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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 08:06
Connaissez-vous Xavier Mathieu ? Pour ceux qui ne suivraient pas l'actualité, c'est le responsable CGT de Continental qui a donné (en direct devant les cameras de télé) le signal de destruction d'une sous-préfecture à ses ouailles en s'entendant dire au téléphone que les revendications des licenciés n'étaient pas acceptées.
C'est aussi celui qui traite Bernard Thibaut, le responsable de la CGT de "racaille" pour avoir refusé de de dire que la destruction de la préfecture était "légitime". C'était le 17 août à France info. Voici la citation : ""Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases, Ils servent juste qu'à ça, toute cette racaille." 
C'est également celui qui, chez F.O.G (Franz olivier Gisbert), à l'émission  "A vous de juger", tient les propos suivants :
"La seule solution, c'est l'esprit révolutionnaire, c'est d'attraper tous ces enfoirés, les économistes, les têtes pensantes...qui nous racontent des bobards "
"Aujourd'hui la peur, elle est du côté des petits, mais un jour, elle va changer de côté, elle sera du côté des grands.."
"Nous le peuple, les salariés, les êtres humains" (et les autres, c'est quoi ? Des bêtes malfaisantes qu'il faut abattre ??? C'est  moi qui commente)
Si vous ne me croyez pas, cliquez sur le lien ci-dessous, et si vous ne voulez pas vous fader ce que disent Attali et Baveresse (des économistes, des enfoirés, des puissants, la racaille dirait Mathieu, c'est toujours moi qui commente..) avant l'intervention du délégué CGT de continental, faites glisser le curseur directement sur  le visage de l'intéressé.
 http://www.dailymotion.com/video/xb04yq_xavier-mathieu-face-a-jacky-attali_webcam
 
Le même Xavier Mathieu revient sans cesse dans ses interventions sur cette histoire de peur qui va changer de camp. Voilà ce qu'il dit chez Karl Zero :"Il faut faire changer la peur de côté". "Je dis aux gars de France Télécom : Faites leur peur".
Et aussi, toujours chez Karl Zero, en plus soft, en faisant l'apologie de José Bové : "C'est la vie qui me rend révolutionnaire. Avant j'étais écolo, j'allais à la pêche."
 
Bon, je comprends la détresse des gens qui perdent leur boulot, mais vous aurez compris que ce genre de posture ouvriériste qui fleure bon la testostérone fascisante, populiste et poujadiste en ce qu'elle décline les thèmes bien connus du "tous pourris" et du "le peuple a toujours raison contre les forts", n'est pas véritablement ma tasse de thé, Ce populisme est d'autant plus nauséabond qu'il s'inscrit dans un contexte partticulièrement malsain, dans lequel j'entends des gens gentils, autour de moi, pas particulièrement violents, tenir à peu près ce même discours contre tout ce qui pense, contre les politiques, les "responsables", etc, justifier la vioilence et la destruction au motif que c'est "la seule façon ce se faire entendre". Je ne pouvais m'empêcher de penser, en entendant Mathieu vitupérer les "têtes pensantes et les économistes" en face d'Attali qui est juif, économiste, et fut banquier à son heure, à des discours ouvrierristes qui ont pu être séduit, à une autre époque, pas si lointaine, où les banquiers juifs étaient désignés comme les responsables des malheurs de la classe ouvrière.
Désolé "camarades", mais quand j'entends Mathieu et ses sectateurs intellos (qui sont parfois des amis), lui pardonner ses violences verbales et ce passage à l'acte dans une sous-préfecture, ça me fout les chocottes.
Quand j'entends Mathieu (et encore plus des proches prendre sa défense..), je comprends comment la Terreur a pu se mettre en place, comment l'idée généreuse de communisme a pu se transformer en un totalitarisme sanglant, comment on a pu éliminer les gens porteurs de lunette au Cambodge, comment des profs de fac (des "mandarins" disait-on en 68") ont pu être humiliés et obligés de porter des bonnets d'âne devant des foules galvanisées par des discours à la Mathieu pendant la révolution culturelle chinoise, que justifie encore aujourd'hui un philosophe reconnu comme Badiou dans un livre à succès (l'hypothèse communiste).
 
