Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 16:35

Jcf a vu Borat
Je viens de voir Borat, hier soir dans mon ciné club de banlieue.
Au cas (assez improbable) où vous n'en auriez jamais entendu parler, il s'agit d'un film commis par l'humoriste Sacha Baron cohen, qui s'est rendu célèbre au Royaume Uni par ses interviews télévisés dans lesquelles il piège des personnalités ou des quidams par des questions  provocatrices,  politiquement très incorrectes, en tentant de révéler le racisme latent de la population, en obtenant parfois que les personnes interviewés, ne se rendant pas compte qu'ils sont victimes d'une fausse interview, se lâchent.
Dans le film, il  joue le rôle d'un des  personnages de ses shows télévisés, un journaliste kazakh, particulièrement trash et improbable, qui est chargé, par le gouvernement de son pays, d'aller enquêter aux USA pour découvrir la culture du pays et  "améliorer " le niveau culturel de ses compatriotes, en leur faisant découvrir la manière dont vivent et pensent les américains.
A côté de Sacha Cohen, nos humoristes de la télévision qui sont considérés comme "borderline", les Bafi, Lafesse et autres Mickaël Youn, paraissent des enfants de coeur cathos bien pensants tout droit sortis du couvent des oiseaux.
Le film est une sorte de croisement (en beaucoup plus vulgaire) entre Monthy Pytho, Groucho Marx et certaines séries américaines très trash, comme "Jackass", très appréciée des ados (de mes gosses en tout cas !), dans laquelle des cascadeurs imbéciles tentaient des choses dangereuses, provocatrices, déclaraient aimer se faire mal, risquer le danger de manière gratuite.
Pour ma part, j'ai quand même beaucoup rigolé, même si je me suis senti mal à l'aise par moment.
Âmes sensibles, allergiques à la vulgarité, et pensant que l'on ne peut rire de tout, surtout lorsque l'on s'attaque à des minorités ethniques, s'abstenir..
Pour vous donner une idée du caractère  très limite de l'humour de Cohen (même moi qui ne suis pas bégueule, j'ai été par moment déstabilisé par la trashitude de certaines scènes et dialogues), voici quelques exemples de provocations contenues dans ce film qui ne ressemble à aucun autre, qui est une sorte' d'OVNI particulièrement décapant et utile pour faire réfléchir sur le monde d'aujourd'hui :
- Au début, le journaliste Kazakh parlant un anglais improbable (idéalement il faudrait voir le film en anglais) nous présente son village. Les scènes ont été de toute évidence prises en Roumanie, dans une campagne laissée exsangue après la tentative de paradis socialiste à la sauce Ceaucescienne. Les figurants n'ont pas besoin de jouer un rôle pour obtenir l'effet recherché par Cohen, une impression de réel "documentaire" tourné dans un pays imaginaire (à peine !), particulièrement attardé, dans lequel les hommes et les femmes semblent tous alcooliques, imbéciles, ressemblent à des malades mentaux ou à des moujiks de la russie tsariste, dans lequel, aujourd'hui comme sous le joug soviétique - c'est quelqu'un qui s'est bien baladé dans tous ces pays à l'époque où l'on se proposait de créer un "homme nouveau - sévissent encore, de manière assumée, "naturelle" presque, non honteuse, le racisme, l'antisémitisme, le sexisme dans leurs manifestations les plus outrancières .
Je passe les détails, mais qu'il me suffise de dire que l'on y assiste à un "lâcher de juifs", grande fête villageoise annuelle au cours de laquelle des "géants" en carton pâte de carnaval, 'un "mâle" et une "femelle" au type sémite plus que prononcé,  sont traînés par les rues, la "femelle" pondant un oeuf sur lequel se précipitent les enfants pour le détruire avant qu'il n'éclose.. Tout un programme...
D'ailleurs, tout autant que les juifs, Borat et ses compatriotes haïssent et méprisent les femmes, les gitans et leurs voisins ouzbeks. Ces derniers étaient pourtant il n'y a pas si longtemps des "frères soviétiques". Je me souviens, pour avoir accompagné des voyages dans ces anciennes républiques de l'union soviétiques, que le premier monument que l'on nous emmenait voir était celui, très stalinien, dédié à "l'amitié éternelle entre les peuples frères d'Union soviétique". On a vu ce que cela a donné une fois la chappe de plomb totalitaire levée......
Je me suis amusé à parcourir les critiques françaises et anglo-saxonnes de ce film. Les critiques françaises, évidemment,  veulent surtout y voir uniquement une satire de l'Amérique fondamentaliste de Georges Bush..
Cette dimension est présente certes, pas de doute à ce sujet. Mais comment ne pas voir dans le choix du Kazakhstan comme pays "imaginaire",  cette dictature post soviétique bien réelle alliée à l'Amérique, dont le président et la population non russe sont musulmans, une critique détournée (pour des raisons de sécurité évidente. On se méfie des fatwas depuis Salman Rushdie !) des pays  arabes et  de l'antisémitisme déferlant (sous couvert d'anti sionisme) qui prévaut dans tous ces pays. Là encore, c'est quelqu'un qui a vécu trois ans en Algérie qui vous le dit......  Le héros, par exemple, qui n'est jamais désigné comme tel, mais dont on comprend aisément qu'il est musulman, dit par exemple ne pas vouloir prendre l'avion aux USA car les juifs y détourneraient les avions pour les envoyer dans des gratte ciel, comme ils l'on déjà fait à New York. Et de fait, une rumeur selon laquelle les juifs n'étaient pas allés travailler au World trade Center le jour fatidique du 11 septembre 2001 circule dans tous les pays musulmans. Si vous ne me croyez pas, j'ai même entendu une amie algérienne, pourtant très évoluée (docteur..), m'expliquer que  le "9/ 11" pourrait bien être un complot du sionisme international......et reprendre cette fable des juifs absents dans le building ce jour là........  Cohen n'est donc pas si loin de la réalité, malgré ses outrances...

