Un gros roman de Vassili Axionov, fils de Evguenia Guinzbourg, elle-même auteur du "Vertige" et du "Ciel de la Kolyma" , récits fameux de son arrestation et de sa déportation au goulag avec son mari (en 1937). Ses parents étaient pourtant des communistes convaincus, persuadés au début de leur calvaire que le parti ne pouvait se tromper, que s'ils avaient été condamnés, ils devaient avoir commis quelque péché capital contre l'édification du socialisme. Leur fils vécu avec eux à Magadan, en extrême orient, puis ils furent libérés en 1953, avec la "libéralisation" khroutchévienne.
Encore un de ces romans russes sur le Stalinisme à lire absolument si vous avez encore besoin de croire que  sans Staline et sa "déviation" totalitaire, le régime communiste eût pu déboucher sur une société juste.
Ce que montre précisément cet autre grand roman russe sur cette période, c'est que le système porte en lui, de manière inhérente, en raison même de la nature humaine, la fatalité de ce qu'il va devenir, comme l'attestent d'autres tentatives de construction de sociétés fondées sur cette idéologie (le Cambodge pour ne citer que cette expérience.)  Ce que montre (ou plutôt illustre brillamment le livre dans la fiction), c'est que ce  type de régime ne diffère que dans les objectifs annoncés de l'autre totalitarisme du vingtième siècle, qu'il  ne peut que donner le pouvoir (que ce soit dans les camps ou dans les hautes spères du régime), aux individus les plus corrompus, aux instincts les plus vils.
Par exemple, Beria,  le second  du petit père des peuples, devient sous la plume d'Axionov, un personnage à part entière du roman, qui fait enlever des jeunes filles dans Moscou pour qu'on les livre à ses désirs de vieillard libidineux. Ceci n'est nullement une liberté que prendrait le romancier avec l'Histoire , car il semble bien en effet que la réouverture récente des archives de l'URSS confirme  ce que d'autres auteurs et ce que la rue de Moscou avaient  déjà largement rendu public.
D'autres romans russes ont peint cette époque à leur manière, en s'essayant à marcher sur les traces du Guerre et Paix de Tolstoi. Outre les livres de Soljenitsyne bien sûr, l'autre grande saga à lire, plus centrée elle sur la bataile de Stalingrad, est "vie et destin" de Vassili Grossman, qui lui aussi établit dans la fiction le parallèle que devait faire au niveau philosophique Hannedt Arendt entre Nazisme et Communisme.
L'originalité de ce roman là tient à ce qu'il parvienne à nous faire vivre ces événements et ces destins tragiques, d'une manière ..... comment dire ...presque "légère", ceci sans édulcorer la réalité vécue par les personnages et les soviétiques à cette période. Même au bagne, une vie s'organise, des couples se retrouvent et s'aiment. Pendant la "Grande guerre patriotique" (entendez la deuxième guere mondiale) les soviétiques retrouvent une dignité et un courage dont ils se croyaient dépourvus, eux qui, en temps de paix, se sont laissés traîner dans les camps comme un troupeau d'esclaves, et qui se soumettront à nouveau, pour la plupart, la paix revenue. Le style, proche du réalisme fantastique de Boulgakov participe  ..comment dire encore .. de cette "légèreté dans l'horreur "  Comme dans le "Maître et Marguerite" ou le Roman Théâtral" de Boulgakov, les personnages historiques sont des protagonistes à part entière de la narration. On a déjà vu comment le terrible Beria participait à l'histoire. Mais Staline aussi devient un héros presque crédible de la fiction. Comme son acolyte Beria, il est rendu à la fois "humain" et accessible, mais aussi Ubu plus monstrueux encore, par le semblant d'empathie qu'Axionov joue parfois à nous faire  ressentir à l'égard des bourreaux, en  les caricaturant parfois sous la forme de bouffons pathétiques, vulnérables, faibles devant la maladie, la vieillesse ou l'impuissance, sujets au doute métaphysique parfois.... Mais que l'on ne s'y trompe pas. Comme celle de Kundera, cette "légèreté" axionovienne est elle aussi .... insoutenable. Dostoïevski, auquel il est fait abondamment référence, n'est jamais très loin....
A Moscou, après la guerre, les déportations continuent,. Les procès de médecins (juifs la plupart  !!) accusés de vouloir empoisonner les membres du bureau politique causent la perte d'un des héros, grand médecin,, qui refuse  de participer à  la curée contre ses collègues. Mais dans le Moscou (dans la capitale, pas dans la russie profonde !!) de l'après-guerre, une certaine prospérité  permet aux moscovites de mener une existence à peu près normale, pour peu que l'on échappe aux tentacules de la pieuvre protéiforme. Une jeunesse dorée fait la nouba, du sport, sort dans les boites à la mode, écoute du jazz, fricote avec les rejetons des "organes du parti".