Et qu'on ne vienne pas me dire encore que je suis obnubilé par l'extrême gauche et ses dangers, que l'anti-communisme fait le lit du fascisme ou est son allié "objectif". Que l'on ne me serve pas le slogan sartrien "l'anticommuniste est un chien"....
Les staliniens n'ont cessé d'utiliser cet argument dans le passé pour éliminer (ou disqualifier aujourd'hui), avant tout, leur camarades communistes ou de gauche comme eux, mais qui contestaient les dérives de leur propre camp.
Je suis aussi vigilant que ceux qui me reprochent mon anticomunisme primaire sur le danger d'extrême droite. Simplement, j'en parle un peu moins en direction de mes amis car nous sommes d'accord là-dessus et pas besoin de s'auto convaincre entre nous.
On  a bien raison de se méfier de Le Pen. Je ne vais pas le répéter en préambule de tout ce que je dis contre l'extrême gauche.
On est peut-être moins fondé, en ceci je plaide coupable, à penser que Sarko et le Pen c'est kif kif...
Encore un vieux procédé stalinien éculé : faire des alliés de gauche des ennemis objectifs de la classe ouvrière (kouchner, Lang, Rocard, Walls seraient,  en fait, de droite par exemple...) et, dans le même mouvement, faire des modérés, des centristes et des conservateurs, carrément des fachos. C'est pratique, ça a l'avantage d'être simple, d'être bien compris par les foules et de sommer les mous de "choisir leur camp"........
En revanche, je constate que la vigilance de certains est bien mince en direction d'une certaine extrême gauche (ou gauche extrême, ou gauche de la gauche comme on voudra), envers la montée de ce que j'appelle un populisme poujadiste de gauche, qui considère que tous les poltiques sont pourris et sans le dire n'ont d'autre solution à proposer à nos problèmes actuels que de couper des têtes, fût-ce symboliquement, que ce soit celle de Chirac, de Pasqua, de Villepin, etc..y compris celles de gens qui sont sur une ligne, disons social démocrate, qui seraient considérés dans tous les autres pays européens comme de gauche, mais qui, chez nous sont désignés comme des suppôts du libéralisme.
Il faut bien sûr juger les gens qui ont commis des forfaits ou détourné des fonds, La justice doit être la même pour tous, c'est vrai.
Mais ce qui est inquiétant et malsain, c'est cette obsession à vouloir punir, châtier, en laissant parfois penser au bon peuple qu'une "purification" de type "vertueuse" et "Robespierriste" est nécessaire à l'avènement d'une société nouvelle et apportera une prospérité au peuple en récupérant l'argent que les riches (les "têtes pensantes" de Mathieu) ont confisqué.
Pour revenir à Mathieu (le délégué CGT Terminator de prefecture aimant détourner à sa manière les formules sarkoziennes et les appliquant à la "racaille" patronale et dirigeante (on est pas loin de certains slogans nazis contre le complot des banquiers et des juifs opprimant le peuple), je note que pour désigner les opprimés, les salariés, le peuple, il dit "nous les êtres humains". Ca aussi ça me fout les chocottes. Ainsi donc, si les ouvriers, les salariés, ceux qui souffrent sont "les" (pas "des") êtres humains, que sont donc les autres pour Mathieu et ceux qui en font un nouveau José Bové sympa, tendance Groucho/prolo en bleu de chauffe ? Que sont "les têtes pensantes", les "responsables", les "Thibaut" ? De la racaille comme il le dit si bien ? Des animaux que le peuple doit abattre pour accéder au nirvana égalitaire ?
 
