le caractère tourmenté du lieu et des passions qui s'y déchaînent ? Leur répétition et leur longueur en tout cas, n'apportent rien de plus au "message" qu'elles semblent vouloir délivrer et on peut se demander si ce temps n'aurait pas mieux été utilisé à "coller" un peu plus au texte en oubliant totalement les derniers chapitres.

- Le parti pris "minimaliste" de la mise en scène, acclamé par certains critiques, finit par lasser, surtout lorsque des silences pesants, censés exprimer la difficulté à communiquer des êtres, tiennent lieu de dialogue. Or dans le livre, même les personnages les plus frustes -à part Hareton, le fils de Hinley peut-être et Heathcliff enfant - ne sont pas silencieux. Joseph, par exemple, bien que illettré, ne manque pas une occasion de gloser sur les écritures et la conduite que devraient adopter de bons chrétiens. Là encore, le "message" de la réalisatrice me semble être que dans certains milieux défavorisés, comme ceux qu'elle met en scène dans son film précédent, Fish tank, la violence physique tient lieu de communication. Si le procédé fonctionne pour dépeindre la working-class contemporaine, il ne me semble pas correspondre à la lettre et à l'esprit du roman, dont la critique s'accorde à dire (et ceci malgré l'introduction du dialecte et de vulgarités dans certains dialogues) que la langue d'Emilie Brontë est magnifique.

 

Au total donc, je recommmanderai à ceux qui connaissent bien le livre d'aller voir cet opus, qui peut  leur faire découvrir ce qu'une lecture contemporaine de l'oeuvre peut apporter (ou non) de nouveau à la manière dont ils l'ont reçu.

En revanche, aller voir ce film sans connaître le livre ni d'autres versions filmées, risque de ne pas donner envie de lire le roman.

Ou bien, au contraire, certains, surpris par la violence et le "minimalisme" du film, liront ou reliront come moi le roman et découvriront en quoi le film est fidèle à (ou trahit) l'original. Et dans ce cas, le cinéma (et peut-être cet article...) auront joué un rôle positif.

 

On pourra également comparer cette version à d'autres adaptations filmées, en allant sur le net et en tapant le titre. Le livre a été adapté de nombreuses fois au cinéma et à la télé britannique surtout. Juliette Binoche tient le rôle principal dans l'une de ces versions. Il est possible de visionner des extraits de scènes seulement, pour se faire une idée de l'atmosphère différente obtenue par les différentes versions, ceci même si les vidéos sont en anglais non sous-titré.

 

Quelques liens pour voir des vidéos donnant une idée de l'atmosphère de différentes adaptations cinématogrpahiques du livre. 

 

http://www.imdb.com/title/tt1181614/   (lancement du film de Andrea Arnold)

 

http://www.youtube.com/watch?v=VsXEnpNuDk0  (1ère partie d'une série télévisée réalisée par la BBC en 1998. A mon avis plus proche du livre que le film dont il est question dans l'article.) 

 

 

