Dimanche 14 janvier 2007
Plusieurs affaires récentes (caricatures de Mahomet, affaire Rédeker, conférence du pape sur un dialogue ancien entre un persan  et  un empereur byzantin sur le rôle de la raison en relation aec la religion)  viennent nous rappeler que nos libertés fondamentales, dont le droit au blasphème (pourquoi pas ?) acquises au cours des siècles à l'issue de luttes contre l'obscurantisme, risquent de se trouver menacées si nous ne savons pas résister aux nouveaux intégrismes, et aussi aux anciens, qui se trouvent requinqués et ragaillardis par ces nouveaux assauts portés contre notre société laïque.
Nous allons finir par ne plus oser publier un article, chez nous, dans un journal sans nous demander si l'on ne risque pas
de froisser les mollahs à l'autre bout du monde
Et c'est malheureusement ce qui est ... déjà...en train de se passer, de ce point de vue là en tout cas, dans l'affaire des caricatures. Les barbus et leurs semblables chrétiens  ont déjà gagné si l'on doit y réfléchir à deux fois avant de publier un dessin humoristique prenant à parti un prophète, qu'il soit chrétien, juif ou musulman.
Concernant l'affaire Redecker, ce prof de philo ayant écrit un texte très hostile à l'islam sur le Figaro, je signe la pétition d'intellectuels le défendant inconditionnellement à deux mains, et je pense même que ceux qui signent cette pétition avec des pincettes, en y mettant des réserves relatives au contenu du texte, se font objectivement les complices d'un neo facsisme post- moderne.
Il y a tous les jours, dans le monde occidental, des caricatures de Jésus, du pape, de violentes satires, blagues, s'attaquant aux symboles chrétiens et cela ne provoque guère de réactions. En tout cas, personne n'est menacé pour s'en être pris à ces symboles. Nous serons un état vraiment laïque lorsque nous pourrons faire la même chose en direction  des autres religions. On est encore loin du compte.......
Et cela ne pourra être le cas que lorsque l'on cessera de faire deux poids deux mesures, de se montrer plus indulgent envers l'intégrisme lorsqu'il émane d'une réligion, sous prétexte qu'elle est celle de minorité que l'on a voulu exterminer ou qui souffrent de discriminations dans notre pays.
Certains  peuvent se montrer en effet (et à juste titre..) tout à la fois hyper vigilants envers les discours neo-conservateurs et intégristes chrétiens et curieusement angéliques à l'égard des dérives islamiques, de la même façon que dans le passé, certains progressistes ont pu faire preuve d'un cécité coupable à l'égard du totalitarisme communiste.
Et ça continue aujourd'hui......On pense par exemple à la présence de Tareq Ramadan, sinon aux côtés ou en même temps, du moins au même endroit que José Bové au Forum social organisé il y a deux ans par diverses associations de la gauche de la gauche. Ce même José bové qui fait preuve de beaucoup plus de vigilance idéologique parfois et refuse, cette année, d'aller au congrès des verts, pour ne pas
se montrer au côté de Nicolas Hulot et ainsi, selon ses propres mots, "donner une caution au social-libéralisme..", . Ramadan serait-il plus présentable et fréquentable que Hulot ??????  Le libéralisme, même "social", à la sauce verte, serait-il un "satan" plus dangereux encore que l'intégrisme musulman ?
Sur cette question et sur ce quelle appelle 'l'islamo progressisme", une prof de philo, Catherine Kintzler, a dit sur son blog, bien mieux que  je ne pourrais le faire moi-même, ce qu'il convenait de dire . Je vous renvoie donc à deux de ses textes que vous trouverez en cliquant sur les liens suivants (liens qui sont déjà signalés également sur ce blog (de jcf) à la rubrique "liens" de la colonne de droite) :
=> La double fatwa de l'islamo progressisme    => Redecker, mort ou vivant ? raisons philosophiques d'un soutien sans réserves

Concernant l'affaire du pape, pour une fois, je me sentirais presque obligé de défendre le cardinal Ratzinger. On ne peut lui dénier le droit de s'exprimer sur ce qu'il pense des approches différentes entre les pensées musulmane et chrétienne. C'est son droit
En revanche, le très vénéré pontife aurait pu quand même rappeler que la très sainte église catholique apostolique romaine :
- n'avait pas toujours prêché la primauté de la raison sur la foi, cette orientation neo-platonicienne n'ayant pas toujours prévalu, notamment au temps des croisades, où c'est bel et bien la guerre sainte qui était prêchée par la majorité des prédicateurs...et des papes.........
- que, à ma connaissance et à moins que quelqu'un ne me démontre le contraire, dieu  est transcendant, à la raison humaine en tout cas, dans beaucoup de religions, y compris dans la religion chrétienne.
- que dieu n'apprécie peut-être pas le sang (dans le nouveau testament sans doute, mais dans l'ancien ? Voire....), mais que ses adeptes, ceux qui se réclament de lui, dans beaucoup de religions (à part peut-être dans le boudhisme) ont eu (et ont encore !!!) trop souvent recours à la violence (physique ou symbolique...) pour imposer leur foi aux autres ou pour s'opposer à ceux qu'ils estiment mettre en danger leur foi.
Enfin, il me semble que le discours très "rationnel" du pape ou d'autres autorités chétiennes aujourd'hui , est moins dû à une évolution endogène à la doctrine, qu'à des raisons historiques exogènes, au fait notamment, que les sociétés civiles, dans nos pays démocratiques, ont su imposer aux églises une vision "raisonnable" de la religion. Il y eut, certes, des St augustin et des Saint Thomas d'Aquin, des Averroes et des Avicenne, mais pour ceux-là, combien de khomeini, d'évangélistes protestants refusant la théorie de l'évolution ?
S'il y a une chose que l'on puisse reprocher au pape, c'est de n'avoir pas mentionné, dans son développement sur le rapport entre raison et foi, que ce débat avait eu lieu en Islam avant le 13ème siècle. Le philosophe arabe Averroes (Ibn rushd) en effet, qui fut le commentateur d'Aristote, (pas seulement commentateur d'ailleurs !!), et sans lequel St Thomas d'Aquin n'eût sans doute pas eu connaissance des positions d'Aristote, sans lequel le Moyen Age eût sans doute mis plus longtemps à redécouvrir les écrits des anciens (surtout ceux d'Aristote..) et à effectuer une certaine synthèse entre raison humaine et volonté divine.
Le pape a péché (Je blasphème non ??? Enfin je me rassure en pensant que personne dans la chrétienté ne va me condamner à mort pour avoir porté atteinte à l'infaillibilité du souverain pontife...) par omission...... car il mentionne un dialogue portant sur ce sujet au 13ème siècle sans citer Averroès, ce qui peut laisser croire que l'Islam a toujours postulé la supériorité de la raison divine sur celle de l'homme. Au 12ème siècle pourtant, Averroes tente cette synthèse entre la loi divine et la pensée d'Aristote, en s'opposant au mystique Al ghazali et en concluant qu'il s'agit là de deux vérités d'égale valeur, qu'il n'y a pas de hiérarchie entre les deux....
J'irais même jusqu'à dire, si j'étais un peu présomptueux, que sans Thomas d'Aquin et donc sans Averroès, la Renaissance n'eut peut-être pas eu lieu, ou aurait eu lieu plus tard ou sous une autre forme, mais cela est de l'histoire fiction des idées ...... et je m'arrête ici....
Le pape pensait certainement à Ghazali dans son discours, mais il oubliait Averroès... ou plutôt a choisi de ne pas mentionner Averroès...........
S'il l'avait fait, cela aurait peut-être montré à certains musulmans que la question n'était pas aussi hérétique que cela, que des musulmans éminents se l'était posée et en avait débattu...
Mais à la réflexion, cela aurait-il changé quelque chose pour les fanatiques qui ont assassiné cette pauvre religieuse à Modagiscio....? Tu rêves jcf, tu rêves encore......
Certes, il est vrai que cette analyse fut rapidement condamnée par les juristes musulmans, Averroès ayant connu quelques ennuis pour ses audaces et l'on peut regretter que ce débat ait avorté dans l'oeuf et n'ait pas connu, dans la pensée arabe, les évolutions qu'Averroès avait suscité dans la pensée occidentale et juive de l'époque, et plus tard.

