Mercredi 22 août 2007

J'ai revu Woodstock hier soir à la télé, sur Arte, ou plutôt j'ai zappé assez régulièrement sur le film à des moments où, connaissant bien le film pour l'avoir vu de nombreuses fois, je savais que je risquais d'entendre, au moment où je "rezappais "sur Arte,  une chanson ou un groupe que j'avais appréciés et que j'aime encore entendre : Parmi ces tubes, j'ai eu grand plaisir à réentendre les prestations de Santana, de Jimmy Hendrix dans son "star & spangled banner" (hymne national US)  imitant les bombardements sur le Vietnam, Richie Havens et sa guitare sèche dans le formidable "Freedom", Country Joe Mac Donald et son hymne anti guerre : "Give me an f, give me a u, give me  a c, give me a K => Fuck, et d'entonner : And it's one two three, what are we fighting for, don't ask me I don't give a damm, next stop is Vietnam, and it's five six seven, open up the pearly gates, well ain't no time to wonder why, we're all gonna die (Pour les non anglicistes : Et 1,2,3 pourquoi est-ce qu'on s'bat ? Me d'mande pas, j'en ai rien à fout', tout l'monde descend au prochain arrêt : Vietnam.. Et c'est 5,6,7 ouvrez lesportes du paradis, ouais, bon c'est pas l'moment de s'poser des questions, on va tous y passer...".

Le film est assez bien fait, pas manichéen ni dans un sens ni dans l'autre. Bien que visiblement empathique à l'égard de la foule et du mouvement, le micro est tendu à des fermiers du coin, qui vivent l'évènement comme un envahissement de hordes barbares, ayant saccagé leurs champs et ruiné la collecte de lait pour plusieurs semaines, bloqué routes, téléphone et communications par la route dans la zone qui a été déclarée sinistrée dans tout le district pour des raisons de sécurité et d'approvisonnement des participants, sans que ces humbles travailleurs de la terre dont se disent solidaires les jeunes présents au festival et qui seraient sans doute sincèrement désolés d'apprendre les effets pervers de leur rassemblement festif,  puissent espérer être indemnisés par les organisateurs ou les autorités. D'autres membres de la communauté (y compris le chef de la police locale) communient de manière improbable dans un bel oeucuménisme oncle-samien avec ces "kids", qui selon eux se comportent bien, ne sont pas violents et sont de bons  citoyens américains".  De leurs côté, les "gamins" en question découvrent que les forces de l'ordre ne sont pas tous des SS comme on chantait ici dans les manifs, que le grand happening aurait pu se transformer en catastrophe sanitaire et humanitaire sans l'aide de la police. En même temps un montage efficace, nous prémunit contre une interprétation univoque et simpliste de la ronde des hélicoptères de l'armée siifflés par la foule qui les voit majoritairement comme des insectes bigbrothériens chargés de surveiller la révolution en marche. D'autres plans, et le commentaire, nous informent qu'ils sont surtout là pour évacuer malades et victimes des drogues frelâtés vendues par de "gentils" dealers pas si gentils que ça et pour transporter près de la scène les idoles des jeunes adulés par le public et venus distraire l'immense marée humaine ayant bloqué tous les accès routiers au site. Ce n'est pas un adulte responsable et cravaté qui le dit, c'est Arlo Guthrie (le chanteur), qui se prend pour bison fûté et l'annonce fièrement  au micro : "New- York interstate thruway's closed man" (l'autoroute principale traversant l'état de New York est fermée..)

Certains participants sont d'ailleurs conscients que tout n'est pas aussi manichéen qu'il y parait, que la police et l'armée ont eu, en l'occurence, un rôle "globalement positif." comme dirait notre Georges Marchais national en parlant du bilan de l'URSS. Même Arlo Guthrie dont il vient dêtre question (le fils de Woodie, celui qui fut le chantre des chômeurs de la grande dépression des années trente). pourtant peu suspect de sympathie à l'égard de ceux que les jeunes appellent des "pigs", Arlo Guthrie donc,  venu chanter son fameux "Comin' into Los Angeles, bringin' in a couple of keys, don't search my bag if you please, Mr custom man.." chanson dans laquelle il fait l'apologie de la défonce en avion et de l'introduction de drogue aux USA, visiblement complètement stone aussi ce jour là, avoue à la foule, avant sa prestation et de manière amusée, qu'il vient de pactiser avec les forces de répression ayant assuré sa sécurité : "Waoh man, I was just rappin' to the fuzz" (Putain mec, je viens de jacter avec les poulagas  ...)

A plusieurs reprises d'ailleurs les dits poulagas se font applaudir lorsque les organisateurs chevelus et en principe anti-établissement viennent les remercier au micro de leur contribution. On est donc loin d'un combat du bien contre le mal et du radicalisme politique français de mai 68

Sur le plan technique, on peut regretter le tic un peu trop systématique consistant à multiplier les séquences où de doubles fenêtres ou multi fenêtres nous donnent à voir plusieurs vues à la fois.

Etant devenu un vieux con, je ne peux m'empêcher d'être énervé, a posteriori, par la complaisance dégoulinante du commentaire et des gens interrogés à l'égard de la droque (Sur les groupes et musiciens ayant participé, plus de la moitié sont morts d'overdoses. Ceux qui ne le sont pas s'en sont sortis après des années de galère...)

On peut aussi se gausser, et je n'ai pas manqué pas de le faire en revoyant ces images, de l'angélisme parfois benêt des commentaires, de l'idéologie optimiste des participants et de l'équipe de réalisation, et même de certains flics ou responsables locaux auxquels qui en remettent une tartine dans la grand messe et la guimauve consensuelles trahissant les limites politiques du film et du mouvement hippie en général. Les jeunes, ceux auxquels on tend le micro en tout cas, croient naïvement qu'ils sont en train de créer une société plus humaine et fraternelle en train d'émerger, où de gentils organsisateurs et vacanciers passeront leur temps dans des festivals rock, à prendre leur pied, à écouter de la musique en fumant des joints, en batifolant et copulant nus dans les près. Certains parents, convertis  "compagnons de route" du flower power en marche vers un anenir radieux, font l'apologie de cette bellle jeunesse et de ces quelques jours où il n'y aurait eu, selon eux et le slogan répété jusqu'à satiété par la société du spectacle par la suite, que  "de la joie et de la musique".