Je termine avec quelques petits passages de Camus (dans l'homme révolté, chapitre "la pensée de midi"), que certains récupèrent un peu trop à leur compte et auquel ils font dire le contraire de ce qu'il dit (Onfray par exemple, qui affirme que sa pensée était libertaire et anarchiste, eh ben vois donc...) On aura beau la tortiller dans tous les sens, la pensée camusienne ne va absolument pas dans le sens d'une solution révolutionnaire, bien au contraire. Autant il célèbre la révolte, légitime et humaniste, autant il pense que la révolution trahit l'esprit de révolte. Il suffit de le lire :
D'abord ce passage, qui illustre bien mieux que moi, ce que je tente d'exprimer en m'inquiétant de cette fureur à punir les puissants chez nos concitoyens. La grandeur de Mandela, entre autres, c'est d'avoir su pardonner à ses tortionnaires, sans toutefois abandonner la révolte contre l'injustice qui fut toujours la sienne. S'il avait répondu aux pressions qui lui demandaient la vengeance, que serait l'Afrique du sud aujourd'hui ???
Voici le passage de Camus, extrait du chapitre "la pensée de midi, dqns l'homme révolté :
"Ainsi encore de la justice et de la liberté. Ces deux exigences sont déjà au principe du mouvement de révolte et on les retrouve dans l'élan révolutionnaire. L'histoire des révolutions montre cependant qu'elles entrent presque toujours en conflit comme si leurs exigences mutuelles se trouvaient inconciliables...La liberté absolue, c'est le droit pour le plus fort de dominer. Elle maintient donc les conflits qui profitent à l'injustice. La justice absolue (ce que propose un peu un un Mondebourg par exemple, pourtant pas un "révolutionnaire"...c'est moi qui commente) passe par la suppression de toute contradiction : elle détruit la liberté. Il y a ainsi dans toute révolution, une fois liquidée la caste qui dominait jusque là (c'est le "attraper tous ces enfoirés de Xavier Mathieu.. et d'autres.... C'est toujours moi qui commente..), une étape où elle suscite elle-même un mouvement de révolte  qui indique ses limites et annonce ses chances d'échec (voir la mort de Robespierre et toutes les révoltes ouvrières dans les pays de l'Est..C'est toujours moi qui commente entre parenthèses)..... Il y a , semble-t-il, une opposition irréductible entre le mouvement de révolte et les acquisitions de la révolution .."
 
Et ce passage surtout, qui illustre très bien, je pense, ce qui est en train de naître (de renaître ?) chez nous malgré les dénégations de ceux qui nous disent que cette fois, c'est juré, "ça s'ra plus comme avant.....Les erreurs du passé ne se reproduiront plus, "puisqu'on vous le dit"........
"Aussitôt que la révolte, oublieuse de ses généreuses origines, se laisse contaminer par le ressentiment (ce que je constate précisément dans le discours dominant en ce moment, c'est toujours moi qui commente), elle nie la vie, court à la destruction et fait se lever la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graine d'esclaves, qui finissent par s'offrir aujourd'hui, sur tous les marchés d'Europe, à n'importe quelle servitude. elle n'est plus révolte ni révolution, mais rancune et tyrannie"
 
Que cela est bien dit. Si l'on pense que camus parle d'une époque totalement révolue et de choses que l'on ne risque absolument pas de voir se réaliser chez nous, qu'ils me démontrent que je me trompe et que je fais de la parano, qu'il n'y a pas de haine et de ressentiment, de désir non avoué de couper des têtes chez certains responsables politiques d'extrême gauche qui absolvent Rouillan de tout ce qu'il a fait. Même chez des plus modérés, comme Mondebourg au PS, qui veut foutre beaucoup de monde en taule y compris, sans le dire, certains de ses camarades du PS, ont retrouve cette pulsion "vertueuse" et "purificatrice". Si j'osais, je comparerais Mondebourg à un Camille Desmoulins, avocat comme lui, comme lui séduit par la necessité de punir pour promouvoir la justice et la vertu, puis emporté et détruit lui-même par la logique des forces qu'il avait contribué à déchainer..
Les gens que j'entends autour de moi comprendre Xavier Mathieu, exonérer les ouvriers qui déversent des produits chimiques dans les rivières ou menacer de faire sauter leur usine, feraient bien de réfléchir à ce que sont devenus les gens généreux comme eux, qui ont soutenu au départ les révolutions qui les ont broyés, eux comme les riches, une fois que la colère des damnés de la terre était instrumentalisée par les "réalistes" qui veulent avant tout prendre le pouvoir et le conserver....
 
Pour moi, Xavier Mathieu (mais il est loin d'être le seul !) est le type même de ce que Camus appelle " ces petits rebelles, graines d'esclaves.... qui finissent par s'offrir... à n'importe quelle servitude",  pour peu qu'on leur garantisse un travail stable garanti à vie, en continuant à leur faire produire à perte des produits invendables, car obsolètes ou trop chers sur un marché ouvert et mondialisé.

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