Je viens de terminer la lecture du tome 1 de ce que Michel Onfray appelle sa contre histoire de la philosophie. Ce premier tome est consacré bien sûr socrate.jpgà l’antiquité et s’intitule « Les sagesses antiques ».

Comme à son habitude, et en bon polémiste, Onfray y pourfend l’idéalisme Platonicien qui, adopté et adapté selon lui par Saint Augustin, dans sa « cité de dieu » notamment, fit le lit du christianisme et de toutes les écoles de pensée occidentale qui après Pythagore et le Phédon de Platon enseignent : « l’immortalité de l’âme, la haine du corps, l’excellence de la mort, la haine des plaisirs, des passions, de la , de la vie, de la libido…… du monde réel… »

Selon l'auteur, cette philosophie idéaliste dominante est celle « des vainqueurs » depuis le triomphe officiel du christianisme devenu religion d’état, qui décline, au lycée et à l’université le même paradigme platonicien sous les habits différents de Pascal (ça on pouvait s’en douter....) mais également de Descartes, de Kant de Hegel et sa « toute puissance de la Raison dans l’Histoire »…….

Seul, parmi les penseurs non occultés de l’histoire officielle de la philosophie (toujours selon Onfray) Nietzsche fait du christianisme un « Platonisme » à l’usage de la populace

Ce qu’Onfray va essayer de montrer ainsi qu’il l’exprime dans son préambule général appelé –tout un programme – « L’historiographie un art de la guerre », c’est comment les vainqueurs idéalistes ont obtenu leur victoire sur les vaincus matérialistes et hédonistes, ceci dès le début et de différentes manières :

-         en ignorant superbement l’adversaire. Par exemple Platon ne cite jamais Démocrite dans son œuvre complète alors que « tout son son travail peut se lire comme une machine de guerre lancée contre le matérialisme… »,

-         en ne le mentionnant  presque jamais (l'adversaire, lui déniant ainsi le droit même à l'existence..) dans les « faux »  dialogues socratiques,

-          en faisant des interlocuteurs de simples faire valoir dont on peut disposer facilement,  tous rangés par Platon et la philosophie - celle qui me fut enseignée au lycée  en tout cas - dans la catégorie fourre-tout et pratique de « sophistes » ou de « présocratiques mineurs » alors que ces adversaires redoutables étaient des contemporains de Socrate pour certains (Démocrite notamment, qui lui survécut) et représentaient des courants différents, sans doute aussi vigoureux à l’époque que celui du buveur de ciguë.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce qui nous a été enseigné - encore une fois ce qui me fut enseigné en tout cas – et toujours selon Onfray, il y a bel et bien eu, dans l’antiquité et avant le triomphe définitif de "l’église officielle",  deux camps d’égale importance, dans un arène intellectuelle où ne dominait pas forcément la statue du commandeur suprême idéaliste, même si le corpus matérialiste retrouvé n’est pas aussi important que la somme des dialogues platoniciens.

Face à l’histoire officielle, il manque une histoire des vaincus, qu’Onfray entreprend dans ses conférences à l’université populaire de Caen et dans celles qui ont été diffusées sur France culture et le site internet de la radio, histoire qui a été ébauchée dans le traité d’athéologie et dans l’anti- manuel de philosophie, du même auteur.

Pour l’antiquité et pour ce qui concerne ce premier tome, ces vaincus ont pour noms Démocrite, Diogène, Epicure, Lucrèce bien sûr. Ceux là nous sont connus et Onfray leur consacre de longs passages en montrant comment leur pensée a été falsifiée par les vainqueurs. En face d’eux et selon la taxonomie onfrayenne - et cela est sans doute un peu manichéen, l’auteur succombant parfois à la théorie du grand complot - : Pithagore, Parménide, Platon, Sénèque, Marc Aurèle. Mais à côté de ses grands dont on nous a parlé en classe de philo sans toutefois les opposer selon la même ligne de partage aussi tranchée, on découvre également un corpus pré ou post socratique, ou contemporain du maître pas si mineur que ça. Certains m’étaient totalement inconnus - est-ce la faute de l’école, de mon prof de philo ou de ma propre inculture ? En tout cas je suis reconnaissant à l’auteur de me les faire découvrir, ainsi que leur pensée diverse et parfois prémonitoire –  Leucippe, Aristippe, Hipparque, Antiphon, dont Onfray pense qu’il est – rien que cela ! – l’inventeur de la psychannalyse, ainsi que les cyniques, dont Diogène.

