J'ai revu Woodstock hier soir à la télé, sur Arte, ou plutôt j'ai zappé assez régulièrement sur le film à des
moments où, connaissant bien le film pour l'avoir vu de nombreuses fois, je savais que je risquais d'entendre, au moment où je "rezappais "sur Arte, une chanson ou un groupe que j'avais appréciés et que j'aime encore entendre : Parmi ces tubes, j'ai eu grand plaisir à réentendre les prestations de Santana, de Jimmy Hendrix dans son "star & spangled banner" (hymne national US) imitant les bombardements sur le Vietnam, Richie Havens et sa guitare sèche dans le formidable "Freedom", Country Joe Mac Donald et son hymne anti guerre : "Give me an f, give me a u, give me a c, give me a K => Fuck, et d'entonner : And it's one two three, what are we fighting for, don't ask me I don't give a damm, next stop is Vietnam, and it's five six seven, open up the pearly gates, well ain't no time to wonder why, we're all gonna die (Pour les non anglicistes : Et 1,2,3 pourquoi est-ce qu'on s'bat ? Me d'mande pas, j'en ai rien à fout', tout l'monde descend au prochain arrêt : Vietnam.. Et c'est 5,6,7 ouvrez lesportes du paradis, ouais, bon c'est pas l'moment de s'poser des questions, on va tous y passer...".
Le film est assez bien fait, pas manichéen ni dans un sens ni dans l'autre. Bien que visiblement empathique à l'égard de la foule et du mouvement, le micro est tendu à des fermiers du coin, qui vivent l'évènement comme un envahissement de hordes barbares, ayant saccagé leurs champs et ruiné la collecte de lait pour plusieurs semaines, bloqué routes, téléphone et communications par la route dans la zone qui a été déclarée sinistrée dans tout le district pour des raisons de sécurité et d'approvisonnement des participants, sans que ces humbles travailleurs de la terre dont se disent solidaires les jeunes présents au festival et qui seraient sans doute sincèrement désolés d'apprendre les effets pervers de leur rassemblement festif, puissent espérer être indemnisés par les organisateurs ou les autorités. D'autres membres de la communauté (y compris le chef de la police locale) communient de manière improbable dans un bel oeucuménisme oncle-samien avec ces "kids", qui selon eux se comportent bien, ne sont pas violents et sont de bons citoyens américains". De leurs côté, les "gamins" en question découvrent que les forces de l'ordre ne sont pas tous des SS comme on chantait ici dans les manifs, que le grand happening aurait pu se transformer en catastrophe sanitaire et humanitaire sans l'aide de la police. En même temps un montage efficace, nous prémunit contre une interprétation univoque et simpliste de la ronde des hélicoptères de l'armée siifflés par la foule qui les voit majoritairement comme des insectes bigbrothériens chargés de surveiller la révolution en marche. D'autres plans, et le commentaire, nous informent qu'ils sont surtout là pour évacuer malades et victimes des drogues frelâtés vendues par de "gentils" dealers pas si gentils que ça et pour transporter près de la scène les idoles des jeunes adulés par le public et venus distraire l'immense marée humaine ayant bloqué tous les accès routiers au site. Ce n'est pas un adulte responsable et cravaté qui le dit, c'est Arlo Guthrie (le chanteur), qui se prend pour bison fûté et l'annonce fièrement au micro : "New- York interstate thruway's closed man" (l'autoroute principale traversant l'état de New York est fermée..)
Certains participants sont d'ailleurs conscients que tout n'est pas aussi manichéen qu'il y parait, que la police et l'armée ont eu, en l'occurence, un rôle "globalement positif." comme dirait notre Georges Marchais national en parlant du bilan de l'URSS. Même Arlo Guthrie dont il vient dêtre question (le fils de Woodie, celui qui fut le chantre des chômeurs de la grande dépression des années trente). pourtant peu suspect de sympathie à l'égard de ceux que les jeunes appellent des "pigs", Arlo Guthrie donc, venu chanter son fameux "Comin' into Los Angeles, bringin' in a couple of keys, don't search my bag if you please, Mr custom man.." chanson dans laquelle il fait l'apologie de la défonce en avion et de l'introduction de drogue aux USA, visiblement complètement stone aussi ce jour là, avoue à la foule, avant sa prestation et de manière amusée, qu'il vient de pactiser avec les forces de répression ayant assuré sa sécurité : "Waoh man, I was just rappin' to the fuzz" (Putain mec, je viens de jacter avec les poulagas ...)
