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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 11:54
Malgré les critiques qui leur sont sont faites, je trouve un grand intérêt  à la lecture d'Onfray et d'autres philosophes français contemporains, matérialistes et athés comme lui, Comte Sponville par exemple et en particulier son "Traité du désespoir et de la béatitude".
Onfray milite pour une réhabilitation de la philosophie matérialiste (Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, etc....)
Je pense avec lui, qu'elle fut mise sous le boisseau par l'institution (ceci depuis l'antiquité, et notamment depuis St Augustin, et par le moyen âge ensuite) ......au profit de l'école idéaliste platonicienne (ou plutôt augustino-platonicienne..)
Pour les gens de ma génération,  le point de vue idéaliste, et non matérialiste dominait sans partage à l'époque le corps professoral. Il est vrai en revanche, que dans les années suivant 68, le point de vue matérialiste, voire carrément marxiste, voire parfois tout à fait communiste, a sans doute été dominant, à l'université en tout cas. Je ne sais, en ce qui concerne la philosophie, ce qu'il en est maintenant..... Mais il me semble qu'un certain rééquilibrage est en cours..... Je me trompe peut-être...
Si des penseurs comme Onfray peuvent contribuer à faire pencher la balance dans le sens matérialiste, malgré ses outrances, je ne puis, en tant qu'athée et  matérialiste, que m'en réjouir, au risque de passer moi aussi pour..... un "intégriste laïque".
Certes les digressions  d'Onfray autour de l'hédonisme,  qui lui ont valu le succès médiatique qu'il connait, sont effectivement parfois surprenantes. Ses outrances  ne constituent cependant pas le coeur de sa doctrine. Ce qui est plus intéressant chez lui , c'est la réhabilitation de la pensée antique matérialiste épicurienne contre l'idéalisme platonicien et augustinien, ce sont ses dévelopements sur la pensée  "libre pensante" des 16ème, 17ème et 18ème siècles. Voir à ce sujet ses conférences sur France culture, disponibles sur le site de cette radio. Ce qui est passionant aussi, c'est le parallèle qu'il établit entre les penseurs grecs mentionnés ci-dessus et Spinoza, parallèlle que trace également très bien compte Sponville.
Pour ce qui est de la critique radicale des trois monothéismes, qui lui est particulièrement reprochée dans le contexte actuel,  il avance, dans letraité d'athéologie,  quelques arguments convaincants relatifs à la haine de la raison, de la liberté et de la vie dont ont fait preuve les trois monothéismes. Le mot haine est peut-être un peu fort (encore que ...), mais en tout cas, méfiance me semble la moindre chose que l'on puisse dire . Je parle des institutions bien sûr, et non de certains penseurs chrétiens, juifs ou musulmans ayant pu faire preuve de largeur de vues en la matière.....
Pour ne parler que de la "haine" de la raison concernant la chrétienté, Onfray cite l'exil du jardin d'Eden, sanction encourue non pour avoir croqué la pomme mais pour avoir voulu goûté aux fruits de l'arbre de la sagesse. Et l'on ne peut s'empêcher de penser à Galilée, aux combats qu'on dû mener les chercheurs et certains scientifiques, parfois au péril de leur vie ou de leur carrière pour faire prévaloir la raison contre la doctrine et l'idéologie.
Je rappelle également que la théorie de Darwin, grand satan des créationistes contemporains,  fut condamnée par l'église au départ, avant d'être  acceptée (enfin, tolérée serait plus exact...)  devant l'évidence des faits scientifiques.........
Pour la haine de la liberté, qu'il me suffise de mentionner l'inquisition, les nombreuses persécutions d'hérétiques présumés, les interdictions de livres, etc...etc...
Quant à la haine de la vie (du corps, de l'amour physique, du plaisir...), je pense que de grandes démonstrations ne sont pas nécessaires pour comprendre que les institutions des trois monothéismes, globalement, et même encore aujourd'hui, se sont montrés plus influencés par Thanatos que par Eros......
C'est quand même l'église catholique qui prèche, encore aujourd'hui,  l'abstinence et la fidélité comme solution à la propagation du sida, même en Afrique.....
Si l'église tient aujourd'hui un discours plus acceptable, plus "politiquement correct" sur ces questions, celà ne provient pas d'un processus endogène d'auto-évolution, mais bien  d'une influence plutôt exogène - venue le plus souvent "d'ailleurs" que des rangs écclésiastiques, d'une  révision, adoptée à contre coeur, ceci pour la survie même de l'église, rendue nécessaire par  la pression des sociétés civiles des pays européens, qui ont contraint l'institution à modifier son discours pour continuer à être entendue des chrétiens eux-mêmes.....
Je sais bien, on me dira que les valeurs prônées par notre société républicaine sont fondamentalement judéo-chrétiennes, que l’idéal de fraternité, d’aide aux pauvres, de partage, de justice est très biblique, que pour ce qui concernen le repentir, notre civilisation l’a si bien intégré que nous nous battons la coulpe sans arrêt et à propos de tout…
Il est vrai qu'il y a eu une relation "dialectique" entre le message biblique (ou plutôt chrétien...) et l'opinion occidentale moderne. La société civile a forcé l'église à modifer son discours, mais le message chrétien (le nouveau testament et non la bible !) est  sans doute aussi à l'origine de certaines valeurs républicaines et démocratiques, voire de gauche, actuelles  : le partage, l'égalité entre les êtres, une certaine ... comment dire...."douceur" et un renoncement à la violence dans les relations humaines, etc.....Valeurs que l'on ne trouve exprimées dans les trois monothéismes, avec une telle force et une telle continuité (même un athée indécrottable et anticlérical comme moi doit bien le reconaître..) que dans le nouveau testament, en tout cas ni dans l'ancien testament, ni dans le Coran.
Mais quand même...Que de luttes contre le dogme et l'institution, que de temps passé à rationicer, que de souffrances et d'obscurantisme, que de coupage de cheveux en quatre sur le sexe des anges....... d'excommunications, de croisades.......  de complicité, de "collaboration" de l'institution avec les pouvoirs les plus despotiques et anti égalitaires..... avant que ces valeurs chrétiennes originelles et fondamentales soient enfin redevenues celles que prône prioritairement l'église. On revient de loin...........et je ne puis m'empêcher de penser que ce retour aux sources est dû avant tout aux luttes de la société civile contre le dogme ou tout simplement à  la compréhension, par l'institution, de la nécessité d'évoluer  pour conserver quelque crédibilité  aux yeux de l'opinion publique et mêmes des croyants....