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 11:14
sermon-chute-de-rome.jpgJe viens de lire le dernier prix Goncourt : Le sermon sur la chute de Rome, d'un auteur Corse : Jérome Ferrari. L'action est située dans un village Corse de montagne, sans doute assez typique de ceux que l'on trouve dans l'arrière-pays. L'histoire raconte l'aventure de deux jeunes Corses (l'un ayant été élevé sur le continent, l'autre sur l'île) qui ont fait des études de philo à Paris et qui décident de rouvrir un bar qui périclite dans le bled où la famille a ses origines. Ce retour au pays n'est pas vraiment motivé par une quête d'identité culturelle ou d'engagement politique pour l'indépendance de l'île, mais par désintérêt pour leurs études, qu'ils abandonnent sans aucun regret pour leur projet commercial.
Au début, les affaires marchent très bien, grâce, entre autre, aux filles recrutées dans un bar louche de la côte, qui attirent les soiffards et ceux qui ne savent pas où terminer la nuit en haute Corse. Puis, peu à peu, inexorablement les choses se gâtent, en raison des pesanteurs de la société corse, de la violence larvée, toujours présente et prête à exploser, de l'immobilisme ambiant.
D'une manière générale, le bouquin, pour le continental que je suis et qui est sans doute nourri de clichés sur l'île de beauté, rend assez bien compte de l'atmosphère qui doit prévaloir dans ces villages de haute Corse : sexisme ambiant, présence de la mafia en toile de fond, immobilisme sociologique qui rend toute initiative et évolution impossible, violence toujours prête à exploser, expression d'une identité culturelle frelatée qui ne va guère au-delà de ce que les touristes viennent chercher : chants polyphoniques et ballades jouées à la guitare, charcuterie du pays, etc.... Les armes sont là, toujours prêtes à servir, en cas de besoin. Le beau gosse et guitariste de service, queutard invétéré de touristes de passage et des serveuses que tous les frustrés du coin viennent reluquer et tripoter gentiment au passage ici, nargue le berger simplet qui se "la met sous le bras" et qui, en ayant marre d'être humilié, sera la cause de la fin du "petit monde" qu'ils avaient essayé de construire... Comme celui que St Augustin avait rêvé avant la chute de Rome, d'où le titre du roman...
Certes, la lecture n'est pas toujours facile . Les phrases longues et alambiquées peuvent rebuter certains lecteurs, mais je trouve que le style est ample et adapté aux passages où l'auteur veut prendre une hauteur historique et philosophique par rapport aux événements et à la société qu'ils décrit. L'analyse sociologique me semble assez pertinente,mais je me trompe peut-être en succombant à mon idéologie "continentale", contaminée par l'image que les médias véhiculent. Elle est en tout cas celle d'un auteur cultivé, qui va, je crois, au-delà de ce que l'on entend habituellement sur la Corse, car il met en perspective historique longue, un peu à la Braudel en quelque sorte, le destin et l'évolution (l'immobilisme surtout...) de l'île... Vision pessimiste certes, celle d'un intellectuel ayant enseigné en Corse pour un moment, mais qui a décidé de quitter son "pays" ... Après avoir été déçu par ses compatriotes ? Sinon, pourquoi aller porter son message philosophique ailleurs, dans le cadre de la coopération en Algérie ou dans un lycée français des émirats arabes unis ? Trouve-t-il là-bas un public, des élèves qui sont plus réceptifs à son discours et à son message que les enfants de ses compatriotes îliens ?
J'ai peut-être (sans doute) tort. Ferrari me démentirait sans doute, mais j'ai l'impression que l'auteur nous délivre un peu, sur son île, le message que Sarkozy adressait à l'Afrique dans son message de Dakar. Selon la formule célèbre et tant critiquée et critiquable, l'homme Africain, ne devait plus rester "en dehors de l'histoire". La Corse dépeinte par Ferrari, elle, semble se situer "hors du monde". Certains personnages, en effet, pour se construire, doivent aller chercher ailleurs la palpitation et le mouvement du monde. Un monde à l'écart duquel que la Corse persiste à se tenir, pour mieux contempler l'écroulement de notre "ancien" monde post-industriel en cette aube du vingt-et unième siècle ? Certains personnages secondaires, en leur quête d'un monde qui bouge (et qui s'écroule d'ailleurs pendant les deux guerres mondiales et les luttes pour l'indépendance, tout comme l'empire Romain de St Augustin), iront chercher ailleurs, pour le meilleur et pour le pire, ce mouvement universel (auquel l'île échappe depuis des siècles ?). Ils chercheront leur "émancipation" dans l'administration coloniale, dans l'armée qui ne pourra rien contre la chute de l'empire français, dans la recherche archéologique des restes de la cathédrale de st Augustin, en Algérie, ou plus simplement dans un exil à Marseille ou dans la capitale.
Mais les deux héros de cette fable tragique, tout comme leurs "anciens" qui sont revenus "mourir" au pays "le reste de leur âge", seront happés par une force d'attraction atavique qui leur fera abandonner la vie différente qu'ils n'ont pu se construire ailleurs.
Air marin ou douceur angevine, comment concilier ces deux tropismes ? La douceur angevine (corse en l'occurence) protège en son cocon douillet, mais enferme et mutile tout à la fois... N'est-ce pas là, l'un des thèmes principaux du roman, avec celui de la finitude et de la vulnérabilité des civilisations, aussi brillantes et puissantes soient-elles ?
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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 16:17

http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/47/78/18869162.jpgRevu, hier, avec le même plaisir que la première fois, le très beau film de Sean Penn, sur la vie (et surtout la mort prématurée) de ce jeune idéaliste en rupture de ban avec la société matérialiste et consumériste.