Bref un livre qui m’a passionné, qui se lit comme un polard, tout sauf de la vulgarisation, le livre d’un Athée militant bien sûr (c’est du Onfray !) mais il suffit de parcourir la bibiographie pour se convaincre du sérieux de l’entreprise et de l’immense culture du fondateur de l’université populaire de Caen.

Et, last but not least, ce qui ne gâte rien, le style est flamboyant, l’humour décapant, ravageur, parfois impitoyable, ce qui ajoute au plaisir de la lecture.

Je vous le conseille…….. 300 pages seulement qui se lisent très bien, même si l'on n'a pas lu de philo depuis longtemps.....

Malgré les critiques qui leur sont sont faites, je trouve un grand intérêt  à la lecture d'Onfray et d'autres philosophes français contemporains, matérialistes et athés comme lui, Comte Sponville par exemple et en particulier son "Traité du désespoir et de la béatitude".
Onfray milite pour une réhabilitation de la philosophie matérialiste (Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, etc....)
Je pense avec lui, qu'elle fut mise sous le boisseau par l'institution (ceci depuis l'antiquité, et notamment depuis St Augustin, et par le moyen âge ensuite) ......au profit de l'école idéaliste platonicienne (ou plutôt augustino-platonicienne..)
Pour les gens de ma génération,  le point de vue idéaliste, et non matérialiste dominait sans partage à l'époque le corps professoral. Il est vrai en revanche, que dans les années suivant 68, le point de vue matérialiste, voire carrément marxiste, voire parfois tout à fait communiste, a sans doute été dominant, à l'université en tout cas. Je ne sais, en ce qui concerne la philosophie, ce qu'il en est maintenant..... Mais il me semble qu'un certain rééquilibrage est en cours..... Je me trompe peut-être...
Si des penseurs comme Onfray peuvent contribuer à faire pencher la balance dans le sens matérialiste, malgré ses outrances, je ne puis, en tant qu'athée et  matérialiste, que m'en réjouir, au risque de passer moi aussi pour..... un "intégriste laïque".
Certes les digressions  d'Onfray autour de l'hédonisme,  qui lui ont valu le succès médiatique qu'il connait, sont effectivement parfois surprenantes. Ses outrances  ne constituent cependant pas le coeur de sa doctrine. Ce qui est plus intéressant chez lui , c'est la réhabilitation de la pensée antique matérialiste épicurienne contre l'idéalisme platonicien et augustinien, ce sont ses dévelopements sur la pensée  "libre pensante" des 16ème, 17ème et 18ème siècles. Voir à ce sujet ses conférences sur France culture, disponibles sur le site de cette radio. Ce qui est passionant aussi, c'est le parallèle qu'il établit entre les penseurs grecs mentionnés ci-dessus et Spinoza, parallèlle que trace également très bien compte Sponville.
Pour ce qui est de la critique radicale des trois monothéismes, qui lui est particulièrement reprochée dans le contexte actuel,  il avance, dans letraité d'athéologie,  quelques arguments convaincants relatifs à la haine de la raison, de la liberté et de la vie dont ont fait preuve les trois monothéismes. Le mot haine est peut-être un peu fort (encore que ...), mais en tout cas, méfiance me semble la moindre chose que l'on puisse dire . Je parle des institutions bien sûr, et non de certains penseurs chrétiens, juifs ou musulmans ayant pu faire preuve de largeur de vues en la matière.....
Pour ne parler que de la "haine" de la raison concernant la chrétienté, Onfray cite l'exil du jardin d'Eden, sanction encourue non pour avoir croqué la pomme mais pour avoir voulu goûté aux fruits de l'arbre de la sagesse. Et l'on ne peut s'empêcher de penser à Galilée, aux combats qu'on dû mener les chercheurs et certains scientifiques, parfois au péril de leur vie ou de leur carrière pour faire prévaloir la raison contre la doctrine et l'idéologie.
