shame.jpgJe suis allé voir Shame après avoir lu, sur l'officiel des spectacles, un article, qui, évidemment, mettait en avant le thème de l'addiction sexuelle du héro, ceci sans doute pour appâter le chaland un peu voyeur que je suis.

Je ne savais rien d'autre sur le film, ni sur le réalisateur, dont je ne connaissais ni la carrière d'artiste, de vidéaste plasticien, ni son premier essai dans le monde du cinéma, racontant la grève de la faim du terroriste (ou militant si l'on préfère..) Irlandais Bobby Sands.

J'ai donc vu Shame en parfait candide, sans que mon jugement soit parasité par ce que j'avais lu aparavant.

Malgré l'évidente beauté des images et de certaines scènes, la qualité de la bande son, l'interprétation de Michael Fassbender et des autres acteurs, il faut bien reconnaître que je me suis globalement ennuyé et que la motivation libidineuse peu avouable qui m'a fait choisir ce film n'a pas trouvé son compte.

Cela était sans doute voulu par le réalisateur, qui multiplie les scènes de baise, mais en montrant avant tout l'insatisfaction qu'elles procurent aux partenaires et particulièrement à son pesonnage principal. Contrairement à ce que dit la critique, je pense qu'il y a bien une certaine complaisance à montrer le sexe, même si cette "accumulation" (technique employée dans certaines installations d'artistes contemporains, comme l'est Mc Queen avant de s'intéresser au cinéma justement ...) n'est pas destinée à nous émoustiller mais au contraire à nous faire comprendre la frustration qu'elle procure à son personnage. 

Il faut en effet reconnaitre, malgré la plastique irréprochable de l'acteur  principal et de ses partenaires féminines, qu'il n'y a aucune tentation à faire dans l"érotisme facile dans ce film, encore moins à donner dans la pornographie. Mais ne pouvait-on raccourcir certaines scènes sans nuire à la démonstration, qui devient, à force de redondances, un peu laborieuse ? On pense en particulier au travelling du jogging (qui, lui, n'a rien de sexuel), encensé - à tort à mond avis - par certains critiques, ou bien encore à l'introduction où l'on voit le héro se lever, puis uriner de dos après nous avoir généreusement montré ses superbes et impressionants organes génitaux... Il y a aussi l'interlude musical, pendant lequel la soeur de Fassbender interprète un standard connu d'une manière extrêmement lente. Ok, d'accord, on voulait nous montrer que, pour elle comme pour son frère, et contrairement à ce que promet la chanson "New york New York",  "c'est pas gagné pour tout le monde", même à Manhattan.... Je n'ai pas chonométré, mais avait-on besoin, pour s'en convaincre, des cinq bonnes minutes, je crois, nécessaires à l'interprète pour aller jusqu'au bout de ce tube de Barbara Streisand ? Les thèmes abordés pouvaient l'être plus légèrement et sobrement, sans toutes ces "longueurs". D'habitude, j'ai horreur de ce mot, qui constitue généralement la seule critique émise par le spectateur moyen qui ne veut surtout pas s'ennuyer au ciné, mais pour une fois, je trouve que la phrase "Il y a des longueurs", s'impose dans sa banalité...

D'une manière générale, la critique est très élogieuse. Voir en particulier cet article, de la rubrique cinéma de l'Humanité" (http://www.humanite.fr/culture/shame-ou-l%E2%80%99homme-des-vallees-eperdues-485323), qui parle de chef d'oeuvre et d'un "Fenêtre sur tour", faisant allusion au film d'Hitchcock et aux ébats d'un couple copulant au vu de tous dans un building voisin.

Tout ce que dit le journaliste est vrai, il a probablement raison, mais je reste quand même sur ma faim...... Est.-ce un effet d'un puritanisme  non assumé chez moi,  mais pour une fois, je dois avouer que le parti pris sytématique "d'accumuler" (une des opérations plastiques utilisées dans l'art contemporain, voir Warhol... et Mc queen ?) les scènes de consommation triste de sexe, afin de démontrer l'insatisfaction existentielle que provoquent chez le héros sa quête  pathétique, m'ont mis mal à l'aise.