En tout cas, même si l'athée indécrottable que je suis peut regretter qu'Averroès et St Thomas n'aillent pas jusqu'à dire que les textes saints et la foi s'opposent parfois à la raison humaine, déplore même (l'athée indécrottable..) que les deux penseurs se contentent de mettre sur le même plan les deux formes de pensée en n'allant pas plus loin qu'Aristote sur la question, ceci plus de dix siècles après le penseur grec, il s'agit là néanmoins d'un progrès considérable pour l'époque, que n'ont pas encore atteint certains fondamentalistes religieux contemporains, aussi bien musulmans que chrétiens ou juifs. Les créationistes (cf l'excellente émission sur Arte l'autre jour) ne disent-ils pas..encore .aujourd'hui....on croit rêver..... , en prenant la bible à la lettre, comme source de vérité scientifique, que la terre a été créée il y a 6000 ans, que les dinosaures cohabitaient avec l'homme, et que les étoiles ont été créées après notre univers....et j'en passe......
Tout un programme...
Mais on peut dire également que, concernant les rapports entre raison humaine et foi, les autorités religieuses d'aujourd'hui en sont encore, à leur stade le plus progressiste et rationnel (voir le texte de Boubekeur dans le lien donné ci-dessous), à rester dans le flou artistique ou à dire ce qu'avait déjà trouvé Averroès et st Thomas, à savoir que la raison ne contredit pas les textes sacrés, qu'il faut comprendre ces textes comme une expression différente de la vérité, au mieux qu'il faut comprendre la bible ou le Coran comme une version ...métaphorique de la vérité.........
La bible, ou le Coran, qui décrivent la création du monde en quelques jours affirmerait-t-elle donc une quelconque vérité, même sous une forme métaphorique ? Egale ou parallèle à la vérité scientifique en la matière, digne d'être examinée comme une possibilité ??
Vous connaissez ma réponse à cette question...... Je ne la dis pas explicitement de crainte d'être sous le coup d'une fatwa..........
Si certains d'entre-vous s'intéressent à la question du rapport entre foi et raison dans l'Islam, je joins ci-dessous deux liens concernant Averroès :
Un texte de Boubekeur, recteur de la mosquée de Paris, qui vaut ce qu'il vaut, mais qui explique bien l'opposition entre al Ghazali (mystique) et Averroès (rationaliste, enfin... pour l'époque faut pas exaggérer non plus, et par rapport à plus obscurantiste que lui...) sur la question de la raison et de la foi
http://www.mosquee-de-paris.org/Conf/Histoire/V03.pdf
Un autre lien, expliquant bien, je crois, les relations entre la pensée d'Aristote, d'Averroès et de St Thomas....
http://perso.orange.fr/sos.philosophie/averroes.htm#section4

Enfin et surtout, vous pouvez lire un texte pas trop imbitable, par cet auteur, "Le livre du discours décisif", en poche....... et en version bilingue s'il vous plait......