A plusieurs reprises d'ailleurs les dits poulagas se font applaudir lorsque les organisateurs chevelus et en principe anti-établissement viennent les remercier au micro de leur contribution. On est donc loin d'un combat du bien contre le mal et du radicalisme politique français de mai 68
Sur le plan technique, on peut regretter le tic un peu trop systématique consistant à multiplier les séquences où de doubles fenêtres ou multi fenêtres nous donnent à voir plusieurs vues à la fois.
Etant devenu un vieux con, je ne peux m'empêcher d'être énervé, a posteriori, par la complaisance dégoulinante du commentaire et des gens interrogés à l'égard de la droque (Sur les groupes et musiciens ayant participé, plus de la moitié sont morts d'overdoses. Ceux qui ne le sont pas s'en sont sortis après des années de galère...)
On peut aussi se gausser, et je n'ai pas manqué pas de le faire en revoyant ces images, de l'angélisme parfois benêt des commentaires, de l'idéologie optimiste des participants et de l'équipe de réalisation, et même de certains flics ou responsables locaux auxquels qui en remettent une tartine dans la grand messe et la guimauve consensuelles trahissant les limites politiques du film et du mouvement hippie en général. Les jeunes, ceux auxquels on tend le micro en tout cas, croient naïvement qu'ils sont en train de créer une société plus humaine et fraternelle en train d'émerger, où de gentils organsisateurs et vacanciers passeront leur temps dans des festivals rock, à prendre leur pied, à écouter de la musique en fumant des joints, en batifolant et copulant nus dans les près. Certains parents, convertis "compagnons de route" du flower power en marche vers un anenir radieux, font l'apologie de cette bellle jeunesse et de ces quelques jours où il n'y aurait eu, selon eux et le slogan répété jusqu'à satiété par la société du spectacle par la suite, que "de la joie et de la musique".
Tu parles... Certes le film, je l'ai dit, n'est pas tout a fait naïf et ne tombe pas dans le panneau de angélisme mediatique construit sur le tas par l'idéologie dominante, qui commençe sous nos yeux à rôder son futur discours pour récupérer l'évènement avant même qu'il soit terminé:
- On montre des hippies bien commerçants qui ne perdent pas le nord et en bons Américains, n'ont pas oublié en venant les fondamentaux de la société de consommation honnie, de l'économie de marché et les lois de l'offre et de la demande, et se font des couilles en or en vendant à des prix sans doute très intéresants pour leur porte-monaie des cartouches de cigarettes qu'ils ont eu la bonne idée d'emmener avec eux, (ceci sans doute pas dans un élan totalement altruiste et à la seule fin d'approvisionner les camarades hippies en manque de nicotine).
- On apprend qu'il y a eu quelques overdoses mortelles et des gens piétinés. Les organisateurs préviennent au micro qu'un acide dangereux circule, mais, en bon libertaires qu'ils sont, ne condamnent pas les dealers et bottent en touche en laissant aux intéressés leur "libre arbitre" de futur junkies.
- Le film se clôt par une vision d'apocalypse du terrain dévasté (peut-être le champ du fermier qui se plaignait des dégats causés sur son exploitaiton par cette marée humaine incontrôlée) et parsemé d'ordures que les gentils participants ont abandonnées. Un volontaire bien esseulé , visiblement pas un éboueur professionel, tente de déblayer maladroitement quelques couvertures et détritus, de crainte que ces images de décharge municipale ne soient utilisées pour dénigrer le mouvement. Une personne interrogée déclare, en guise d'excuse "Là où il y a des hommes, il y a des ordures". Les écologiqtes d'aujourd'hui apprécieront... Mais il est vrai que le mouvement vert n'existait pas encore...