Tu parles... Certes le film, je l'ai dit, n'est pas tout a fait naïf et ne tombe pas dans le panneau de angélisme mediatique construit sur le tas par l'idéologie dominante, qui commençe sous nos yeux à rôder son futur discours pour récupérer l'évènement avant même qu'il soit terminé:

- On montre des hippies bien commerçants qui ne perdent pas le nord et en bons Américains, n'ont pas oublié en venant les fondamentaux de la société de consommation honnie, de l'économie de marché et les lois de l'offre et de la demande, et se font des couilles en or en vendant à des prix sans doute très intéresants pour leur porte-monaie des cartouches de cigarettes qu'ils ont eu la bonne idée d'emmener avec eux, (ceci sans doute pas dans un élan totalement altruiste et à la seule fin d'approvisionner les camarades hippies en manque de nicotine).

- On apprend qu'il y a eu quelques overdoses mortelles et des gens piétinés. Les organisateurs préviennent au micro qu'un acide dangereux circule, mais, en bon libertaires qu'ils sont, ne condamnent pas les dealers et bottent en touche en laissant aux intéressés leur "libre arbitre" de futur junkies.

- Le film se clôt par une vision d'apocalypse du terrain dévasté (peut-être le champ du fermier qui se plaignait des dégats causés sur son exploitaiton par cette marée humaine incontrôlée) et parsemé d'ordures que les gentils participants ont abandonnées. Un volontaire bien esseulé , visiblement pas un éboueur professionel, tente de déblayer maladroitement quelques couvertures et détritus, de crainte que ces images de décharge municipale ne soient utilisées pour dénigrer le mouvement. Une personne interrogée déclare, en guise d'excuse  "Là où il y a des hommes, il y a des ordures". Les écologiqtes d'aujourd'hui apprécieront... Mais il est vrai que le mouvement vert n'existait pas encore...

Mais ce qui énerve le plus le vieux con aigri et incrédule, empêcheur-de-jouir-et-de-s'éclater-en-rond que je suis devenu, c'est la récupération du mouvement par la société du spectacle , qui quarante ans après et même sur Arte ayant diffusé le film dans le cadre d'une semaine thématique, ne retient principalement de cette période que les manifestations superficielles liées à la mode, à la musique, à la libération sexuelle... qui arrivées à Paris et adoptées par de jeunes post-yéyés, étaient vidées de leur message contestataire par la grande machine à broyer les utopies dans sa moulinette mediatico-publicitaire  regurgitant tout cela en un discours soft et aseptisé, une bouillie consensuelle, compréhensible par tous et acceptable pour le plus grand nombre. Les paroles des chansons n'étaient de toutes façons pas comprises par la majorité de ceux qui, en France les fredonnaient. Elles devenaient  rapidement de simples tubes de boites de nuit pour petits bourgeois branchés en rebellion contre leurs parents. Il n'est qu'à voir, par exemple, ce que les media ont retenu de certaines chanson d'un des Beatles, John Lennon, qui n'était pas à Woodstock, mais qui n'aurait pas  détoné dans le contexte : On n'a retenu de "Imagine", qu'on appel à la paix et à l'amour, alors que ce "tube" planétaire invitait aussi, au-delà d'un idéalisme utopique à deux balles, à la contruction d'une société où la propriété privée, où les religions..... auraient disparu '"Imagine no possessions...ans no religion too". Que dire également de son "Working class hero", qui fut presque totalement occulté par les radios, même quelques années après, et dont les paroles sont d'une violence inouie envers le capitalisme et l'abrutissement des masses par les media...Si vous n'êtes pas convaincus, réécoutez la chanson, vous verrez......Mais finalement peut-être me trompé-je... Lennon n'aurait sans doute pas eu sa place dans cette grand messe somme toute assez .... patriotique, avec drapeaux américains brandis fièrement par beaucoup de jeunes "contestaires" ne remettant pas fondamentalement en cause les fondements économiques et sociaux politiques yankees, mais seulement ses errements supposés par rapport aux rèves des pères fondateurs.

Enfin, last but not least, cette plongée rétrospective dans une époque que j'ai vécue alockrs que je n'étais déjà plus un adolescent boutonneux et que j'avais vécu quelques expériences qui me prémunissaient contre une confiance absolue en la bonté naturelle de l'Homme et ses potentialités altruistes dans une société devenue enfin égalitaire, m'inspire les réflexions suivantes, bien pessimistes il est vrai, mais c'est comme ça .......même si je dois être considéré comme un "nouveau réac" et plomber l'ambiance chez les camarades qui veulent encore croire aux utopies égalitaristes :

- Le mouvement hippie était généreux certes. Toutefois je ne pense pas, comme le voudraient généralement les émissions et la littérature consacrées à cette période et les sectateurs du mouvement,  qu'il ait transformé en profondeur les habitus sociaux. à l'échelle de la société ou du monde. 

- Pour le meilleur, il a pu aider des individus et de petites communautés restreintes, et ceci pour un temps éphémère, à se libérer des chaines psychologiques et idéologiques qui obsucrcissaient leur paysage mental. Il a pu même transformer parfois durablement et en profondeur la vie et la weltanschauung d'individus et de petites communautés militantes ayant choisi un retour à la terre et le refus de la société de consommation.

- Pour le pire, il a malheureusement aussi pesé sur la destinée de ceux qui sont devenus terroristes ou sont morts de la consommation de drogues censées libérer leur cerveau et permettre la révolution.

- Mais il n'a pas débouché sur la révolution sociale, morale et surtout globale attendue.

Les orgasmes collectifs, les moments de l'histoire où tout semble possible, ou le monde semble basculer dans une vague de générosité annonçant un avenir radieux et une impossibilité de revenir à la grisaille égoiste ayant prévalu jusqu'alors (nuit d'aboliton des privilèges, mai 68, révolution orange à l'Ukrainienne plus récemment..- complétez vous-mêmes.......) comme les histoires d'amours, et ainsi que le dit la chanson, "finissent mal ......en général. " Ou plutôt, ils se terminent, ne durent pas, ne peuvent être que des moments fulgurants mais subliminaux, (peut-être nécessaires... encore que...certains pays n'en n'ont pas connus et ne s'en portent pas plus mal)  bien vite engloutis dans la durée du temps de l'histoire, emportés par les nécessités quotidenne de la vie : Il faut se nourrir, élever ses enfants, tenter de négocier son parcours sur terre de manière pas trop douloureuse.....

