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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:29

La 2 a repassé le film de Spielberg un dimanche soir, en pleine invasion de Gaza. Est-ce une coïncidence ou voulu ? 
Si c'est une coïncidence, le hasard de la programmation vient à point nommé pour nous rappeler que l'on ne comprend rien à la politique d'Israël si l'on ne la met pas en perspective avec la Shoah. Le sionisme a pris de l'ampleur en s'appuyant sur la conviction et le serment que le peuple juif ne se laisserait plus jamais exterminer comme un troupeau de moutons conduits à l'abattoir, comme on le voit dans le film, malgré certains actes de résistances ou d'ingéniosité. Ce serment fait par les fondateurs du mouvement sioniste est encore le credo de la politique israélienne de défense et ne risque pas de se modifier tant que ce pays trouvera en face de lui des ennemis comme le Hamas dont on ne peut douter -sauf à se voiler la face encore une fois - que s'ils avaient la force de leur côté, un nouvel holocauste se produirait.
Le film nous rappelle ce lien fort entre passé et présent dans la scène finale, particulièrement émouvante, où les véritables rescapés, accompagnés des acteurs qui jouent leur personnage, viennent déposer une pierre sur la tombe de leur sauveur, dans un cimetière situé .. en Israel.
Le scénario est tiré du roman-documentaire d'un journaliste écrivain australien, Thomas keneally, qui obtint, le Booker prize (le Goncourt anglais) en 1982. Il s'appelait d'abord l'arche de Schindler à sa sortie au Royaume Uni, devint  "liste" en étant publié aux USA et c'est sous ce titre qu'il devint célèbre et porté à l'écran.
Pour écrire, Keneally s'est basé sur les souvenirs  de 50 survivants qu'il a interviewés et retrouvés dans 7 pays différents : Australie, Israel, Allemagne, Autriche, USA, Argentine et Brézil, un peu à la manière dont Mendelsohn, pour son livre Les disparus,  sorti l'an dernier, a procédé pour reconstituer l'histoire de sa famille exterminée durant ce que l'on appelle maintenant la Shoah par balle , dans l'actuelle Ukraine. Cette épisode sinistre de l'extermination des juifs, avant que les nazis aient construit les camps et les fours crématoires, a été racontée également dans Les bienveillantes.. L'auteur de la liste de Schindler a aussi visité les lieux où s'est déroulé le drame en compagnie de l'un des survivants et personnage de l'histoire. Il a également consulté les archives de Yad Vashem en Israel.
Je sais bien que le film a été beaucoup critiqué, par Lanzman notamment chez nous, au motif que l'horreur de la déportation et des camps ne peut être rendue par la fiction, aussi réaliste fût-elle. Pour Lanzman, seul un documentaire (seul SON propre film à l'en croire) exprime la réalité de ce qu'il s'est passé.
Avec tout le respect que j'éprouve pour Shoah, je ne peux suivre Lanzman lorsqu'il prétend interdire à tout créateur de fiction le droit de parler de ces événements. Il me semble en effet que le livre et le film démontrent que cela est possible, sans faire injure à la réalité ou aux victimes, que les deux approches, fictionnelle et documentaire peuvent cohabiter et se compléter.
Il est vrai que la scène de l'arrivée à Auschwitz, celle du voyage en train, celle où l'on voit des êtres nus triés comme des bestiaux sont sans doute bien en deçà de la réalité. Il en va de même pour les séquences où des enfants interviennent dans la narration. Il était évidemment impossible de trouver des "acteurs" aussi faméliques que les bambins que nous avons tous vus dans des images d'archives et cela est effectivement peu crédible.