par jcfvc publié dans : Politique/actualité
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Samedi 13 janvier 2007
Malgré les critiques qui leur sont sont faites, je trouve un grand intérêt  à la lecture d'Onfray et d'autres philosophes français contemporains, matérialistes et athés comme lui, Comte Sponville par exemple et en particulier son "Traité du désespoir et de la béatitude".
Onfray milite pour une réhabilitation de la philosophie matérialiste (Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, etc....)
Je pense avec lui, qu'elle fut mise sous le boisseau par l'institution (ceci depuis l'antiquité, et notamment depuis St Augustin, et par le moyen âge ensuite) ......au profit de l'école idéaliste platonicienne (ou plutôt augustino-platonicienne..)
Pour les gens de ma génération,  le point de vue idéaliste, et non matérialiste dominait sans partage à l'époque le corps professoral. Il est vrai en revanche, que dans les années suivant 68, le point de vue matérialiste, voire carrément marxiste, voire parfois tout à fait communiste, a sans doute été dominant, à l'université en tout cas. Je ne sais, en ce qui concerne la philosophie, ce qu'il en est maintenant..... Mais il me semble qu'un certain rééquilibrage est en cours..... Je me trompe peut-être...
Si des penseurs comme Onfray peuvent contribuer à faire pencher la balance dans le sens matérialiste, malgré ses outrances, je ne puis, en tant qu'athée et  matérialiste, que m'en réjouir, au risque de passer moi aussi pour..... un "intégriste laïque".
Certes les digressions  d'Onfray autour de l'hédonisme,  qui lui ont valu le succès médiatique qu'il connait, sont effectivement parfois surprenantes. Ses outrances  ne constituent cependant pas le coeur de sa doctrine. Ce qui est plus intéressant chez lui , c'est la réhabilitation de la pensée antique matérialiste épicurienne contre l'idéalisme platonicien et augustinien, ce sont ses dévelopements sur la pensée  "libre pensante" des 16ème, 17ème et 18ème siècles. Voir à ce sujet ses conférences sur France culture, disponibles sur le site de cette radio. Ce qui est passionant aussi, c'est le parallèle qu'il établit entre les penseurs grecs mentionnés ci-dessus et Spinoza, parallèlle que trace également très bien compte Sponville.
Pour ce qui est de la critique radicale des trois monothéismes, qui lui est particulièrement reprochée dans le contexte actuel,  il avance, dans letraité d'athéologie,  quelques arguments convaincants relatifs à la haine de la raison, de la liberté et de la vie dont ont fait preuve les trois monothéismes. Le mot haine est peut-être un peu fort (encore que ...), mais en tout cas, méfiance me semble la moindre chose que l'on puisse dire . Je parle des institutions bien sûr, et non de certains penseurs chrétiens, juifs ou musulmans ayant pu faire preuve de largeur de vues en la matière.....
Pour ne parler que de la "haine" de la raison concernant la chrétienté, Onfray cite l'exil du jardin d'Eden, sanction encourue non pour avoir croqué la pomme mais pour avoir voulu goûté aux fruits de l'arbre de la sagesse. Et l'on ne peut s'empêcher de penser à Galilée, aux combats qu'on dû mener les chercheurs et certains scientifiques, parfois au péril de leur vie ou de leur carrière pour faire prévaloir la raison contre la doctrine et l'idéologie.
Je rappelle également que la théorie de Darwin, grand satan des créationistes contemporains,  fut condamnée par l'église au départ, avant d'être  acceptée (enfin, tolérée serait plus exact...)  devant l'évidence des faits scientifiques.........
Pour la haine de la liberté, qu'il me suffise de mentionner l'inquisition, les nombreuses persécutions d'hérétiques présumés, les interdictions de livres, etc...etc...
Quant à la haine de la vie (du corps, de l'amour physique, du plaisir...), je pense que de grandes démonstrations ne sont pas nécessaires pour comprendre que les institutions des trois monothéismes, globalement, et même encore aujourd'hui, se sont montrés plus influencés par Thanatos que par Eros......
C'est quand même l'église catholique qui prèche, encore aujourd'hui,  l'abstinence et la fidélité comme solution à la propagation du sida, même en Afrique.....
Si l'église tient aujourd'hui un discours plus acceptable, plus "politiquement correct" sur ces questions, celà ne provient pas d'un processus endogène d'auto-évolution, mais bien  d'une influence plutôt exogène - venue le plus souvent "d'ailleurs" que des rangs écclésiastiques, d'une  révision, adoptée à contre coeur, ceci pour la survie même de l'église, rendue nécessaire par  la pression des sociétés civiles des pays européens, qui ont contraint l'institution à modifier son discours pour continuer à être entendue des chrétiens eux-mêmes.....
Je sais bien, on me dira que les valeurs prônées par notre société républicaine sont fondamentalement judéo-chrétiennes, que l’idéal de fraternité, d’aide aux pauvres, de partage, de justice est très biblique, que pour ce qui concernen le repentir, notre civilisation l’a si bien intégré que nous nous battons la coulpe sans arrêt et à propos de tout…
Il est vrai qu'il y a eu une relation "dialectique" entre le message biblique (ou plutôt chrétien...) et l'opinion occidentale moderne. La société civile a forcé l'église à modifer son discours, mais le message chrétien (le nouveau testament et non la bible !) est  sans doute aussi à l'origine de certaines valeurs républicaines et démocratiques, voire de gauche, actuelles  : le partage, l'égalité entre les êtres, une certaine ... comment dire...."douceur" et un renoncement à la violence dans les relations humaines, etc.....Valeurs que l'on ne trouve exprimées dans les trois monothéismes, avec une telle force et une telle continuité (même un athée indécrottable et anticlérical comme moi doit bien le reconaître..) que dans le nouveau testament, en tout cas ni dans l'ancien testament, ni dans le Coran.
Mais quand même...Que de luttes contre le dogme et l'institution, que de temps passé à rationicer, que de souffrances et d'obscurantisme, que de coupage de cheveux en quatre sur le sexe des anges....... d'excommunications, de croisades.......  de complicité, de "collaboration" de l'institution avec les pouvoirs les plus despotiques et anti égalitaires..... avant que ces valeurs chrétiennes originelles et fondamentales soient enfin redevenues celles que prône prioritairement l'église. On revient de loin...........et je ne puis m'empêcher de penser que ce retour aux sources est dû avant tout aux luttes de la société civile contre le dogme ou tout simplement à  la compréhension, par l'institution, de la nécessité d'évoluer  pour conserver quelque crédibilité  aux yeux de l'opinion publique et mêmes des croyants....


Sur Onfray, je recommande également ses conférences de cet hiver sur Spinoza et les libertins, que l'on trouvera en fichiers audios sur le site de France culture.
C'est très clair sans être de la vulgaire ...vulgarisation. Même moi, j'ai l'impression de comprendre enfin Spinoza et son éthique  ....

Il y a également de très belles pages sur le matérialisme antique et sur spinoza, dans le "Traité du désespoir et de la béatitude" de Comte Sponville,  et sur Hobbes aussi, un autre dont je ne me souviens pas avoir entendu parler en classe de philo...en tout cas pas de manière élogieuse ou de manière à leur faire la place à laquelle ils ont droit dans l'histoire de la philo- 
Je sais bien que Comte Sponville est considéré comme un "vulgaire...vulgarisateur"...., est accusé, comme Onfray, d'être trop médiatique.... parfois par ceux qui ne les ont  jamais lus d'ailleurs....... 
Mais le livre de Compte Sponville vaut vraiment le coup, est en plein dans le sujet soulevé ici... Et en plus, le bouquin, bien que compréhensible et abordable pour des non philosophes comme moi, est bien plus que de la "vulgaire vulgarisation" médiatique, n'en déplaise à  ses détracteurs, C'est un vrai bouquin de philo, documenté, annoté, profond, mais  simple, pédagogique au bon sens du terme (il en faut bien des pédagogues), permettant aux profanes dont je suis, de comprendre  certaines notions compliquées (pour la première fois en ce qui me concerne...) 

Comte Sponville établit de plus un rapprochement très intéressant entre Boudhisme, Epicurisme et Spinozisme.....  Il est bien plus, je le répète, qu'un simple "vulgarisateur".  Il n'est pas non plus, comme le voudraient certains, un chrétien qui s'ignore.
La recherche de spiritualité dont il parle n'a rien de religieuse, mais prend au contraire comme point de départ le désespoir de l'athée (celui de Camus par exemple, de Sisyphe....), seul capable pour lui de nous permettre d'accèder à une béatitude authentique car  totalement athée, et à une spiritualité de type nouveau, ceci en ne renonçant pas à une recherche d'un sens à la vie de l'homme (un sens...pas un au-delà ou un "arrière-monde" pour reprendre une expression Onfrayienne.



par jcfvc publié dans : Philosophie
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Vendredi 12 janvier 2007
Dans le café philo que je fréquente, nous avons discuté samedi dernier du thème annoncé dans le titre de cet article : Sommes nous plus intelligent seul ou à plusieurs ?
Voilà donc quelques remarques que j'ai faites lors du débat où que je n'ai pas faites alors et qui me sont suggérées par la remarque d'une participante, sous forme de boutade, concernant le fait que son QI n'avait pas augmenté en participant au café philo.
- Il est vrai que le seul fait d'être ensemble et d'échanger ne produit pas automatiquement des idées plus intéressantes que celles que des individus seuls peuvent produire. Il n'y a pas de génération spontanée, due à la dynamique de tout groupe, quel qu'il soit, produisant automatiquement de l'originalité, du nouveau, du génial.....

