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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 09:52
Je viens de terminer la lecture du tome 1 de ce que Michel Onfray appelle sa contre histoire de la philosophie. Ce premier tome est consacré bien sûr socrate.jpgà l’antiquité et s’intitule « Les sagesses antiques ».

Comme à son habitude, et en bon polémiste, Onfray y pourfend l’idéalisme Platonicien qui, adopté et adapté selon lui par Saint Augustin, dans sa « cité de dieu » notamment, fit le lit du christianisme et de toutes les écoles de pensée occidentale qui après Pythagore et le Phédon de Platon enseignent : « l’immortalité de l’âme, la haine du corps, l’excellence de la mort, la haine des plaisirs, des passions, de la , de la vie, de la libido…… du monde réel… »

Selon l'auteur, cette philosophie idéaliste dominante est celle « des vainqueurs » depuis le triomphe officiel du christianisme devenu religion d’état, qui décline, au lycée et à l’université le même paradigme platonicien sous les habits différents de Pascal (ça on pouvait s’en douter....) mais également de Descartes, de Kant de Hegel et sa « toute puissance de la Raison dans l’Histoire »…….

Seul, parmi les penseurs non occultés de l’histoire officielle de la philosophie (toujours selon Onfray) Nietzsche fait du christianisme un « Platonisme » à l’usage de la populace

Ce qu’Onfray va essayer de montrer ainsi qu’il l’exprime dans son préambule général appelé –tout un programme – « L’historiographie un art de la guerre », c’est comment les vainqueurs idéalistes ont obtenu leur victoire sur les vaincus matérialistes et hédonistes, ceci dès le début et de différentes manières :

-         en ignorant superbement l’adversaire. Par exemple Platon ne cite jamais Démocrite dans son œuvre complète alors que « tout son son travail peut se lire comme une machine de guerre lancée contre le matérialisme… »,

-         en ne le mentionnant  presque jamais (l'adversaire, lui déniant ainsi le droit même à l'existence..) dans les « faux »  dialogues socratiques,

-          en faisant des interlocuteurs de simples faire valoir dont on peut disposer facilement,  tous rangés par Platon et la philosophie - celle qui me fut enseignée au lycée  en tout cas - dans la catégorie fourre-tout et pratique de « sophistes » ou de « présocratiques mineurs » alors que ces adversaires redoutables étaient des contemporains de Socrate pour certains (Démocrite notamment, qui lui survécut) et représentaient des courants différents, sans doute aussi vigoureux à l’époque que celui du buveur de ciguë.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce qui nous a été enseigné - encore une fois ce qui me fut enseigné en tout cas – et toujours selon Onfray, il y a bel et bien eu, dans l’antiquité et avant le triomphe définitif de "l’église officielle",  deux camps d’égale importance, dans un arène intellectuelle où ne dominait pas forcément la statue du commandeur suprême idéaliste, même si le corpus matérialiste retrouvé n’est pas aussi important que la somme des dialogues platoniciens.

Face à l’histoire officielle, il manque une histoire des vaincus, qu’Onfray entreprend dans ses conférences à l’université populaire de Caen et dans celles qui ont été diffusées sur France culture et le site internet de la radio, histoire qui a été ébauchée dans le traité d’athéologie et dans l’anti- manuel de philosophie, du même auteur.

Pour l’antiquité et pour ce qui concerne ce premier tome, ces vaincus ont pour noms Démocrite, Diogène, Epicure, Lucrèce bien sûr. Ceux là nous sont connus et Onfray leur consacre de longs passages en montrant comment leur pensée a été falsifiée par les vainqueurs. En face d’eux et selon la taxonomie onfrayenne - et cela est sans doute un peu manichéen, l’auteur succombant parfois à la théorie du grand complot - : Pithagore, Parménide, Platon, Sénèque, Marc Aurèle. Mais à côté de ses grands dont on nous a parlé en classe de philo sans toutefois les opposer selon la même ligne de partage aussi tranchée, on découvre également un corpus pré ou post socratique, ou contemporain du maître pas si mineur que ça. Certains m’étaient totalement inconnus - est-ce la faute de l’école, de mon prof de philo ou de ma propre inculture ? En tout cas je suis reconnaissant à l’auteur de me les faire découvrir, ainsi que leur pensée diverse et parfois prémonitoire –  Leucippe, Aristippe, Hipparque, Antiphon, dont Onfray pense qu’il est – rien que cela ! – l’inventeur de la psychannalyse, ainsi que les cyniques, dont Diogène.

Bref un livre qui m’a passionné, qui se lit comme un polard, tout sauf de la vulgarisation, le livre d’un Athée militant bien sûr (c’est du Onfray !) mais il suffit de parcourir la bibiographie pour se convaincre du sérieux de l’entreprise et de l’immense culture du fondateur de l’université populaire de Caen.

Et, last but not least, ce qui ne gâte rien, le style est flamboyant, l’humour décapant, ravageur, parfois impitoyable, ce qui ajoute au plaisir de la lecture.

Je vous le conseille…….. 300 pages seulement qui se lisent très bien, même si l'on n'a pas lu de philo depuis longtemps.....

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commentaires

YVES 05/11/2013 21:24

Tout à fait d' accord avec vous ! excellente analyse ...il y a dans ce livre trois pages admirables qui pourraient résumer à elles seules ce qu' Onfray entend par manifeste hédoniste ; il s' agit des pages 101 à 103 à propos d' Antiphon ( justement ! ) intitulées " l hédonisme libertaire " . on peut effectivement ne pas être d' accord sur tout avec l' auteur mais là ... quand même ... Merci à vous .

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