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12 janvier 2007 5 12 /01 /janvier /2007 10:40
Dans le café philo que je fréquente, nous avons discuté samedi dernier du thème annoncé dans le titre de cet article : Sommes nous plus intelligent seul ou à plusieurs ?
Voilà donc quelques remarques que j'ai faites lors du débat où que je n'ai pas faites alors et qui me sont suggérées par la remarque d'une participante, sous forme de boutade, concernant le fait que son QI n'avait pas augmenté en participant au café philo.
- Il est vrai que le seul fait d'être ensemble et d'échanger ne produit pas automatiquement des idées plus intéressantes que celles que des individus seuls peuvent produire. Il n'y a pas de génération spontanée, due à la dynamique de tout groupe, quel qu'il soit, produisant automatiquement de l'originalité, du nouveau, du génial.....

Que dire des foules, si facilement manipulables, des meetings, dans lesquels peuvent se trouver des gens raisonnablement intelligents par ailleurs et qui dans certaines circonstances peuvent se trouver amenés à suivre un leader ou un mot d'ordre stupide, à adhérer à des idées qu'il aurait rejetées normalement en utilisant son bon sens et son estprit critique ?
Mais même dans des groupes de discussions restreints, sommes-nous certains que les idées que nous pondons ensemble  ne sont pas des banalités qu'un homme ou une femme bien plus intelligent que nous tous réunis aurait su dépasser et synthétiser de manière bien plus efficace et rapide que ce à quoi nous avons abouti laborieusement ensemble ?

Pour qu'un groupe fonctionne mieux qu'un individu seul, il faut quelques conditions qu'il n"est pas inutile de rappeler ici :
Un groupe de piliers de comptoirs  par ecemple,  discutant  à l'heure de l'apéro ne feront pas progresser le schmilblick d'un millimètre sur les sujets dont ils parlent chaque jour depuis des années. Il faut donc que le groupe soit composé de gens raisonnablement intelligents et cultivés pour qu'une question puisse être cernée et approfondie.

Cependant,  même composé de gens instruits et intelligents, un groupe ne génère pas spontanément non plus, une pensée originale ou profonde.
Il convient également que les membres du groupe fasse preuve d'une certaine discipline, sachent faire taire leur ego, s'écoutent, fassent l'effort de traiter le sujet choisi, sans toutefois se crisper sur des problèmes formels d'égalité dans la prise de parole, ce qui, lorsque tel est le cas, appauvrit la discussion et aboutit à une juxtaposition de points de vue qui ne s'enrichissent jamais mutuellement.
Pour donner un exemple de groupe rassemblant des esprits supérieurs mais n'aboutissant à rien, combien de fois n'a-t-on pas assisté, à la télé, à un panel composé d'esprits très brillants individuellement, mais incapables ce jour là de fonctionner, pour des raisons diverses et parfois obscures ? On peut être brillant mais sectaire, ne pas écouter l'autre, avoir plus envie de faire valoir son opinion que de trouver un terrain commun d'entente, etc.....
Il y a même des cas de "plantage collectif" célèbres, dont le nazisme, qui ont été justement rappelés pendant la discussion. Et le communisme ?  N'est-il pas lui aussi  un bel exemple d'erreur collective qui fut conçue individuellement d'abord, puis mise en pratique collectivement avec les meilleurs intentions progressistes du monde -  ceci au contraire du nazisme il est vrai  ?

Enfin et surtout Je ne crois pas beaucoup à une des idées qui a été avancée, selon laquelle il y aurait une pensée collective flottant dans l'éther du dialogue, une sorte d'intellectuel collectif.
Le corollaire de cette idée, qui fut également exprimé, selon lequel, il n'y aurait pas d'individu me semble également difficilement concevable.
Certes, lorsque je pense, je le fais dans une certaine intertextualité avec le discours de mes contemporains et de ceux qui m'ont précédé. Je suis le produit d'un certaine culture. Mais je ne suis pas entièrement conditionné par un environnement et ma culture.
Combien de catholiques par exemple, élevés dans un milieu strict, sont devenus des contestataires athées, libertaires et libertins ?
Je possède bel et bien une certaine marge de manoeuvre par rapport aux conditonnements divers qui m'ont façonné. Je ne suis ni entièrement libre, ni complètement le jouet des idéologies.
Pour conclure donc, je dirais que dans une discussion de groupe, l'individu apporte ses idées, qui sont aussi (partiellement seulement) celles des groupes humains dans lesquels il a été éduqué et qu'il fréquente. Lors de la discussion, il rencontre la pensée d'autres indidividus, eux aussi influencés par leur milieu. L'échange produit dans tous les esprits - individuellement et non dans une sorte de fusion des egos, d'être hybride collectif nouveau aux contours incertains ! - une certaine évolution de sa propre weltanschaung (vision du monde) de départ. Mais c'est bien chaque vision du monde qui se trouve transformée et éventuellement améliorée (jamais de manière uniforme) par cette confrontation.
Pour risquer une comparaison peut-être hasardeuse, le langage, qui lui est collectif (et non la parole qui est, elle, individuelle) joue simplement un rôle de véhicule portant  la parole et donc la pensée de chacun, à la manière dont l'élément liquide porte la laitance des poissons (de chaque poisson !) pour féconder une autre cellule, distincte des autres également.
Pour ce qui concerne la parole, elle aussi procède par contact multiple, simultané mais  individualisé à chaque fois, avec une autre pensée cristallisée elle aussi dans une parole et pensée individualisées.
Cette simultanéité de rencontre, par la parole, avec la pensée de toutes les autres intelligences du groupe, cette capacité à féconder plusieurs individus,  ne débouche  pas pour autant sur l'émergence d'une seule créature nouvelle, d'une pensée commune.  Chaque individu, à sa manière, devient le  produit de la combinaison originale et particulière (non de la fusion uniforme!) des caractéristiques des différentes informations échangées entre pairs.
Dans la plupart des cas, d'ailleurs, dans une communauté de chercheurs par exemple, la synthèse et le dépassement des théories précédentes  ont été le fait d'un des membres de cette communauté, qui a été enrichi par la confrontation avec les autres certes, mais qui réalise seul ensuite la synthèse des idées échangées et le dépassement qualitatif des thèses précédentes, dans une certaine solitude nécessaire à l'émergence d'une théorie originale.
Je ne pense pas qu'un groupe, fût-il particulièrement bien organisé et doté d'êtres altruistes, en soit capable. Il y a trop d'ego, de bugs de fonctionnement, de lutte d'influence dans un groupe, où le désir de dépasser, de dominer l'autre prend trop souvent le pas sur la recherche de la vérité.