- Une note optimiste enfin, mais non angélique : il faut bien reconnaître à cet orgasme collectif là - le mouvement hippie, comme mai 68 et les autres "révolutions"  des classes moyennes  dans des pays à institutions démocratiques solidement installées - Je ne parle pas de celles initiées par les "masses" décrites par Hannah Arendt,  qui ont porté les deux grands totalitarismes du vingtième siècle au pouvoir - qu'il ne s'est pas terminé, comme d'autres,  dans l'horreur, comme dans des pays où les "grands soirs fraternels" ont eu des conséquences....pas vraiment ......subliminales... : URSS, Chine, Cambodge, Corée du Nord, Iran où les moudjahiddines du peuple et autres jeunes gens généreux. qui voulaient simpllement et d'abord en terminer avec la dictature du Shah en soutenant, dans un premier temps croyaient-ils, le mouvement radical qui semblait le plus capable d'atteindre leur objectif prioritaire......  en ont pris pour un sacré bail... surtout les femmes..........

 

par jcfvc publié dans : cinéma
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Lundi 20 août 2007

Ah oui, j'oubliais.... Avant les vacances, j'avais lu ."Pays perdu", de Pierre Jourde, vous savez, le bouquin sur un village du Puy de Dôme, qui avait provoqué l'ire des habitants s'étant reconnus dans les portraits féroces de villageois alcoolisés sculptés par l'auteur à coup de serpe vitriolée et ayant attaqué l'écrivain et sa famille alors qu'il venait passer des vacances dans le village, dans sa maison familiale.

Ce fait divers consternant avait d'ailleurs fait l'objet de commentaires dans la presse nationale et locale lors du procès des agresseurs au tribunal d'Aurillac

Le livre est vraiment très bien écrit. Il est vrai que l'écrivain ne ménage pas ses modèles, ne voyant chez les êtres qu'il évoque, que les mutilations causées par les outils de travail, la boisson, les animaux. Mais en même temps, comment ne pas voir, au-delà de ces portraits cruels de personnages dévastés par la vie, l'humanité, certes frêle et chancelante, qui émane de ces portraits. J'y vois pour ma part sourdre, au coeur même de l'écriture impitoyable, une profonde empathie envers ce pays (le plateau du Cezalier),  abandonné en marge de l'autoroute pas si lointaine, envers les gens qui persistent à vivre et à exister aux marges d'un monde en pleine mutation.

Il est curieux que ce livre rejoigne, dans ses thèmes et son écriture, sa vision d'un monde rural en train de disparaître (ayant déjà largement disparu dans les trente glorieuses), les trois autres écrivains du centre de la France, dont j'avais déjà parlé dans un précédent article mis en ligne sur ce blog (Millet, Michon et Bergougnoux).

Cela me parait confirmer qu'une littérature puisant son inspiration dans le terroir du massif central (ou d'autres terroirs d'ailleurs) - qui n'est pas "régionaliste" et qui est bien plus intéressante que celle de l'école dite "de Brive" - est possible, existe bel et bien.

Tant mieux si de nouveaux Giono peuvent renouveler le genre et sortir un peu la littérature française de l'ornière introspective parisienne dans laquelle elle a parfois tendance à s'enliser.

La France existe aussi au-delà du périphérique, et la littérature doit en rendre compte,  à sa manière.

PS Pierre Jourde a également commis un violent pamphlet contre le monde littéraire parisien, qui selon lui, autour du grand gourou Sollers et de la rédactrice en chef du Monde des livres, encense des auteurs qu'il juge médiocres. Il déplore le manque de polémiques dans le monde littéraire, le "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Parmi les "scribouilleurs" éreintés dans cet ouvrage : Sollers, Begbeider, Angot, etc..... >Il dit aussi du mal de Houellebecq, mais lui reconnait un certain talent. Même chose pour Catherine Millet. Suite à ce brulôt ("la littérature sans estomac") Jourde a d'ailleurs dû comparaître devant la justice pour diffamation à l'égard de la rédactrice du monde des livres (Josiane Savignon).

Ci-joint un lien vers une page web consacrée à la littérature sans estomac :

http://artslivres.com/ShowArticle.php?Id=1061

Un autre lien vers une page où Pierre Jourde répond à ses détracteurs concernant la littérature sans estomac : http://echo.levillage.org/356/6772.cbb

Notons cependant qu'il ne fait pas que critiquer. Il dit également du bien de certains écrivains, dont certains m'étaient  inconnus : Valère Novarina (une de ses pièces fut jouée à Avignon cette année, une autre à la comédie française), Eric Chevillard, Jean-Pierre Richard, .Echenoz,  Pierre Michon (celui-là j'en ai déjà parlé sur ce blog), Claude Louis-Combet, Richard Millet (celui-là aussi j'en ai parlé), Marc Petit, Georges-Olivier Châteauraynaud."

Décidément , Pierre Jourde ne se fait pas que des amis. Cela a tendance à me le rendre plutôt sympathique. Mais au-delà du fait divers, il faut lire pays perdu, pôur l'écriture et si l'on est sensible à une littérature à la quête de l'universel dans un certain terroir, même si le trait est outré : Ci-joint un lien vers un extrait du livre, pour vous rendre compte :

 http://perso.orange.fr/calounet/extraits/paysperdu_jourde.htm

 

par jcfvc publié dans : Livres
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Dimanche 19 août 2007

Mes lectures de vacances

Etant affligé d'une hernie et ne pouvant marcher, j'ai eu largement le temps de m'adonner à l'un de mes vices cet été, et voilà le fruit des réflexions :

Amsterdam : Un roman anglais (lu en vo) de Ian Mac Ewan, un écrivain britannique déjà reconnu outre Manche. Ce livre a obtenu le Booker prize, le goncourt pour la littérature de langue anglaise

Deux hommes, deux amis de longue date, l'un journaliste, l'autre compositeur se brouillent lorsque le journaliste, devenu rédacteur en chef, veut révéler un secret à scandale concernant la vie privée d'un de ses ennemis politiques, conservateur ripoux en passe de devenir premier ministre. Son ami musicien, bien que partageant des sympathies de gauche conseille à son ami, au nom du respect de la vie privée, et des valeurs démocratiques qu'ils partagent, de ne pas révéler  le scandale, fût-ce pour éviter au pays la vague de réformes de droite qui sont à attendre si ce politicien venait à prendre le pouvoir. Le patron de presse a des motifs moins nobles pour vouloir sâlir la réputation du ministre. Il compte ainsi asseoir sa position de rédacteur en chef (qui n'est pas totalement acquise) en boostant les ventes du journal.

Son ami musicien, de son côté, doit terminer une symphonie de commande sur laquelle il compte pour devenir une sorte de compositeur officiel du régime. Il est le témoin d'une agression lors d'une de ses promenades dans la région des lacs, mais n'intervient pas, de crainte que l'inspiration survenue lors de sa promenade ne soit perturbée en venant au secours de la victime.