La seule scène de baise vraiment utile je crois, est celle où le personnage essaie d'établir une relation autre que purement physique avec une collègue et pendant laquelle il a une panne : Il ne peut plus baiser qu'avec des putes ou avec des filles rencontrées par hasard dans des bars ou dans le metro, avec lesquelles l'aventure n'ira pas au-delà d'un coït furtif, triste et unique.... Très belle scène, très bien filmée, qui nous renvoie, nous autres "mâles", à notre fragilité et à la contradiction fondamentale (incontournable ?) entre nos fantasmes les plus glauques et notre désir (tout aussi inassouvi pleinement), d'amour et de tendresse avec une (ou des..) partenaires que l'on respecte et apprécie pour autre chose que leur potentiel érotique.

Malgré ces réserves, je pense que ce type en a sous la pédale. Il nous pondra peut être prochainement le "chef d'oeuvre" que n'est pas Shame à mon avis malgré l'éloge quasi unanime de la presse.. Il faudrait que j'aille voir le film consacré à Bobby Sands, qui fut primé dans les divers festivals, et que je m'intéresse à son oeuvre de vidéaste plasticien, qui me fera peut-être mieux comprendre le fim et en quoi Shame fait penser certains critiques à une "installation cinématographique". J'avoue ne pas avoir perçu, et continuer à ne pas percevoir, cet aspect des choses....   A moins que l'aspect très répétitif de certaines vidéos exposées dans les musées d'art contemporain, soit le procédé qui a inspiré MC Queen dans la réalisation de Shame. Il faudrait voir si ses vidéos utilisent ce procédé, qui peut être pertinent en art plastique, mais pas forcément transférable au septième art....

    begaudeauprof.jpgla-blessure.pngJe viens de lire le dernier opus de François Bégaudeau après avoir conversé avec cet auteur à succès au sujet de son roman et du mien ( Le prince des parquets-salons pour ceux des inscrits à ma newsletter qui ne l'auraient pas encore lu !), lors d'un salon du livre de l'île de France, durant lequel j'ai participé à un "speed dating littéraire".

Un speed dating littéraire, "Quoi-t-esse ?', me direz-vous. On passe devant un jury en 7 minutes et on essaie de convaincre les jurés de sélectionner votre bouquin parmi les cinq qui seront lus par un éditeur s'étant engagé à lire votre "oeuvre" et à publier l'un (un seul !) de ces cinq livres sélectionnés.

Que pensez-vous qu'il arriva ? Contre toute attente et malgré un passage que je pensais assez mauvais devant le jury, je fais partie des cinq auteurs retenus pour être lus par l'éditeur en vue d'une éventuelle publication. Rien n'est donc encore fait puisque le lauréat de ce concours n'a pas encore été choisi, mais les impétrants auront au moins la certitude que leur texte aura été, parcouru sinon vraiment lu, ce qui est loin d'être le cas lorsque l'on envoie son bouquin par la poste.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Begaudeau, c'est celui qui a écrit "Entre les murs", roman dont on a fait un film dans lequel l'auteur jouait son propre rôle de prof essayant d'enseigner le français dans un collège parisien situé en "zone difficile" comme on dit, lequel film obtint la palme d'or au festival de Cannes. J'avais déjà apprécié le bouquin et sa version cinématographique, qui ont confirmé ce que je pressentais de la dégradation des conditions d'enseignement depuis ma retraite, mais là n'est pas la question.

Je veux parler ici de La blessure la vraie, qui est, comme le dit la dédicace rédigée par l'auteur sur mon exemplaire acheté à l'issue de mon entretien avec lui pendant le festival du livre de l'ïle de France, "une plongée dans les années quatre-vingt et "dans la fantasmagorie rurale Vendéenne" Le livre sera également mis en scène par le réalisateur Abdelatif Kechiche (La graine et le mulet, Vénus noire.)