J'irai même jusqu'à dire que parfois (très souvent en fait), pour atteindre la vérité, certains scientifiques ou penseurs ayant fait progresser l'histoire des idées de manière fondamentale, ont dû le faire en opposition ouverte, non seulement avec les pouvoirs en place, mais également en rupture avec la communauté des chercheurs ou des penseurs.

Lors de la discussion nous n'avons pas suffisamment, à mon sens, développé l'idée selon laquelle, la question posée soulevait la question de la démocratie et de son postulat selon lequel, au niveau d'une société tout entière ou d'une communauté donnée, la majorité a raison contre la minorité ou contre une personne seule.  Cela devrait en principe être accepté  pour un démocrate de gauche ou de droite, même lorsque le parti au pouvoir n'est pas celui pour lequel nous avons voté. Cette majorité, élue démocratiquement peut avoir tort selon nous, mais elle a forcément raison du point de vue institutionnel
Cette formulation a l'air d'un truisme, mais à bien y réfléchir, cela est vrai seulement si la majorité reste dans le cadre du raisonnable, se trompe "un peu seulement",  et ne penche pas vers des solutions totalement antidémocratiques (de droite ou de gauche), qui peuvent mettre en danger cette démocratie,  les fondements mêmes de notre édifice social et culturel. 
Pourrait-on dire que la majorité a toujours raison, par exemple,  si le suffrage universel, comme il le fit en allemagne, portait au pouvoir un parti qui annonçait clairement qu'il allait supprimer les libertés individuelles et donner le pouvoir à un seul parti (Russie), à un dictateur (Hitler) ou à une théocratie religieuse, comme cela fut le cas en Iran ?
Je n'ai pas de réponse, et je ne peux m'en tirer, j'en ai bien peur, que par  des formulations qui ont l'air absurdes, mais qui ne le sont pas tant que cela à y bien réfléchir.
En conclusion, je propose donc cet aphorisme  débile, j'ai ai bien conscience :  "En démocratie, La majorité a toujours raison, même quand elle se trompe un peu. Mais si elle se plante carrément, elle a tort..."
Provocateur et stupide non ?  Défi à la logique formelle, certainement .  Mais peut-on dire autre chose de bien plus profond à ce sujet ?

Lors de notre discussion, la notion de QI, (en rapport sans doute avec la notion d'intelligence) a été soulevée. Il est vrai qu'une certaine manière de mesurer l'itelligence par des tests a été justement critiquée. Il ne faudrait cependant pas balayer le QI d'un revers de manche  trop rapidement. Certes des précautions doivent être prises dans son utilisation (et elles le sont le plus souvent !)  pour définir les potentialités des élèves. Si ces précautions sont prises (et encore une fois elle le sont le plus souvent, dans l'Education Nationale en tout cas !) les tests modernes d'évaluation de la cognition, le  "WISC" par exemple, (pas les tests plus anciens) constituent toujours un outil très efficace pour identifier, parallèlement à d'autres observations faites par les enseignants et la communauté éducative, les difficultés rencontrées par certains élèves et pour aider l'institution à trouver les solutions de remédiation à ces problèmes.
Il y a le QI, le QE (quotient intellectuel), comme l'a fait remarquer justement un des participants au débat, ceci pour la perception des situations. Mais il y a aussi l'intelligence créatrice, que les entreprises recherchent tout autant que les capacités cognitives et relationnelles, et qui peut aussi être évaluée, à côté d'autres indicateurs, grâce à des tests spécifiques mesurant la flexibilité cognitive d'un individu, sa capacité à trouver des solutions originales, adaptées à des situations elles-mêmes inédites..

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commentaires

Raymonde 12/01/2007 16:46

grâce à notre intelligence individuelle,nous nous formons nos propres opinions.Le débat a le mérite de nous obliger à clarifier ces opinions et à les confronter à celles des autres. Un bon débat permet d'avancer, à condition comme tu dis de ne pas se contenter de juxtaposer des remarques plus ou moins pertinentes...

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