Comment ne pas voir également, dans la présentation faite du village natal du héros et du Kazakhstan, une critique féroce du sytème communiste, qui a produit à l'époque et continue à le faire, de manière posthume après sa chute, une telle idéologie raciste et ultra nationaliste, proche de celle qui sévit dans l'Amérique que va parcourir le héros lors de son périple transcontinental, pire par certains aspects, que sa version transatlantique et fondamentaliste...
Mais il faut bien reconnaître que l'Amérique en prend un sacré coup et qu'à mon avis, la critique est ici beaucoup plus efficace, plus convaincante que dans le film de Michael Moore sur l'Amérique de Georges Bush.
Quelques exemples encore, sachant que l'on n'est jamais tout à fait sûr si les interviews sont réels, ont été pris sur le vif, avec des personnes vraiment piégés, ou si certains épisodes sont mis en scène avec un effet de réel :
- Borat pose des questions à des féministes (cet épisode me semble réel, avoir été tourné sans scénarisation préalable). A sa question sur le féminisme, une des militantes répond, tout naturellement, que c'est la théorie selon laquelle les hommes et les femmes sont égaux en tous points, ce qui fait rigoler Borat, qui leur retourne que , quand même, elles ne croient pas que le cerveau des femmes soit aussi développé que celui des hommes, non ?. Le reste du dialogue de sourd est tout à l'avenant et devient carrément scato sur les organes sexuels féminins. Borat s'adresse à la féministe proche de lui en l'appelant, en anglais "pussycat"..........On ne sait pas trop si l'on doit rire et de quoi : De la stupidité et de la vulgarité de Borat ? De notre gène à entendre ces énormités, bien que nous sachions qu'il s'agit de choses à comprendre au 30ème degré,  ? De l'incapacité des féministes interrogées à débusquer la supercherie de l'interview et à en rire carrément avec le prétendu vrai/faux journaliste kazakh ? Au delà de l'incongruité de la weltanschaung Boratienne, c'est aussi notre bienpensance politiquement correcte qui est mise en cause, je pense, dans cet interview, comme dans les autres sketches.
- Un autre exemple : Avant de se lancer à la découverte de l'Amérique profonde, Borat interroge un spécialiste en humour. Cette scène me semble également authentique et ne semble pas avoir été scénarisée. Evidemment tous les exemples d'énormités sur les gitans, les femmes, les juifs, etc..., qu'il donne à son interlocuteur ne sont pas considérées  comme pouvant être drôles, pour des américains,  par le spécialiste es-humour,US car politiquement incorrectes. Comme les féministes, il ne semble pas comprendre rapidement qu'il est piégé, mais continue à répondre sérieusement et poliment tout en se demandant quand même un peu  si "c'est du lard ou du cochon"
- Et  tout est à l'avenant : Borat pose des questions absurdes à des "rednecks" (réacs) du middle west, et cette fois, les réponses qu'il obtient montrent que ses interlocuteurs (étudiants en bringue dans un camping car, vendeur d'armes, spectateurs dans un rodéo, blacks du ghetto, etc.....) ne sont pas loin de partager, bien que chrétiens (fondamentalistes pour la plupart) alors que lui est musulman, les mêmes valeurs racistes, ultra nationalistes, archi sexistes, homophobes..... que lui : Il  demande notamment :
       * à un vendeur de voitures d'occasion si les véhicules qu'on lui présente seront cabossés en écrasant des gitans,
        * à un marchand d'armes si on peut canarder les juifs sans crainte d'être inquiété,
         * à un moniteur d'auto école s'il peut écraser des gitans
         * à beaucoup d'hommes dans la rue ou dans le métro s'il peut les embrasser comme on fait au Kazakhstan et se fait bien évidemment traiter de sale pédé par certains, sauf par des homos rencontrés (pour de vrai ?), dans une gay pride, qu'il ramène à son hôtel, avant de découvrir avec effarement et consternation le lendemain, lors d'un autre interview avec une télévision locale (fausse et scénarisée sans doute celle là), que ces gens qu'il a trouvé si amicaux, qui ont essayé de lui introduire un poing en plastique dans l'anus, qui ont peut-être réussi à le faire eu égard aux symptômes qu'il ressent après cette petite réunion sympathique entre amis, étaient...ce que l'on appelle au kazakhstan...et ailleurs......  des "homosexuels", c'est à dire, selon lui et ses compatriotes des pervers méprisables, qui, comme les juifs, gitans et autres.... vermines nuisibles... devraient être exterminés.......
La critique de l'Amérique est donc bien réelle et féroce, mais à mon avis, les critiques françaises, toutjours promptes à fustiger les américains, à considérer que cela ne serait possible que là-bas, dans un ailleurs Bushien fondamentaliste, seraient bien avisées de regarder la poutre dans l'oeil français également. Les interlocuteurs de Borat, même les plus fieffés conservateurs, montrent en effet, à son égard, même ceux qui désapprouvent fortement ses outrances,  une patience et, pour certains, un humour dont je ne suis pas certains que tous les gaulois feraient preuve s'ils  étaient confrontés à une telle situation.
Autre épisode affligeant: Lui et son compère, en route vers la Californie pour aller rejoindre Pamela Anderson dont Borat est tombé follement amoureux en consultant un mensuel ou les vedettes de Baywatch (Alerte à Malibu) sont interviewées et prises en photo, s'arrêtent dans un Bed and breakfast. Lorsqu'ils découvrent que leurs hôtes sont juifs, ils refusent la nourriture qui leur est proposée, pensant bien évidemment qu'ils vont être empoisonnés, s'enferment dans leur chambre craignant d'être égorgés en pleine nuit, et lorsqu'il aperçoivent des cafards  pénétrant dans la chambre en se glissant sous la porte,  déclarent que les juifs se sont déguisés, leur jettent de l'argent pour les convaincre de les laisser fuir, ce qu'ils font sans attendre de voir s'ils doivent leur salut à l'avidité des juifs/ cafards envers l'argent qui leur a été proposé.
Seul un juif (l'humoriste s'appelle Cohen, il n'est pas inutile dele rappeler ...), peut  oser de telles plaisanterie . Mais malgré cela, certains vont sans doute penser et nous dire que de telles scènes banalisent l'anti sémitisme, sont même carrément antisémites..  Je leur laisse la responsabilité  de leur connerie.....