Ce jeune home est le fils d'un couple aisé de la middle-class qui se déchire devant les enfants, un contexte qui a sans doute favorisé, sinon causé sa quête d'un mode de vie totalement différent de celui de ses parents.

Le film est tiré d'un livre éponyme de John Krakauer, qui se veut une biographie de Christopher Mc Candless, retrouvé mort, en 1992, dans un vieux bus abandonné sur une piste de l'Alaska, à quelques kilomètres seulement d'un refuge où il aurait pu trouver des vivres et de quoi survivre.

Le livre fait de ce personnage une sorte de héros romantique qui a volontairement coupé les ponts avec la société en ayant brulé l'argent de sa bourse d'étudiant, détruit ses papiers d'état civil,sa carte de sécurité sociale et sa carte bancaire.

Cete thèse de  la rupture sans retour possible est en partie réfutée par un autre livre et un documentaire tiré de ce livre, qui font valoir que les documents censés avoir été détruits selon la première biographie furent en fait retrouvés dans le camion où le corps du jeune homme avait été découvert.

De toute façon, il semble qu'il y ait bien eu une rupture symbolique (peut-être provisoire et non définitive) avec le destin qui lui était tracé avant de se lancer dans une quête absolue de liberté, qui ne peut-être obtenue, à l'instar de ses écrivains favoris (Tolstoy, Thoreau, London, Kerouac) que par un renoncement à tout ce qui pourrait le faire abandonner son projet : vivre seul en osmose avec la nature, comme le héros de Walden le livre du philosophe américain mentionné ci-dessus.

Thoreau, le mentor philosophique de Christopher Mx  Candless, ne coupa jamais totalement les ponts avec la société pendant son expérience de vie en ermite, et retourna parmi les siens et sa communauté de Nouvelle Angletterre.

Le film montre d'ailleurs que le héros décide à un moment de retourner à la civilisation, mais est empéché de le faire par une rivière, sorte de Styx donnant accès au monde des morts. Le ruisseau qu'il a franchi aisément en hiver pour rejoindre son bus est  devenu torrent infranchissable à la fonte des neiges.

C'est en Alaska, la dernière "frontière" américaine dans l'esprit du jeune bourgeois en rupture de ban, qu'il décide d'aller vivre son "Walden" à lui, ceci d'une manière beaucoup plus radicale que celle de son illustre modèle.

Après de brillantes études donc, il refuse la voiture neuve que ses parents proposent de lui acheter pour le récompenser de ses succès universitaires et se lance dans une sorte d'errance à travers l'Amérique, voyage initiatique pendant lequel il devra travailler pour survivre, ayant envoyé l'argent de sa bourse à une ONG (OXFAM).

Autre rupture symbolique, celui avec son identité : Non seulement il brûle sa carte d'identité, mais il se choisit un autre nom. Ce sera "Supertramp" , du nom d'un groupe célèbre, qui signifie super vagabond. L'un des personnages mythique des années de la grande dépression n'est-il pas le "hobo", héros de films et de chansons, qui voyage en passager clandestin dans les wagons de marchandise et qui est pourchassé par les 'turnscrews", les employés des compagnies ferroviaires chargés de pouchasser les chômeurs des années trente. La seule rencontre confrontant le héros du film à la violence, est précisément celle du flic des chemins de fer, qui l'expulse du wagon dans lequel il avait sauté pour remonter au nord de la Californie. Doit-on comprendre cette scène comme une manière de comparer le contexte social des année trente à celui de l'époque actuelle ? Sans doute...

Autre scène, où la violence est seulement évoquée mais bien réelle, celle où "Supertramp" écoute Bush père à télé annoncer sa décision d'envahir l'Irak. Mais en 1992, contrairement à 20 ans plus tôt, il n'y eut pas pas de mouvement étudiant ou pacifiste de l'ampleur de celui qui s'opposa à la guerre du vietnam. Si la colère et la révolte de notre héros avaient pu s'exprimer dans l'action politique, aurait-il choisi cette voie individuelle et suicidaire pour contester le mode de vie américain ? Est-ce la question que nous pose Sean Penn en incluant cette scène dans la narration ? J'ai tendance à le croire.