Que dire des foules, si facilement manipulables, des meetings, dans lesquels peuvent se trouver des gens raisonnablement intelligents par ailleurs et qui dans certaines circonstances peuvent se trouver amenés à suivre un leader ou un mot d'ordre stupide, à adhérer à des idées qu'il aurait rejetées normalement en utilisant son bon sens et son estprit critique ?
Mais même dans des groupes de discussions restreints, sommes-nous certains que les idées que nous pondons ensemble  ne sont pas des banalités qu'un homme ou une femme bien plus intelligent que nous tous réunis aurait su dépasser et synthétiser de manière bien plus efficace et rapide que ce à quoi nous avons abouti laborieusement ensemble ?

Pour qu'un groupe fonctionne mieux qu'un individu seul, il faut quelques conditions qu'il n"est pas inutile de rappeler ici :
Un groupe de piliers de comptoirs  par ecemple,  discutant  à l'heure de l'apéro ne feront pas progresser le schmilblick d'un millimètre sur les sujets dont ils parlent chaque jour depuis des années. Il faut donc que le groupe soit composé de gens raisonnablement intelligents et cultivés pour qu'une question puisse être cernée et approfondie.

Cependant,  même composé de gens instruits et intelligents, un groupe ne génère pas spontanément non plus, une pensée originale ou profonde.
Il convient également que les membres du groupe fasse preuve d'une certaine discipline, sachent faire taire leur ego, s'écoutent, fassent l'effort de traiter le sujet choisi, sans toutefois se crisper sur des problèmes formels d'égalité dans la prise de parole, ce qui, lorsque tel est le cas, appauvrit la discussion et aboutit à une juxtaposition de points de vue qui ne s'enrichissent jamais mutuellement.
Pour donner un exemple de groupe rassemblant des esprits supérieurs mais n'aboutissant à rien, combien de fois n'a-t-on pas assisté, à la télé, à un panel composé d'esprits très brillants individuellement, mais incapables ce jour là de fonctionner, pour des raisons diverses et parfois obscures ? On peut être brillant mais sectaire, ne pas écouter l'autre, avoir plus envie de faire valoir son opinion que de trouver un terrain commun d'entente, etc.....
Il y a même des cas de "plantage collectif" célèbres, dont le nazisme, qui ont été justement rappelés pendant la discussion. Et le communisme ?  N'est-il pas lui aussi  un bel exemple d'erreur collective qui fut conçue individuellement d'abord, puis mise en pratique collectivement avec les meilleurs intentions progressistes du monde -  ceci au contraire du nazisme il est vrai  ?

Enfin et surtout Je ne crois pas beaucoup à une des idées qui a été avancée, selon laquelle il y aurait une pensée collective flottant dans l'éther du dialogue, une sorte d'intellectuel collectif.
Le corollaire de cette idée, qui fut également exprimé, selon lequel, il n'y aurait pas d'individu me semble également difficilement concevable.
Certes, lorsque je pense, je le fais dans une certaine intertextualité avec le discours de mes contemporains et de ceux qui m'ont précédé. Je suis le produit d'un certaine culture. Mais je ne suis pas entièrement conditionné par un environnement et ma culture.
Combien de catholiques par exemple, élevés dans un milieu strict, sont devenus des contestataires athées, libertaires et libertins ?
Je possède bel et bien une certaine marge de manoeuvre par rapport aux conditonnements divers qui m'ont façonné. Je ne suis ni entièrement libre, ni complètement le jouet des idéologies.
Pour conclure donc, je dirais que dans une discussion de groupe, l'individu apporte ses idées, qui sont aussi (partiellement seulement) celles des groupes humains dans lesquels il a été éduqué et qu'il fréquente. Lors de la discussion, il rencontre la pensée d'autres indidividus, eux aussi influencés par leur milieu. L'échange produit dans tous les esprits - individuellement et non dans une sorte de fusion des egos, d'être hybride collectif nouveau aux contours incertains ! - une certaine évolution de sa propre weltanschaung (vision du monde) de départ. Mais c'est bien chaque vision du monde qui se trouve transformée et éventuellement améliorée (jamais de manière uniforme) par cette confrontation.
Pour risquer une comparaison peut-être hasardeuse, le langage, qui lui est collectif (et non la parole qui est, elle, individuelle) joue simplement un rôle de véhicule portant  la parole et donc la pensée de chacun, à la manière dont l'élément liquide porte la laitance des poissons (de chaque poisson !) pour féconder une autre cellule, distincte des autres également.
Pour ce qui concerne la parole, elle aussi procède par contact multiple, simultané mais  individualisé à chaque fois, avec une autre pensée cristallisée elle aussi dans une parole et pensée individualisées.
Cette simultanéité de rencontre, par la parole, avec la pensée de toutes les autres intelligences du groupe, cette capacité à féconder plusieurs individus,  ne débouche  pas pour autant sur l'émergence d'une seule créature nouvelle, d'une pensée commune.  Chaque individu, à sa manière, devient le  produit de la combinaison originale et particulière (non de la fusion uniforme!) des caractéristiques des différentes informations échangées entre pairs.
Dans la plupart des cas, d'ailleurs, dans une communauté de chercheurs par exemple, la synthèse et le dépassement des théories précédentes  ont été le fait d'un des membres de cette communauté, qui a été enrichi par la confrontation avec les autres certes, mais qui réalise seul ensuite la synthèse des idées échangées et le dépassement qualitatif des thèses précédentes, dans une certaine solitude nécessaire à l'émergence d'une théorie originale.
Je ne pense pas qu'un groupe, fût-il particulièrement bien organisé et doté d'êtres altruistes, en soit capable. Il y a trop d'ego, de bugs de fonctionnement, de lutte d'influence dans un groupe, où le désir de dépasser, de dominer l'autre prend trop souvent le pas sur la recherche de la vérité.

J'irai même jusqu'à dire que parfois (très souvent en fait), pour atteindre la vérité, certains scientifiques ou penseurs ayant fait progresser l'histoire des idées de manière fondamentale, ont dû le faire en opposition ouverte, non seulement avec les pouvoirs en place, mais également en rupture avec la communauté des chercheurs ou des penseurs.

Lors de la discussion nous n'avons pas suffisamment, à mon sens, développé l'idée selon laquelle, la question posée soulevait la question de la démocratie et de son postulat selon lequel, au niveau d'une société tout entière ou d'une communauté donnée, la majorité a raison contre la minorité ou contre une personne seule.  Cela devrait en principe être accepté  pour un démocrate de gauche ou de droite, même lorsque le parti au pouvoir n'est pas celui pour lequel nous avons voté. Cette majorité, élue démocratiquement peut avoir tort selon nous, mais elle a forcément raison du point de vue institutionnel
Cette formulation a l'air d'un truisme, mais à bien y réfléchir, cela est vrai seulement si la majorité reste dans le cadre du raisonnable, se trompe "un peu seulement",  et ne penche pas vers des solutions totalement antidémocratiques (de droite ou de gauche), qui peuvent mettre en danger cette démocratie,  les fondements mêmes de notre édifice social et culturel. 
Pourrait-on dire que la majorité a toujours raison, par exemple,  si le suffrage universel, comme il le fit en allemagne, portait au pouvoir un parti qui annonçait clairement qu'il allait supprimer les libertés individuelles et donner le pouvoir à un seul parti (Russie), à un dictateur (Hitler) ou à une théocratie religieuse, comme cela fut le cas en Iran ?
Je n'ai pas de réponse, et je ne peux m'en tirer, j'en ai bien peur, que par  des formulations qui ont l'air absurdes, mais qui ne le sont pas tant que cela à y bien réfléchir.
En conclusion, je propose donc cet aphorisme  débile, j'ai ai bien conscience :  "En démocratie, La majorité a toujours raison, même quand elle se trompe un peu. Mais si elle se plante carrément, elle a tort..."
Provocateur et stupide non ?  Défi à la logique formelle, certainement .  Mais peut-on dire autre chose de bien plus profond à ce sujet ?