Mais le film de Spielberg n'est évidemment pas "réaliste" et ne prétend pas l'être. Il donne dans le pathos, bien sûr, mais dans un pathos qui , à mon avis, est très efficace et émouvant. C'est quelque chose que Spielberg sait très bien faire. Il me vient à la mémoire qu'un autre de ses films, La couleur pourpre, d'après le très bon livre d'Alice Cooper, me tire les larmes des yeux chaque fois que je le revois, tout comme la scène finale de Schindler, ou bien les moments de sauvagerie brutale ou arbitraire auxquelles se livrent les nazis, sans autre motif que de s'enivrer de leur toute puissance de bourreaux appartenant à la race des seigneurs. Il y a aussi le moment ou le vieux juif manchot vient remercier son patron de lui avoir sauvé la vie et celle qui suit, où ce personnage est exécuté dans la rue en raison de son infirmité, qui le rend inapte à être une esclave productif au service de la grandeur du 3ème Reich. Il y a aussi, bien sûr, tous les épisodes montrant les petites trouvailles des gens, des enfants, pour sauver leur peau et celle de leurs proches. Il y a surtout la petite fille, apparaissant en manteau rouge dans un contexte qui ne pouvait être traité qu'en noir et blanc, dont on peut croire qu'elle s'en tirera car le réalisateur à choisi de la distinguer du troupeau anonyme des victimes, mais qui réapparaitra morte, transportée sur un chariot vers un charnier, toujours vétue de son manteau rouge, qui nous la rendait humaine et proche pourtant.. Il y a enfin le choix subtil (pervers dirait sans doute Lanzman, car donnant dans l'empathie envers les bourreaux) adopté par le réalisateur, qui semble vouloir nous montrer ce qu'il y a d'humanité chez le tortionnaire, pour mieux nous révéler sa bestialité foncière dans d'autres épisodes. Goeth (il manque un "e" seulement pour que le commandant nazi soit l'homonyme du philosophe et romancier des "lumières " allemandes) traite sa servante juive comme une sorte d'épouse battue et martyrisée, mais qui est sans doute considérée par lui comme étant plus proche et plus intime que ses maîtresses, bien que n'ayant pas de rapports physiques avec elle (Est-ce de l'impuissance ? ou par un tabou nazi envers les femmes de la race inférieure et maudite ?). C'est sans doute cete inimité, même pererse, qui la sauve, tout comme celles qui ont été épargnées par des serial killers et dont on dit qu'elles ont su convaincre leur meurtrier potentiel qu'elles n'étaient pas de simples "choses" ou objets à dominer..
Spielberg joue également au chat et à la souris avec le spectateur dans la séquence où il montre le commandant du camp influencé par Schindler, qui semble le convaincre que le véritable pouvoir est celui du souverain pouvant faire exécuter qui il veut mais sait pardonner. A la suite de cet échange, Goeth montre une certaine compassion (très passagère !) envers ceux qu'il aurait exécutés froidement habituellement, notamment envers son domestique masculin, mais c'est pour mieux le tirer comme un lapin à l'aide de son fusil à lorgnette dans la scène qui suit celle où il lui "pardonne" de ne pas être parvenu à nettoyer sa baignoire...
A mon avis, cet épisode est destiné à nous montrer que Goeth est un être faible, influençable, que ce prurit subliminal de mansuétude n'est pas un signe d'humanité, mais au contraire la preuve qu'il ne cherche qu'à verifier si son pouvoir de vie et de mort est absolu. Une fois certain de sa toute puissance en ce domaine(qui lui fait peut-être défaut sexuellement, comme tend à le suggérer la scène avec la bonne)  il recommence aussitôt à se prende pour Dieu "tout puissant" et à massacrer au petit bonheur...
Je termine par quelques mots seulement au sujet de la mise en scène, au risque de paraître obscène à Lanzman et à ceux qui pensent que la grosse artillerie hollywoodienne n'a aucune légitimité ou compétence pour  parler de tels événements, surtout lorsqu'elle le fait en recourant à un "esthétisme" qui peut paraître déplacé.
La photographie en noir et blanc est superbe, toute la gamme des effets cinématographique est employée pour véhiculer les messages et les émotions que veut faire passer successivement le réalisateur. La scène du "tri" des juifs, par exemple, est traitée à la manière du cinéma vérité, la caméra sautant de manière saccadée (presque maladroitement, comme si elle était filmée par un cameraman amateur) , d'une scène de brutalité à une autre. On peut penser ce que l'on veut de Spielberg, mais non qu'il ne maîtrise pas son art ou ne connait pas son histoire du cinéma. Il ya du Ophuls dans les scènes de cabaret, du Citizen Kane dans celle de l'escalier où une juive vient demander à Schindler de sauver ses parents, ou encore dans certaines de celles se déroulant à l'usine.
Au total, un film très émouvant, efficace, et qui peut contribuer, avec d'autres, comme Shoah de Lanzman, à lutter contre les pulsions négationnistes qui peuvent se réveiller chez nous, à l'occasion du nouveau conflit au proche orient notamment.

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