La patte de l'auteur de cette fresque qui porte bien son nom de saga est faite d'un curieux mélange de farce burlesque, de tragédie grecque (ou dostoïevskienne comme on voudra...) et aussi, par moment, pour le "liant" romanesque, peut-être, d'une sorte de frivolité nomenklaturienne "à visage humain", de quadrille en crinolines  et au pas de l'oie apprécié dans les sphères du pouvoir. Mais plus intéressant encore que cela, l'horreur dominante est constamment tempérée par l'amour qui lie les membres de la famille Gradov, par  l'humour dont font preuve les membres de cette cellule inoxydable  de l'intelligentsia patriotique éclairée qui résiste à sa manière au tyran et à ses sbires ordinaires. Comme les héros "positifs" de Guerre et Paix , cette bourgeoisie progressiste et fondamentalement humaniste,  puise la force de résister au mal et à la table rase culturelle imposée par les bolchéviques à la fois dans ses racines profondément slaves et dans un souci constant de rester ouverte au monde extérieur.
Ceux qui ont étudié la langue de Pouchkine ont forcément entendu dire par leurs professeurs que les meilleurs écrivains russes sont ceux qui ont su réaliser une synthèse entre les courants slavophile et occidentaliste qui traversent et enrichissent l'oeuvre des plus grands, celle de Tolstoy, de Dostoïevski, de Pasternak, etc.... Je crois qu'Axionov s'inscrit dans cette lignée, lui le "traître cosmopolite" comme étaient nommés les accusés des procès de Moscou et de Prague, lui qui a émigré aux USA, mais qui continue de puiser son inspiration dans sa culture.....

Ce gros pavé de 1600 pages se lit presque comme un roman feuilleton (en raison peut-être des "crinolines" évoquées plus haut.) L'histoire tourne autour d'une famille de grands médecins, de militaires héros de la guerre dont l'un est rappelé du goulag pour sauver la mère patrie de l'envahisseur hitlérien, de poètes, de cadres sincères du parti, qui auront tous à souffrir dans leur chair du régime, mais qui sont en même temps, du fait de leur compétence dont a besoin le parti, préservé du pire. La maison familiale, datcha héritée de l'ancien régime et curieusement jamais confisquée, sorte de croisement entre les propriétés pour personnages de Tchékhov et de maison coloniale à la "Autant en emporte le vent", est l'ultime refuge de la cellule familiale disloquée par l'Histoire mais qui s'y retrouve par moments pour y trouver la force qui  permettra aux membres de cette "dynastie" de traverser les épreuves avec dignité.
Un livre optimiste finalement, contrairement à beaucoup de romans historiques russes traitant de cette époque sombre.
Les références littéraires et historiques sont nombreuses, mais, cerise sur le gâteau, la traduction de Lily Denis, dans l'édition Folio de poche, fourmille de notes documentées permettant au lecteur non spécialiste de posséder toutes les informations utiles pour la compréhension du contexte dans lequel s'inscrit l'histoire.

