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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 09:13

Ci-dessous un article des ""cahiers pédagogiques" auquel je souscris presque entièrement bien que ne partageant pas toutes les options politiques du rédacteur.
L'auteur se trouve être Pierre Frackowiak, un de mes collègues IEN encore en poste, qui eut le courage de s'opposer au ministre De Robien lorsque celui-ci, soutenu par les pires lobbys réactionnaires et une partie des syndicats de gauche, voulut réintroduire la bonne vieille méthode syllabique de papa.
Lors d'un talk show télévisuel, il fut même mis en demeure par le ministre et l'infâme Brighelli (l'auteur du non moins infâme brulôt, "la fabrique du crétin), de dire à la France entière s'il comptait, dans sa circonscription, imposer aux instits (comme si un IEN pouvait "imposer" quoi que ce soit d'ailleurs..) les directives ministérielles sur le retour à une stricte méthode par déchiffrement oral des syllabes et des lettres.
Le ministre m'expliquera, entre autres, comment lire et oraliser correctement la phrase suivante, "Les poules du couvent couvent", en se contentant de mettre des sons sur les suites de lettres. ", ceci sans avoir recours au sens qui seul permet de prononcer le premier "couvent" /kuvan/ et le second /kuv/.
De la même manière, si le premier "les" se prononce /le/; pourquoi le second (celui de "poules") ne se prononce-t-il que /l/ ?
Voir à ce sujet les travaux de Nina Catach, seule description scientifique de ce qu'elle appelle "le système mixte d'écriture du français, qui montrent que notre langue se compose à 85% de phonogrammes (graphèmes qui codent des sons). Donc pas question, bien sûr, de ne pas apprendre la correspondance grapho-phonémique. Mais s'en tenir là, et ceci dès le début de l'apprentissage, serait une absurdité, car la langue franaçise se compose également de 12% de "morphogrammes", c'est à dire de suite de lettres codant du sens et non des sons, des graphèmes qui ne se prononcent pas mais font sens, comme les terminaisons du pluriel par exemple. Elle se compose également de lexicogrammes, qui eux codent également du sens (champ/chant)
 Et c'est précisément ces exceptions aux règles de correspondance graphie/son, qui déroutent l'apprenti lecteur et lui interdisent de passer à une lecture courante si l'on ne le familiarise pas très tôt sur le fait que tout ne peut être lu en associant consonne et voyelle, syllabe après syllabe. 
Et d'ailleurs, l'un des pbs majeurs rencontrés par l'enfant dès les débuts de l'apprentissage c'est comment découper l'écrit (par groupe de deux lettres ou de trois ? ou plus ?), car en effet "p-a" se prononce comme on sait, mais que dire de "p-a-i" ? Et de p-a-i-n" ? La plupart des élèves en difficulté connaissent très bien la "musique" des lettres, ont très bien compris le principe d'association des lettres et des sons, mais s'acharneront à découper par groupe de deux syllabe et liront "pain" /pa-hein/  
Autre exemple, si l'on a appris que la suite "e-r" se prononce /ère/ comme dans le mot "fer", comment prononcer le mot "terminer" où la même suite est rencontrée deux fois mais avec des prononciations différentes ?
Un dernier exemple ? (mais on pourrait en donner des milliers...).
Comment prononcer correctement la suite de mots : m-i-l-l-e dans les mots "mille" et "famille", si l'on s'en tient à une simple correspondance écrit/oral ?
Enfin et surtout, comment se passer, même dans le cadre d'une approche dite "analytique" - en réalité synthétique car partant de l'unité, (chaque lettre séparément), pour aller au tout, (la syllabe ou le mot ) - d'une dose (fût-elle infime) de globale pour des mots à très grande fréquence (dans, et, est, maman, femme, j'ai, maison, monsieur, femme, lait, etc...) indispensables aussitôt que l'on veut faire lire des phrases (et non des listes de mots décontextualisées) ne pouvant être oralisés correctement si l'on s'en tient à  une stratégie unique de déchiffrage de syllabes ou dont l'étude ne peut intervenir que beaucoup plus tard dans l'année dans le cadre d'une progression basée sur l'apprentissage des sons et des graphies codant ces phonèmes.