Je rappelle également que la théorie de Darwin, grand satan des créationistes contemporains,  fut condamnée par l'église au départ, avant d'être  acceptée (enfin, tolérée serait plus exact...)  devant l'évidence des faits scientifiques.........
Pour la haine de la liberté, qu'il me suffise de mentionner l'inquisition, les nombreuses persécutions d'hérétiques présumés, les interdictions de livres, etc...etc...
Quant à la haine de la vie (du corps, de l'amour physique, du plaisir...), je pense que de grandes démonstrations ne sont pas nécessaires pour comprendre que les institutions des trois monothéismes, globalement, et même encore aujourd'hui, se sont montrés plus influencés par Thanatos que par Eros......
C'est quand même l'église catholique qui prèche, encore aujourd'hui,  l'abstinence et la fidélité comme solution à la propagation du sida, même en Afrique.....
Si l'église tient aujourd'hui un discours plus acceptable, plus "politiquement correct" sur ces questions, celà ne provient pas d'un processus endogène d'auto-évolution, mais bien  d'une influence plutôt exogène - venue le plus souvent "d'ailleurs" que des rangs écclésiastiques, d'une  révision, adoptée à contre coeur, ceci pour la survie même de l'église, rendue nécessaire par  la pression des sociétés civiles des pays européens, qui ont contraint l'institution à modifier son discours pour continuer à être entendue des chrétiens eux-mêmes.....
Je sais bien, on me dira que les valeurs prônées par notre société républicaine sont fondamentalement judéo-chrétiennes, que l’idéal de fraternité, d’aide aux pauvres, de partage, de justice est très biblique, que pour ce qui concernen le repentir, notre civilisation l’a si bien intégré que nous nous battons la coulpe sans arrêt et à propos de tout…
Il est vrai qu'il y a eu une relation "dialectique" entre le message biblique (ou plutôt chrétien...) et l'opinion occidentale moderne. La société civile a forcé l'église à modifer son discours, mais le message chrétien (le nouveau testament et non la bible !) est  sans doute aussi à l'origine de certaines valeurs républicaines et démocratiques, voire de gauche, actuelles  : le partage, l'égalité entre les êtres, une certaine ... comment dire...."douceur" et un renoncement à la violence dans les relations humaines, etc.....Valeurs que l'on ne trouve exprimées dans les trois monothéismes, avec une telle force et une telle continuité (même un athée indécrottable et anticlérical comme moi doit bien le reconaître..) que dans le nouveau testament, en tout cas ni dans l'ancien testament, ni dans le Coran.
Mais quand même...Que de luttes contre le dogme et l'institution, que de temps passé à rationicer, que de souffrances et d'obscurantisme, que de coupage de cheveux en quatre sur le sexe des anges....... d'excommunications, de croisades.......  de complicité, de "collaboration" de l'institution avec les pouvoirs les plus despotiques et anti égalitaires..... avant que ces valeurs chrétiennes originelles et fondamentales soient enfin redevenues celles que prône prioritairement l'église. On revient de loin...........et je ne puis m'empêcher de penser que ce retour aux sources est dû avant tout aux luttes de la société civile contre le dogme ou tout simplement à  la compréhension, par l'institution, de la nécessité d'évoluer  pour conserver quelque crédibilité  aux yeux de l'opinion publique et mêmes des croyants....


Sur Onfray, je recommande également ses conférences de cet hiver sur Spinoza et les libertins, que l'on trouvera en fichiers audios sur le site de France culture.
C'est très clair sans être de la vulgaire ...vulgarisation. Même moi, j'ai l'impression de comprendre enfin Spinoza et son éthique  ....