Il s'agit bien d'un road movie, mais qui n'a pas grand chose à voir avec d'autres films de genre de ce type. D'une certaine manière, Into the wild peut être considéré comme un anti Easy rider. Par exemple, les gens que rencontre le héros sont en majorité bienveillants à l'égard de ce jeune homme qui conteste leurs valeurs. Il fait, par exemple, la connaissance de "rednecks" (réacs)  qui l'embauchent pour la récolte du blé dans une de ces énormes fermes du middle west, appelé également aujourd'hui "Bible belt". Mais  contrairement à ceux de "Easy rider", qui assassinent les motards hippies venus les défier, par leur mode de vie libertaire, dans leur village du sud, ces  "rednecks"-là (pas si réacs que ça en fait)", bien que ne comprenant pas son idéal absolu de liberté  et ce qu'il compte trouver en Alaska, lui souhaitent bonne chance et lui donnent des conseils de survie dans la nature. L'un d'eux, d'ailleurs, en une scène prémonitoire de ce qu'il va lui arriver une fois en Alaska, le prévient que le gibier tué doit être consommé immédiatement si l'on ne veut qu'il devienne impropre à la consommation en raison des mouches qui pondent leurs larves sur la carcasse en un temps record. C'est précisément cette mésaventure qui lui arrive après avoir tué un élan, ce qui lui fait écrire, apèrs coup : "je n'aurais jamais dû tuer cet animal" . La nature n'est pas si généreuse que ne le veulent certaines fables écologistes ou New age angélistes. Elle se montrera cruelle envers lui, qui écrit, dans son carnet retrouvé dans le bus, qu'il s'y sent piègé après son échec de retour vers le monde des vivants. Il écrit également dans son carnet, peu avant de mourir d'épuisement et sous alimenté, que le bonheur "n'est réel que partagé". Quel aveu pourrait démentir plus que cette dernière phrase, ce qu'il croyait  trouver dans ce désert glacé : La solitude absolue ne procure pas le bonheur ni la liberté. L'Homme, comme dirait l'autre, est un animal social. Il a besoin de ses semblables, pour le pire et le meilleur, ne serait-ce que pour survivre..

Au mieux, la nature se montre indifférente envers lui, comme dans cette scène métaphorique où un ours sauvage s'approche de lui, le renifle et poursuit son chemin, alors qu'il n'est pas armé et aurait fait une proie facile à dévorer.

Il y a aussi ce grand-père, croyant et conservateur pourtant, qui a perdu sa femme et son fils, le considère comme son petit-fils et lui propose de l'adopter une fois qu'il sera de retour d'Alaska.

Même les clochards des bas-fonds de Los Angeles, Babylone moderne dans laquelle il erre une nuit avant de s'en enfuir, ne montrent aucune hostilité à son égard.

Le douanier qui lui fait la leçon lorsqu'il tente de retourner aux USA après être entré illégalement au Mexique est également bienveillant, ceci alors même qu'il n'a aucun papier d'identité.

Que dire également, de ce couple de jeunes touristes danois, rencontrés dans le canyon du Colorado, qui apprécient tout autant les magnifiques paysages désertiques que les casinos de Las végas ? Sont-ils la parabole de ce que représente l'Amérique pour les étrangers : une sorte de rêve hétéroclite de monde meilleur où se projettent des stéréotypes touristiques ne voulant retenir que les aspects superficiels du pays, et que le film déconstruit de manière sytématique

Il y a aussi ce couple de vieux hippies, rencontrés sur la côte californienne, qu'il rejoindra dans le désert, à Slab city, un campement de mobile homes pour ceux qui vivent en marge de la société américaine. La femme, dont le fils, comme lui, s'est enfui un jour pour ne plus jamais donner signe de vie, se prend d'affection pour ce fils de rechange et lui-même les considère un peu come les parents qu'il aurait aimé avoir. Mais on ne peut en conclure que Sean Penn considère les "vrais" parents du héros comme seuls responsables de sa fuite, puisque ces autres parents "cool" n'ont pas su non plus retenir leur progéniture et s'en faire aimer...