Sur Onfray, je recommande également ses conférences de cet hiver sur Spinoza et les libertins, que l'on trouvera en fichiers audios sur le site de France culture.
C'est très clair sans être de la vulgaire ...vulgarisation. Même moi, j'ai l'impression de comprendre enfin Spinoza et son éthique  ....

Il y a également de très belles pages sur le matérialisme antique et sur spinoza, dans le "Traité du désespoir et de la béatitude" de Comte Sponville,  et sur Hobbes aussi, un autre dont je ne me souviens pas avoir entendu parler en classe de philo...en tout cas pas de manière élogieuse ou de manière à leur faire la place à laquelle ils ont droit dans l'histoire de la philo- 
Je sais bien que Comte Sponville est considéré comme un "vulgaire...vulgarisateur"...., est accusé, comme Onfray, d'être trop médiatique.... parfois par ceux qui ne les ont  jamais lus d'ailleurs....... 
Mais le livre de Compte Sponville vaut vraiment le coup, est en plein dans le sujet soulevé ici... Et en plus, le bouquin, bien que compréhensible et abordable pour des non philosophes comme moi, est bien plus que de la "vulgaire vulgarisation" médiatique, n'en déplaise à  ses détracteurs, C'est un vrai bouquin de philo, documenté, annoté, profond, mais  simple, pédagogique au bon sens du terme (il en faut bien des pédagogues), permettant aux profanes dont je suis, de comprendre  certaines notions compliquées (pour la première fois en ce qui me concerne...) 

Comte Sponville établit de plus un rapprochement très intéressant entre Boudhisme, Epicurisme et Spinozisme.....  Il est bien plus, je le répète, qu'un simple "vulgarisateur".  Il n'est pas non plus, comme le voudraient certains, un chrétien qui s'ignore.
La recherche de spiritualité dont il parle n'a rien de religieuse, mais prend au contraire comme point de départ le désespoir de l'athée (celui de Camus par exemple, de Sisyphe....), seul capable pour lui de nous permettre d'accèder à une béatitude authentique car  totalement athée, et à une spiritualité de type nouveau, ceci en ne renonçant pas à une recherche d'un sens à la vie de l'homme (un sens...pas un au-delà ou un "arrière-monde" pour reprendre une expression Onfrayienne.



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