Et je voudrais, en toute immodestie, histoire de me faire un peu de "réclame" , tenter un parallèle osé entre son livre et le mien, que j'estime être également, à sa manière et avec des différences notables il est vrai, une plongée dans la ruralité bourbonnaise des années soixante.   Si l'on fait l'effort de déplacer le curseur temporel 24 ans avant l'été 86 et l'ancrage géographique de l'histoire, du Far-West hexagonal  vers le Centre/ventre mou de la France profonde, on peut trouver des invariants entre les deux textes. Ce faisant, et sans prétendre me hisser au niveau d'un auteur désormais reconnu et apprécié, publié en tout cas contrairement à moi,  je convaincrais peut-être un éditeur germanopratin ou régional (et pourquoi pas un(e) des ami(e)s n'ayant pas encore daigné lire le livre ou l'ayant lu mais n'y ayant vu que des élucubrations de mirliton) , sensible au succès de Bégaudeau et au fait que le thème intéresse le cinéma, que mon  histoire peut être ancrée dans un terroir, sans relever exclusivement du roman régionaliste, que mon récit concernant de jeunes ploucs  en chaleur, en quête de filles dans les années soixante, ceci dans les bals de campagne du bocage bourbonnais, peut délivrer un message universel, que la misogynie des personnages n'implique pas nécessairement celle de l'auteur et de son texte :

En quoi les deux textes se rejoignent-ils et se distinguent-t-ils donc ? :

- Même dérive avinée et pulsions prédatrices dans les bals de campagne,
- Même bande de  bras cassés vantards et immatures, ne pensant qu'aux filles.  Les miens organisent un classement au championnat du "meilleur grimpeur" de la bande, en attribuant des points à chacun après chaque bal en fonction des prouesses sexuelles revendiquées (pas toujours attestées) par les impétrants. Ceux de Begaudeau (surtout le beau gosse de service) sont moins vantards et se contentent de noter les filles de zéro à vingt selon leur physique et non selon leur bonne volonté à se plier ou non à leurs fantasmes. De ce point de vue, les personnages de La blessure la vraie sont plus fréquentables que ceux du Prince des parquets salons. Autre point à porter au crédit des vendéens de 86 : Ils sont globalement plus jeunes et donc plus excusables pour leur immaturité , que mes Bourbonnais, qui, avec un âge moyen de 19/20 ans et qui aujourd'hui seraient majeurs légalement, sont encore tout à leur délire quantitatif de consommation de chair fraîche et sont tout aussi puceaux, affectivement et émotionnellement (sinon sexuellement), que leurs cadets chouans. Mais les Auvergnats, se meuvent dans un monde où le féminisme n'est pas encore venu tempérer le sexisme des mâles, un monde où les moyens de contraception sont peu connus, où l'avortement est interdit.... c'est là leur seule excuse, si l'on doit absolument leur en trouver une...

- même héro frustré, bavard, maladroit dans lequel l'auteur pointe le bout de son nez, servant de faire valoir à un mâle dominant, comptant les points, ne parvenant pas à "conclure", Chez moi, le personnage, qui ressemble fort à l'auteur tel qu'il fut à l'adolescence (et non tel qu'il est resté, je tiens à le dire pour rassurer les dames !!!) se cache un peu plus derrière le double voile du beau parleur auto-proclamé barde de la bande et d'un narrateur qui se veut distancié. Chez Begaudeau, moins de pudeur, ou plus de franchise si l'on veut.  Le narrateur parle à la première personne et se confond avec l'auteur.

-  Les deux beaux parleurs impénitents sont des intellos sans doute beaucoup plus cultivés qu'ils ne  l'étaient vraiment à l'âge où l'histoire se situe, capables, adolescents, de références littéraires et philosophiques inspirées probablement par les lectures faites par les auteurs à un âge plus avancés. Je dis celà en tout cas en ce qui me concerne, car contrairement à Bégaudeau et à son personnage, je n'étais pas fils de prof, je n'étais pas un héritier se préparant à suivre la voie royale de l'hipokâgne du concours de l'École Normale supérieure et de l'agrégation. Chez Bégaudeau, que l'on ne s'y trompe pas, les références (pas toujours explicites) pullulent et sont beaucoup plus savantes et modernes que les miennes. N'oublions pas qu'il a commis un antimanuel de littérature que je trouve très intéressant et stimulant, dans lequel il propose une classification (ou une typologie si l'on préfère) des textes originale et décoiffante s'appuyant sur les théories linguistiques et littéraires récentes, et j'ose le dire, même s'il me démentirait probablement, "d'avant-garde". Mais les deux ados de l'histoire (presque un adulte pour celui du Prince) partagent le goût de mettre en mots et en phrases les tribulations de la bande, se consolent, par le verbe, par la distance qu'ils mettent ainsi entre leurs déconvenues avec l'autre sexe et ce qu'ils croient immodestement mériter comme retour sur investissement à leur contribution "culturelle",  de ce que les autres, les plus chanceux, vivent sans trop se poser de questions,