Vous trouverez des articles sur mes lectures de vacances sur mon blog : http://jcfvc.over-blog.com
Parmi les livres dont il est question à l'article éponyme (Mes lectures de vacances) :
-2 romans anglais Amsterdam de Ewan McEwan, et "Sourires de loup" (White teeth) d'un jeune romancière anglo jamaicaine, Zadie Smith
- 1 roman américain de Philip Roth : J'ai épousé un communiste
- 2 recueils de textes sur la Provence : "Provence' de Giono et "Ma provence d'heureuse rencontre" par Pierre Magnan
- 1 livre d'Henri Bosco, bien ancré sur la Provence luiaussi, "'et la rivière"
- 1 roman qui valu à son auteur d'être agresé par les gens du village dont il parlait dans le livre et qui donna lieu récemment à un procès au tribunal d'Aurillac : "Pays perdu" de Pierre Jourde

Mes lecteurs les plus fidèles se souviennent peut-être d'un article diffusé sur cé même blog au sujet d'une de mes lectures de l'été non encore terminée au moment où je l'avais mis en ligne, le premier roman à succès d'une jeune métisse jamaico-anglaise (voir l'image ci-dessous).

Et bien la suite et la fin confirment l'opinion que j'en avais à la lecture de la première moitié. Le roman est vraiment excellent. Il s'inscrit, par son humour dévastateur et son ancrage dans les réalités économiques, culturelles et social de la Grande Bretagne qu'il décrit, dans la tradition du grand  roman anglais, aux antipodes d'une littérature française trop souvent déconnectée du monde réel.

Sans dévoiler la fin de l'intrigue, disons, pour faire court et simpliste et si j'ai bien compris le message de cette fable baroque flamboyante :

- que la classe ouvrière britannique, en la personne de son héros Archibald Jones,  plus-typiquement-anglais-de-base-que-lui-tu--meurs, mais cependant non raciste de base car ayant épousé une jamaicaine et étant resté le meilleur ami de son compagnon d'infortune et de guerre (un Bengali bien intégré mais islamiste sur les bords), cette classe ouvrière donc, est confrontée à une situation inédite, celle d'une immigration de masse qui a transformé en profondeur le Royaume uni, dont les populations bigarrées apprennent  malgré tout à répondre avec humour aux défis de l'Histoire (avec un grand H)

.- que cette classe ouvrière, enfin, une partie de cette working class, profondément tolérante au fond -ce n'est pas moi qui le dit, mais la romancière métisse, qui dénonce aussi le racisme ordinaire d'une partie de la société - adhère obscurément, par simple bon sens, aux valeurs rationelles de l'occident, auxquelles elle ne comprend pas grand chose et ne pratique pas dans sa vie de tous les jours , valeurs qui ont permis à l'Europe de conquérir le monde et qui sont en train de déboucher sur une fuite en avant technologique d'apprentis sorciers risquant de détruire le monde.

- Sur ce dernier point, la dénonciation  de la rationalité occidentale qui présenteraitt un danger pour la survie de l'espèce et la suprématie occidentale, je ne suis d'ailleurs pas certain que la romancière adhère aux pulsions anti-scientifiques post-modernes et qu'elle ne se rallie pas en fin de compte derrière la bannière de la recherche scientifique, tant sa charge contre les sectes fondamentalistes islamistes, chrétiennes et anti vivisection - tous farouches adversaires de la société occidentale et convergeant, malgré le gouffre idélologique qui les séparent et pour des raisons diamétralment opposées, dans une haine aveugle contre : le père, le colonisateur, la chair et la révolution sexuelle........ -  est féroce. A vous de voir........

- Que la classe ouvrière anglaise donc, personnifiée par l'un des héros principaux, le petit cockney de base, par simple amitié pour les amis immigrés qu'elle côtoie dans les quartiers, et non par adhésion au fondamentalisme de certains membres des communautés musulmanes dont elle partage l'existence quotidienne, pressent confusément  une communauté d'intérets et de destin envers ces "étrangers", ceci malgré un fond d'intolérance ethnocentriste indélébile.

