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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 16:30

Jcf a revu le guépard à la télé :
Un film d'une rare beauté, que l'on a toujours plaisir à revoir, et qui, comme tous les très grands films, ne vieillit presque pas.
Que l'on songe par contraste, à Guerre et paix, film programmé également sur Arte un peu avant. King Vidor, le réalisateur n'est pourtant pas le dernier venu, mais il assaisonne le monument de Tolstoy, ZZZe roman historique par excellence, à la sauce hollywoodienne, particulièrement mièvre et indigente.
Ce film là, comme bien des films hollywoodiens des années soixante, semble particulièrement daté.
Le guépard (le film) au contraire, bien que je n'aie malheureusement pas lu le roman de Lampedusa duquel il est adapté et dont on dit que c'est une chef d'oeuvre, ne semble pas trahir l'oeuvre dont il est inspiré. Il faudrait bien sûr avoir lu le roman pour le dire avec certitude, mais on a le sentiment, que les dialogues reflètent, sinon  citent à la lettre certains passages résumant l'esprit, l'atmosphère et la problématique centrale de l'oeuvre littéraire. Les réalisateurs modernes pourraient s'en inspirer plus souvent et n'avoir pas peur de coller un peu plus aux romans qu'ils adaptent au cinéma. Ce film montre en tout cas que l'on peut très bien traiter un sujet avec les moyens du septième art, c'est à dire par l'image essentiellement, sans toutefois renoncer à la mettre en interaction avec les mots de l'auteur.
Concernant l'image, que dire de plus que ce qui a déjà été dit à ce sujet. Tout est admirable dans les plans, les mouvements de caméra, les portraits, la photographie.... Les longs plans séquence du bal par exemple, ne seront sans doute jamais égalés, d'autant plus qu'ils ne sont pas de la virtuosité gratuite, mais servent la démonstration politique et l'analyse psychologique du personnage central.
C'est sur l'analyse de l'évenement historique que je voudrais gloser.
Cette analyse est classiquement marxiste et cela n'est pas surprenant quand on se rappelle que Visconti était au PCI et surnommé l'aristocrate rouge. Je ne suis pas sûr que de ce point de vue le film ne prenne pas quelque distance avec l'oeuvre de Lampedusa, qui à lire des critiques du roman, est plus centrée sur la dimension sicilienne des événements.
Pour ce qui est de l'analyse marxiste orthodoxe telle qu'elle transparait dans le film, voir ce que Marx a dit de l'échec révolutionnaire dans le 18 brumaire de Napoléeon Bonaparte. Voir également les ouvrages de l'historien communiste Soboul sur Thermidor : Pour faire vite, la bourgeoisie, un moment révolutionnaire, mais rapidement effrayée par son alliance avec les forces populaires avec lesquelles elle a fait provisoirement alliance contre la noblesse, brise la dynamique progressiste qu'elle a engendrée. Dans le film, cette bourgeoisie se retourne contre son allié Garibaldien et réprime les républicains pour porter au pouvoir une monarchie qui lui garantira une place dominante dans la gestion du secteur qui l'intéresse au premier chef, l'économie. La noblesse de son côté, force sociale sur le déclin, comprenant la nécessité de céder un peu de son pouvoir pour ne pas perdre l'essentiel de ses privilèges, accepte, comme le dit le prince, de céder un peu de terrain, de "changer un peu pour que tout reste comme avant...."  Cette union, (ce mariage de raison) est illustrée, mise en scène admirablement dans le film, par le baiser (presque  incestueux) que donne le prince à la jeune promise avec la complicité du fiancé (Delon) qui détourne pudiquement le regard.....
Cette analyse classiquement marxiste a son corollaire dans la stratégie gramcsienne de compromis historique, défendue par par le PCI de Berlinguer, selon laquelle on peut éviter une prise du pouvoir par la violence et éviter une réaction contre révolutionnaire, en réalisant ce qui a échoué dans les révolutions précédentes, c'est à dire en  unissant durablement (pas seulement tactiquement) le prolétariat avec l'aile progressiste de la bourgeoisie, qui, eu égard aux transformations du capitalisme de plus en plus "monopoliste" (dixit le PCF),  aurait un intérêt "objectif" à cette union.
On a vu les brillants résultats qu'a donnés cette stratégie au Chili, en Italie et en France .........
On peut souscrire (partiellement seulement) à l'analyse du 18 brumaire faite par Marx, à celle de l'échec de la commune de Paris faite par Lénine et à celle de Visconti sur l'échec républicain lors de l'unification de l'Italie. Il y a du vrai dans cette explication du processus contre révolutionnaire, mais s'en tenir là serait par trop réducteur. La révolution française, comme le montre des ouvrages historiques récents (Furet), a débouché sur Thermidor, est tombée comme un fruit mûr, autant parce que les masses populaires elles-mêmes en avaient assez de la terreur, que par les complots d'une bourgeoisie félone, de la même manière que le système soviétique a implosé, presque de lui-même, pour des raisons plutôt endogènes, faute de pouvoir satisfaire les besoins matériels essentiels des populations conernées. Pour avoir lu quelques articles sur l'unification de l'Italie avant d'écrire ce texte, j'ai pu me persuader également que les oppositions régionales ont joué un rôle au moins aussi important que la lutte des classes dans l'échec Garibaldien d'unification autout de l'idée républicaine.