Il y a également de très belles pages sur le matérialisme antique et sur spinoza, dans le "Traité du désespoir et de la béatitude" de Comte Sponville,  et sur Hobbes aussi, un autre dont je ne me souviens pas avoir entendu parler en classe de philo...en tout cas pas de manière élogieuse ou de manière à leur faire la place à laquelle ils ont droit dans l'histoire de la philo- 
Je sais bien que Comte Sponville est considéré comme un "vulgaire...vulgarisateur"...., est accusé, comme Onfray, d'être trop médiatique.... parfois par ceux qui ne les ont  jamais lus d'ailleurs....... 
Mais le livre de Compte Sponville vaut vraiment le coup, est en plein dans le sujet soulevé ici... Et en plus, le bouquin, bien que compréhensible et abordable pour des non philosophes comme moi, est bien plus que de la "vulgaire vulgarisation" médiatique, n'en déplaise à  ses détracteurs, C'est un vrai bouquin de philo, documenté, annoté, profond, mais  simple, pédagogique au bon sens du terme (il en faut bien des pédagogues), permettant aux profanes dont je suis, de comprendre  certaines notions compliquées (pour la première fois en ce qui me concerne...) 

Comte Sponville établit de plus un rapprochement très intéressant entre Boudhisme, Epicurisme et Spinozisme.....  Il est bien plus, je le répète, qu'un simple "vulgarisateur".  Il n'est pas non plus, comme le voudraient certains, un chrétien qui s'ignore.
La recherche de spiritualité dont il parle n'a rien de religieuse, mais prend au contraire comme point de départ le désespoir de l'athée (celui de Camus par exemple, de Sisyphe....), seul capable pour lui de nous permettre d'accèder à une béatitude authentique car  totalement athée, et à une spiritualité de type nouveau, ceci en ne renonçant pas à une recherche d'un sens à la vie de l'homme (un sens...pas un au-delà ou un "arrière-monde" pour reprendre une expression Onfrayienne.



Dans le café philo que je fréquente, nous avons discuté samedi dernier du thème annoncé dans le titre de cet article : Sommes nous plus intelligent seul ou à plusieurs ?
Voilà donc quelques remarques que j'ai faites lors du débat où que je n'ai pas faites alors et qui me sont suggérées par la remarque d'une participante, sous forme de boutade, concernant le fait que son QI n'avait pas augmenté en participant au café philo.
- Il est vrai que le seul fait d'être ensemble et d'échanger ne produit pas automatiquement des idées plus intéressantes que celles que des individus seuls peuvent produire. Il n'y a pas de génération spontanée, due à la dynamique de tout groupe, quel qu'il soit, produisant automatiquement de l'originalité, du nouveau, du génial.....

Que dire des foules, si facilement manipulables, des meetings, dans lesquels peuvent se trouver des gens raisonnablement intelligents par ailleurs et qui dans certaines circonstances peuvent se trouver amenés à suivre un leader ou un mot d'ordre stupide, à adhérer à des idées qu'il aurait rejetées normalement en utilisant son bon sens et son estprit critique ?
Mais même dans des groupes de discussions restreints, sommes-nous certains que les idées que nous pondons ensemble  ne sont pas des banalités qu'un homme ou une femme bien plus intelligent que nous tous réunis aurait su dépasser et synthétiser de manière bien plus efficace et rapide que ce à quoi nous avons abouti laborieusement ensemble ?

Pour qu'un groupe fonctionne mieux qu'un individu seul, il faut quelques conditions qu'il n"est pas inutile de rappeler ici :
Un groupe de piliers de comptoirs  par ecemple,  discutant  à l'heure de l'apéro ne feront pas progresser le schmilblick d'un millimètre sur les sujets dont ils parlent chaque jour depuis des années. Il faut donc que le groupe soit composé de gens raisonnablement intelligents et cultivés pour qu'une question puisse être cernée et approfondie.