Mais ce qui énerve le plus le vieux con aigri et incrédule, empêcheur-de-jouir-et-de-s'éclater-en-rond que je suis devenu, c'est la récupération du mouvement par la société du spectacle , qui quarante ans après et même sur Arte ayant diffusé le film dans le cadre d'une semaine thématique, ne retient principalement de cette période que les manifestations superficielles liées à la mode, à la musique, à la libération sexuelle... qui arrivées à Paris et adoptées par de jeunes post-yéyés, étaient vidées de leur message contestataire par la grande machine à broyer les utopies dans sa moulinette mediatico-publicitaire regurgitant tout cela en un discours soft et aseptisé, une bouillie consensuelle, compréhensible par tous et acceptable pour le plus grand nombre. Les paroles des chansons n'étaient de toutes façons pas comprises par la majorité de ceux qui, en France les fredonnaient. Elles devenaient rapidement de simples tubes de boites de nuit pour petits bourgeois branchés en rebellion contre leurs parents. Il n'est qu'à voir, par exemple, ce que les media ont retenu de certaines chanson d'un des Beatles, John Lennon, qui n'était pas à Woodstock, mais qui n'aurait pas détoné dans le contexte : On n'a retenu de "Imagine", qu'on appel à la paix et à l'amour, alors que ce "tube" planétaire invitait aussi, au-delà d'un idéalisme utopique à deux balles, à la contruction d'une société où la propriété privée, où les religions..... auraient disparu '"Imagine no possessions...ans no religion too". Que dire également de son "Working class hero", qui fut presque totalement occulté par les radios, même quelques années après, et dont les paroles sont d'une violence inouie envers le capitalisme et l'abrutissement des masses par les media...Si vous n'êtes pas convaincus, réécoutez la chanson, vous verrez......Mais finalement peut-être me trompé-je... Lennon n'aurait sans doute pas eu sa place dans cette grand messe somme toute assez .... patriotique, avec drapeaux américains brandis fièrement par beaucoup de jeunes "contestaires" ne remettant pas fondamentalement en cause les fondements économiques et sociaux politiques yankees, mais seulement ses errements supposés par rapport aux rèves des pères fondateurs.
Enfin, last but not least, cette plongée rétrospective dans une époque que j'ai vécue alockrs que je n'étais déjà plus un adolescent boutonneux et que j'avais vécu quelques expériences qui me prémunissaient contre une confiance absolue en la bonté naturelle de l'Homme et ses potentialités altruistes dans une société devenue enfin égalitaire, m'inspire les réflexions suivantes, bien pessimistes il est vrai, mais c'est comme ça .......même si je dois être considéré comme un "nouveau réac" et plomber l'ambiance chez les camarades qui veulent encore croire aux utopies égalitaristes :
- Le mouvement hippie était généreux certes. Toutefois je ne pense pas, comme le voudraient généralement les émissions et la littérature consacrées à cette période et les sectateurs du mouvement, qu'il ait transformé en profondeur les habitus sociaux. à l'échelle de la société ou du monde.
- Pour le meilleur, il a pu aider des individus et de petites communautés restreintes, et ceci pour un temps éphémère, à se libérer des chaines psychologiques et idéologiques qui obsucrcissaient leur paysage mental. Il a pu même transformer parfois durablement et en profondeur la vie et la weltanschauung d'individus et de petites communautés militantes ayant choisi un retour à la terre et le refus de la société de consommation.
- Pour le pire, il a malheureusement aussi pesé sur la destinée de ceux qui sont devenus terroristes ou sont morts de la consommation de drogues censées libérer leur cerveau et permettre la révolution.
- Mais il n'a pas débouché sur la révolution sociale, morale et surtout globale attendue.
Les orgasmes collectifs, les moments de l'histoire où tout semble possible, ou le monde semble basculer dans une vague de générosité annonçant un avenir radieux et une impossibilité de revenir à la grisaille égoiste ayant prévalu jusqu'alors (nuit d'aboliton des privilèges, mai 68, révolution orange à l'Ukrainienne plus récemment..- complétez vous-mêmes.......) comme les histoires d'amours, et ainsi que le dit la chanson, "finissent mal ......en général. " Ou plutôt, ils se terminent, ne durent pas, ne peuvent être que des moments fulgurants mais subliminaux, (peut-être nécessaires... encore que...certains pays n'en n'ont pas connus et ne s'en portent pas plus mal) bien vite engloutis dans la durée du temps de l'histoire, emportés par les nécessités quotidenne de la vie : Il faut se nourrir, élever ses enfants, tenter de négocier son parcours sur terre de manière pas trop douloureuse.....
- Une note optimiste enfin, mais non angélique : il faut bien reconnaître à cet orgasme collectif là - le mouvement hippie, comme mai 68 et les autres "révolutions" des classes moyennes dans des pays à institutions démocratiques solidement installées - Je ne parle pas de celles initiées par les "masses" décrites par Hannah Arendt, qui ont porté les deux grands totalitarismes du vingtième siècle au pouvoir - qu'il ne s'est pas terminé, comme d'autres, dans l'horreur, comme dans des pays où les "grands soirs fraternels" ont eu des conséquences....pas vraiment ......subliminales... : URSS, Chine, Cambodge, Corée du Nord, Iran où les moudjahiddines du peuple et autres jeunes gens généreux. qui voulaient simpllement et d'abord en terminer avec la dictature du Shah en soutenant, dans un premier temps croyaient-ils, le mouvement radical qui semblait le plus capable d'atteindre leur objectif prioritaire...... en ont pris pour un sacré bail... surtout les femmes..........