Et non, messieurs les conservateurs, de gauche comme de droite, ce n'est pas une insuffisance dans la capacité à déchiffrer qui interdit l'entrée dans une lecture courante, c'est au contraire la fossilisation dans une stratégie exclusivement syllabique qui ne permet pas l'accès à la compréhension des textes.
Nous avons , il est vrai, un taux d'illettrisme trop important, mais il est à peu près semblable dans tous les pays développés, comme si nos sociétés avaient atteint un seuil presque incompressible en deça duquel il est difficile de descendre. 
Les pays comme la Finlande ou la Suède, qui ont réussi à faire baisser ce taux de manière significative (il ne s'agit que de quelques points en pourcentage  de toutes façons, voir les évaluations internationales PISA !!!!!) ne l'ont pas fait par un retour à de vieilles lunes pédagogiques, ni par une diminution drastique des effectifs de classe ou la dotation en "moyens" supplémentaires d'ailleurs,  seuls remèdes contre l'échec scolaire envisagé par la majorité de nos syndicats. Ces pays scandinaves obtiennent ces résultats en consacrant à l'éducation une part du PIB moins importante que nous  ... Ils ont obtenu quelques succès en convaincant les maîtres de mieux gérer la diversité des élèves d'une même classe dans le cadre d'une pédagogie plus....  "différenciée" (je lâche ce gros mot qui fâche même les plus progressistes de nos enseignants), ou bien de manière pragmatique et sans faire comme chez nous du champ pédagogique une guerre de tranchées idéologique opposant progressistes anti-filières à réactionnaires "sélectifs", en n'hésitant pas, lorsque la différenciation montrait ses limites à faire progresser tout le monde au sein d'une même classe, à créer certaines filières ou groupes de niveaux à l'intérieur des établissements.
Je souhaite bien du plaisir à messieurs les brontausoriens, de quelque bord politique qu'ils soient, à quelque échelon hiérarchique de l'institution où ils sévissent, s'ils espèrent résoudre les pbs d'illetrisme par un traitement de choc à la nostalgie ou par un combat de bunker contre toute mesure visant. à éviter le nivellement par le bas et à faire en sorte que chacun progresse à son rythme, au sein d'une même classe ou dans des structures plus diversifiées et plus souples que le groupe classe.
Les tenants de la nostalgie ne manquent d'ailleurs pas de contradictions ou de perte de mémoire quant aux compétences supposées des anciens écoliers :
- A-t-on oublié que les instituteurs choisissaient les élèves qu'ils présentaient au certif et que le niveau de ceux qui ne le passaient pas (et qui constituaient une majorité !!) n'a jamais été évalué ? Si l'on s'amuse à relire certaines lettres des poilus de la grande guerre à leur fiancée ou à leur parents, il y a là un continent inexploré qui serait de nature à nous prémunir contre nos croyances naïves dans les vertus des anciennes méthodes.
- Ceux qui préconisent l'adoption d'une méthode de lecture strictement syllabique  sont souvent les mêmes à regretter l'orthographe "phonétique" des élèves en difficulté, sans voir que c'est précisément le passage rapide à une reconnaissance globale et automatique des mots et l'abandon précoce du déchiffrement qui est de nature à faire disparaître ce type de fautes. Les erreurs orthographiques de type phonétique (poulet au lieu de boulet) sont assez rares passé le CE1. Ce sont les autres qui posent le plus de problèmes, celles qui précisément ne sont pas causées par une approche globale. Il faudrait d'ailleurs plutôt parler de méthode mixte, car n'en déplaise à monsieur le ministre et aux sectateurs de la méthode Boscher, je n'ai jamais rencontré d'approche globale pure dans les classes, les instits n'ayant jamais renoncé (et heureusement !!! ) aux progressions phonémiques, ceci même lorsque des pressions hiérarchiques institutionnelles (la plupart du temps isolées et minoritaires) les incitaient plutôt à adopter des méthodes dites exclusivement "naturelles" ou "par les albums"
En attendant, je vous conseille vivement la lecturetdu texte dont il est question en cliquant sur le lien ci-dessous

http://educpol.over-blog.com/article-12102675-6.html

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commentaires

Lofi 04/09/2007 12:32

merci pour ces précisions !

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