Cependant,  même composé de gens instruits et intelligents, un groupe ne génère pas spontanément non plus, une pensée originale ou profonde.
Il convient également que les membres du groupe fasse preuve d'une certaine discipline, sachent faire taire leur ego, s'écoutent, fassent l'effort de traiter le sujet choisi, sans toutefois se crisper sur des problèmes formels d'égalité dans la prise de parole, ce qui, lorsque tel est le cas, appauvrit la discussion et aboutit à une juxtaposition de points de vue qui ne s'enrichissent jamais mutuellement.
Pour donner un exemple de groupe rassemblant des esprits supérieurs mais n'aboutissant à rien, combien de fois n'a-t-on pas assisté, à la télé, à un panel composé d'esprits très brillants individuellement, mais incapables ce jour là de fonctionner, pour des raisons diverses et parfois obscures ? On peut être brillant mais sectaire, ne pas écouter l'autre, avoir plus envie de faire valoir son opinion que de trouver un terrain commun d'entente, etc.....
Il y a même des cas de "plantage collectif" célèbres, dont le nazisme, qui ont été justement rappelés pendant la discussion. Et le communisme ?  N'est-il pas lui aussi  un bel exemple d'erreur collective qui fut conçue individuellement d'abord, puis mise en pratique collectivement avec les meilleurs intentions progressistes du monde -  ceci au contraire du nazisme il est vrai  ?

Enfin et surtout Je ne crois pas beaucoup à une des idées qui a été avancée, selon laquelle il y aurait une pensée collective flottant dans l'éther du dialogue, une sorte d'intellectuel collectif.
Le corollaire de cette idée, qui fut également exprimé, selon lequel, il n'y aurait pas d'individu me semble également difficilement concevable.
Certes, lorsque je pense, je le fais dans une certaine intertextualité avec le discours de mes contemporains et de ceux qui m'ont précédé. Je suis le produit d'un certaine culture. Mais je ne suis pas entièrement conditionné par un environnement et ma culture.
Combien de catholiques par exemple, élevés dans un milieu strict, sont devenus des contestataires athées, libertaires et libertins ?
Je possède bel et bien une certaine marge de manoeuvre par rapport aux conditonnements divers qui m'ont façonné. Je ne suis ni entièrement libre, ni complètement le jouet des idéologies.
Pour conclure donc, je dirais que dans une discussion de groupe, l'individu apporte ses idées, qui sont aussi (partiellement seulement) celles des groupes humains dans lesquels il a été éduqué et qu'il fréquente. Lors de la discussion, il rencontre la pensée d'autres indidividus, eux aussi influencés par leur milieu. L'échange produit dans tous les esprits - individuellement et non dans une sorte de fusion des egos, d'être hybride collectif nouveau aux contours incertains ! - une certaine évolution de sa propre weltanschaung (vision du monde) de départ. Mais c'est bien chaque vision du monde qui se trouve transformée et éventuellement améliorée (jamais de manière uniforme) par cette confrontation.
Pour risquer une comparaison peut-être hasardeuse, le langage, qui lui est collectif (et non la parole qui est, elle, individuelle) joue simplement un rôle de véhicule portant  la parole et donc la pensée de chacun, à la manière dont l'élément liquide porte la laitance des poissons (de chaque poisson !) pour féconder une autre cellule, distincte des autres également.
Pour ce qui concerne la parole, elle aussi procède par contact multiple, simultané mais  individualisé à chaque fois, avec une autre pensée cristallisée elle aussi dans une parole et pensée individualisées.
Cette simultanéité de rencontre, par la parole, avec la pensée de toutes les autres intelligences du groupe, cette capacité à féconder plusieurs individus,  ne débouche  pas pour autant sur l'émergence d'une seule créature nouvelle, d'une pensée commune.  Chaque individu, à sa manière, devient le  produit de la combinaison originale et particulière (non de la fusion uniforme!) des caractéristiques des différentes informations échangées entre pairs.
Dans la plupart des cas, d'ailleurs, dans une communauté de chercheurs par exemple, la synthèse et le dépassement des théories précédentes  ont été le fait d'un des membres de cette communauté, qui a été enrichi par la confrontation avec les autres certes, mais qui réalise seul ensuite la synthèse des idées échangées et le dépassement qualitatif des thèses précédentes, dans une certaine solitude nécessaire à l'émergence d'une théorie originale.
Je ne pense pas qu'un groupe, fût-il particulièrement bien organisé et doté d'êtres altruistes, en soit capable. Il y a trop d'ego, de bugs de fonctionnement, de lutte d'influence dans un groupe, où le désir de dépasser, de dominer l'autre prend trop souvent le pas sur la recherche de la vérité.