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perdu", de Pierre Jourde, vous savez, le bouquin sur un village du Puy de Dôme, qui avait provoqué l'ire des habitants s'étant reconnus dans les portraits féroces de villageois alcoolisés sculptés par l'auteur à coup de serpe vitriolée et ayant attaqué l'écrivain et sa famille alors qu'il venait passer des vacances dans le village, dans sa maison familiale.
lui, autour du grand gourou Sollers et de la rédactrice en chef du Monde des livres, encense des auteurs qu'il juge médiocres. Il déplore le manque de polémiques dans le monde littéraire, le "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Parmi les "scribouilleurs" éreintés dans cet ouvrage : Sollers, Begbeider, Angot, etc..... >Il dit aussi du mal de Houellebecq, mais lui reconnait un certain talent. Même chose pour Catherine Millet. Suite à ce brulôt ("la littérature sans estomac") Jourde a d'ailleurs dû comparaître devant la justice pour diffamation à l'égard de la rédactrice du monde des livres (Josiane Savignon).
eux hommes, deux amis de longue date, l'un journaliste, l'autre compositeur se brouillent lorsque le journaliste, devenu rédacteur en chef, veut révéler un secret à scandale concernant la vie privée d'un de ses ennemis politiques, conservateur ripoux en passe de devenir premier ministre. Son ami musicien, bien que partageant des sympathies de gauche conseille à son ami, au nom du respect de la vie privée, et des valeurs démocratiques qu'ils partagent, de ne pas révéler le scandale, fût-ce pour éviter au pays la vague de réformes de droite qui sont à attendre si ce politicien venait à prendre le pouvoir. Le patron de presse a des motifs moins nobles pour vouloir sâlir la réputation du ministre. Il compte ainsi asseoir sa position de rédacteur en chef (qui n'est pas totalement acquise) en boostant les ventes du journal.
Cette jeune auteure d'origine jamaicaine et anglaise obtint un succès immédiat pour ce premier roman, écrit à 25 ans seulement. Les droits du livres furent même achetés avant même qu'il soit terminé, à un éditeur ayant lu les cent premières pages seulement lors de la foire du livre à Francfort.t
la télé et de la pub et de "pidgin" post-moderne. (petit nègre des banlieues, des minorités jamaicaines et indo pakistanaises) Je serais d'ailleurs curieux de lire ce roman également dans la traduction française pour voir comment cette énergie linguistique, ce mélange des genres et de styles a été adapté par le traducteur.
et nous livrant une provence profonde, loins des guides touristiques et des pagnoleries folkoriques.
Un écrivain provençal, disciple et ami de Giono, qui écrit des polars se déroulant dans la région de Forcalquier. Le livre que j'ai lu est lui aussi un recueil de textes sur la Provence, célèbrant une provence inconnue et selon l'auteur "authentique". Belles pages, très bien écrites, donnant envie de lire l'un de ses polars.
Un conte provençal. Un enfant attiré par la rivière qui longe la propriété de ses parents y fait la rencontre d'un autre enfant, un orphelin poursuivi par des gens du voyage. Ils dérivent le long du courant pendant plusieurs jours, font des rencontres mystérieuses, sont retrouvés, se lient d'amitié. Bosco connait bien le le milieu aquatique qu'il décrit, la faune et la flore d'une rivière de Provence/ Une sorte de Tom Sawyer à la française au message moins universel cependant que le roman américain. Un joli livre, plutôt à claser dans un rayon de bibliothèque consacfré à la littérature de jeunesse mais pouvant être dégusté avec plaisir par des adultes, s'ils aiment la Provence. Il n'y a quand même pas le souffle épique que l'on trouve chez Giono.....
La vie des autres est avant tout un film sur le totalitarisme, plus particulièrement sur la forme de totalitarisme post stalinien qui a continué à fonctionner en allemagne de l'Est jusqu'à la chute du mur, alors même que le "grand pays frère", l'URSS, était passé à la prestroïka et à la glasnost, et que l'on ne persécutait et surveillait plus vraiment les opposants à Moscou.
Si l'on veut comprendre le nouveau film de Inarritu, Babel, il faut se poser d'abord la question du pourquoi du titre. Et si l'on se pose cette question, on comprend l'essentiel du message, qui est celui de l'impossibilité des peuples et même des individus, à l'intérieur de chaque pays, de chaque famille, à communiquer, ceci malgré un monde censé être globalisé donc connecté, ou plutôt à cause de la globalisation.
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