Lors de notre discussion, la notion de QI, (en rapport sans doute avec la notion d'intelligence) a été soulevée. Il est vrai qu'une certaine manière de mesurer l'itelligence par des tests a été justement critiquée. Il ne faudrait cependant pas balayer le QI d'un revers de manche  trop rapidement. Certes des précautions doivent être prises dans son utilisation (et elles le sont le plus souvent !)  pour définir les potentialités des élèves. Si ces précautions sont prises (et encore une fois elle le sont le plus souvent, dans l'Education Nationale en tout cas !) les tests modernes d'évaluation de la cognition, le  "WISC" par exemple, (pas les tests plus anciens) constituent toujours un outil très efficace pour identifier, parallèlement à d'autres observations faites par les enseignants et la communauté éducative, les difficultés rencontrées par certains élèves et pour aider l'institution à trouver les solutions de remédiation à ces problèmes.
Il y a le QI, le QE (quotient intellectuel), comme l'a fait remarquer justement un des participants au débat, ceci pour la perception des situations. Mais il y a aussi l'intelligence créatrice, que les entreprises recherchent tout autant que les capacités cognitives et relationnelles, et qui peut aussi être évaluée, à côté d'autres indicateurs, grâce à des tests spécifiques mesurant la flexibilité cognitive d'un individu, sa capacité à trouver des solutions originales, adaptées à des situations elles-mêmes inédites..
par jcfvc publié dans : Philosophie
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Mercredi 10 janvier 2007
Voici ci-dessous un texte que j'avais écrit il y a quelques années sur la question, en réaction à une discussion que j'avais eue avec un ami,  qui date évidemment un peu, mais qui résume assez bien encore  ma position actuelle sur la situation au moyen orient..