- Que cette classe ouvrière, ou plutôt ces "masses déracinées par le capitalisme", privées de leur solidarités traditionnelles comme le dirait Arendt bien mieux que moi, semblent prendre à un instant crucial de la narration, fait et cause contre la rationalité arrogante de l'intelligentsia qui leur promet un futur radieux grâce à la science et au progrès, mais en fin de compte ne parviennent pas à prendre une décision, s'en remettent au hasard, à leur maktoub cockney et se font finalement "baiser" par cette bourgeoisie qu'elles soutiennent malgré tout et en dernière instance contre leurs  "intérêts objectifs de classe" pour utiliser une vulgate marxiste assez impropre à rendre compte de la tonalité du livre, mais à laquelle je recours maladroitement, faute d'un meilleur instrument d'analyse...

Voilà, il me reste à vous rappeler que cet excellent roman a été traduit en français sous le titre "Sourire de loup", qu'il est publié en poche dans la collection Folio, et que je vous en recommande vivement la lecture si vous voulez mieux comprendre la société britannique actuelle au-delà des clichés sur le communautarisme à l'anglo-saxonne dont on nous rebat les oreilles ici pour lui opposer l'intégration à la française, vous savez, cette panacée républicaine qui a donné ce que l'on a vu l'hiver dernier dans les cités en flamme de l'hexagone. Ils ont dû bien rigoler les anglais et tous ceux qui en ont marre de recevoir des leçons de démocratie et de progrès social de la part des "frogs", des Frenchies arrogants.......

Ah oui, j'oubliais.... Avant les vacances, j'avais lu ."Pays perdu", de Pierre Jourde, vous savez, le bouquin sur un village du Puy de Dôme, qui avait provoqué l'ire des habitants s'étant reconnus dans les portraits féroces de villageois alcoolisés sculptés par l'auteur à coup de serpe vitriolée et ayant attaqué l'écrivain et sa famille alors qu'il venait passer des vacances dans le village, dans sa maison familiale.

Ce fait divers consternant avait d'ailleurs fait l'objet de commentaires dans la presse nationale et locale lors du procès des agresseurs au tribunal d'Aurillac

Le livre est vraiment très bien écrit. Il est vrai que l'écrivain ne ménage pas ses modèles, ne voyant chez les êtres qu'il évoque, que les mutilations causées par les outils de travail, la boisson, les animaux. Mais en même temps, comment ne pas voir, au-delà de ces portraits cruels de personnages dévastés par la vie, l'humanité, certes frêle et chancelante, qui émane de ces portraits. J'y vois pour ma part sourdre, au coeur même de l'écriture impitoyable, une profonde empathie envers ce pays (le plateau du Cezalier),  abandonné en marge de l'autoroute pas si lointaine, envers les gens qui persistent à vivre et à exister aux marges d'un monde en pleine mutation.

Il est curieux que ce livre rejoigne, dans ses thèmes et son écriture, sa vision d'un monde rural en train de disparaître (ayant déjà largement disparu dans les trente glorieuses), les trois autres écrivains du centre de la France, dont j'avais déjà parlé dans un précédent article mis en ligne sur ce blog (Millet, Michon et Bergougnoux).

Cela me parait confirmer qu'une littérature puisant son inspiration dans le terroir du massif central (ou d'autres terroirs d'ailleurs) - qui n'est pas "régionaliste" et qui est bien plus intéressante que celle de l'école dite "de Brive" - est possible, existe bel et bien.

Tant mieux si de nouveaux Giono peuvent renouveler le genre et sortir un peu la littérature française de l'ornière introspective parisienne dans laquelle elle a parfois tendance à s'enliser.

La France existe aussi au-delà du périphérique, et la littérature doit en rendre compte,  à sa manière.