- Les deux personnages se confondant plus ou moins avec l'auteur  ont une relation de maître à élève avec un adulte cultivé. Dans les deux romans,  il s'agit d'un intellectuel raté, qui leur sert de mentor et leur ouvre des horizons, tant envers les femmes, que dans le domaine de l'art. Dans le Prince, il s'agit d'un juif rentré des camps, de son vrai nom Blum, mais se faisant désormais appeler Lafleur. Molly, la femme du compagnon de l'Ulysse de Joyce (Bloom), juif lui aussi, est volage. Celle de Lafleur/Blum l'a quitté pendant son voyage en enfer. Pas vraiment des Pénélopes !! L'épouse du cinéaste alcolo et impuissant de la blessure, couche avec le meilleur copain de Bégaudeau/ narrateur. On nous fait comprendre -  mais est-ce vrai ? la fin du roman vire en effet au réalisme fantastique dans lequel il est bien difficile de faire la part entre mensonge et vrai  - que le réalisateur auto proclamé, qui n'est peut-être qu'un technicien, est plus ou moins complice des ébats  entre sa femme et son jeune amant. Fort de son aura d'artiste incompris, obtenue facilement auprès des deux jeunes gens, il leur explique les mystères de l'image cinématographique et en quoi l'art ne doit pas être confondu avec la réalité, De son côté, Bloom/Lafleur, en citant le roman de James Joyce, fait prendre conscience à son jeune compagnon de beuverie que leurs virées dans les bars et les bals de la ville industrielle du bourbonnais où ils gesticulent, ne peuvent vraiment, malgré quelques correspondances dans les destins respectifs des personnages de Stephen Dedalus et de Côtelette, servir de décor à une Odyssée digne de ce nom.Quoi que !! ('Là encore, c'est  la vanité qui me fait d!)ire celà). Dans les deux cas, et le vrai/faux metteur en scène d'un scénario de meurtre improbable qui empêchera notre narrateur de perdre son pucelage ne manque pas de le faire, on peut conclure : "Ceci n'est pas une pipe". On connait la chanson !!!  L'auteur semble nous dire : "Ceci pourrait virer au polard si je le voulais, car l'écrivain est tout puissant, mais ce n'en est pas un. Je vous ai bien eus et vous êtes tombés dans le panneau, Maintenant, je fais marche arrière quand je le veux et si je le veux dans mon récit et je vous laisse sur votre faim, ne démentant pas totalement la théorie du meurtre, mais vous laissant imaginer un scénario plus crédible. C'est à vous de décider".

- nombreuses références à l'anglais, à des paroles de chansons chez Bégaudeau et votre serviteur, à des jeux de mots libidineux et affligeants dans le Prince. Là encore, je me montre plus infréquentable que l'auteur à succès. Dans les deux cas cependant, paroles de tubes ou de chansons paillardes commentent l'action et servent de marqueur d'époque.

     - même tentative, de faire cohabiter langue orale avec un français plus soutenu. Pas d'expressions locales et patoisantes chez Bégaudeau. J'y ai recours certes, mais sans excès, sans sombrer, je crois, dans le "régionalisme" et ces expressions sont de toute façon compréhensibles dans le contexte sans qu'il soit besoin d'un glossaire. Bégaudeau donne, lui, dans le langage "djeunz" des années de son adolescence, mais il le fait , sans nostalgie excessive, en ayant conscience que ces expressions deviendront vite ringardes, comme le semblent parfois celles que je mets dans la bouche de mes personnages et qui correspondent à ce que les copains dans le vent des années soixante disaient. Chez Bégaudeau cette façon de se délecter des mots à la mode tout en ne les considérant pas comme une contribution majeure et définitvie  au français, donne celà  : "- Elles ont quel âge ces meufs ? Cette année on dit meuf, apparu il ty a quelques mois à l'avant-garde du verlan qui envahira bientôt la France. Je vois ça d'ici". "-Laisse tomber. En 84 Joe aurait plutôt dit laisse béton". "Bientôt, je vois ça d'ici, cageot ou boudin seront remplacés par steak ou thon, mais ce sera pour désigner la même race intemporelle de filles disgracieuses, ou grosses ou acnéiques ou les trois.."