"Ce conflit n'est pas un affrontement entre le bien et le mal. Sharon ne représente certainement pas le bien. Mais on ne me fera pas croire que les palestiniens (en tout cas ceux qui sont derrière le djihad islamique, le hamas et ceux qui apartiennent aux martyres d'el aqsa, organisation liée au Fatah, proche du camp d'Arafat) veulent construire une société démocratique en paix avec l'état d'Israel..
Si les Israéliens avaient en face d'eux d'autres adversaires, Sharon ne serait même pas au pouvoir et la paix serait sans doute signée depuis longtemps.
On commet la même erreur que les américains en Afghanistan, si l'on soutient sans aucun esprit critique les occupés (par les soviétiques à l'époque) sans se préoccuper de savoir ce qu'il feront de leur indépendance.
On ne peut pas faire comme s'il s'agissait d'un simple conflit entre des envahisseurs et des occupés, car la situation n'est pas la même que celle de la France en 1945.
Tous les jours, des Israéliens défilent pour protester contre l'occupation des territoires et la construction du mur.
Où étaient leurs équivalents palestiniens, protestant contre le refus d'Arafat de signer les accords d'oslo ou contre le fait qu'Arafat baisait, il y a peu, le front du vieux sheikh fondamentaliste Yacine liquidé par Tsahal (le même qui déclarait que la Palestine allait de Jérusalem à la mer et qui était le chef d'une organisation voulant instaurer une république islamique).
Je fais remarquer que cette icône palestinienne de la libération nationale n'a pas grand chose à voir avec un Jean Moulin, un De Gaulle ou les fusillés de l'affiche rouge.
Ce qu'Arafat et la plupart des palestiniens (y compris Leila Shahid) considéraient et considèrent encore comme un grand héro ("shahid" = martyr en arabe .....) et un résistant, était le leader d'une organisation qui se débarasserait très vite des progressistes palestiniens bien minoritaires (y-en a -t-il et combien ? On les entend peu ...) pour installer très rapidement un régime comparable à celui de talibans ou de l'Iran.
Que penser également du fait qu'Arafat déclarait devant toutes les cameras occidentales : "Un jour, je le sais, le drapeau palestinien flottera sur Jérusalem..." Notez bien qu'il ne dit pas "sur Jérusalem - Est" mais bien sur Jérusalem " tout court ........
Tout cela n'excuse pas, bien sûr, la politique israélienne actuelle, mais cela devrait faire réfléchir ceux qui, chez nous, absolvent les palestiniens extrémistes (et ils me semblent être plus nombreux que ceux qui ont des sympathies pour les Israéliens extrémistes) au seul motif que la Palestine est occupée par une puissance "étrangère".
On a déjà commis cette erreur au vietnam, au Cambodge, en Afghanistan et j'en passe. Combien de fois faudra-t-il encore assister à des carnages comme ceux du Cambodge pour comprendre que notre soutien aux mouvements de libération devraient être tempéré par une réflexion sur leur projet de société à venir ?
On me dit parfois que le danger prioritaire serait le sentiment anti-arabe, et non le regain d'anti sémitisme que nous avons connu ces derniers temps et qui provient en partie des cités. Je je ne conteste que ce sentiment anti-arabe existe, mais je n'établis pas de hiérarchie entre ces deux dangers.
Pour juger du problème de l'antisémitisme renaissant je pense habiter une région représentative, en France, des tensions inter-communautaires, en tout cas par le nombre d'habitants, lieux de culte juifs et musulmans :
- Courcouronnes s'enorgueillit en effet d'abriter une cathédrale, plusieurs synagogues, un temple boudhiste, un temple hindouiste et le plus important centre islamique de France après la mosquée de Paris.
- De plus pour avoir été responsable d'une circonscription de l'enseignement primaire qui comportait une école juive sous contrat d'association avec l'état, je puis dire que les incidents raciaux à la sortie de l'école et de la petite synagogue attenante étaient assez fréquents, ceci bien avant l'intifada, et ils se sont bien sûr multipliés de manière exponentielle depuis.
- Ma femme de ménage portugaise habite dans une cité d'Evry où toutes les semaines, les services municipaux doivent effacer des graffitis à la gloire de Ben Laden et d'El Qaeda.
- Le maire- socialiste- (Manuel Valls) d'Evry a dû récemment intervenir contre un épicier musulman qui refusait, alors qu'il avait la franchise de Franprix, de servir dans son magasin pourtant fréquenté par une majorité de noirs africains non musulmans, des produits non Hallal, dont les tranches de jambon et autres produits alcolisés.
- Une fille de voisin a du changer de lycée car, après être sortie avec un jeune rebeu et l'avoir quitté, les copains de son ancien petit ami la harcelait et la tratait de pute pour ne pas porter le hijab (elle qui a un père américain et n'est pas musulmane.)
- Dans mon ancien lycée (Corbeil-Essonnes) les collègues (et ma femme, qui travaille dans un lycée professionnel !) me confirment ce que l'on dit dans les journaux et la presse au sujet de la difficulté à enseigner certains sujets, témoignent que les filles musulmanes et autres se font traiter de putes par les jeunes de la cité des Tarterets (en face du lycée) si elles ne s'habillent pas "décemment" selon leurs critères.
- Enfin, last but not least, on ne peut ignorer ce qui est arrivé l'an dernier lors de la reconstitution à Aubervilliers de l'immolation par le feu de la petite Sohane par un petit caïd avec lequel elle ne voulait pas sortir. Sa soeur est co fondatrice du mouvement "ni putes ni soumises.." Et bien sait-on que pendant la reconstitution, le meurtier a été encouragé des fenêtres par un nombre significatif de gens, salué même par des ...youyous féminins et des "Bon courage Momo ..."
Je regrette, il y a bien sûr des juifs intégristes en France, et je les condamne tout autant que les islamistes, mais il faut bien reconnaître qu'ils ne sont pas aussi nombreux que les autres et que par conséquent, ceci de manière mathématique, ils n'ont pas le même impact sur ma vie quotidienne et celles de mes voisins que leurs compères islamistes (je tiens à faire remarquer que je ne dis pas musulman ...)
Mon poste d'observation des phénomènes sociaux étant sans doute assez représentatif de ce qui se passe en France actuellement, je me permets de dire que l'angélisme d'une certaine gauche a sans doute elle aussi contribué à la catastrophe du 21 avril, même si ce n'est pas la seule raison, je te l'accorde.....
De plus, lorsque des des étudiants juifs progressistes veulent participer à la manif contre la guerre en IRAK avec tout le monde comme ils en ont bien le droit, ils se font traiter de sales juifs et de sales sionistes, tant les deux mots sont devenus presque synonymes pour beaucoup de jeunes des cités.
Que dire également des intellectuels juifs désignés par Tareq Ramadan et dans une certaine gauche, comme des complices objectifs d'un "complot américano-sioniste.
Ramadan fait bien sûr mine d'ignorer que ceux qu'il désigne comme des suppôts inconditionnels de la politique réactionnaire de Sharon étaient présents il y a quelques mois à Genève pour la proposition d'un plan de paix alternatif soutenu par la gauche israélienne et certains palestiniens (trop peu nombreux à mon goût, en tout cas bien moins nombreux que leurs homologues israéliens.)
Ce plan prévoyait entre autres le retrait inconditonnel des territoires palestiniens et le démantèlement du mur de séparation. Mais peut-être cela 'est-il pas suffisant pour cesser d'être désigné comme "sioniste."
D'ailleurs ce terme commode derrière lequel se dissimlule le pus souvent l'antisémitisme nouveau, dont on fait maintenant une injure, désigne simplement au départ le désir de fonder un état où les juifs pourraient avoir une souveraineté et ne plus être minoritaires dans le pays des autres.
Pour ses fondateurs il était même question d'un état socialiste , d'où les Kiboutzines du début...). . Peut-être faudrait-il aussi, comme le voudrait beaucoup de musulmans, condamner Israel comme un pays fasciste, menant une politique d'extermination systématique contre les arabes, accepter le retour des réfugiés palestiniens, ce qui équivaudrait à condamner l'état d'israel à sa disparition à terme.
Avouez que l'on ne , trouvera pas beaucoup de juifs pour aller jusque là ...... et il est vrai que Finkielkraut, comme bien d'autres juifs moins conservateurs que lui ne le font pas .......... sans être pourtant des "sionistes" (j'emploie ce terme par commodité, mais avec les précautions données ci-dessus).
Voici pour terminer des textes de Alain Finkielkraut sur le conflit Israélo-palestinien : Extrait de "L'imparfait du présent Réagissant à une pétition disant entre autres " Combien d'années .... faudra-t-il pour que ceux qui parlent et agissent au nom des droits de l'home analysent le conflit ...... comme un fait colonial ?" et " Nous soutenons la lutte du peuple palestinien jusqu'à tous ses droits soient respectés."
AF réagit comme suit en rappelant quelques vérités historiques un peu oubliés par ceux qui rendent Israël seul responsable de la situation actuelle des palestiniens
On peut bien sûr être en désaccord avec certaines des choses dites plus haut ou ci-dessous par finkekraut, mais les arguments avancés valent le coup que l'on ne les balayent pas d'un revers de la main comme émanant d'un suppôt de l'axe américano-sioniste....non ?
Ou bien me trompé-je ?:
"Respectés par qui (les accords de paix) ? Par Israël bien sûr. Personne pas même les intéressés ne rappellent jamais que la Jordanie était partie intégrante de la Palestine avant d'être confiée à la dynastie hachémite, ni que ce royaume s'est approprié jusqu'à la guerre des 6 jours et sans autre forme de procès le territoire alloué aux Palestiniens par le partage de 47, ni enfin que ces derniers constituent toujours la majorité de la population jordanienne.
Au vu de cette amnésie généralisée, on est fondé à dire que leur identité nationale et leur popularité mondiale se nourrissent exclusivement du face à face avec l'Etat juif.
Mais peu importe en vérité : j'apporterais moi aussi un soutien total à la lutte du peuple palestinien si celle-ci avait l'indépendance pour finalité et pour conséquence le démantèlement des colonies juives installées sur son territoire : qu'y a-t-il de plus choquant, de plus absurde (et de moins sioniste) que ces ghettos armés ?
Seulement voilà : en refusant de signer la paix qui faisait droit à leur désir d'état, les Palestiniens (ou, au moins, leurs représentants) ont clairement signifié qu'ils revendiquaient autre chose.
Quoi ? 
Le droit au retour. Comme les juifs dans leur patrie libérée ? Vous n'y êtes pas : en Israël. Ils voulaient sortir du face à face non par la séparation mais par l'étreinte. Combien d'années, combien de décennies faudra-t-il à nos progressistes pour prendre acte de la singularité du conflit israélo-palestinien ?
Car enfin, les peuples colonisés n'ont jamais remis en cause la légitimité des métropoles ni a fortiori programmé la lente absorption de celles-ci dans une entité où ils finiraient par être majoritaires. Ils luttaient pour leur état, non, pour s'installer dans les frontières de l'Etat dont ils subissait le joug.
 Ils ne revendiquaient pas la double appartenance. Ils ne voulaient pas à la fois partir et rentrer, rompre et revenir. Ils ne jouaient pas sur les deux tableaux du divorce et de l'habitation commune. Le modèle de la sortie d'Egypte leur interdisait d'ériger la puissance coloniale en terre promise . Sauf à choisir une tout autre logique que celle de la reconnaissance ou de la décolonisation, le désir d'avoir un chez-soi implique la renonciation (mutuelle) au droit d'être chez soi chez l'autre. Mais précisément .......... toute la question est de' savoir si les juifs sont chez eux en Israël. On croyait cette question résolue avec les accords d'Oslo. On se trompait.
 La page du refus n'est pas tournée et le Liban prévient : il veillera scrupuleusement à l'exercice du droit au retour en exigeant, dès sa promulgation, le départ des Palestiniens qui vivent sur son sol. Si le Liban est imité, ce sont des centaines de milliers de Palestiniens qui seront chassés demain par des pays frères par solidarité avec leur juste cause ...... "