Quant  à la possibilité d'un alliance durable et structurelle (qui ne serait pas de simple circonstance avant des affrontements sanglants futurs), telle qu'elle fut exprimée en Italie dans la stratégie de compromis historique et tentée ailleurs sous des formes diverses (Chili, programme commun en France..) après les échecs sanglants et répétés d'instaurer le paradis socialiste sur terre au vingtième siècle par la dictature du prolétariat... on peut  douter sérieusement  de sa faisibilité.....
De fait, contrairement à ce rêve d'une révolution soft par une alliance entre toutes les forces "de progrès" unies contre une frange supposée infime de la population (les 200 familles), a fait long feu. Au lieu de cela, au lieu de prendre la tête d'un large front anticapitaliste ( "anti libéral" comme on le dit maintenant), au lieu de jouer le rôle dominant dans un vaste mouvement contre une minorité de profiteurs dont les intérêts de classe s'opposeraient à ceux de tous les autres et qu'il suffirait d'isoler pour gouverner pour le bien de tous, le prolétariat a toujours, soit tenté d'éliminer les classes moyennes après des révolutions "victorieuses" (Russie, révolution culturelle chinoise, Cambodge), soit été vaincu  dans le sang par la bourgeoisie, soit encore, en donnant tort à Marx et à ses ouailles, trahi carrément son rôle de classe soi-disant révolutionnaire "par essence" , en votant pour les forces de l'extrême droite.
De fait, le capitalisme, on le voit bien aujourd'hui, au lieu de rendre clair et binaire l'antagonisme entre des forces qui seraient forcément "de progrès" en raison de leur position en bas de l'échelle sociale et celles de la réaction, a au contraire débouché sur une atomisation corporatiste des couches sociales en une multitude de groupes  antagonistes (et non solidaires !!) tant au niveau national qu'international. Voir à ce sujet l'analyse de Hannah Arendt dans son ouvrage "le système totalitaire" et son concept de "masses" opposé à celui de "classes", qui décrit bien mieux, à mon sens, le rôle des couches sociales diverses dans la montée du fascisme que la vulgate marxiste traditionnelle, dont on ne voit pas très bien en outre comment elle pourrait rendre compte de la société actuelle dans sa complexité ou constituer un outil efficace au service d'une transformation possible et souhaitable du monde actuel..
Pour revenir au film, même si l'on doute des présupposés idéologiques de l'analyse politique sous-tendant tout le film, on ne peut qu'admirer la manière dont cette analyse est mise en images, illustrée par les situations dans des dialogues admirables (voir par exemple la conversation entre le prince et le conseiller venu de Rome pour lui proposer de devenir sénateur pour la Sicile), incarnée par les personnages du prince et du parvenu.
On pourra peut-être regretter, chez un réalisateur communiste, l'absence totale des couches populaires, et même de la bourgeoisie, réduites à un rôle de toile de fond pour les premières, à celui de faire valoir ridicule  pour la seconde. Visconti, en bon aristocrate qui se respecte, fût-il de gauche, s'intéresse surtout à la psychologie du prince, à son dilemme, à ses problèmes existentiels de vieil homme dépassé par les événements historiques et guetté par la vieillesse.
Malgré ces quelques réserves, le guépard est pour moi le modèle de ce que l'on peut faire dans l'adaptation d'un roman historique à l'écran.
Bravo monsieur Visconti...

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commentaires

Toscadusud 16/01/2007 21:19

Mon commentaire ayant disparu -allez savoir pourquoi-, je le ré-écris.
La séquence du bal est effectivement inégalée au cinéma.
Mais encore plus : pour approcher au plus près la vérité, savez-vous que tout était vrai ? Fleurs fraîches chaque jour, ainsi que les mets servis (présentés dans le film) cuisinés chaque jour par de grands cuisiniers; palais, vêtements, bijoux, vaisselle, mobilier etc ... appartiennent aux riches familles déchues qui les ont confiés (loués ?) pendant le tournage; ces même familles d'ailleurs jouaient dans le film aux côtés des acteurs.
Et Claudia : quelle beauté ! Et Alain ! Et Burt ! Beautés et talents, bien dirigés, qui contribuent à cette régalienne réussite.

jcfvc 17/01/2007 09:40

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