Le journaliste échouera dans sa tentative de déstabilisation du futur premier ministre et le musicien sera dénoncé à la police par son ami voulant se venger du manque de soutien du compositeur pendant les épreuves qu'il a dû traverser lorsque lla stratégie qu'il avait imaginée se retourne contre lui.

Les deux hommes se réconcilieront finalement après que leurs objectifs respectifs aient échoués.

A travers la destinée de ces deux hommes, Mac Ewan dresse un tableau très pessimiste de la vie culturelle et politique du Royaume uni. Il connaît très bien la musique, posséde une grande culture et , tout en  analysant avec une extrême précision les problèmes auxquels est confronté le musicien en train de composer sa symphonie, il nous convie à une réflexion sur l'acte créatif en général, les choix que tout artiste doit faire pour concilier cohérence globale de l'oeuvre et détours narratifs ou détails accessoires .

A lire si vous voulez faire la connaissance d'un écrivain britannique contemporain important.

De lui, j'avais lu précédemment "The cement garden", récit d'enfants dont la mère meurt et qui décident de l'enterrer dans leur jardin sans révéler son décès aux voisins et aux proches. Livre dérangeant, très différent d'Amsterdam, mais dans lequel on trouvait déjà l'écriture brillante et très particulière de Mc Ewan, dont je ne puis dire si elle est rendue avec brio par la traduction, ayant lu ce livre en VO.

"J'ai épousé un communiste", de Philip Roth. L'auteur, également et entre autres, de "la tache humaine", roman adapté à l'écran il y a deux ans, avec Anthony Hopkins dans le rôle du héros principal :

Histoire d'un communiste américain, racontée par son frère - ancien professeur charismatique -  au narrateur, qui grâce à ce prof, s'éveilla à la littérature, à la réflexion, et devint l'ami de ce marxiste atypique, autodidacte, peu cultivé, devenu célèbre en travaillant à la radio, ayant épousé une actrice célèbre et mené une vie peu en rapport avec ses convictions politiques, ayant finalement été brisé par sa relation avec sa femme, qui le dénoncera aux autorités pendant la période du Mac Arthysme.

Ce livre est le portrait féroce de l'Amérique, des années 20 au début de l'après-guerre. Il dénonce tout à la fois la cruauté du système capitaliste sauvage des années trente,  la dictature de la culture de masse américaine des années 50, et  la dictature du prolétariat telle qu'elle triompha en URSS et que voulaient linstaurer les communistes américains ultra sectaires et minoritaires de l'époque, sans tenir compte du pays réel, de l'évolution des pays dans lesquels sévissait le "rêve" communiste et du monde tel qu'il était en train de se transformer.

Philip Roth est un écrivain de gauche qui garde son esprit critique. Il se méfie surtout de la force généralisatrice de l'utopie et de l'idéologie, à laquelle il oppose l'énergie "particularisante" de l'art et de la littérature, qui est le meilleur antidote contre la bête immonde totalitaire, de quelque bord qu'elle surgisse.

Là encore, je ne puis dire si la traduction rend justice au style, ayant lu ce roman, comme tous les ouvrages d'auteurs anglo saxons, en VO.

White teeth (Sourires de loup en Français), publié en livre de poche Folio) Auteur : Zadie Smith

Cette jeune auteure d'origine jamaicaine et anglaise obtint un succès immédiat pour ce premier roman, écrit à 25 ans seulement. Les droits du livres furent même achetés avant même qu'il soit terminé, à un éditeur ayant lu les cent premières pages seulement lors de la foire du livre à Francfort.t

C'est un roman foisonnant, à l'écriture baroque et flamboyante, s'inscrivant dans la tradition du grand roman anglais, de Fielding aux "Enfants de minuit" de Salman Rushdie, en passant par Dickens, rendant compte de la cociété anglaise en mutation, de ses crises, de la diversité des ses communautés et de son caraxtère multi-ethnique et multi culturel. Un livre cependant très profondément  "british" par son  humour décapant. et dévastateur, se moquant tout à la fois de la classe moyenne cultivée, des petits blancs racistes de la classe ouvrière, des "racailles" de banlieue totalement ignorantes de leur culture d'origine mais revendiquant cependant des racines qui leur sont totalement étrangères et inconnues.  La langue est celle de la rue, totalement baroque et flamboyante elle aussi, un anglais en pleine mutation, sabir de cockney de la classe ouvrière, d'anglais standard de la télé et de la pub et de "pidgin" post-moderne. (petit nègre des banlieues, des minorités jamaicaines et indo pakistanaises) Je serais d'ailleurs curieux de lire ce roman également dans la traduction française pour voir comment cette énergie linguistique, ce mélange des genres et de styles a été adapté par le traducteur.

Les héros en sont un cockney de base inculte et un indien originaire du Bengale, possédant un vernis de culture, attaché à ses racines, voulant pour ses deux fils une éducation de bons musulmans, qui ne pouvant payer deux billets d'avions, envoie, contre l'avis de sa femme, et de son entourage,  l'un de ses deux rejetons au Bengale afin de le protéger contre la corruption et les vices occidentaux,. Les deux compères ont fait la 2ème guerre mondiale ensemble, gonflent tout le monde et leur famille en particulier en rabâchant leurs souvenirs militaires pas très glorieux, et pour ce qui concerne le bengali, les exploits (très improbables et contestés) d'un ancêtre qui aurait le premier mené une rebellion contre l'envahisseur anglais. Il sont tous les deux épousé sur le tard des femmes beaucoup plus jeunes et leur ont fait des enfants qui sont à l'image des adolescents actuels issus des minorités : Le fils resté en angleterre du Pakistanais est un petit délinquant, leader charismatique d'une petite bande qui sera sensible aux fatwas prononcées par les barbus fondamentalistes de Bradford et ira brûler le livre d'un écrivain ayant "blasphémé" contre l'islam, et qui en profitera pour piller quelques magasins et agresser quelques passants "infidèles". Le frère de cette petite frappe néanmoins sympathique, celui qui fut exilé d'autorité par le père vers l'Inde, fait des études de droit. C'est l'intello, la fierté de son père, qui en fait ne sait pas très bien ce qu'il devient là-bas et dont on peut douter, eu égard à sa rationalité et à son désir de modernisation de la société indienne, qu'il devienne ce que son père a imaginé pour lui en l'exilant dans le sous-continent. Je ne puis vous dire ce qu'il devient, étant en train de teminer le bouquin et désireux de toutes façons de ne pas dévoiler la suite afin de vous donner l'envie de découvrir lle destin des personnages par vous-mêmes. Autres personnages savoureux de cette fable sociale, inscrite totalement dans l'histoire et la société actuelle du Royaume Uni, contrairement à une certaine littérature française trop souvent déconnectée du réel, digne du Tom Jones de Fielding ou de Dickens :

- La mère des deux enfants de l'Indien, mariée à cet homme plus vieux qu'elle et ramenée par lui en angleterre, est tout à fait intégrée, apprécie la modernité et le confort de l'occident, est hostile aux véléités fondamentalistes de son époux et cependant attachée à ce que ses enfants ne perdent pas leurs racines.