" Mais rien n'entame nos progressistes, rien ne les fait douter. Pour réparer ses crimes et d'abord celui d'être né, Israël ne doit pas seulement se retirer des territoires conquis en 1967, il lui faut partager sa souveraineté sur ceux de 1948... "

Un autre article. De Finkielkraut également :
 "Le Monde diplomatique annonce le réveil de la gauche israélienne. La gauche, c'est à dire, en l'occurrence, la critique du langage de la force et la vertu de modération contre toutes les variantes - nationaliste, religieuse, sécuritaire - de l'extrémisme. Mais ni vu ni connu, le mot change de sens quand on change de camp : la gauche palestinienne a tout l'éclat de l'intransigeance, et la radicalité accapare la fonction critique, sous les vivats du progressisme. Aussi est-il dans l'ordre que cette gauche avalise le rejet du compromis (c'est à dire d'un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale) au nom d'un droit au retour qui, à terme, ferait des juifs d'Israël une minorité ethnique à la merci des arabes. On attend donc des uns qu'ils combattent l'hubris et des autres qu'ils y cèdent. Le mêle vocable valorise, du côté israélien, le respect dégrisé des limites, et du côté palestinien, l'ivresse de la démesure. Cette homonymie nourrit la tragédie."
par jcfvc publié dans : Politique/actualité
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Mardi 9 janvier 2007
Le fonctionnement binaire du débat politique, en France surtout, ne valorise pas l'analyse sereine de la complexité des pensées avancées par les uns et les autres et je me méfie en particulier du fonctionnement crypto-totalitaire des jugements péremptoires avancés par la gauche de la gauche, lorsqu'elle désigne un peu rapidement comme droitier, réactionnaire ou fasciste tout penseur ou politicien, ou simple citoyen - conservateur, centriste ou même socialiste (voir les procès de la gauche de la gauche actuelle faits à Fabius, Strauss-Kahn, Tony Blair, Shroeder et même ...les verts ayant signé avec lui les nouvelles mesures sur l'emploi en Allemagne..) - dès lors qu'ils se démarquent des solutions préconisées par la gauche extrême pour résoudre les problèmes sociaux et aller vers les grands soirs alter ou anti-mondialistes.
A ceux qui sont partisans d'une éthique en politique, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler que Robespierre, le grand jacobin, précurseur des révolutions prolétariennes et de leur terreurs et charniers futurs, voulait, comme le mentionne Alain Finkielkraut, dans "l'imparfait du Présent" "substituer la morale à l'égoïsme" (Discours pour le bonheur et la liberté).
Le même Finkielkraut cite également, à la même page, le brillant plaidoyer de Robespierre pour l'exécution du roi sans procès : "Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires; ils ne rendent point de sentence, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les rois, ils les replongent dans le néant ; et cette justice vaut bien celle des tribunaux." (in textes choisis, Editions sociales)
Mon commentaire personnel  sur cette citation: Si seulement il ne s'était agit que de replonger le roi dans le néant, je pourrais souscrire, mais on sait bien désormais (certains l'oublient ...) , qu'après le roi et le tsar, les cadets et les sales bourgeois oppresseurs des masses, suivent rapidement les mencheviks, les Socialistes révolutionnaires, les anarchistes et autres trotskistes, ainsi que tout le monde et en premier lieu et surtout les masses que l'on se propose de sauver du joug bourgeois capitaliste. 
Trotski lui aussi était partisan de l' "abolition violente de tous les liens moraux entre les classes ennemies." in "Leur Morale et la nôtre" cité également dans l'ouvrage d'AF ici mentionné ...
Comme disent les écologistes allemands à propos du nucléaire "Nein danke" non merci. Je ne suis pas prêt à m'embarquer dans une autre aventure égalitariste.
La démocratie bourgeoise, mondialisée ou non, n'est certainement pas le meilleur des régimes et il faut certainement l'aménager et le réformer sans cesse pour le rendre plus juste (ou plutôt moins injuste), et je reconnais que les alter-mondialistes jouent un rôle positif à l'échelon mondial et national.
Je suis en revanche résolument réformiste (ce que n'est pas, je pense, quoi qu'elle en dise, la gauche extrême en France), c'est à dire que je situe toute évolution possible à l'intérieur du système démocratique bourgeois, aussi injuste et inégalitaire soit-il (je ne suis pas un doux rêveur )
Il me semble en effet (sans en être certain !!! ceci est très important !!) que lui seul ne risque pas, par de violents coups de barre à gauche ou à droite, de provoquer des catastrophes sociales, humanitaires, écologiques - voir la situation des anciens pays du socialisme réel à ce sujet - bien pires encore que celles justement dénoncées par les écologistes et les alter-mondialistes.
On me répondra sans doute que c'est précisément ce système qui nous conduit à la catastrophe imminente. Je ne suis pas persuadé à 100% que cela ne risque pas de se produire, mais je penche plutôt pour une option un peu plus optimiste, et je ne pense pas être plus ignorant, plus mal informé ou plus dégueulasse que ceux qui annoncent un fin du monde proche. Peut-être pourra-t-on me persuader du contraire.
Je ressens un certain malaise, en effet envers les postures "Robespierriste" d'une certaine gauche, consistant à désigner forcément des salauds et des coupables de tout le mal existant dans le monde.
Les régimes totalitaires arrivent rarement au pouvoir sans que des salauds instrumentalisent les sentiments des peuples mais ils ne font que traduire dans les faits et dans des programmes politiques les aspirations et les rancoeurs des "damnés de la terre" envers des ennemis réels ou supposés de race ou de classe. Que ces ennemis soient identifiés, selon les circonstances historiques, les cultures et les pays, comme 'la juiverie internationale", "les cent familles", "le capitalisme monopoliste d'état", "l'axe américano sioniste" ou "l'axe du mal" cher à Bush, ne constitue pas à mes yeux une différence fondamentale et peut déboucher sur les mêmes catastrophes humaines que l'on a connues.
On sait ce que ce genre d'attitude a fait comme dégat, même et surtout quand elle émanait de gens ayant les meilleurs intentions du monde. L'enfer totalitaire est pavé de bonnes intentions progressistes.... Le goulag n'a pas été construit que par des salauds. Il n'a pas été l'oeuvre de progressistes bien sûr, je ne ferai pas le procès inverse, mais il a été rendu possible progressivement par des positionnements de type Sartrien distribuant les brevets de bonne conduite sociale et les excommunications intellectuelles.
On se souvient  de la phrase célèbre selon laquelle, à l'époque  il vailait mieux "avoir tort avec Sartre que raison avec Camus....."