J'irai même jusqu'à dire que parfois (très souvent en fait), pour atteindre la vérité, certains scientifiques ou penseurs ayant fait progresser l'histoire des idées de manière fondamentale, ont dû le faire en opposition ouverte, non seulement avec les pouvoirs en place, mais également en rupture avec la communauté des chercheurs ou des penseurs.

Lors de la discussion nous n'avons pas suffisamment, à mon sens, développé l'idée selon laquelle, la question posée soulevait la question de la démocratie et de son postulat selon lequel, au niveau d'une société tout entière ou d'une communauté donnée, la majorité a raison contre la minorité ou contre une personne seule.  Cela devrait en principe être accepté  pour un démocrate de gauche ou de droite, même lorsque le parti au pouvoir n'est pas celui pour lequel nous avons voté. Cette majorité, élue démocratiquement peut avoir tort selon nous, mais elle a forcément raison du point de vue institutionnel
Cette formulation a l'air d'un truisme, mais à bien y réfléchir, cela est vrai seulement si la majorité reste dans le cadre du raisonnable, se trompe "un peu seulement",  et ne penche pas vers des solutions totalement antidémocratiques (de droite ou de gauche), qui peuvent mettre en danger cette démocratie,  les fondements mêmes de notre édifice social et culturel. 
Pourrait-on dire que la majorité a toujours raison, par exemple,  si le suffrage universel, comme il le fit en allemagne, portait au pouvoir un parti qui annonçait clairement qu'il allait supprimer les libertés individuelles et donner le pouvoir à un seul parti (Russie), à un dictateur (Hitler) ou à une théocratie religieuse, comme cela fut le cas en Iran ?
Je n'ai pas de réponse, et je ne peux m'en tirer, j'en ai bien peur, que par  des formulations qui ont l'air absurdes, mais qui ne le sont pas tant que cela à y bien réfléchir.
En conclusion, je propose donc cet aphorisme  débile, j'ai ai bien conscience :  "En démocratie, La majorité a toujours raison, même quand elle se trompe un peu. Mais si elle se plante carrément, elle a tort..."
Provocateur et stupide non ?  Défi à la logique formelle, certainement .  Mais peut-on dire autre chose de bien plus profond à ce sujet ?

Lors de notre discussion, la notion de QI, (en rapport sans doute avec la notion d'intelligence) a été soulevée. Il est vrai qu'une certaine manière de mesurer l'itelligence par des tests a été justement critiquée. Il ne faudrait cependant pas balayer le QI d'un revers de manche  trop rapidement. Certes des précautions doivent être prises dans son utilisation (et elles le sont le plus souvent !)  pour définir les potentialités des élèves. Si ces précautions sont prises (et encore une fois elle le sont le plus souvent, dans l'Education Nationale en tout cas !) les tests modernes d'évaluation de la cognition, le  "WISC" par exemple, (pas les tests plus anciens) constituent toujours un outil très efficace pour identifier, parallèlement à d'autres observations faites par les enseignants et la communauté éducative, les difficultés rencontrées par certains élèves et pour aider l'institution à trouver les solutions de remédiation à ces problèmes.
Il y a le QI, le QE (quotient intellectuel), comme l'a fait remarquer justement un des participants au débat, ceci pour la perception des situations. Mais il y a aussi l'intelligence créatrice, que les entreprises recherchent tout autant que les capacités cognitives et relationnelles, et qui peut aussi être évaluée, à côté d'autres indicateurs, grâce à des tests spécifiques mesurant la flexibilité cognitive d'un individu, sa capacité à trouver des solutions originales, adaptées à des situations elles-mêmes inédites..

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