PS Pierre Jourde a également commis un violent pamphlet contre le monde littéraire parisien, qui selon lui, autour du grand gourou Sollers et de la rédactrice en chef du Monde des livres, encense des auteurs qu'il juge médiocres. Il déplore le manque de polémiques dans le monde littéraire, le "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Parmi les "scribouilleurs" éreintés dans cet ouvrage : Sollers, Begbeider, Angot, etc..... >Il dit aussi du mal de Houellebecq, mais lui reconnait un certain talent. Même chose pour Catherine Millet. Suite à ce brulôt ("la littérature sans estomac") Jourde a d'ailleurs dû comparaître devant la justice pour diffamation à l'égard de la rédactrice du monde des livres (Josiane Savignon).

Ci-joint un lien vers une page web consacrée à la littérature sans estomac :

http://artslivres.com/ShowArticle.php?Id=1061

Un autre lien vers une page où Pierre Jourde répond à ses détracteurs concernant la littérature sans estomac : http://echo.levillage.org/356/6772.cbb

Notons cependant qu'il ne fait pas que critiquer. Il dit également du bien de certains écrivains, dont certains m'étaient  inconnus : Valère Novarina (une de ses pièces fut jouée à Avignon cette année, une autre à la comédie française), Eric Chevillard, Jean-Pierre Richard, .Echenoz,  Pierre Michon (celui-là j'en ai déjà parlé sur ce blog), Claude Louis-Combet, Richard Millet (celui-là aussi j'en ai parlé), Marc Petit, Georges-Olivier Châteauraynaud."

Décidément , Pierre Jourde ne se fait pas que des amis. Cela a tendance à me le rendre plutôt sympathique. Mais au-delà du fait divers, il faut lire pays perdu, pôur l'écriture et si l'on est sensible à une littérature à la quête de l'universel dans un certain terroir, même si le trait est outré : Ci-joint un lien vers un extrait du livre, pour vous rendre compte :

 http://perso.orange.fr/calounet/extraits/paysperdu_jourde.htm

 

Mes lectures de vacances

Etant affligé d'une hernie et ne pouvant marcher, j'ai eu largement le temps de m'adonner à l'un de mes vices cet été, et voilà le fruit des réflexions :

Amsterdam : Un roman anglais (lu en vo) de Ian Mac Ewan, un écrivain britannique déjà reconnu outre Manche. Ce livre a obtenu le Booker prize, le goncourt pour la littérature de langue anglaise

Deux hommes, deux amis de longue date, l'un journaliste, l'autre compositeur se brouillent lorsque le journaliste, devenu rédacteur en chef, veut révéler un secret à scandale concernant la vie privée d'un de ses ennemis politiques, conservateur ripoux en passe de devenir premier ministre. Son ami musicien, bien que partageant des sympathies de gauche conseille à son ami, au nom du respect de la vie privée, et des valeurs démocratiques qu'ils partagent, de ne pas révéler  le scandale, fût-ce pour éviter au pays la vague de réformes de droite qui sont à attendre si ce politicien venait à prendre le pouvoir. Le patron de presse a des motifs moins nobles pour vouloir sâlir la réputation du ministre. Il compte ainsi asseoir sa position de rédacteur en chef (qui n'est pas totalement acquise) en boostant les ventes du journal.

Son ami musicien, de son côté, doit terminer une symphonie de commande sur laquelle il compte pour devenir une sorte de compositeur officiel du régime. Il est le témoin d'une agression lors d'une de ses promenades dans la région des lacs, mais n'intervient pas, de crainte que l'inspiration survenue lors de sa promenade ne soit perturbée en venant au secours de la victime.

Le journaliste échouera dans sa tentative de déstabilisation du futur premier ministre et le musicien sera dénoncé à la police par son ami voulant se venger du manque de soutien du compositeur pendant les épreuves qu'il a dû traverser lorsque lla stratégie qu'il avait imaginée se retourne contre lui.

Les deux hommes se réconcilieront finalement après que leurs objectifs respectifs aient échoués.