Je conclurais par une réflexion personelle, qui n'est sans doute pas le message que le réalisateur a voulu transmettre, mais qui, je crois, est véhiculé implicitement dans ce très beau film :

Quand de jeunes idéalistes s'emparent d'utopies généreuses (comme celles des livres de chevet du personnage), qu'elles impliquent une transformation politique ou individuelle,  et qu'ils veulent mettre en pratique leur rêve de société meilleure de manière trop radicale, c'est souvent Thanatos qui prévaut sur Eros. Et de fait, c'est bien la pulsion de mort qui triomphe lorsqu'elle pousse le héros à s'isoler du monde, et à refuser la proposition qui lui est faite de faire l'amour, par la jeune fille mineure du campement de hippies où il est allé rejoindre les "parents" qu'il s'est choisi pour quelque temps avant de les abandonner eux aussi pour son "trip" mortifère. Ces parents de rechange d'ailleurs, lui conseillent bien de téléphoner à ses vrais géniteurs. Mais au moment où il va glisser la pièce de monaie dans une cabine téléphonique pour reprendre contact, il entend un viel homme qui essaie de convaincre sa femme de ne pas l'abandonner et qui va devoir raccrocher par manque de monaie pour continuer la conversation. Au lieu de téléphoner à ses parents, "Supertramp" donne sa pièce au vieux monsieur, mais la communication est coupée.

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:35

   la-terre-outragee.jpg Film français-polonais-ukrainien-allemand sur la catastrophe de Tchernobyl. Fiction et documentaire tout à la fois. Tourné sur le site même par la réalisatrice israélienne : Michale Boganim

Ci-dessous, une critique publiée dans allo ciné, qui n'engage que son auteur (notamment la fin s'en prenant aux verts), mais qui résume assez bien l'atmosphère et la tonalité du film que je viens de voir à Paris.

D'une manière générale, je ne serai pas aussi élogieux que le texte ci-dessous, malgré les qualités évidentes de l'oeuvre, qui a le mérite d'être la première à tenter la gageure de parler de cet événement en l'enserrant dans un cadre narratif et fictionnel.

Le début, qui fait penser au déjeuner sur l'herbe de Renoir, est magnifique. Mais il ne faut pas se tromper : Une menace pèse sur cet Eden soviétique. Pripiat, la ville construite pour les employées de la centrfale de Tchernobyl, est une ville privilégiée, surdotée en équipements cultruels et sportifs, bien approvisionnée (pas de queues dans les magasins). Mais très vite, des signes inquiétants, ignorés d'abord par les habitants, montrent que l'enfer rôde. Il y a aussi du Marguerite Duras dans le commentaire off, un parfum de India song. Une fois la catastrophe passée, les destins parallèles des personnages, qui restent  fascinés par le lieu où le malheur les a frappés, sont moins crédibles.

Mais, au total, un film dérangeant, à voir, nous rappelant ce qui pourrait nous arriver si par malheur......

 