- Sa nièce, lesbienne totalement impie, menant une vie "honteuse" pour sa tante, qui  ne l'excommunie toutefois pas et lui demande souvent son avis pour l'éducation de ses propres enfants et dans la façon de gérer son couple.

- La fille du cokney, de mère jamaicaine, amoureuse du fils délinquant du Bengali et désireuse de s'intégrer, fréquentant assidument la maison d'un couple d'intellectuels d'origine juive mais identifiés comme étant anglais pur sang

Les deux géniteurs de cette descendance bigarrée sont les meilleurs amis du monde, fréquentent le même pub tenu par un pakistanais à l'idéologie plus british-de-base-que-lui-tu-meurs, se bourrent la gueule régulièrement dans ce boui boui en ressassant leurs souvenirs de guerre et en débitant des brèves de comptoir savoureuses avec les autres clients, le pakistanais, faisant rigoler tout le monde avec son ancètre soi-disant anticolonialiste et sa prétension à se purifier et à se comporter dans un avenir incertain comme un bon musulman.

J'en suis à peu près là dans ma lecture et j'ai hâte de découvrir la fin de cette histoire, tant ce roman est passionant. Je pense en avoir suffisamment dit pour vous donner envie de le lire.

Bonne chance et n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires si vous vous embarquez dans ce pavé qui se lit très bien....

Un lien vers une page sur le livre => http://www.sitartmag.com/zadiesmith.htm

D'autes lectures d'été (en Français):

- "Provence" de Giono, un recueil de textes écrit par l'écrivain et nous livrant une provence profonde, loins des guides touristiques et des pagnoleries folkoriques.

Les paysages parcourus sont décrits avec la force lyrique de Giono. Si on aime l'auteur, on aimera ces itinéraires parcourus avec lenteur et empathie.

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- "Ma provence d'heureuse rencontre" de Pierre Magnan,

Un écrivain provençal, disciple et ami de Giono, qui écrit des polars se déroulant dans la région de Forcalquier. Le livre que j'ai lu est lui aussi un recueil de textes sur la Provence, célèbrant une provence inconnue et selon l'auteur "authentique". Belles pages, très bien écrites, donnant envie de lire l'un de ses polars.

 

 

 

- L'enfant et la rivière, de Jean Bosco :

Un conte provençal. Un enfant attiré par la rivière qui longe la propriété de ses parents y fait la rencontre d'un autre enfant, un orphelin poursuivi par des gens du voyage. Ils dérivent le long du courant pendant plusieurs jours, font des rencontres mystérieuses, sont retrouvés, se lient d'amitié. Bosco connait bien le le milieu aquatique qu'il décrit, la faune et la flore d'une rivière de Provence/ Une sorte de Tom Sawyer à la française au message moins universel cependant que le roman américain. Un joli livre, plutôt à claser dans un rayon de bibliothèque consacfré à la littérature de jeunesse mais pouvant être dégusté avec plaisir par des adultes, s'ils aiment la Provence. Il n'y a quand même pas le souffle épique que l'on trouve chez Giono..... 

 

- "Zones" de Jean Rollin, journaliste et écrivain : Recueils de textes sur des lieux parcourus par le narrateur (l'auteur ?) dans un Paris et une banlieue découverts lors d'une errance au hasard des lignes de métro choisies de manière aléatoire et des nuits passées volontairement dans des hôtels bon marché et de bars de la périphérie parisienne. Le narrateur s'intéresse surtout aux quartiers en mutation, terrains vagues, cités en cours de démolition, vie et êtres à la dérive rencontrés autour de et sous les échangeurs autoroutiers et des noman's land.peuplés d'un quart-monde abandonn" par la modernité aux franges de la capitale

Le narrateur s'installe à des comptoirs de troquets lugubres, des bars PMU, des buffets de gare, écoute les conversations, commente les échanges surpris entre clients interlopes ou employés plus cravatés mais cependant avinés. Le plus souvent, ce sont les lieux communs concernant la politique, les célébrités, le sport, les "faits de société" tout ce que l'on entend dans la rue, dans les média, dans les spots publiciaitres, sans y prêtrer attention tant ils polluent idéologiquement de manière insidieuse notre façon de penser et d'être présent au monde, sans que en ayons toujours conscience.

Un anti -guide touristique de l'Ile de France, dérangeant, donnant cependant l'envie d'errer soi-même à la dérive dans ces "zones" et de prêter attention à la "poésie" sisnistre de ce monde à la fois proche et lointain, exotique, même pour les petits bourgeois issus de couches populairesque nous sommes devenus.

Sorte de documentaire écrit, avec une voix off décalée par rapport à ce qui est donné à voir, miroir insolite de l'urbanité blafarde de nos cités, de la dérive sociétale contemporaine. Une chronique désespérée et désespérante de l'absurdité au quotidien, de la solitude des êtres dans les grandes mégalopoles modernes.

A ne surtout pas lire si vous souffrez d'une dépression !!!!!!!

Mais intéressant quand même, tant pour l'écriture que pour le projet littéraire.

par jcfvc publié dans : Livres
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Dimanche 18 février 2007
La vie des autres est avant tout un  film  sur le totalitarisme, plus particulièrement sur la forme de totalitarisme post stalinien qui a continué à fonctionner en allemagne de l'Est jusqu'à  la chute du mur, alors même que le "grand pays frère", l'URSS, était passé à la prestroïka et à la glasnost, et que l'on ne persécutait et surveillait plus vraiment les opposants à Moscou.
Pour bien comprendre le système qui est décrit admirablement dans le film, il est nécessaire de rappeler quelques thèses et concepts crées et soutenus par Hannah Arendt, une philosphe juive allemande exilée aux USA, dans sont ouvrage, "Le système totalitaire".
Le réalisateur du film, qui est allemand, ne peut pas méconnaître l'ouvrage de Arendt et sans en être absoument sûr, je suis prêt  faire le pari qu'il n'a pas pu ne pas penser à l'ouvrage de Hannah Arendt et notamment au concept de "désolation" qu'elle présente comme une expérience humaine fondamentale, constitutive du totalitarisme, et qui trouve là une illustration particulièrement brillante dans la fiction telle qu'elle est filmée.

