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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 09:52
L.'action du dernier film du Taïwanais Ang Lee, se déroule dans le Shangaï des années de guerre, sous l'occupation japonaise. Un groupe d'étudiants  (pro Tchang Kaï Chek ou communiste cela n'est pas clair...) , qui montent et jouent des pièces patriotiques digne de ce que l'opéra de Pékin produira plus tard, décident d'aller plus loin dans leur engagement et d'éliminer un collabo chinois. Pour ce faire, l'une des actrices de la petite troupe devra séduire le traitre et l'attirer dans un traquenard. lustcaution.jpgComme elle est vierge, et pour ne pas paraître inexpérimentée auprès du collabo, il est décidé qu'elle ait une première expérience, non avec celui qu'elle eût aimé avoir comme initiateur, le beau et généreux leader de la petite équipe, mais avec  le seul parmi les garçons du commando ayant une expérience de la chose car fréquentant assidûment les bordels. 
L'un des atouts du film est la reconstitution magistrale du Shangäi de l'époque; des ses quartiers très occidentalisés où l'on voit la bourgeoisie chinoise côtoyer des européens dans les salons de thé. 
La première scène du film dans laquelle on assiste à une partie de Mah Jong entre dames de la haute bourgeoisie discutant des promotions éventuelles de leurs époux respectifs dans des cabinets ministériels du gouvernement fantoche pro japonais est un véritable morceau d'anthologie, la caméra sautant rapidement d'un gros plan à l'autre (frivolement comme les propos tenus dans un contexte historique où ils deviennent obscènes par leur décalage avec la réalité) tantôt sur les visages de ces dames élégantes et sur les dominos du jeu symbolisant sans doute des enjeux stratégiques ayant ,pour le spectateur chinois, une signification qui nous échappe.

On semble être très loin des deux cowboys de Brokeback mountain, et pourtant c'est toujours l'histoire d'un amour interdit, impossible (ou plutôt, ici, d'une passion érotique) entre deux êtres qui ne peuvent s'aimer, se méprisent et se haïssent même au départ, mais se désirent inténsément, et finissent par éprouver une certaine tendresse l'un pour l'autre, sentiment qui décidera du destin final des deux amants.

Attention ! Ames pudiques s'abstenir,... Cela fait très longtemps que je n'avais pas vu dans le cinéma tout venant (non spécialisé !), des scènes aussi chaudes. Cela surprend d'autant plus que l'on ne s'y attend pas, de la part d'Asiatiques que notre ethnocentrisme d'occidentaux (le mien en tout cas) aurait tendance à considérer comme moins libérés que nous. Certains ébats font penser à l'Empire des sens, un film japonais culte des années 70, limite porno, mais encensé par les critiques parigots maoïstes de l'époque et que beaucoup d'intellos, dont moi, ont pu voir sans être taxés de vicieux frustrés venus pour se rincer l'oeil...
 Au début, leurs relations sont du genre carrément SM, le collabo ayant visiblement besoin d'humilier sa partenaire, comme il le fait sans doute lorsqu'il torture les résistants dans la résidence devant laquelle l'attend sa maîtresse à plusieurs reprises 
La relation évolue progressivement, la jeune fille inexperte prenant l'ascendant parfois sur son partenaire, devenant en tout cas son égale dans la perversité et finissant par séduire l'amant , par lui faire baisser la garde et causer sa perte...... si dans un dernier rebondissement.... Mais là je m'arrête car je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir vous-même le dénouement final. J'en ai presque trop dit.....

Les deux acteurs sont formidables. Le collabo est joué par l'acteur fétiche de Wong Kar Wai, celui de "In the mood for love." La lenteur des plans et du montage, la caméra qui glisse nonchalamment sur les visages et les rues, le long des devantures de magasins chics,  n'est d'ailleurs pas sans rappeler la moite langueur qui faisait le charme de "In the mood for love". 

On serait tenté de reprocher au réalisateur une certaine complaisance esthétisante envers le collabo, qui est dépeint lui aussi, dans une certaine mesure comme un nihiliste désabusé et une victime des énénements, mais la fin montrera amplement, je crois, qu'il n'est qu'un tortionaire cruel, rendu "sympathique " très fugacement par Ang Lee, pour pièger le spectateur, pour mieux mettre à nu la cruauté de l'amant et nous mettre en garde contre l'empathie que nous aurions pu ressentir envers le personnage.
Mais ici, l'esthétisme, qui est indéniable, le réalisateur prenant visiblement plaisr à cette reconstitution historique, n'est ni gratuit, ni complaisant. Il souligne l'isolement des classes privilégiées dans la Chine en guerre, leur indifférence à l'égard du peuple et de la petite bourgeoisie patriote, ce qui explique en partie la victoire du communisme sur les républicains par la suite...... .
 On voit des limousines slalomer entre des cadavres dans des rues élégantes où une foule cosmopolite d'asiatiques occidentalisés et d'européens déambule, insensible au sort des malheureux que la faim ou la maladie a terrassés en plein coeur du quartier chic. Quelques incursions dans des districts populaires montrent d'ailleurs des brigades sanitaires ramassant les morts et les entassant dans des charrettes...

Bref, on aura compris que j'ai beaucoup aimé ce film, comme j'avais aimé Brokeback Mountain, ainsi que l'adaptation que Ang Lee avait faite du roman de Jane Austen "Raison et sentiments" (Sense & Sensibility),  là aussi une histoire d'amour difficile entre des personnages que tout semble opposer...

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