A l'époque, pour les protagonistes du prince des parquets-salons, "prendre un râteau"se disait "prendre une bâche" et "j'ai fait fort" signifiait "j'ai pécho grave"......

- mêmes aspirations à une relation amoureuse véritable sous des couches de cynisme et de machisme ordinaire et immature, Dans les deux cas, pourtant, on ne rechigne pas sur les grossièretés que peuvent échanger les personnages, notamment à propos des filles, considérées comme des proies, du gibier - du moins en paroles - par les protagonistes, qui cachent leur malaise adolescent sous des couches de rodomontades plus vulgaires les unes que les autres. Cela peut en effet choquer certaines âmes sensibles et notamment féministes, qui ne manqueront pas de faire une lecture au premier degré des dégoulinades verbales et fanfaronnes des personnages. A ces critiques, je répondrais que, malheureusement, s'il y a une once d'universalité dans mon livre (je ne doute pas une seconde que celui de Begaudeau comporte des tonnes de cet ingrédient..), elle réside précisément dans cette vulgarité totalement assumée par les auteurs (par moi en tout cas), dans ce masque sous lequel les jeunes mâles, de toutes époques et des tous horizons, je crois, dissimulent (mal !!) la difficulté de devenir un homme. Mettre en scène cette vulgarité, en ce qui me concerne et bien sûr pour Bégaudeau, n'est pas la justifier, mais tenter de  déconstruire, par l'humour (le livre de Bégaudeau, en tout cas, est très drôle.), les stéréotypes sexuels masculins envers l'autre sexe. Les deux textes, je crois, même s'ils les décrivent avec empathie, mettent suffisamment de distance ironique entre le discours du narrateur et les comportements des personnages pour ne pas être suspects de sexisme ou de mysoginie. Que l'on en juge, par exemple, par ces passages de La blessure. Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour en conclure que la vulgarité du propos est donnée comme modèle :

"Alors ? On s"en va ou on s'encule ?" Ou bien encore, à un pilier de bar passant sa vie à battre des touristes au baby-foot et à les plumer, auquel on demande pourquoi il choisit toujours les rouges, ce dernier répond : "c'est la couleur de l'anus de ta soeur quand j'y serai passé". Tout un programme !! A côté de ces deux citations, je n'aurai guère de mal, je pense, à persuader des lecteurs potentiels, que la "vulgarité" des personnages du Prince ne sont que blasphèmes de premiers communiants.

 - même utilisation des ragots, aphorismes de comptoir, rumeurs populaires, anecdotes vraies ou fausses colportées par des figures locales, comme s'il s'agissait des mythes fondateurs que s'invente une communauté pour exister et se légitimer d'appartenir à la grande famille humaine, tentant de délivrer, malgré la "plouctitude" de ses membres, un  message qu'ils (que l'auteur en tout cas) veulent croire universel et digne d'être partagé par d'autres frères humains, qu'ils soient aussi péquenauds qu'eux ou moins "provinciaux".