Dans son ouvrage, Arendt avance une thèse originale, réfutée bien sûr par le camp communiste , mais également par les démocraties, selon laquelle le totalitarisme constitue une rupture radicale avec tous les régimes possibles ou ayant existé, et en particulier ceux qui peuvent en être rapprochés, qu’ils soient despotiques, tyranniques ou dictatoriaux.
Elle trace un parallèle entre le nazisme et le communisme, faisant de ces deux régimes des systèmes étrangement semblables au-delà de leurs différences, dépassant qualitativement dans l'horreur les tyrannies, despotismes et dictatures du passé.
Pour elle le fascisme italien, par exemple, le régime chinois (mais elle n'avait pas connu encore  la révolution culturelle) n'étaient pas de nature totalitaire au sens où elle l'entendait...
Même le régime stalinien, pendant la guerre, aurait cessé provisoirement d'être "totalitaire" au sens arendtien, pour reprendre de plus belle une fois le danger extérieur éliminé.
D'ailleurs, pour elle, contrairement à toutes les thèses néo-staliniennes selon lesquelles ces régimes (la révolution française y compris, voir l'historien Soboul) se durcissent pour des raisons exogènes, sous la pression du danger d'invasion du territoire national, la terreur absolue et les massacres de masse, caractéristiques des deux totalitarismes, ne peut se déployer pleinement que lorsque toute opposition intérieure et tout danger extérieur sont éliminés....

Selon elle, sur le plan psychologique et personnel, l'essence du totalitarisme se caractérise par un certain type d'expérience humaine fondamentale, qui lui est constitutive,  la désolation.
La désolation est bien plus que l'isolement, le repli sur la vie privée consécutif à la destruction de la sphère publique, dû à l'interdiction des syndicats, des partis politiques et lieux de débats démocratiques dans un régime dictatorial "simple".
Elle est la privation de  l’expérience du moi lui-même dès lors que la vie privée également se trouve détruite.
Ce sentiment d'aliénation absolue dès lors que l'on peut craindre une dénonciation par ses amis, collègues et être chers, ce sentiment d'être seul au monde, abandonné,  tel que certains individus seulement  peuvent l'éprouver, dans la disparition soudaine de toute leur  famille et de leurs proches, ou sous l'effet d'une extrême hostilité de la société envers soi, qui n'est vécu habituellement que par une minorité d'êtres , devient l'expérience fondamentale de tous sous le totalitarisme.
Dans la RDA, il n'y a plus d'extermination de masse des opposants, de camps de la mort, de déportation massive comme sous Staline ou Hitler.
La terreur absolue du Stalisnisme et du nazisme a disparu, mais demeure cette expérience ultime de désolation, qui nous autorise à dire que le régime reste fondamentalement totalitaire au sens aredntien du terme, ceci malgré une certaine "normalisation".  Les héros vivent au plus profond ce sentiment d'être abandonné par tous, de ne plus pouvoir tisser aucune solidarité, même au sein des couples. Chacun sait trop bien qu'il peut être un jour amené à collaborer, à devenir un "informateur" de la police secrète.
Curieusement, dans le film, c'est l'agent diabolique de la stasi, chargé de surveiller un dramaturge pourtant bien "dans la ligne" et sa maîtresse, une actrice elle aussi très othodoxe politiquement, qui ressent le plus ce sentiment de "désolation" dont je parle plus haut. 
On le perçoit très bien lorsque, rentrant seul dans son immeuble pour la nomenklatura privilégiée, il fait venir une prostituée spécialisée dans les rendez-vous avec les cadres. Cette dernière, ayant accompli le minimum syndical refuse de lui accorder quelques secondes de tendresse et s'en va rejoindre ses autres clients.
Pendant les jours qui précèdent et ceux qui suivent cet incident déclencheur; le tournant du film en fait, les deux amants sous écoute montrent à celui qui les surveille et tient leur destinée entre ses mains, qu'ils sont mieux lotis que lui, moins aliénés, par le sentiment qui les lie.
En effet, bien que l'actrice soit obligée de devenir la maîtresse d'un ministre et lui promette de dénoncer son amant  pour éviter de perdre son statut d'actrice officielle de l'état, bien que son amant sache qu'il est trompé t se méfie de sa partenaire, les deux suspects éprouvent l'un pour l'autre un réelle sentiment de tendresse que leur bourreau est bien obligé de constater. se met à les envier, lui qui ne vivra sans doute jamais une telle relation, qui lui permettrait d'échapper, fût-ce de manière très fugitive à l'étau d'airain du régime.
C'est alors que vaincu par la grâce de cette relation échappant à l'étreinte totalitaire, il décide de falsifier ses rapports, de taire les sympahties que les deux suspects partagent avec des opposants inquiétés, et qu'il décide de les protéger en mentant à ses supérieurs à leur sujet.
Je n'en dis pas plus car je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir vous-même le dénouement de cette intrigue très bien ficelée.

La machine infernale se grippe donc, se détraque de l'intérieur, elle est  terrassée par sa propre inhumanité et son incapacité à apporter aux citoyens, même à ceux qu'elle privilégie, aussi bien les biens matériels auxquels ils aspirent que ce besoin fondamental de solidarité et d'échanges authentiques dans une cité composées de citoyens libres et égaux, ce qui est le fondement de la condition humaine selon Arendt.

Après le très beau "Good bye Lenine, qui n'était pas dépourvu d'une certaine nostalgie pour la
RDA, un deuxième réalisateur allemand signe là son premier long métrage, qui nous peint une allemagne de l'est beaucoup plus noire et féroce..

Si vous voulez en savoir plus sur les écrits de Arendt sur le totalitarisme, consultez le lien suivant, qui vous conduira vers un article succinct mais très bien fait.