A travers la destinée de ces deux hommes, Mac Ewan dresse un tableau très pessimiste de la vie culturelle et politique du Royaume uni. Il connaît très bien la musique, posséde une grande culture et , tout en  analysant avec une extrême précision les problèmes auxquels est confronté le musicien en train de composer sa symphonie, il nous convie à une réflexion sur l'acte créatif en général, les choix que tout artiste doit faire pour concilier cohérence globale de l'oeuvre et détours narratifs ou détails accessoires .

A lire si vous voulez faire la connaissance d'un écrivain britannique contemporain important.

De lui, j'avais lu précédemment "The cement garden", récit d'enfants dont la mère meurt et qui décident de l'enterrer dans leur jardin sans révéler son décès aux voisins et aux proches. Livre dérangeant, très différent d'Amsterdam, mais dans lequel on trouvait déjà l'écriture brillante et très particulière de Mc Ewan, dont je ne puis dire si elle est rendue avec brio par la traduction, ayant lu ce livre en VO.

"J'ai épousé un communiste", de Philip Roth. L'auteur, également et entre autres, de "la tache humaine", roman adapté à l'écran il y a deux ans, avec Anthony Hopkins dans le rôle du héros principal :

Histoire d'un communiste américain, racontée par son frère - ancien professeur charismatique -  au narrateur, qui grâce à ce prof, s'éveilla à la littérature, à la réflexion, et devint l'ami de ce marxiste atypique, autodidacte, peu cultivé, devenu célèbre en travaillant à la radio, ayant épousé une actrice célèbre et mené une vie peu en rapport avec ses convictions politiques, ayant finalement été brisé par sa relation avec sa femme, qui le dénoncera aux autorités pendant la période du Mac Arthysme.

Ce livre est le portrait féroce de l'Amérique, des années 20 au début de l'après-guerre. Il dénonce tout à la fois la cruauté du système capitaliste sauvage des années trente,  la dictature de la culture de masse américaine des années 50, et  la dictature du prolétariat telle qu'elle triompha en URSS et que voulaient linstaurer les communistes américains ultra sectaires et minoritaires de l'époque, sans tenir compte du pays réel, de l'évolution des pays dans lesquels sévissait le "rêve" communiste et du monde tel qu'il était en train de se transformer.

Philip Roth est un écrivain de gauche qui garde son esprit critique. Il se méfie surtout de la force généralisatrice de l'utopie et de l'idéologie, à laquelle il oppose l'énergie "particularisante" de l'art et de la littérature, qui est le meilleur antidote contre la bête immonde totalitaire, de quelque bord qu'elle surgisse.

Là encore, je ne puis dire si la traduction rend justice au style, ayant lu ce roman, comme tous les ouvrages d'auteurs anglo saxons, en VO.

White teeth (Sourires de loup en Français), publié en livre de poche Folio) Auteur : Zadie Smith

Cette jeune auteure d'origine jamaicaine et anglaise obtint un succès immédiat pour ce premier roman, écrit à 25 ans seulement. Les droits du livres furent même achetés avant même qu'il soit terminé, à un éditeur ayant lu les cent premières pages seulement lors de la foire du livre à Francfort.t

C'est un roman foisonnant, à l'écriture baroque et flamboyante, s'inscrivant dans la tradition du grand roman anglais, de Fielding aux "Enfants de minuit" de Salman Rushdie, en passant par Dickens, rendant compte de la cociété anglaise en mutation, de ses crises, de la diversité des ses communautés et de son caraxtère multi-ethnique et multi culturel. Un livre cependant très profondément  "british" par son  humour décapant. et dévastateur, se moquant tout à la fois de la classe moyenne cultivée, des petits blancs racistes de la classe ouvrière, des "racailles" de banlieue totalement ignorantes de leur culture d'origine mais revendiquant cependant des racines qui leur sont totalement étrangères et inconnues.  La langue est celle de la rue, totalement baroque et flamboyante elle aussi, un anglais en pleine mutation, sabir de cockney de la classe ouvrière, d'anglais standard de la télé et de la pub et de "pidgin" post-moderne. (petit nègre des banlieues, des minorités jamaicaines et indo pakistanaises) Je serais d'ailleurs curieux de lire ce roman également dans la traduction française pour voir comment cette énergie linguistique, ce mélange des genres et de styles a été adapté par le traducteur.