- même ancrage dans un terroir, celui de Bégaudeau étant beaucoup plus distancié que le mien (voir à ce sujet le lien suivant : http://begaudeau.info/2011/08/14/vendee/ Là où ma ville natale, ses transformations, ainsi que la campagne environnante sont évoquées avec nostalgie, La blessure, elle, s'en tient, du point de vue descriptif à quelques phrases brèves, nous laissant entendre que la description n'est pas la tasse de thé de  l'auteur, mais un exercice de style scolaire ennuyeux : "La route vers le camping des crevettes fend un bois de pins assez compétent dans son boulot de sentir la résine. Parfois .une habitation rompt la monotonie des pins minces et droits. J'aime bien l'expression rompre la monotonie, je l'ai placée dans ma rédaction du Brevet des collèges.."  En lisant cette citation, je me dis que le Prince comporte effectivement quelques descriptions qui peuvent sembler inutiles et ringardes.  Pas de bol pour la comparaison que je tente ici entre mon texte et celui de Bégaudeau ! Mais je persiste et je signe. Je continue à penser que mes descriptions servent le propos général nostalgique de mon roman. Le plus souvent, chez Bégaudeau, la description se résume à quelques touches brèves, mais répétitives et insistantes, sur des détails qui font sens pour l'histoire du lieu et la psychologie des personnages : Il ya par exemple ce rond-point,. où s'est suicidée une fille malheureuse auquel son frère interdisait de sortir avec un garçon d'un village voisin et ennemi. Ce rond point prémonitoire doit-il être lu en intertextualité avec ceux dont parle Houellebecq dans la carte et le territoire, ronds-points que l'on trouve désormais partout dans l'hexagone aujourd'hui et qui contribuent, selon l'auteur du prix Goncourt 2010, à  transformer nos moindres bourgs en villages de vacances aseptisés pour touristes Chinois ou Japonais ? Il y a aussi la grande bleue, du côté de la Faute sur mer et de l'Aiguillon sur mer qui s'est retirée dans un passé imprécis, laissant derrière elle une île qui n'en est plus une et un terriitoire de marais, propice aux légendes, sur lequel se sont construites des résidences secondaires qui seront inondées par la tempête Xynthia pendant l'écriture du roman, suggérant à l'auteur des modifications (donnant à son texte, malgré son projet de départ, une dimension plus "régionale" sinon régionaliste ?) Dans les deux livres en tout cas, les territoires parcourus sont peu spectaculaires et touristiques. Mis à part les auteurs régionalistes cités dans le Prince,  aucun écrivain de renom n'en a parlé, Dans la  blessure, les personnages se meuvent dans un entre-deux batard entre mer et campagne, où il faut marcher où faire du stop pour aller à la plage, ne pouvant rivaliser avec les stations balnéaires bourgeoises de Vendée. Dans le Prince, mes Pieds nickelés parcourent un paysage qui hésite entre les forêts berrichonnes, le bocage de la vallée noire que Georges Sand a rendu populaire auprès des amateurs de ses romans champêtres, et les premières collines d'Auvergne et de la Creuse. Dans les deux cas, en 62 et vingt-quatre plus tard, les villages, les villes du Bourbonnais et de Vendée et leurs habitants, commencent à encaisser ou ont vraiment subi (en 86) les coups de boutoir de la modernité, mais résistent  comme ils le peuvent aux transformations et catastrophes apportées par la mondialisation, qu'elles soient culturelles, industrielles ou naturelles.  Ils le font, à leur manière provinciale,c'est à dire avec tout le bon sens d'une France profonde méfiante envers ce qui vient des capitales, mais, je crois, pas si réactionnaire que la voudrait Bégaudeau. Un brin  xénophobe et réactionnaire aussi parfois, il faut bien le reconnaître, comme cette mère Baquet, commère magnifique et inquiétante, commentant par ses aphorismes l'actualité, et la passé, prophètesse d'un avenir apocalyptique qui viendra punir l'humanité des fautes et péchés commies hier et aujourd'hui.

 

Je termine cette apologie implicite de mon "oeuvre" camouflée en  comparaison avec un texte publié et qui aura sans doute beaucoup de succès, destinée, vous l'aurez compris, à dorer le blason du Prince (pour le redorer il faudrait qu'il eût été déjà "doré",ce qui est loin d'être le cas)en vous conseillant vivement de lire La blessure la vraie

J'ai en effet beaucoup aimé le roman, peut-être, il est vrai, en raison de mon immodestie, qui m'incline à y  trouver des correspondances avec le mien. J'adore l'humour de cet auteur, sa façon de ne pas se prendre au sérieux, Je veux croire ou simplement espérer que mon texte saura également faire rire ou sourire... 'mais  pas que.." comme le fait à merveille La blessure . Je veux également me reconnaître un peu dans sa manière de faire subir à la langue les inflexions du temps, d'utiliser la langue parlée, voire vulgaire, comme un élément de poétique, chose que font depuis longtemps les auteurs anglo-saxons (en particulier MarkTwain dont, pour moi, Huckleberry Finn est le modèle absolu..), de faire des pieds de nez à l'académisme, sans toutefois renoncer à une exigence littéraire forte.

 

Keep the good work François....

 

    Un lien intéressant : qui est une excellente et très élogieuse critique du livre lui-même  :http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-pages-centrales-numero-13-janvier-2011-fran-ois-begaudeau-la-blessure-la-vraie-66774807.html

 

 

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