A la fin, on assiste à un rassemblement fondamentaliste surréaliste, lors duquel des politiciens (bien réels, comme l'est le début de la scène probablement) interviennent auprès d'un prédicateur complètement déjanté et rappellent que l'Amérique est un pays chrétien et que les valeurs défendues par les extrémistes de tous bords sont les seules qui vaillent car veant de Jesus lui-même. A la fin, dans une partie de la scène sans doute scénarisée, (mais on n'en est pas trop sûr !) Borat sent l'appel de Jésus, entre en transes entouré par des croyants fanatisés et se convertit au christianisme. En retournant dans son pays, il annonce que, suivant son exemple, tous les kazakhs sont devenus chrétiens et on voit un groupe de paysans embrocher à la fourche un personnage (sans doute un juif) crucifié.

Je m'arrête là avant que certain(e)s d'entre vous, plus délicat(e)s que moi,  ne choppent un brin de nausée et n'aient absolument pas envie de voir le film et de nous faire part de leurs commentaires, ce qui n'est pas le but recherché par ces lignes, bien au contraire.....

Quelques liens intéressants :
Télérama sur Borat    => Des pages intéressantes sur le film     => Borat sur wikipedia   => Sur Sacha baron Cohen, le créateur du pesonnage 
=>
Les anglicistes et ceux qui se débrouillent assez bien dans cette langue pourront trouver eux-mêmes , s'ils le souhaitent, le chemin des sites en anglais. C'est très intéressant pour se rendre compte de la manière dont les français n'y voient qu'une critique des USA, là ou les anglos-saxons (y compris les américains), tout en retenant également la critique de l'Amérique, sont également sensibles à la  convergence entre fondamentalistes chrétiens, et musulmans, ce qui me semblent être une posture plus équilibrée et plus juste.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

tif 12/01/2007 19:53

je suis tout à fait d'accord avec ce que tu as écrit... un mélange de scato, de racisme et de vulgarité avec une bonne dose d'humour décapant. un film très déstabilisant dont on ne sait pas trop quoi penser à la sortie de la salle. A voir absolument mais attention: âmes sensibles s'abstenir! même moi qui ne suis pas choquée facilement, j'ai trouvé "qu'il n'y allait pas de mains mortes"! même si certaines scènes ont été filmées avec des personnes "consentantes" et que tout le film n'est pas entièrement improvisé, c'est assez effarant! voilà, de toutes façons c'est un film incomparable et absolument indescriptible... le seul moyen de se faire une opinion, c'est de se jeter à l'eau!

Texte libre

  

Paperblog

Catégories