Les héros en sont un cockney de base inculte et un indien originaire du Bengale, possédant un vernis de culture, attaché à ses racines, voulant pour ses deux fils une éducation de bons musulmans, qui ne pouvant payer deux billets d'avions, envoie, contre l'avis de sa femme, et de son entourage,  l'un de ses deux rejetons au Bengale afin de le protéger contre la corruption et les vices occidentaux,. Les deux compères ont fait la 2ème guerre mondiale ensemble, gonflent tout le monde et leur famille en particulier en rabâchant leurs souvenirs militaires pas très glorieux, et pour ce qui concerne le bengali, les exploits (très improbables et contestés) d'un ancêtre qui aurait le premier mené une rebellion contre l'envahisseur anglais. Il sont tous les deux épousé sur le tard des femmes beaucoup plus jeunes et leur ont fait des enfants qui sont à l'image des adolescents actuels issus des minorités : Le fils resté en angleterre du Pakistanais est un petit délinquant, leader charismatique d'une petite bande qui sera sensible aux fatwas prononcées par les barbus fondamentalistes de Bradford et ira brûler le livre d'un écrivain ayant "blasphémé" contre l'islam, et qui en profitera pour piller quelques magasins et agresser quelques passants "infidèles". Le frère de cette petite frappe néanmoins sympathique, celui qui fut exilé d'autorité par le père vers l'Inde, fait des études de droit. C'est l'intello, la fierté de son père, qui en fait ne sait pas très bien ce qu'il devient là-bas et dont on peut douter, eu égard à sa rationalité et à son désir de modernisation de la société indienne, qu'il devienne ce que son père a imaginé pour lui en l'exilant dans le sous-continent. Je ne puis vous dire ce qu'il devient, étant en train de teminer le bouquin et désireux de toutes façons de ne pas dévoiler la suite afin de vous donner l'envie de découvrir lle destin des personnages par vous-mêmes. Autres personnages savoureux de cette fable sociale, inscrite totalement dans l'histoire et la société actuelle du Royaume Uni, contrairement à une certaine littérature française trop souvent déconnectée du réel, digne du Tom Jones de Fielding ou de Dickens :

- La mère des deux enfants de l'Indien, mariée à cet homme plus vieux qu'elle et ramenée par lui en angleterre, est tout à fait intégrée, apprécie la modernité et le confort de l'occident, est hostile aux véléités fondamentalistes de son époux et cependant attachée à ce que ses enfants ne perdent pas leurs racines.

- Sa nièce, lesbienne totalement impie, menant une vie "honteuse" pour sa tante, qui  ne l'excommunie toutefois pas et lui demande souvent son avis pour l'éducation de ses propres enfants et dans la façon de gérer son couple.

- La fille du cokney, de mère jamaicaine, amoureuse du fils délinquant du Bengali et désireuse de s'intégrer, fréquentant assidument la maison d'un couple d'intellectuels d'origine juive mais identifiés comme étant anglais pur sang

Les deux géniteurs de cette descendance bigarrée sont les meilleurs amis du monde, fréquentent le même pub tenu par un pakistanais à l'idéologie plus british-de-base-que-lui-tu-meurs, se bourrent la gueule régulièrement dans ce boui boui en ressassant leurs souvenirs de guerre et en débitant des brèves de comptoir savoureuses avec les autres clients, le pakistanais, faisant rigoler tout le monde avec son ancètre soi-disant anticolonialiste et sa prétension à se purifier et à se comporter dans un avenir incertain comme un bon musulman.