"Mariage pluvieux, mariage heureux. Et il pleut, au mariage d'Anya, il pleut! Depuis trois jours, les vannes célestes sont ouvertes. Ils se font saucer pour la photo devant la statue de Lénine, ils se font saucer pour le bal, sauf que la pluie qui tombe est noire. Noire comme la mort. Le marié, on vient le chercher au milieu de la noce -il est pompier- pour un "feu de forêt". Quand il sort de la centrale, il est tellement irradié qu'il est une vrai usine nucléaire à lui tout seul. Anya ne le reverra jamais. Il y a aussi l'ingénieur Alexeï, qui vient de planter un pommier avec son petit Valery. On le prévient par téléphone: il y a un problème. Mais chut! Défense d'en parler. Fonctionnaire obéissant, Alexei se tait, mais il il sort avec son compteur Geiger, le passe partout, sur les plantes, sur les étals du marché, ce qu'il lit le terrifie. Le chat de la famille, après avoir mangé du poisson fraichement pêché, meurt. [Ca, c'est une petite facilité de mise en scène que je reproche un peu au réalisateur: il nous montre des poissons, des animaux domestiques morts, ce qui est évidemment très frappant, mais j'imagine que cela n'a pas été aussi didactique. Les animaux irradiés ont du, eux aussi, comme les liquidateurs, mettre quelques jours à mourir.] Alors il met sa femme et Valery en voiture, en leur disant de partir. Ils ne se reverront jamais non plus. On vivait bien à Pripiat, mieux qu'ailleurs en Ukraine en tous cas. L'industrie nucléaire faisait vivre la ville. La campagne regorgeait de gibier, et le fleuve, de poissons. Nikolaï, le garde forestier, se cachera quand enfin, trois jours trop tard, les populations seront évacuées, brutalement, sans avoir le droit d'emporter le moindre bagage. Il restera là, chez lui. Il sera rejoint plus tard par des squatters, des Tchétchénes par exemple, qui viendront s'emparer des maisons abandonnées et s'y installer. Anya, évacuée, est revenue à Pripiat. On la retrouve, dix ans plus tard, elle est guide pour Tchernobyl-Tours. Tchernobyl-Tours! On croit rêver. Eh oui, des agences de tourisme organisent des voyages dans la "zône", il y a des étudiants, des journalistes -mais aussi, sans doute, des gens poussés par une curiosité malsaine. On les affuble d'une blouse, on leur fait éviter les secteurs encore trop contaminés, et ils se font photographier devant la grande roue du parc d'attraction qui n'a jamais ouvert. L'inauguration devait avoir lieu le 1 mai. La catastrophe a eu lieu le 28 avril.... Au cours de la visite, on passe chez Nicolaï qui offre ses pommes, excellentes dit-il, mais à vrai dire les visiteurs ne se pressent pas pour les prendre.... Il y a aussi les familles des victimes -des liquidateurs, qui reviennent devant le monument qui leur est dédié, mettant la table pour leur offrir des gateaux, de la vodka, dans un étrange cérémonial plus animiste qu'orthodoxe à vrai dire.... Valery s'échappe. Il ne peut croire que son père soit mort. Il pense que son père le recherche. Cet Alexei, vieilli, qu'on nous montre trainant dans les gares et demandant le nom de tous les jeunes gens qui pourraient avoir l'âge de Valery, est -il réel, où est ce une projection des fantasmes du jeune homme? Anya est partagée entre un fiancé français, qui la presse de partir avec lui, et un amant à Pripiat. Finalement, l'attachement à sa terre est la plus forte. Il y a chez tous les protagonistes du magnifique film de Michale Boganim, cette volonté de préserver cette terre que l'incompétence humaine a salopée. C'est cela qui donne au film sa richesse et sa profondeur, cet amour de la terre natale qui veut que, parce qu'on l'a outragée, eh bien, il faut rester solidaire avec elle, il faut la défendre. Anya, c'est la ravissante ex-mannequin ukrainienne Olga Kurylenko, très convaincante dans ce rôle. Elle a beaucoup poussé à la réalisation du film. Alors on se demande pourquoi cette oeuvre, sortie en pleine période électorale, n'a pas été revendiquée, utilisée par nos Verduronnets? Vous me direz que leur leader, trop occupée par les scandales financiers et le mariage homosexuel, a oublié que le E du logo voulait dire "écologie". Mais surtout, je pense qu'ils ne doivent pas trouver le film suffisamment militant (ce n'est pas son propos....). La survie de ceux qui, comme Nicolaï, n'ont pas voulu quitter la zône, mais c'est un scandale! Kill them all! Pour moi, nuclearophile comme vous le savez, on voit là un vrai catalogue de tout ce qu'il ne faut pas faire. Devant cette centrale quasiment à l'abandon, avec son personnel démotivé et sous-payé, on pense à ce qu'on risque si on abandonne notre industrie aux marchands du temple: privatiser les centrales, recourir à la sous traitance, vendre des réacteurs à des pays non fiable sur le plan de la stabilité politique ou de la capacité intellectuelle... Brrrrr! Mais, répètons le, ce n'est pas cela le propos de ce beau film, grave, émouvant, à voir absolument.

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