Car en effet, si ceux qui ne partagent pas nos vues deviennent "objectivement" des alliés de la réaction, pourquoi ne pas fermer les yeux pudiquement devant la répression qui commence à les rendre inoffensifs dans des situations historiques toujours difficiles, où les choses se précipitent, où l'ancien monde réagit forcément, et où il faut prendre des décisions pour maintenir à tout prix au pouvoir les gens qui défendent les thèses dont je suis persuadé qu'elles sont supérieures à toutes les autres.
Que deviennent des Finkielkraut, BHL, et autres Kushner dans ce type de contexte extrêmement instable que sont les périodes révolutionnaires ?
Cela peut paraître sans doute injuste "unfair" disent les anglais , aux gens de la gauche extrême, qui viennent d'horizons anarchistes ou libertaires, et ne peuvent concevoir que leur combat puisse déboucher sur une société totalitaire, mais j'ai parfois l'impression que malgré des choix plus responsables et un militantisme tout à fait respectable aux verts et dans des associations alter-mondialistes, certains anciens baba-cool gauchistes et soixantehuitards reconvertis à la gauche du PS ou des verts continuent à s'enfermer dans le vertige douillet de la pureté doctrinale et idéologique.
Il est tout à fait légitime, bien sûr, d'essayer de convaincre les autres par des voies (des voix aussi dirait Lacan !!!) démocratiques. Mais le mur d'arain des convictions partisanes et militantes dresse parfois une barrière invisible et en tout cas silencieuse entre ceux que l'on veut convaincre et les convictions du militant ou du simple convaincu, car ce mur empêche peut être parfois d'entendre les objections de ceux qui, pour ne pas partager une vision millénariste d'une apocalypse proche qu'engendrerait immanquablement le système capitaliste, n'en sont pas forcément des crapules ou des ignorants.
Certains propos et "désignations" comme étant "à droite" - on disait "droitière" sous le stalisnisme et cela était souvent le début de la fin pour ceux qui étaient désignés comme tel - de positions qui s'interrogent, par exemple simplement, comme le font d'ailleurs la plupart des sociaux démocrates européens, sur la validité possible de certaines mesures prise par la droite ou sur le fait qu'une certaine flexibilité des emplois pourrait peut-être diminuer le taux de chômage en France, peuvent être perçues comme des discours d'apprenti commissaire politique.
Ils peuvent en tout cas aboutir au silence de gens qui ne sont pas des grandes gueules et n'osent pas répondre au risque de devenir infréquentables aux yeux de ceux qui s'érigent en "commandeurs du droit et de la morale politique.
Je le dis d'autant plus sereinement que je fais mon mea culpa et que j'ai bien conscience d'avoir proféré en mon temps ce genre d'évaluation sauvage à l'égard de gens qui étaient simplement plus pragmatiques (plus intelligents ? moins sectaires ?) que je ne l'étais à l'époque.
Au point où j'en suis maintenant, l'absence de certitudes est, pour moi, un signe de bonne santé mentale et politique, comparée à la rigueur doctrinale. L'histoire a heureusement permis de mettre au rencart épistémologique le concept de socialisme scientifique .
Pour terminer, et illustrer ma pensée, je vous propose ci-dessous, un texte d'Alain Finkelkraut, extrait de son livre de dialogues avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk: Les battements du monde, chez Pauvert. Chapitre X. Où sont passés les adultes ? Ce texte traduit en effet assez bien ma position quant au manichéisme du débat politique actuel, en France surtout.
Cela ne signifie pas, bien sûr, une résignation adulte à ne pas changer un monde imparfait, mais plutôt une position "Camusienne". La révolte devant les injustices du monde, les réformes, oui, mais pas la révolution, la rupture avec le système démocratique porteuse de plus de malheurs encore que n'en génère nos sociétés actuelles aussi imparfaigtes soient-elles.
Le docteur Rieux dans la peste continue à soigner les malades, tout en sachant très bien que la peste ne disparaîtra jamais totalement et  qu'il devra, comme Sysyphe, continuer à pousser à nouveau son rocher au somment de la colline après l'avoir monté là-haut pour la énième fois et n'avoir pas pu l'empêcher de redescendre.
"Je ne déteste pas la jeunesse qui a été la mienne, mais ce n'est certainement pas sur ma conscience adolescente que je tablerais pour faire face aux exigences de l'heure. L'adolescent, c'est l'être au regard clair, à la voix vibrante, au visage grave qui ne voit jamais que des scandales là où il y a des problèmes ou des dilemmes, et des lignes droites là où il y a des carrefours. Pour lui que l'égoïsme écoeure, la politique se confond avec la morale et la morale elle-même se réduit au combat avec le Dragon. Les situations réelles pourtant relèvent plus souvent de l'alternative cornélienne que de la vengeance du compte de Monte Cristo, et la morale n'est difficile que parce qu'elle n'oppose pas le Bien et la Bête, mais consiste............. à choisir entre un bien et un autre bien. La démocratisation du luxe est un bien, mais, pour autant, la préservation du monde. La famille est un bien ainsi que l'émancipation des femmes..... A quel saint se vouer ? Que faire quand le devoir donne des ordres contradictoires ou de plusieurs côtés à la fois ? L'adolescence fuit ce casse-tête éthique dans l'abstraction exaltante d'un univers de substitution où toute la souffrance des hommes résulte de la politique des méchants. Sortir de l'adolescence, c'est donc n'avoir plus besoin d'un salaud pour incarner la mauvaise part de l'histoire : la gravité juvénile laisse place non certes à la frivolité ou à la maîtrise, mais à l'embarras et à la passion de comprendre. Passion qui se fait( jour jusque dans les situations extrêmes : " Que le lecteur referme ici ce livre s'il en attend une accusation politique", écrit Soljenistsine dans l'Archipel du Goulag. "Ah si les choses étaient si simples, s'il y avait quelque part des hommes à l'âme noire se livrant perfidement à de noires actions et s'il s'agissait seulement de les distinguer des autres et de les supprimer n! Mais la ligne de partage entre le bien et le mal passe par le coeur de chaque homme. Et qui ira détruire un morceau de son propre coeur ? La voix de stentor de Soljenitsine avait ébranlé les fondations du communisme. Maintenant que le communisme est tombé, cette voix se trouve recouverte, comme celle du choeur antique, par le lyrisme assourdissant des luttes "citoyennes". Il n'y a presque plus personne pour tendre aux jeunes une main secourable et les sortir du mélodrame. En France notamment, on adore les grandes antithèses Hugoliennes .................. Qu'il se tourne vers les profs, les artistes, les journalistes ou les philosophes - l'adolescent contemporain ne rencontre, sauf exception, que lui-même , c'est à dire l'allergie à l'inextricable et l'extase des engagements binaires ....... "
par jcfvc publié dans : Politique/actualité
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