J'en suis à peu près là dans ma lecture et j'ai hâte de découvrir la fin de cette histoire, tant ce roman est passionant. Je pense en avoir suffisamment dit pour vous donner envie de le lire.

Bonne chance et n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires si vous vous embarquez dans ce pavé qui se lit très bien....

Un lien vers une page sur le livre => http://www.sitartmag.com/zadiesmith.htm

D'autes lectures d'été (en Français):

- "Provence" de Giono, un recueil de textes écrit par l'écrivain et nous livrant une provence profonde, loins des guides touristiques et des pagnoleries folkoriques.

Les paysages parcourus sont décrits avec la force lyrique de Giono. Si on aime l'auteur, on aimera ces itinéraires parcourus avec lenteur et empathie.

-

 

 

 

 

- "Ma provence d'heureuse rencontre" de Pierre Magnan,

Un écrivain provençal, disciple et ami de Giono, qui écrit des polars se déroulant dans la région de Forcalquier. Le livre que j'ai lu est lui aussi un recueil de textes sur la Provence, célèbrant une provence inconnue et selon l'auteur "authentique". Belles pages, très bien écrites, donnant envie de lire l'un de ses polars.

 

 

 

- L'enfant et la rivière, de Jean Bosco :

Un conte provençal. Un enfant attiré par la rivière qui longe la propriété de ses parents y fait la rencontre d'un autre enfant, un orphelin poursuivi par des gens du voyage. Ils dérivent le long du courant pendant plusieurs jours, font des rencontres mystérieuses, sont retrouvés, se lient d'amitié. Bosco connait bien le le milieu aquatique qu'il décrit, la faune et la flore d'une rivière de Provence/ Une sorte de Tom Sawyer à la française au message moins universel cependant que le roman américain. Un joli livre, plutôt à claser dans un rayon de bibliothèque consacfré à la littérature de jeunesse mais pouvant être dégusté avec plaisir par des adultes, s'ils aiment la Provence. Il n'y a quand même pas le souffle épique que l'on trouve chez Giono..... 

 

- "Zones" de Jean Rollin, journaliste et écrivain : Recueils de textes sur des lieux parcourus par le narrateur (l'auteur ?) dans un Paris et une banlieue découverts lors d'une errance au hasard des lignes de métro choisies de manière aléatoire et des nuits passées volontairement dans des hôtels bon marché et de bars de la périphérie parisienne. Le narrateur s'intéresse surtout aux quartiers en mutation, terrains vagues, cités en cours de démolition, vie et êtres à la dérive rencontrés autour de et sous les échangeurs autoroutiers et des noman's land.peuplés d'un quart-monde abandonn" par la modernité aux franges de la capitale

Le narrateur s'installe à des comptoirs de troquets lugubres, des bars PMU, des buffets de gare, écoute les conversations, commente les échanges surpris entre clients interlopes ou employés plus cravatés mais cependant avinés. Le plus souvent, ce sont les lieux communs concernant la politique, les célébrités, le sport, les "faits de société" tout ce que l'on entend dans la rue, dans les média, dans les spots publiciaitres, sans y prêtrer attention tant ils polluent idéologiquement de manière insidieuse notre façon de penser et d'être présent au monde, sans que en ayons toujours conscience.

Un anti -guide touristique de l'Ile de France, dérangeant, donnant cependant l'envie d'errer soi-même à la dérive dans ces "zones" et de prêter attention à la "poésie" sisnistre de ce monde à la fois proche et lointain, exotique, même pour les petits bourgeois issus de couches populairesque nous sommes devenus.

Sorte de documentaire écrit, avec une voix off décalée par rapport à ce qui est donné à voir, miroir insolite de l'urbanité blafarde de nos cités, de la dérive sociétale contemporaine. Une chronique désespérée et désespérante de l'absurdité au quotidien, de la solitude des êtres dans les grandes mégalopoles modernes.

A ne surtout pas lire si vous souffrez d'une dépression !!!!!!!

Mais intéressant quand même, tant pour l'écriture que pour le projet littéraire.

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