=> http://www.inrp.fr/archives/mem_hist/lecture/arendt.pdf

Une critique du film sur Le Monde => http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-861418,0.html
par jcfvc publié dans : cinéma
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Mercredi 17 janvier 2007
Si l'on veut comprendre le nouveau film de Inarritu, Babel, il faut se poser d'abord la question du pourquoi du titre. Et si l'on se pose  cette question, on comprend l'essentiel du message, qui est celui de l'impossibilité des peuples et même des individus, à l'intérieur de chaque pays, de chaque famille, à communiquer, ceci malgré un monde censé être globalisé donc connecté, ou plutôt à cause de la globalisation.
On comprend notamment pourquoi la partie japonaise du film, bien qu'elle soit reliée narrativement de manière très  indirecte aux événements marocains, mexicains et américains, est essentielle au propos du réalisateur et à la compréhension de l'oeuvre.
La tour de Babel est en effet le signe de la folie des hommes, qui ont voulu toucher le ciel en érigeant ce monument aux dimensions démesurées, provocatrices pour le créateur, qui se venge en décrétant que désormais les hommes parleront des langues diférentes et ne pourront plus se comprendre entre eux...
On comprend dès lors pourquoi, dans l'une des babylones surdéveloppées du globe, le Japon,  il y a tant de vues aériennes d'une ville totalement inhumaine dans son hyper modernité, tant de plans sur ses tours de verre, de métal et de néon (même pas minérales, la pierre serait encore un témoignage d'un passé). La caméra s'attarde sur des vues globales d'une ville coupée de ses racines, où l'on ne voit pas un arbre, pas une trace de bâtiment en bois ou en brique qui situerait la ville dans une continuité historique, où les appartements mêmes sont totalement "design" et glacés, où les rues elles-mêmes semblent n'être plus à ciel ouvert, sont devenues des "shopping centers" tentaculaires.

Même l'Amérique qui est la pointe avancée de la globalisation et de la folie humaine, en tout cas la Californie où se situe la partie américaine, ne pourrait traduire ce malaise que l'on ressent devant ce paysage hypermoderne, virtuel et glacé, déshumanisé, si la caméra la survolait comme elle le fait longuement pour la cité nippone.
On y verrait, au delà des centres villes, des cités pavillonnaires, des piscines comme dans la maison du couple américain, de la végétation, où l'humain, malgré tout, est inscrit dans le paysage.
C'est sans doute la raison pour laquelle, on ne voit guère de plans d'ensemble du sud californien. Le cliché habituel aurait montré une vue aérienne des autoroutes urbaines à une vingtaine de voies de Los Angeles, la nouvelle babylone. Rien de tout cela ici. La voiture emmenant la bonne chicano et les enfants de ses patrons gringos vers la frontière mexicaine est certes filmée de haut, mais sans plans d'ensemble.
Le Japon, dans le film, est donc bien la pointe avancée de l'hyperréalité virtuelle créée par le super empire américain.
Les USA dominent et régissent le monde, mais le Japon et d'autres satellites de l'Empire (que l'on pense également aux villes chinoises, à Pekin détruisant le peu qui reste de ses quartiers historiques pour les jeux olympiques)  actualisent bien plus encore que ne le fait l'Amérique, les ordres donnés par le centre de l'empire,  la fuite en avant vers un monde hyper technologisé dans lequel les êtres humains ne peuvent plus communiquer que par des gadgets ou en ayant recours à des pulsions sexuelles primitives, comme l'ado japonaise, isolée symboliquement de ses pairs (et de son père!) par sa surdité et veut se donner à tous les hommes qui se présentent de manière provocatrice et malsaine...
Au deux extrémités de l'empire bipolaire décrit par le réalisateur, il y a donc le Japon et le Maroc, deux mondes si différents que l'on du mal à imaginer, au début, en quoi  l'épisode marocain peut avoir un quelconque rapport avec l'errance de la jeune nippone dans les boites branchées de Tokyo.
Et pourtant...... dans ce monde hyper globalisé, même un cadeau offert par un riche asiatique à son guide, un montagnard de l'atlas, à l'issue d'une partie de chasse au mouflon, s'avère avoir des conséquences désastreuses sur le destin de ce montagnard et celui d'autres paysans d'un village proche.
Même des gestes généreux de gens des pays développés envers les pauvres du tiers monde peuvent produire des effets inverses à ceux recherchés. Que l'on songe par exemple aux pourboires donnés par des européens lors de trekking au Nepal, qui détruisent l'économie de vallées entirèes en conduisant les habitants  à abandonner la culture du riz et des aliments de base qui les rend autonomes alimentairement, pour se consacrer à des activités liées au tourisme, plus lucratives, mais  qui à terme les rendront plus pauvres encore, plus dépendants des échanges globaux pour leur survie.
Les deux autres pôles, moins éloignés cependant que le Japon et le Maroc, de ce monde bipolaire, sont les USA et le Mexique.
Deux mondes communiquant chaque jour par la frontière, où des millions de voitures passent d'un pays à l'autre mais aussi , où des milliers de clandestins tentent de rejoindre par le désert l'eldorado US.
Deux univers à la fois proches géographiquement, mais totalement étrangers culturellement.
Dès que les enfants montent dans la voiture du cousin de leur nourrice américaine, qui les conduit sans en avertir les parents au mariage de son fils, faute d'avoir pu les faire garder en amérique  par quelqu'un d'autre, avant même d'avoir franchi la frontière, c'est dans un monde totalement étranger, exotique, violent et dangereux que pénètrent  ces jeunes américains surprotégés : La musique latino est très forte, agressive à dessein. Au mariage, les deux petits gringos, qui ont l'air cependant de goûter l'aventure dans un premier temps, assistent ébahis au sacrifice d'un poulet étranglé et  auquel ont coupe le cou de manière presque sacrificielle (on ne peut s'empêcher de penser à la civilization aztèque, par ailleurs brillante, mais dont la violence a servi de prétexte aux européens pour les considérer comme des barbares et les asservir.
Dans notre univers mondialisé où toute action isolée et anodine peut produire des effets inattendus sur tous les points du globe, et déboucher comme c'est le cas ici, sur une crise internationale , les américains voulant croire absolument à un attentat liée à l'intégrisme musulman alors qu'il ne s'agit que d'un jeu stupide d'enfants ayant blessé la touriste américaine sans le vouloir, c'est à une analyse "systémique' que nous convie le réalisateur en nous faisant découvrir, par un montage très subtil, que le fusil offert par le riche japonais au guide marocain aura non seulement  des conséquences tragiques sur la destinée de bergers maghrébins, mais également sur celle de deux touristes américains de passage dans l'Atlas, sur leurs enfants et surtout sur la vie de la nourrice mexicaine, à laquelle le patron américain ne laisse pas d'autre solution, en son absence, que de louper le mariage de son fils pour garder les enfants du couple gringo ou prendre des risques inconsidérés pour concilier les deux impératifs ..et garder son travail, elle qui est clandestine et n'a que peu de droits face à son employeur...
Remarquons également que le cadeau empoisonné du japonais aura des conséquences dramatiques mais provisoires  sur la vie des américains et de leurs enfants, alors que le destin des pauvres sera scellé de manière définitive et irreversible.
Car effectivement ce sont les damnés de la terre qui trinquent et paient surtout les pots cassés de ce monde bipolaire et inégal. On vient chercher la touriste américaine blessée en hélicoptère dans un village presque totalement isolé du monde où les malades, comme l'enfant du berger blessé par la police, s'il n'est déjà mort, ne seront probablement jamais évacués, même par une ambulance qui semble ne jamais venir dans ces villages reculés.
De la même manière, l'employeur américain de la nourrice..... clandestine ne sera pas inquiété, mais, elle, sera  expulsée définitivement alors qu'elle a fait sa vie au USA depuis 16 ans, qu'elle y loue une maison...
Ajoutons que c'est surtout l'attitude agressive des douaniers, des chicanos qui ne parlent plus espagnol et appliquent à la lettre une procédure d'interpellation de clandestins suspects interdisant toute possibilité de communication et d'explication entre gens de même origine pourtant, qui conduit le cousin  emméché à franchir de force la frontière et à l'arrestation de la nourrice.
Dans le désert, on assiste à une autre scène  surréaliste, où l'impossibilité de communiquer est totale et absurde, où le douanier chicano, arrêtant la nourrice, ne s'intéresse même pas au sort des enfants, ne veut pas entendre, obnubilé qu'il est par la procédure d'arrestation à respecter (ou ne comprenant pas quand elle lui parle , pour l'amadouer, en espagnol - pourtant sa langue d'origine ), les supplications qu'elle lui adresse d'aller retrouver les enfants qu'elle a laissés derrière elle sans eau, avant qu'il ne soit trop tard,.....
Les scènes exprimant l'immense dificulté à communiquer, entre étrangers, concitoyens ou personnes de la même famille, sont nombreuses dans ce film.  le plus souvent les personnages n'y parviendront, laborieusement, que par des moyens archaîques :
- Père et fille japonais, qui s'embrassent à la fin du film sur le balcon après sa tentative de séduction du policier, la camera s'éloignant des deux personnages pour montrer leur isolement et leur humanité tragique avec la babylone de lumière et de verre en toile de fond.
- ado japonaise avec les gens de sa génération, les garçons surtout, en raison de sa surdité, mais aussi et surtout à cause du suicide de sa mère, qui s'est peut-être tuée par la faute du père. La jeune fille, on l'a déjà dit, ne communique qu'en montrant son sexe à des teenagers dans un bar, ou en se jetant sur le dentiste ou le policier qu'elle attire chez elle sous un prétexte fallacieux.
- Couple américain, dont le fils est disparu de la mort du nourrison, mort dont le père rend la mère responsable. Un homme et une femme qui viennent au Maroc pour se réconcilier et qui ne le feront que dans une adversité extrême, lorsque le mari aidera sa femme à uriner dans une bassine, alors qu'elle ne peut se retenir et a déjà souillé ses vêtements.
- Femme américaine avec une vieille paysanne qui lui allume une pipe de Kif marocain pour apaiser sa douleur, qui, pôur la soigner, lui trace des motifs au henné sur la peau en lui récitant des formules sans doute traditionnelles et magiques...
- Le frère et la soeur dans le village marocain, qui ne peuvent communiquer, dans cette société où les hommes et les femmes ne se rencontrent presque jamais, et ne le font qu'en enfreignant un tabou majeur, la soeur laissant le frère la mâter  pendant son bain, ce dernier se masturbant ensuite en pensant à elle...
- Incompréhension presque  totale entre l'américain et les marocains auxquels il a affaire, mais également égoisme des occidentaux entre eux (français y compris !), le reste du groupe abandonnant le héro et sa femme dans un village où ils pensent que le danger d'être assassinés par des fondamentalistes est réel.
- Arrogance du mari de la femme blessée envers la police et les autorités marocaines, qu'il semble considérer comme des serviteurs au service exclusif de riches américains auxquels tout est dû
- Maladresse  de l'américain envers le guide marocain qui lui sauve la mise en l'hébergeant chez lui et en se démenant pour lui permettre de téléphoner à son ambassade. Le héro demande au guide, qui n'est pas un paysan arriéré puisqu'il parle anglais, s'il a plusieurs femmes. Il lui propose de l'argent avant de s'envoler en hélicoptère avec sa femme blessée, ce que le guide refuse.
- Les enfants américains, en franchissant la frontière, disent à leur nourrice que leurs parents considèrent ce pays comme très dangereux.

