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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 11:53

Mes lecteurs les plus fidèles se souviennent peut-être d'un article diffusé sur cé même blog au sujet d'une de mes lectures de l'été non encore terminée au moment où je l'avais mis en ligne, le premier roman à succès d'une jeune métisse jamaico-anglaise (voir l'image ci-dessous).

Et bien la suite et la fin confirment l'opinion que j'en avais à la lecture de la première moitié. Le roman est vraiment excellent. Il s'inscrit, par son humour dévastateur et son ancrage dans les réalités économiques, culturelles et social de la Grande Bretagne qu'il décrit, dans la tradition du grand  roman anglais, aux antipodes d'une littérature française trop souvent déconnectée du monde réel.

Sans dévoiler la fin de l'intrigue, disons, pour faire court et simpliste et si j'ai bien compris le message de cette fable baroque flamboyante :

- que la classe ouvrière britannique, en la personne de son héros Archibald Jones,  plus-typiquement-anglais-de-base-que-lui-tu--meurs, mais cependant non raciste de base car ayant épousé une jamaicaine et étant resté le meilleur ami de son compagnon d'infortune et de guerre (un Bengali bien intégré mais islamiste sur les bords), cette classe ouvrière donc, est confrontée à une situation inédite, celle d'une immigration de masse qui a transformé en profondeur le Royaume uni, dont les populations bigarrées apprennent  malgré tout à répondre avec humour aux défis de l'Histoire (avec un grand H)

.- que cette classe ouvrière, enfin, une partie de cette working class, profondément tolérante au fond -ce n'est pas moi qui le dit, mais la romancière métisse, qui dénonce aussi le racisme ordinaire d'une partie de la société - adhère obscurément, par simple bon sens, aux valeurs rationelles de l'occident, auxquelles elle ne comprend pas grand chose et ne pratique pas dans sa vie de tous les jours , valeurs qui ont permis à l'Europe de conquérir le monde et qui sont en train de déboucher sur une fuite en avant technologique d'apprentis sorciers risquant de détruire le monde.

- Sur ce dernier point, la dénonciation  de la rationalité occidentale qui présenteraitt un danger pour la survie de l'espèce et la suprématie occidentale, je ne suis d'ailleurs pas certain que la romancière adhère aux pulsions anti-scientifiques post-modernes et qu'elle ne se rallie pas en fin de compte derrière la bannière de la recherche scientifique, tant sa charge contre les sectes fondamentalistes islamistes, chrétiennes et anti vivisection - tous farouches adversaires de la société occidentale et convergeant, malgré le gouffre idélologique qui les séparent et pour des raisons diamétralment opposées, dans une haine aveugle contre : le père, le colonisateur, la chair et la révolution sexuelle........ -  est féroce. A vous de voir........

- Que la classe ouvrière anglaise donc, personnifiée par l'un des héros principaux, le petit cockney de base, par simple amitié pour les amis immigrés qu'elle côtoie dans les quartiers, et non par adhésion au fondamentalisme de certains membres des communautés musulmanes dont elle partage l'existence quotidienne, pressent confusément  une communauté d'intérets et de destin envers ces "étrangers", ceci malgré un fond d'intolérance ethnocentriste indélébile.

- Que cette classe ouvrière, ou plutôt ces "masses déracinées par le capitalisme", privées de leur solidarités traditionnelles comme le dirait Arendt bien mieux que moi, semblent prendre à un instant crucial de la narration, fait et cause contre la rationalité arrogante de l'intelligentsia qui leur promet un futur radieux grâce à la science et au progrès, mais en fin de compte ne parviennent pas à prendre une décision, s'en remettent au hasard, à leur maktoub cockney et se font finalement "baiser" par cette bourgeoisie qu'elles soutiennent malgré tout et en dernière instance contre leurs  "intérêts objectifs de classe" pour utiliser une vulgate marxiste assez impropre à rendre compte de la tonalité du livre, mais à laquelle je recours maladroitement, faute d'un meilleur instrument d'analyse...

Voilà, il me reste à vous rappeler que cet excellent roman a été traduit en français sous le titre "Sourire de loup", qu'il est publié en poche dans la collection Folio, et que je vous en recommande vivement la lecture si vous voulez mieux comprendre la société britannique actuelle au-delà des clichés sur le communautarisme à l'anglo-saxonne dont on nous rebat les oreilles ici pour lui opposer l'intégration à la française, vous savez, cette panacée républicaine qui a donné ce que l'on a vu l'hiver dernier dans les cités en flamme de l'hexagone. Ils ont dû bien rigoler les anglais et tous ceux qui en ont marre de recevoir des leçons de démocratie et de progrès social de la part des "frogs", des Frenchies arrogants.......

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