Pour terminer sur une note optimiste, qui n'est peut-être pas présente dans les intentions du réalisateur, mais que j'ai cru percecevoir en filigrane, au détour de certains plans, je dirais qu'une possibilité de se rencontrer existe, par delà les barrières cuturelles ou psychologiques engendrées par le monde absurde dans lequel nous vivons  :
- On l'a vu, le père japonais et sa fille se retrouvent à la fin.
-  La touriste blessée semble apaisée par la drogue qui lui est adminsitré, et par les paroles incompréhensibles que prononce la vieille marocaine.
- L'enfant marocain se rachète en fracassant sur un rocher  le fusil qui est la cause de tout ce drame, en se livrant à la police pour que son frère soit sauvé.
- Le héro américain et le guide parviennent malgré tout à se respecter, en échangeant infos et photos sur leurs familles respectives. Le geste, même maladroit de Brad Pitt proposant des billets pour  services rendus, est malgré tout une manière pour lui de reconnaître l'humanité de cet étranger, qui s'avère ne pas être un terroriste dont il convient avant tout de se méfier.
- La nourrice mexicaine adore les enfants dont elle a la charge, pense avant tout à leur salut lors de son arrestation et ces derniers, avant les dramatiques événements qui conduiront le petit garçon à lui demander si elle n'est pas méchante, trouvent en sa compagnie, une tendresse que les parents ne sont pas capables de leur témoigner après le drame qu'ils ont vécu.
- Les enfants semblent s'amuser comme des fous pendant le mariage au Mexique, ceci malgré la violence latente que l'on peut percevoir dans le sacrifice du poulet et le fait que le cousin danse en exhibant un revolver glissé dans sa ceinture. Ils s'amusent en fait comme il ne l'ont jamais fait dans leur banlieue aseptisée.

Cette communion entre étrangers ou proches est de courte durée, toujours fragile, mais elle est bien réelle et laisse entrevoir un monde où les êtres humains peuvent malgré tout exprimer leur empathie à l'égard d'autres hommes.

Voilà, il me reste à vous conseiller d'aller voir ce film splendide

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par jcfvc publié dans : cinéma
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